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Full text of "Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire .."

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BULLETIN 

DU 



BIBLIOPHILE 



ET DU BIBLIOTHECAIRE. 



QUARARTB-TROISIEHB AHIfEZ 



J<^^Sh'. 



PARIS. - TYPOGRAPHIE LAHURE 

Roe de Flenms, 



BULLETIN ; 

^^ • 

BIBLIOPHILE 

ET DU BIBUOTHÉCAIRE , 

REVUE MENSUELLE 
PUBLIÉE PAR LËON TECHENER 

AVEC LB COH0OUE8 

De MM. Chârlbs AssEUirEAn, de la bibliothèque Mazarine; L. Babbier, adini» 
nistntenr à b bibliothèqae da LooTie; Éd. db Barthéluet ; Baudrilulet , 
de llnstitnt; Pb. Beaunk; Prospbr BuLHCHEMAnr; Inus Bohnabsos; J. Bocl- 
. Min ; Ap. Briquet; Gust. Brukbt, de Bordeaux) J. Cakkahdbt, bibliothécaire 
de Chaumont; E. Castaigne, bibliothécaire à Angouléme; Philarztb Cbaslbs, 
conserratenr à la bibliothèqae Mazarine; F. Councamp, professeur à la Fa- 
culté des lettres de Douai; Pieere Clsmsiit, de l'Institat; comte Clémuit 
DE Ris, de la Société des Bibliophiles; CunLUKR-FucmiT, de 1* Académie fran- 
çaise; docteur DESBAiuLEAin^ERiCAED, de Toulouse; Emile Deschamps; A. Des- 
touches; FiEMDr DiDOTy de la Société des Bibliophiles; baron A. Erhouf; 
Ferdiraiid Dehis, administrateur à la bibliothèque Sainte-Generière ; Al. de 
La Fizbliè&e; Alfeed FnAinLLiif, de la bibliothèque Mazarine; marquis de 
Gaillon; prince Augustin Gautzin, de la Société des BiUiophiles; J.-Ed. 
Ga&det; j. de Gaulle; Ch. Girauo, de Plnstitut; Alf. Giraud, de Blois; 
Jules Jahdt, de TAcadémie firançaise; Paul Laceoix (Bduophile Jacob) , 
conservateur à la bibliothèque de l'Arsenal; Le Roux de Lihct, de la Société 
des Bibliophiles; P. BIab<uit; Fb. Morabd, de Boalogne-sur-Mer; Pauldi 
Pabis, de rinstitnt; Louis Pabis; Gastok Pabis; baron J. Pichon, président 
de a Société des Bibliophiles français; Ratbebt, conservatenr à la Bibliodièqne 
nationale; Rouaed, bibliothécaire d*Aix; Siltestbb de Sact, de l'Académie 
française; SAorrE-BEirvE, de l'Académie française; Éd. Tbiootbl; Tallkt de 
Yibitillb; Fbakos Wbt; etc. 

CONTENANT DES NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES. PHILOLOGIQUES, 

HISTORIQUES, LITTÉRAIRES. 



QUARANTE-TROISIÈME ANNÉE. 



PARIS 

£ÉON TECEœiNfER, LIBRAiRE, 

RUE DE L*ARBRB-SEC, 52, PRÈS LA COLONNADE DU LOUVRE. 

M DCCC LXXVI 












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BULLETIN 



BIBLIOPHILE. 



CHOIX DE LETTRES INEDITES 



AVEC DES ECLAIRCISSE3 

HISTORIQUES LITTERAIRES ET BIBLIOGRAPHIQUES. 



Nous allons continuer notre recueil de lettres autogra- 
phes curieuses. Nous répéteroas que nous les avons toutes 
copiées Dous-mèmes sur les originaux. 

Celle fols, nous nous présentons avec deux séries : lettres 
d'hommes et lettres Ùe femmes; or, en galant éditeur, nous 
commencerons naturellement par ces dernières. 

E. de B. 

1 

La reine Anne d'Autriche aura les honneurs de la pre 
mière place. Elle s'adresse au duc de Looguevitle pour le 
consulter sur les ouvertures qui lui étaient faites par le rot 
Charles d'Angleterre pour tâcher de rétablir la paix inté- 
rieure, au moment où Condé semblait à la veille d'ussurer 
le triomphe de )a fronde. 

» De Saint-Germain, ce S5 aviil 1652. 

• Mon cousin, j'ay tant de satisfaction de la manière dont 
vous vous conduisez dans ces affaires cy pour h: Itiea du 



2 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

service du roy monsieur mon fils et pour mon intérêt parti- 
culier que je n'ay pas voulu différer davantage à vous le 
témoigner par ces lignes de ma main.... (déchirure) par 
l'entremise du roy de la Grande Bretagne qui vint trouver 
le roy mon fils à Corbeil pour luy faire et à moy quelques 
ouvertures d*accomodement comme il a fait depuis à mon 
frère le duc d'Orléans et à mon cousin le prince de Condé. 
On est convenu d'un pourparler en ce lieu pour chercher 
les moyens de restablir la paix dans le Royaume et l'union 
et la confiance dans la maison royale. J'ay voulu vous en 
donner advis et vous demander vos sentiments sur cette 
négociation, sçachant bien que je ne seaurois consulter 
là-dessus une personne qui ait plus de connoissance et d'ex- 
périence que vous des affaires de cest estât, ny plus de 
passion pour la pacification des troubles, dont il est pré- 
sentement agité. J'ay aussi beaucoup de satisfaction de ce 
qui se passe à Gien. Mais comme j'ay donné charge à Priol- 
teau de vous escrire amplement sur ce sujet, je m'en re- 
mets à luy pour vous asseurer que je suis toujours avec 
Taffection la plus cordiale possible votre bonne cousine 

« Anne. » 

Le billet suivant est adressé par la duchesse de Bourgo- 
gne à sa grand'mère la duchesse de Savoie : 

« Je suis ravies ma chère grand maman, qu'il vous pa- 
roisse que je profitte i'en ay grande envie mais quelquefois 
les plaisirs me dissipent un peu sur tout depuis que ie suis à 
Fontainebleau allant à touttes les chasses où je prens beau- 
coup de plaisir ie ne crois pas me tromper, ma chère grand 
maman, en me flatant de vostre amitié ce qui me donne 
une grande ioie soiez persuadée que ie suis pour vous telle 
que ie dois estrc. 

« De Fontainebleau ce 30« septembre 1698. i 

Nous passons la plume à l'une des plus galantes grandes 
dames du xvir siècle; Isabelle- Angélique de Montmorency, 



CHOIX DE LETTRES INEDITES. 3 

femme da duc de Châiillon, écrivait de Paris, le 19 sep- 
tembre 1659, à la marquise de Vardes (1). — La duchesse, 
veuve de son mari, tué à la bataille de Gharenton le 9 fé- 
vrier 1648, avait perdu son fils unique au commencement 
de 1657. 

« Je suis dans un estât si propre à plindre le vostre que 
je ne croy pas, Madame, qu'il y est personne qui est pris 
autant de part que moy à la perte que vous veunez de faire 
de Mme la mareshalle de Guaibrian. Je vous assure que 
je Tay sentie come sy s'etoit pour moy mesme et qua près 
avoir songes très Ihontams au sirconstances de ce maleur et 
come quoy il arive a contre tams je me suis représenté sant 
fois lefroy et TafQicsion que vous aurois eu de vous estre 
treuvé présante dans un maumant sy funeste et sy affreux, 
car il est sertin que la mort est orible et surtout lors que 
Ton la voit emporter ce que Ton aymc. Je ne croy pas qu'il 
y est rien de sy sansyble ny de si cruele ; sela m^est arrivé 
sy souvant que j'an puis parler come sça vante, et depuis que 
vous estes partie je n'ay pas eu d'autre obiet devant les ieux: 
je soitte que celuy que vous avez eu n'est pas de suitte s'y 
facbeuses que celle que je resans, car anfin je suis abatue et 
malade au point que vous ne me recognoitriez pas tant je 
suis chagrine et découragée. Je prie Dieu qu'il vous ex santé 
toutes ces misères et qu'il vous envoyé tout ce qui vous est 
nésessaire. Je voudray bien que vous usiez quelques comi- 
sions à me donner dans le peu de tant que je resteray icy, 
car je les feray de tout mon cœur quoyque je ne sorte point 
des bains d'où je vous écris : je feray cette efort pour l'a- 
mour de vous. » 

La lettre suivante est de la duchesse de Choiseul; elle est 
des plus touchantes : elle est datée de Ghanteloup, le 21 
septembre 1771 : 

(1) Catherine Nicolai de Goussainville, femme du marquis de Vardes, 
gooremeur d*Aigues-Mortes, frère de Renëe de Bec-Crespin, veuve 
alors da marëchal comte de Guëbriaut^ morte à Périgueux le 2 sep^ 
tembre 1659. 



k BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

« Ecoutez-moi, malheureux père, malheureuse mère, écou- 
tez-moi : je plains et partage votre douleur et je suis peut- 
être plus malheureuse que vous : il ne s'est pas encore passé 
un jour où je n'ai pleuré votre enfant, et je le pleurerai peut- 
être longtemps encore. Je me reproche sa mort dont cepen- 
dant on m'assure que je suis innocente : je crois sans cesse 
entendre une voix qui me l'a reprochée et vous n'avez que de 
simples regrets. 

« J'ai apris qu'en partant de Paris vous aviez regretté de 
ne m'avoir point laissé votre fils Louis jusqu'à l'arrivée de 
M. le comte de Chabot. J'ai cru devoir la légère consola- 
tion de vous donner cette petite satisfaction : je l'ai en- 
voyé chercher, il est icy, il s'y plait, il désire d'y rester et 
je désire de le garder. Je l'ai demandé à M. le comte de 
Chabot : s'il me l'accorde et que vous y consentiez je le gar- 
derai. On m'avait proposé pour remplacer mon pauvre Van 
Esele un jeune allemand qui est dans les gardes françaises, 
excellent sujet à ce qu'on dit, grand claveciniste et grand 
compositeur : il est tout formé : j'en aurai joui tout de suite; 
il ne m'en aurait coûté que la peine de le (j/c) demander son 
congé et le gage dont je serai convenu avec lui : avec Louis, 
s'il me reste, il me faudra perdre le tems ou je l'enverrai à 
Paris étudier sous quelque grand compositeur et former 
son goût chez Balbàtre (1) : j'ai à risquer tous les dangers de 
son enfance et ceux de sa jeunesse : qui pourra me répon- 
dre de ce qu'il deviendra à 15 ou 16 ans ? alors au mépris 
de tous les soins que je lui aurai donné, il me quittera peut- 
être, ou me forcera à le renvoyer. Eh bien, j'aime mieux 
courir tous ces risques, éprouver tous ces inconvénients et 
avoir votre fils, le frère de mon pauvre VanEsel {sic) : un al- 
lemand qu'on me propose est de son âge ; il me déchirerait 
le cœur dans tous ces ra ports avec lui et me déplairait dans 
tout ce en quoi il ne lui resemblerait pas. D'ailleurs il ne 

(1) Célèbre organisto, nc^ à Dijon en 1729, mort à Paris le 9 avril 
1799 : il était organiste de Notre-Dame. 



CHOIX DE LETTRES EVÉDITES. 5 

s'accorderait peut-être pas avec Naazy et votre 611e, et je 
ne les sacrifierai à personne, quoiqu'ils me soient devenus 
inutiles depuis la mort de leur ami qui seul pouvait me les , 
former. Cependant pour tirer parti de Nanzy je l'envoie à 
Paris étudier sou& les plus grands artistes pour apprendre 
à accorder et à racomnioder mes instruments, dont deux 
sons très-dérangés ; pendant le tems qu'il y sera, je lui 
donnerai un maître de violoncelle et un de basson \ d'après 
cela s'il veut travailler il pourra se fortifier ici dans ces deux 
instruments et j'exercerai M. Van-Esele à sa harpe. Si tous 
ces arrangements vous conviennent, monsieur, engagez vos 
en&nts à faire leurs efforts pour réparer la perte que j'ai 
faite; lisseraient biens cruelss'ils netacbaientpas,i1s doivent 
avoir pitié de moi, de ma douleur ; ils doivent être contens 
de mes procédés pour eux. Je suis bien malheureuse, oui 
bien malheureuse. Tous mes plaisirs se sont changés en 
tourments, la musique que j'aimais tant et que je ne veux 
ni ne doit abandonner fait aujourd'hui mon supplice ; tout 
me la rapelle et rien ne la remplace; ah! mon Dieu.... 
comptez à jamais, monsieur, sur ma sincère affection. ■ 

Nous avons raconté la vie de Catherine-Charlotte de hi 
Trémoille, princesse de Condé, en la justifiant, espûions- 
nous, de l'odieuse accusation formulée contre elle, d'après 
une correspondance conservée dans les riches archives de 
M. le duc de la Trémoille (1) : voici une lettre d'elle adres- 
sée à son cousin, le vicomte de Turenue ; elle n'est pas 
datée : 

a Mon cousin, vous m'avez infiniment obligé de m' avoir 
mande de vos nouvelles par M. du Plesis (2) et de l'assu- 
rance que vous me donnez dr confiance que je dois prendre 
en luy : je m'assure que me faisant ce bien de m'aimer 
comme vous faites que vuns ne me donneriez autre avy que 
ceulx que jugez m'csire les plus propres. Je les suivray 

(1) Un Tolarae in-18, Parii, Didier, 1872. 

(2) M. du PleMis-Momay. 



5 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

toujours soit en cela ou an aultre occasion. Je lay veu au- 
jourd'huy et je Tay antretenu une bonne heure , se n'a pas 
esté sans parlei- de vous et il m'a fort édiiïié en tous les dis- 
cours que j'ay eu avec luy ; j'essayray de laquery et le 
conserver comme il le mérite ; ce n'est pas peu d'estre as- 
seuré de la bonne volute d'ung si honneste homme qu'est 
celuy-là. Je me réjouissois infiniment de vostre venue en 
vos cartierSy mais je crains extrêmement de n'avoir ce bon 
heur; quelque chose que ce soit vous pouvez toujours dis- 
poser de mon service auttant que de ce qui vous est le 
mieulx acquis. Votre obéissante et plus fidelle cousine à 
vous ser>'ir. » 

C'est encore une princesse de Condé qui va nous entre- 
tenir ; celle-ci est Fortunée d'Esté, petite-fille du Régent : 
elle est datée du 15 novembre 1778. 

« Madame de Lamballe étant venue chez moy hyer au 
soir, je n'ai pas perdu un moment pour l'informer, Mon- 
sieur, de la conversation que je venais d'avoir avec vous, 
et du désir que \ous aviez d'obtenir au moins la pron^esse 
formelle du cordon bleu, puisque vous ne pouviez pas espé- 
rer le commandement d*uue légion, le roi ne voulant point 
en créer de nouvelles. Ma nièce m'a promis de solliciter 
vivement la protection de la reine pour vous procurer cette 
grâce, et je lui ai remis eu conséquence tous les papiers que 
vous m'aviez laissés entre les mains pour qu'elle puisse 
mettre sous les yeux de S. M. tout ce qui prouve les droits 
que vous avez aux grâces et aux bontés de S. M. : ayant vu 
ensuite par la lettre que vous m'avez écritte ce matin les 
demandes que vous formez dans le cas où celle du Cordon 
Bleu n'aurait pas de succès, j'ai pensé comme vous qu'il 
sera à propos que vous adressiez un mémoire à la reine 
dans lequel vous lui exposerez directement vos services mi- 
liuiires, les promesse du feu roi, les dégoûts que vous avez 
éprouvés jusqu'ici, enfin tout ce que vous jugerez capable 
d'engager S. M. à s'intéresser à vous. M* de Lamballe que 
je viens d'en prévenir est du même avis que moi. Elle se 



CHOIX DE LETTRES INEDITES. 7 

cbar^^e de la présenter à I& reiae et ne fera aucune démar- 
che avaot de Tavoir reçu. Je me flatte, Monsieur, que vous 
êtes bien persuadé de l'intérOt avec lequel je suivrai cette 
affaire, trop heureuse de pouvoir dans cette occasion vous 
donner une preuve convaincante de la parfaite esdme que 
j'ai pour vous. ■> 

Place ensuite à la Grande Mademoiselle : 

" Come je croy, Monsieur, que vousaurez fait une partie de 
vos afaire depuis le temps que vous este partie d'issy et que 
c'est ce qui vous a empesché de vous souvenir de vos amis, 
j'espère que vous orez présentement Je temps de leur es- 
cripre, cela vous délassera des afaires où vous estes em- 
ployé et vous ne serez pas fasché de savoir des nouvelles 
d'un pats où vous avez desja beaucoup d'amis et beaucoup 
de monde qui vous estime. Je commenceray par vous dire 
que M' la duchesse de Lesdiguières vostie parente est dans 
une très-grande dévotion : son (ils croit beaucoup et est fort 
joly. Je croîs que dans quelques années vous le pouray voir 
en vostre païs. Ny par sa naissance, ny par son grand bien, 
il ne vous fera pas honte. Le roy a fait des merveilles pour 
)a destruction des huguenots et il y a fort bien réussi, come 
vous le vairay par toutes les gazettes. Il prend aussy un 
grand soiag de resjouir la cour par des choses magnifiques. 
Il fit la semaine dernière deux loteries magnifiques : il y 
donna cinq lots qui valoient 20 OOÔ francs. La segonde l'es- 
toit davantage. 11 y avoit 13 000 billets que chacun tiroit 
pour son argent à 20 sols le billet. I^Iais par dessus les 
13 000 francs de ardes qu'on avoit acheté des marchans le 
roy donna sing ]ois qui valoit vint mil francs. C'estoît des 
pendans d'oreilles de perles et de diamans : une table d'e- 
meraude et de diamans et une montre de diamans ; le 5* 
lot, je ne m'en souviens plus : il y avoit beaucoup d'argen- 
teiîe : je gagné une très-belle aiguière bien pesante et bien 
travailliée. La pi'esse estoit si grande que l'on ne s'y pouvoit 
tomer. Il y en on», à ce qu'on dit, encore deux, se sera de 
l'argent : il y ora un lot de 50,000 livres. Voila toutes mes 



8 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

nouvelles. Mme de Guise est en retraite chez Mme de Mira- 
mion. Je lalay voir hier, gi retourne demain, elle en sortira 
dans deux jours. Je suis avec ma sœur ainée dans la der- 
nière perfection : il n'y a point d'amitiés qu'elle ne me fasse. 
Si je la croyois je serois toujours avec elle. Ma sœur de 
Guise y est asé mal et c'est moy qui mest la pais : elles 
sont fort brouillées pour quelque jalousie ; on dit qu'elle a 
fort envie de se raccomodé. A dieu, Monsieur l'abé, croyez- 
moy toujours votre amie. 

Montmartre, 16 février (1686). 

« A M. l'abbé de Gondy à Florence. » 

Voici une jolie lettre d'une des femmes les plus spiri- 
tuelles du XVII' siècle, Mademoiselle de la Vigne, adressée 
le 17 mai 1665 à Huet, l'ami, tout docte prélat qu'il était, 
de toutes les précieuses du temps : 

« Je veux bien. Monsieur, vous faire le plaisir de vous ad- 
vertir que je viens d'écrire une lettre fort grondeuse à 
M. du Mesnil, mais de peur que vous ne vous laissiez trans- 
porter à un excès de joye qui seroit indigne d'un sage com- 
me vous, je suis bien aise de vous a prendre en mesnie 
temps que ma colère n'est qu'une feinte, et que je suis 
aussi peu faschée des douceurs qu'il me dit que de la nou- 
velle amitié qu'il s'est faite. Et pour marque de cela vous 
m'obligerez fort de lui dire que je lui permets de m' envoyer 
douze autres lettres aussi galantes que celle qu'il m'a es- 
cripte et d'aimer vingt-cinq jeunes et belles personnes à la 
fois, si lecœurluy en dit. Pour vous. Monsieur, je n'ay point 
d'advis à vous donner là-dessus. Je say que vous en faite 
parfaitement bien vostre devoir et j'ay appris de bonne part 
que vous n'usez pas vos petits rabats à Caen. Vous pouvez 
bien penser que je n'ay garde de blâmer vostre conduite, 
moy qui n'ay pas le cœur de condamner celle de M. du 
Mesnil : faites donc en province tant de malheurs qu'il vous 
plaira ; j'en seray ravie pourvcu que vous me fr.Fsiez la 



CHOIX DE LETTRES EVÉDITES. 9 

grâce de croire que je suis 'vostre très -humble ser- 
vante. 

De la. Vigne. 

Ce 17» de mars 1665. 

tt A M. Huet. » 

Voici une lettre très-intéressante par les détails qu'elle 
renferme, adressée par Tincomparable Julie d'Angennes, 
duchesse de Montausier : 

a Monseigneur, 

a Quand je ne serois pas obligée de vous escrire pour vous 
rendre très-humbles grâces de l'honneur de votre souvenir, 
j'en orez pris la liberté pour dire les nouvelles de nostre 
voyage quy a esté le plus agréable du monde. L'on a resu 
M« vostre espouse par tous les lieux où elle a passé avec des 
témoignages d estime et d'affection incroyable. Monsieur 
vint à Blois exprès : nous avons veu sa metresse à Tours, 
quy ne vous depleroit pas sy vous la voies par une porte, 
car dans un cabinet, je croy s'il m'en souvient que vous y 
avez veu autre fois d'aussy jolies filles qu'elle. J'ay aussy eu 
une granJe conversation avec M* de Chevreuse : elle est 
bien plus sérieuse que vous ne l'avez veue. Je pense que l'é- 
tude de la théologie où elle s'occupe maintenant, en est 
peut-être cause. Pour se peïs je ne vous en puis aprendre 
de nouvelles que je n'ay veu les possédés de Loudun : il n'y 
a rien de si beau que cette maison ; nous n'avons pas seu 
nous empêcher de vous y souheter déjà catre ou six fois, tt 
d'avoir plufi d'égart à nostre plaisir qu'au bien public. Con- 
servez-moy, Monseigneur, l'honneur de vos bonnes grâces 
comme à la plus alTectionnée : vostre très-humble et très- 
obéissante servante 

duchesse de Montausiers. 

Ce 2« sentembre (1657). » 

Lettre écrite par Mme de Montespan et sa sœur, la spiri- 
tuelle abbesse de Fontevrault, à Huet : elle est datée de 



10 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Tabbaye, le 24 octobre 1693 : le commencement est de la 
marquise : 

« Sy nous pouvons parvenir à ce que vous souetez, je me 
m'etre dans des grande colère contre vous de tous les doutes 
que vous me faitte paretre, mais tant que lafaire sera in de 
sise je ne puis que soueter et travailler pour la conduire à 

bonne fin, soiez donc persuadée que tant que j^ay 

déjà fait tout ce que j'ay pu croire de mieux et que mes 
souhaits sont tels qu'il ni a rien dont je ne voudrois achep- 
ter le plésir de vous avoir pour voisin . » 

Puis le post-scj'iptum de Tabbesse : 

« Je ne vous écris point pour ne vous pas fatiguer de deux 
lettres d'ici en mesme temps, de plus on n'ose s'expliquer ; 
je vois que les désirs ne sont point refroidis depuis un an 
et qu'on fait sincèrement tout ce que l'on croit utile par la 
connoissance qu'on a du monde à laquelle il me semble que 
l'on doit se fier. Mon solliciteur continue ses soins et à 
de bonnes espérances : il me Técrivoit encore hier. Croyez, 
Monsieurs, que personne ne vous honore plus que je fais. » 

Les lettres de Mme de Motteville sont très-rares ; en voici 
une fort curieuse adressée à M. de Pomponne à l'occasion 
de sa disgrâce : 

« Je courus chez vous, Monsieur, aussitôt après que mon 
laquais me dit vous avoir veu à l'hôtel de Nevers, mais je ne 
vous trouvois plus et vous veniez de partir. Je pense que 
vous avez assez bonne opinion de moi pour croire qu'ayant 
l'honneur de vous congnoistre, je sens comme je dois Testât 
ou vous estes, car il est impossible de vous estimer autant 
que je fais sans m* intéresser à tout ce qui vous touche. Le 
malheur suit ordinairement la vertu, et je pense que Dieu 
veut cela pour faire voir que qui le possède est si riche et 
doit estre si content qu'il ne doii pas se soucier de tout le 
reste. Si vous pouviez avoir Madame votre femme auprès 
de vous je ne vous plaindrois pas tant : je la trouve fort 
afQigée et la pauvre Mlle Lavocat est dans un estât pitoya- 
ble : elle vous ayme plus que tous ses enfants ensemble et 



CHOIX DE LF.TTRES INÉDITES. 11 

elle a besoia que vous la consoliez vous-mesrae de vostre 
exil. Je n'oublieray rien selon mes petites forces pour tra- 
vailler à Tacourcir et ra'estimeray fort heureuse de vous 
pouvoir faire congnoislre qu'en fesant profession de renon- 
cer à la tendresse, j'en ai pourtant autant que je dois pour 
mes amis, et pour les personnes d'un aussi grand mérite 
que vous. 

« Je suis vostre très-humble servante 

« F. B. de Mautbvillb. 

« A M. de Pomponne. » 

(Février 1662.) 

Marie-Louise de Gonzagne, fille du duc de Nevers, reine 
de Pologne (1612-1667), envoie au duc de Gramont, de 
Dantzick, le 9 avril 1660, une lettre remplie de détails his- 
toriques bons à recueillir : 

« Je resu h. lettre que vous m'avez escrite de Pau : je crois 
que selle -sy vous trouvera au retour de toute vos cérémonie 
et résouisance ; jan atant avec impatiance les relations pour 
voir sy cela me divertira. Ce n'est pas la mort du roy de 
Suède qui cose nos chagrins, mes lenportunité de ses cou- 
misere qui se sont relâchés de leur fâcheuse demande, mes 
chicane sur toutes les paroles tellement que nos traités sont 
encore sans conclusion. Desnoier ne l'avoit-il pas bien pré- 
dit que set inconmode personnage ne viveroit guerre ? les 
Suédois qui sont isi confese qu'il estoit insuportable, capable 
de ruiner leur païs : beaucoup de vice et ses vertus n'aloit 
qu'à la destruction : la mesme nuit de sa mort, il se fit une 
clarté et un bruit en 1er entièremant extraordinaire, je pancé 
qu'il voulut en passant dire adieu à la Prusse qui luy avoit 
este sy chère : enfin Dieu nous donne la paix partout. 

« L'on me mende de Paris que M« de Langeron estoit gou- 
vernante des petits d'Orléans ; sy set affaire réusit sela la 
consolera de ses autres affere. Ses parans vetile qu'elle fasse 
aveuglement ce qu'ils dessire sans s'informer sy la posibilité 
i est et sy sa satisfaction sy trouve : elle me paroit bien ré- 



12 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

solue à ne se pas cnbarquer plus avant sans de bonnes co- 
tions : la desclaration que vous me mandez que Ton a faitte 
à sa sœur ne la touche pas beaucoup : elle ne met pas sa sa- 
tisfaction dans les autres et enfia el voit fort bien que sy le 
parlement s'oppose, comme vous dites, elle trouvera une 
autre juridiction et soies asuré que le seul amour du bien 
laffera agir, que les menace de quelque nature qu'elle soit 
n'auront aucune forse ; soies encore asuré que le tams passe 
plus que Ton ne panse et sy vous vous souvenez d'une partie 
de se que je vous ay escrit vous y trouverez de coi ieustifier 
ce qui arrive. La conduitte de nostre bonne amie la mer a 
esté peu favorable au fantoni {sic) : japrand qu'il n'est pas 
encore à Lubec et il i a 1 semcnnes qu'il est parti : je impa- 
tiance qu'il vous voie pour vous instruire des nouvelles de 
se pais isi. Je vous prie de ne me point oublier. » 

II 

Nous commencerons la série des lettres d'hommes par 
une suite de lettres de haut intérêt : elles émauent de 
M. d'Argenson, marquis de Paulmy, célèbre bibliophile, 
académicien et alors ambassadeur en Pologne. Elles sont 
adressées au président Hénanlt et renferment une foule de 
détails inédits et précieux pour l'histoire anecdotique de 
cette époque. 

c Varsovie, 2 novembre 1760. 

« S. M, Prussienne a trop d'affaires à présent, mon cher 
confrère; il garde vos lettres trop longtemps; il n'y a que 
huit jours qu'il m'a renvoyé avec son contreseing celle du 
28 août : ainsi je vons prie pour que je reçoive plutôt de 
vos nouvelles de me les adresser dorénavant par la poste 
sous première enveloppe à M. le comte de Choiseul, ambas- 
sadeur à Vienne, 

« Vous parler de tout ce que vous me mandiez au mois 
d'août pour que vous le lisiez au mois de décembre, cela 



CHOL\ DE LETTRES INÉDITES. 13 

serait trop ridicule et ressemblerait à cet lionmie silencieux 
à qui son compagnon de voyage voulait faire remarquer en 
sortant de Paris que les bleds étaient beaux et qui ne s'a- 
visa qu'en entrant à Lyon de répondre qu'ils étaient bien 
verds. 

«Vous parler d'ici et du tripotage républicain de la Polo- 
gne, ce serait vous parler une langue aussi inconnue que 
bonbons pour vous. Je vous dirai donc en deux mots que 
je me porie bien et Mme de Paulmy aussi : que comme nous 
nous intéressons fort à votre santé, nous vous prions fort de 
nous en donner des nouvelles et d'ajouter tout ce que le 
paîs que vous habitez fournit de nouvelles intéressantes 
pour un Français expatrié. En revanche nous ne vous ren- 
drons rien de la Pologne qui ne fournit pas matière à ré- 
pliquer. 

« Mme du Defiand vous aura sans doute communiqué ma 
dernière réponse : elle me fait une proposition folle et je 
l'ay prise au mot aussi follement et peut-être plattement, 
vous en jugerez. Mon oncle m'écrit, le 4 octobre, qu'il se 
porte assez bien, mais qu'il se trouve pesant : je n'aime pas 
cela. Ses enfants et la nièce qu'il attend ne l'allejeront pas : 
heureusement il a ses livres. Nous nous réjouissons ici du 
succès de M. de Castries : cela remontera-t-il le duc de 
Broglie ? 

« Adieu, mon cher confrère, je vous embrasse de tout mon 
cœur et je vous exhorte à continuer et à perfectionner sans 
moi le manuscrit que vous m'avez lu autrefois et qui roule 
sur le meilleur de mes amis après mon oncle et le meilleur 
des siens après moi. Cela sera important à lire pour tout le 
inonde et touchant pour moi. » 

« A Varsovie ce 16 noYembre 1760. 

« Vos lettres m'arrivent si tard et si inégalement, mon cher 
confrère, que je ne peux plus compter quand je les reçois, 
et que j'ay honte de dire quand elles ont été écrites : celles 
auxquelles je vais répondre sont du 17 septembre et du 18 



U BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

octobre, et cependant je les ay reçues presqu'en même temps. 
Ne me plaignez pas trop de la Diette, elle a été assez courte 
pour ne me ruiner qu'à moitié, mais plaignez la Pologne 
qui ne peut pas en voir finir une et qui la voit toujours se 
rompre de meilleure heure : celle-ci n'a vécu en santé que 
trois jours et elle en a encore été quatre à Tagonie et puis 
le jour qu'elle a été enterrée tout le monde s'est avisé de 
s'apercevoir que c'était un grand malheur et ceux qui l'ont 
fait rompre en ont été au désespoir douze heures après qu'il 
n'était plus possible d*y remédier. Mais je romps le serment 
que j'avais fait de ne vous point parler d'affaires : rentrons 
dans les balivernes et ne disons mot surtout de l'affaire de 
Torgau. 

« Que dittcs-vous des petits couplets que Mme de Deffant 
m'a fait faire d'ici pour Mme de Beau va u ? Cela n'est- il pas 
admirable qu'on ait un chansonnier à Varsovie ? Aussi si 
l'on n'y faisait pas des chansons sur Paris, qu'y chante- 
rait-on ? 

« J'attends Tancrède et le czar Pierre, mais, hélas, quand 
les belles choses arrivent-elles ici ? quand elles sont sues 
par cœur à Paris et déjà traduites à Londres ! Je suis fâché 
que le prince de Noisy n'ait pas réussi. 11 m'avait fait plaisir 
à Versailles et à Bcllevue, mais je sens bien que cela a paru 
mince. Nous nous italianisons tant en musique, nous nous 
anglaisons tant en religion, nous nous {sic) tant en politique, 
nous nous subtilisons tant en finances et en commerce, nous 
philosophons tant sur toutes sortes de matière que je ne sais 
ce que nous deviendrons à la fin. J'ai des nouvelles des Or- 
mes : il parait que mon oncle se porte bien et qu'il est tou- 
jours aux Ormes en famille. Heureusement il y a des livres 
à arranger. Je voudrais bien qu'il nous y eust de plus vous et 
moi. Je suis très-fachéde ce que vous me mandez del'indis- 
position de Mme de Castelmoron, mais elle sera guérie il y 
a longtemps lorsque vous recevrez cette lettre et pourrez 
l'assurer de mes respects : n'y manquez pas, je vous en sup- 
plie. 



CHOIX DE LETTRES INEDITES. 15 

« J'ai pris enfin la liberté d'écrire à la reine pour lui annon- 
cer le succès d'une sollicitation que j'ai faite en faveur d'un 
neveu de Mme de Talmont. Je vous prie de me marquer si 
S. M. a reçu ma lettre avec sa bonté ordinaire et de me 
ménager toujours pour ses bontés en me mettant aux pieds 
de S. M. tant que vous en trouverez Toccasion. 

« Adieu, mon cher confrère, je vous embrasse : je ne suis 
pas trop gay aujourd'hui : j'ai mal dormi, je suis enrhumé : 
il commence à faire bien froid et j'ai bien aussi quelquefois 
quelques petites choses en tête qui la chiffonnent ! » 

t Varsovie, 6 décembre 1760. 

« J'ay reçu, mon cher confrère, votre lettre du premier du 
mois dernier : la conversation que vous avez eue avec 
Mme de Pompadour sur le chapitre de mon oncle est le du- 
plicata de plusieurs conversations que j'ay eue sur le même 
objet avec elle-même : vous pouvez même vous souvenir que 
je vous ay conté tout cela dans le tems : il serait question 
de la désabuser de ce qu'elle croit que Ton intrigue toujours 
ou de la persuader que l'on n'intriguera plus. Mais vous 
savez combien les preuves négatives sont difficiles surtout 
quand on ne communique pas toutes les accusations en 
originales. Cette malheureuse prévention où Ton est qu'il 
intrigue, vous fera faire encore bien des voyages aux Or- 
mes. Quant à l'embarras où vous êtes sur ce que vous devez 
rendre à mon oncle de cette conversation, je ne peux que 
vous donner pour conseil mon exemple, j'ay eu même con- 
versation et je n'en ai rendu à mon oncle que ce qui pouvait 
loi être utile sans le mettre au désespoir. Je lui ai toujours 
promis de revenir à la charge tant que je serais à portée et 
je l'ai fait tant que j'y ai été, quoique j'aye vu dès le pre- 
mier moment toutes les difficultés du succès, je l'ay sou- 
tenu honnêtement et sans le tromper d'un peu d'espérance 
parceque il ne faut jamais l'oter aux honunes qu'on ne veut 
pas accabler. Voila ce que j'ay fait et ce que je peux con- 
seiller en gémissant sur le peu d'espérance que j'avais et 



16 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

c'est d'après ce peu d'espérance que je me suis résolu à m' ex- 
patrier, car si j'avais espéré d'être utile à mon oncle, jamais 
je n'aurai perdu Versailles de vue, dussé-je y être traité 
comme un page après y avoir joué le rôle principal. 

« Quant à moy je suis charmé que Mme de P. et M. de 
Choiseul en dise et en pense du bien. Le dernier m'a envoyé 
ici faire un fichu rôle et il ne se met pas beaucoup en peine 
pour me le rendre moins désagréable, mais j'ai, grâces à 
Dieu, provision de sang froîd, de courage et de patience. 
Veillez toujours, je vous en prie, à savoir si Ton continue 
à être content de moy. Je me flatte de faire tout ce qu'il 
faut pour cela, mais ce n'est pas tout de bien faire. Cette 
lettre-ci ne passe pas par la poste, aussi je vous y parle assez 
clair. 

a Ne m'oubliez pas auprès de mesdames de Sechelles, de 
Castelmoron, du Défiant, et de Mirepoix. Auriez-vous moyen 
de pénétrer si M. le Dauphin et Mme la Dauphine sont 
contents de moi. » 

« Varsovie, 15 avril 1761. 

a Mon cher confrère, il va s'assembler ici une Diette ex- 
traordinaire qui sera peut-être fort tumultueuse, peut-être 
heureuse, peut-être infructueuse, mais en attendant on 
parle, on fronde, on menace, on critique, on chamaille, 
on dine à crever, on boit à mourir, on s'adresse à l'ambas- 
sadeur, on le prie de faire entendre raison aux uns et aux 
autres et puis quelquefois on est fâché quand il dit qu'on 
ne sait ce qu'on fait : on lui fait cent rapports et cent autres : 
au milieu de tout cela pourtant il joue un rôle et même 
assez beau. Je voudrais que vous vissiez ce train-là, mais je 
voudrais bien qu'il fut fini, car il me fatigue et m'empêche 
de vous écrire comme je voudrais. J'ai pensé sauter en l'air 
moy 20' et Mme de Paulmy aussi : au moins c'était une pe- 
tite conspiration des poudres qui aurait fait des vacances en 
Pologne et une ambassade à donner en France, mais la 
poudre a pris feu trop tôt et il n'y a eu que deux hommes 



CHOIX DE LETTRES INÉDITES. 17 

blessés. Noos sommes arrivés le coup étant part! et nous en 
avons été pour dîner fort tard et fort mal. Le jour et len- 
demain cela a fait une grande nouvelle, et puis on n'en 
parle plus et j'ai diné hier au même endroit ; la chambre 
qui a sauté est racomodée tant bien que mal et c'est partie 
remise, si non pour moi, au moins pour ceux à qui on en 
voulait. 

> I^ ministère de la guerre de M. de Choiseul commence 
bien glorieusement, Dieu en soit loué ! Je suis témoin que 
celui des Affaires Étrangères se soutient de même. Je n'ai 
lu ni roman de Rousseau, ni Moeurs du temps, ni Sobieski ; 
je ne lis que la Diette prochaine et les institutions de Polo- 
gne jusqu'au moment où j'irai lire avec vous vos mémoires 
et vous consulter sur les miens. <• 

«Du 16 janvier 1762. 

Il est sûr que M. le Duc de Choiseul opère des mi- 
racles pour la marine : l'affaire d'Espagne en est un autre 
pour la politique, et si lui et Monsieur son coufin font la 
paix en Allemagne, ce sera te troisième et le plus beau. 
Après cela nous empêcherons bien les Anglois d'avoir l'em- 
pire universel sur mer.... « 

I Du 29 mai 1762. 

a .... Vous avez raison, le czar pourrait se rendre l'arbitre 
de l'Europe, c'est peut-être même ce qu'il voudrait être, 
mais it s'y prend mal. 

■ Pour nos pauvres jésaites, on dira bientôt d'eux en 
France Fuere; mais est-il étonnant qu'ils succombent sous 
les jansénistes qui ont perdu Pascal et Arnaud, puisque les 
jésuites ont aussi perdu leurs grands hommes. Quand il y en 
avait de part et d'autre la victoire se balançait : à pré.'^ent 
qu'il n'y en a plus d'aucun coté, c'est à qui tombera le pre- 
mier, et le jansénisme eipirant entraine dans les enfers la 
compagnie sans crédit, sans force et sans conduite.. .. n 

t Iii juillet 1762. 

■ Je suis aussi sensible que vous à la perte des jésuites, et 
j'en sens également toutes les conséquences : c'est l'effet et 



18 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

la suite d'un système dont il y a long temps que je sens le 
danger, mais taisons-nous. . . » 

« Varsovie 18 décembre 1762. 

«Trouvez bon, mon cher confrère, que ce soit vous que je 
prie encore pour Tannée prochaine de présenter à la reine 
mes hommages. J'espère qu'elle les recevra toujours avec 
bonté, et qu'elle vous chargera de me le mander, si elle ne 
me fait pas F honneur de m'en assurer moi-même. 

« Je n'ai pas pu résister à une tentation dont je vous priray 
aussi de demander pardon à là reine, quand vous aurex 
reçu deux petits tableaux, que je vous envoyeray par la pre- 
mière occasion, mais qui quoique de taille médiocre ne peu- 
vent pas entrer dans une lettre. Ce sont deux hermites qui 
m'ont paru de si bonne main et si dévots que les ayant 
trouvés ici à vendre à bon marché, je n'ai pu m'empéchcr 
de les acheter pour vous les envoyer afin de les présen- 
ter à la reine. Ils sont dignes de figurer avec ceux que 
S. M. copie. Ne vous imaginez pas du reste que c'est là un 
trait de politique ministérielle pour faire souvenir la reine 
qu'il y a plus de deux ans qu'elle m'a fait espérer un Père 
du désert copié de sa royale main. Je sais bien que je lui 
ofirirai toute une Thébaïde, où même les saints seraient de 
chair et d'os, et les arbres et les rochers en nature, que 
cela ne serait pas digne de la copie qui m'a été promise. 
Non et ce présent est très-désintéressé, mais si il faisait son 
effet, je serais plus content que ne l'étaient ces bons saints 
quand ils mouraient sur la paille et sur la cendre, car je 
crois que pour les croire bien aises il faut les prendre dans 
ces moments-là. Enfin vous présenterez mes saints, s'il vous 
plait, et ils m'obtiendront pai' leurs bonnes prières tout ce 
qu^il plaira à Dieu et à la reine. 

« Quant aux affaires de ce pays, elles me font bien autant 
de mal, je crois, cet hiver que la saison. J'entrevois par tout 
des abymes se creuser sous la Pologne. Heureusement 
qu'une partie des environs est bien minée aussi, et que la 



CHOIX DE LETTRES INEDITES. 19 

Russie est dans une furieuse agitation intérieure. Après 
avoir fait ma cour à la reine, voulez- vous bien la faire à 
Mme la duchesse de Luynes, à Mme la maréchale de Mire- 
poix, à Mme de Sechelles et à Mme du Defiand en atten- 
dant que je lui écrive moi-même. 

■ 

« Je vous embrasse tendrement. » 

Nous passerons ensuite à une lettre de Henri II de Mont- 
morency, maréchal de France, décapité en 1632. Cette 
lettre, datée de Luçon le 18 janvier 1626, paraît évidem- 
ment adressée au cardinal de Richelieu, et elle montre en 
termes assez clairs les velléités de rébellion, pour ne pas 
dire plus, qui germaient dans Tesprit de ce vaillant homme 
de guerre : 

« Monsieur, 

a Je fais profession d'obéissance au pouvoir. C'est pour- 
quoj la moindre connaissance de la volonté du roy m'a fait 
oublier mes indispositions et toute autre chose pour ne 
m^esloigner pas davantage de ceste armée. Je vous supplie 
très-humblement de vouloir tenir la main aux ordres que 
j'ay sy souvent demandé pour y faire subsister son service. 
Mes lettres jusques icy ayant esté sy peu considérées que 
j'ay esté obligé d'envoyer le sieur de Mirmont pour repré- 
senter de vive voix ce que l'on a escript et dont il est ple- 
neinent informé. Sy vous prenez la peine de l'ouir vous 
trouverez à mon avis tout ce que je demande aussi juste 
pour moy qu'important pour les affaires de S. M. qui ne 
m'ayant rien fait sçavoir de l'ordre qu'elle a donné pour le 
Lenguedoc, je renvoie le remersiment à l'onneur de vostre 
amy et vous auray une obligation très-certaine sy vous fa- 
vorisez la vive supplication que je luy ay réitérée par ledit 
sieur de Mirmont. Jatens ce témoignage de la bonne vo- 
lonté que vous m'avez promise, laquelle je crois avoir méri- 
tée sy la passion que j'ay pour vostre service et pour enestre 
digne et si vous me croies autant que je le suis vostre très- 
humble serviteur. ^ 



20 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Le cardinal de Tencin adresse le 22 mai 1744 au maré- 
chal de Richelieu une lettre qui contient des détails très-cu- 
rieux au sujet de la difficulté que causait sa présence au 
conseil en qualité de cardinal. Il y parle aussi de négocia- 
tions entamées pour amener la paix avec la Prusse. Le 
comte de Rottembourg, ancien ambassadeur de Prusse en 
Espagne, gendre de Mme de Parabère, après s'être ruiné 
au jeu, avait reparu à Versailles à ce moment en qualité 
d'agent secret du roi Frédéric, et n'avait pas tardé à pré- 
senter des conditions acceptables. Richelieu fut Tintermé- 
diaire. Un post-scriptum très-piquant révèle Texcessive ani- 
mosité de Mme de Tencin contre Maurepas. 

« Yoissi une petite addition pour vous dire que M. de Ges- 
vre montre une lettre de Tarmée où Ton luy dit que tout est 
en conclussion, que M. le maréchal (1) et vous n'êtes point 
d'accord, et que le duc d'Ayen déclare qu'il ne sait plus 
comment s'y prendre pour vous mettre d'accord. Vous sen- 
tez bien, mon cher duc, que ce sont des discours dont on 
vous rend comte et rien de plus. 

« J'avois écrit au roy sur ce qui s'est passé par raport aux 
conseils : j'ay reçu ce matin une réponse très-satisfaisante; 
il approuve ma conduite et avoue qu'on auroit bien voulu 
que j'eusse pris le party de ne point assister au conseil, et 
qu'il avoit dit à Maurepas qu'il falloit me laisser mon libre 
arbitre, parce qu'il craignoit qu'ayant la préséance comme 
cardinal, je ne fusse fâché de n'avoir pas la présidence : il 
ajoute qu'il est persuadé que je ne ferai jamais de fausse 
démarche. 

« Je fais partir un courrier pour porter au Maréchal de 
Noailles une lettre de Rottembourg qui a receu son courrier 
et qui demande les ordres du roi pour se rendre auprès de 
S. M. et signer le traité conformément au projet que nous 
lui avons remis, à très-peu de choses près qui ne doivent 
pas arrester. Le roi de Prusse écrit au roy, au maréchal de 

(1) De Noailles. 



CHODC DK LETTRES INÉDITES. SI 

Noailles et à Mme de Chateanroux qu'il ira voir demain et 
qu'il consultera par mon conseil sur la façon dont il parlera 
an roi. Je lui al déjà dit que je ne vonloïs en aucune façon 
qu'il parlât de moi et je sçay déjà que Mme de Cfaateauroux 
m'approuve et qu'elle pense qu'il ne falloit pas non plus 
qu'il parlAt du maréchal de Bellisle quoiqu'il eu eût l'ordre. 
Je connois la jalousie du maréchal de Bellisle et je n'ay 
point d'envie à l'exciter. Rottenbourg aura l'honneur de 
vous voir et comte que vous l'aiderez de vos consuls. » 

P. s. (de la main de Mme de Tencin} : 

■ La marine de Brest est dans un état déplorable, Maurepas 
ygètelecbatau jambes du chevalier de Camille (.rif) qui n'en 
peut pas davantage. Il semble que s'est sa &ute de ce que les 
vesseaux font eau et ne peuvent soutenir la mer. Faites 
donc chasser cet homme-là ! ■ 

Nous terminerons par une lettre de Benserade, adres- 
sée à Huet, de Paris, le 30 août 1690, c'esUà-dire peu de 
mois avant sa mort : les autographes de ce poëte précieux 
sont très-rares. 

• Monseigneur, jen'ay pas manqué de parlera Mme d'Ar- 
magnac (1) de votre affaire avec un peu plus d'empresse- 
ment que je n'aurois fait pour la mienne propre et elle a 
mesme voulu garder la lettre que vous m'avez fait Vbonneur 
de m' écrire pour s'en souvenir et pour y avoir plus d'atten- 
tion, et tout à l'heure elle vient de m'envoyerundeses gens 
d'affaires qui m'a dit mille choses U-dessus que je n'entens 
point et que je n'entendray de ma vie dans mes plus pres- 
sants intérests : il suffit qu'elle m'assure qu'elle aura tous 
les égards à ce qui vous touche en cette occasion par la 
seule estime de vostre personne, mais c'est un point qui est 
remis jusqu'à la saint Martin, et cependant il sera bon de 
voir s'il n'y a point moyen de l'acomoder. Pour moy quoi- 
que normand et passablement gueux, je n'entens ni chicane 

(1) Catherine de NeuTÎIle de Villerof , kiatne de Charles de Lor- 
rtine, comte d'Armagnac, grand écuyer de France, morte en 1707 



22 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ni procédure et je laisse aller mes afiaîres comme il plaît à 
Dieu, et me contente de sentir ce que mon ignorance me 
coûte là-dessus. Croyez bien que mon zèle ne s^endormira 
pas sur vostre affaire et que je suis tout à vous avec au- 
tant de respect que de vérité, c'est-à-dire infiniment. » 



CORRESPONDANCE 

DE MADAME DE KRUDENER ET DE JEAN-PAUL RICHTER. 



Cette curieuse correspondance u etc imprimée pour la première 
fois à Munich en 1863, dans un recueil en quatre volumes, pu- 
blié à l'occasion du centenairede Jean-Paul Richter(l). Jusque-là, 
les rapports de cet écrivain célèbre avec Tauteur de Falérie^ 
avaient échappé à tous leurs biographes. Quelques-uns avaient 
bien remarqué le nom d'uue Mme de Krûdner sur la liste des 
amantes poétiques de Fauteur d'Hespcrus, mais ils s'imaginèrent 
que ce n'était pas la même. (V. notamment Parisot, article 
Richter^ dans le supplément de la Biographie Michaud.) Cette 
opinion ne peut plus se soutenir en présence des lettres adressées 
par Julie de Krûdner à Jean-Paul, et vice versâ^ qui se trouven 
dans le troisième volume du recueil de i 863, et dans lesquelles il 
est longuement question de ytdcrie. Ces lettres, au nombre de 
onze, se réfèrent à l)eaucoup d'autres qui n'ont pas été rctrouvres,- 
ou (ju'on n'a pas jugé convenable de publier. Elles prouvent que 
vers la fin du siècle dernier, Julie de Krûdner, comme bien d'au- 
tres Allemandes sentimentales et incomprises, faisait sa lecture 
favorite des œuvres de Jean-Paul, et que |)cudant huit ans au 
moins, de 1796 à 1804, il a existé entre eux une liaison d'amitié, 
qui même aurait pu s'appeler d'abord d'un autre nom. 

Ils se virent |>our la première fois à Baireuth, dans l'été de 

(1) Denkwitrdigkeiten^ etc. (^Particularités remarquables de la vie de 
J. P. Richter, k vol. pet. iu-rj, publiés par £. Forster. Munich, 1863.) 



CORRESPONDANCE. 23 

1796. Déjà séparée de son mari depuis plusieurs années, Julie 
<le Kriidner faisait alors sur les bords du Rliin une excursion 
qu'elle comptait jiroloagcr jusqu'en Suisse, jtour se remettre des 
Eilîgues du précédent liiver parisien. Née dés 1766, bien qu'elle 
ne s'en vantât jkis, elle n'avai'. encore rien perdu de ses charmes, 
Id légèreté aérienne de s:i laillc et de sa danse, ses magnifiques 
cheveux d'un blond cendré, surtout ce cbarme pénétrant du re- 
gard qui devait chez, elle survivre à la jeunesse, lui avaient valu 
des conquêtes nombreuses, mais éphémères, parmi les incroyables 
du Directoire. Beaucoup étaient fi'appés, mais aucun ne mourait, 
et la plu|>art avaient même l'indignité de guérir assez vite! Ses 
reUitions avec Jean-Paul concordent précisément avec cette nou- 
velle phase de son existence, où les déceptions réitérées de l'a 
mour, et le pressentiment du prochain déclin de ses charmes, 
l'entraînaient à chercher, dans des régions plus éthcrées, de nou- 
Tdles émotions et d'autres moyens de faire des heureux. 

Ces lettres nous out paru dignes d'être traduites, parce qu'elles 
le rapportent à l'éjwque la plus curieuse et la moins connue de la 
vie de cette femme singulière, celle où s'accomplissait, non sans 
regrets et sans rechutes, la transition de la galanterie au m^sti- 
Gbme. 

Il faut dire encore que, malgré le ton d'exaltation passionnée 
qui règne dans cette correspondance entre un poète de trente- 
tpob ans et une poiUesse de ti-ente, il ne faut _v voir rien de gros- 
■ier, de matériel ; trois fois lionni soit qui mal y pense ! Ce ne 
■ont là que des feuK follets qui illuminent sans briller, ou, si l'on 
veut, un de ces amours platoniques dont le P. Lemovue dit sé- 
rieusement, dans son poème de Saint-Louis : 

Que, moins ils ont de corps, et plus ils onl de force. 

C'était dans ce style que les lecliices enthousiastes de Jean 
Psuil lui écrivaient d'ordinaire et qu'il leur repondait, et les vul- 
gaires humains qui tenaient à ces dames par des liens moins im- 
matériels, n'avait pas à s'inquiéter de ces llirtattons dans l'éther. 
Ceci |)eut nous [laraîtrc étrange aujourd'hui, et n'en est pas moins 
exact. Pendant plus d'un quart de siècle, Jean-Paul a exerce sur 
les Allemandes le même prestige que Jean-Jacques sur les Fran- 
çaises avant la Révolution. Sa plume infatigable faisait tout mar- 
cher de front: ses effusions avec Julie de Krûdner sont contem- 



■H>.- 



24 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

poraines d'autres lettres du même genre, adressées à des admira- 
trices non moins ferventes, notamment à la jeune et charmante 
femme d'un stolque magistrat de Weimar, qui n'en prit jamais le 
moindre souci. 

La première rencontre de Jean-Paul avec Julie, rencontre 
trop courte à leur gré, avait eu lieu à Baireuth au commence- 
ment d'août. A ])eine de retour à IIof,.sa résidence habituelle, 
Jean-Paul implorait une lettre de sa nouvelle amie, qui l'avait 
absolument fasciné. La femme qui, à cinquante ans, put subju- 
guer encore l'empereur Alexandre par la magie do sa parole et 
de son regard, pouvait bien a fortiori^ plus jeune de vingt ans, 
produire le même effet sur une nature aussi impressionnable que 
celle de Richter. Il lui écrivait : a Cette heure, pendant laquelle 
je vous ai entendue, descend à l'horizon, pareille à un beau cou- 
cher du soleil ; votre lettre en ravivera les couleurs î Vous avei 
paru et disparu comme un rêve ; et, depuis ce temps, je suis moi- 
même comme dans un rêve. Vous êtes du petit nombre des créa- 
tures privilégiées qui ont reçu l'étincelle divine en partage ; votre 
regard pénétrant embrasse à la fois le ciel et la terre. » Julie de 
Krfidner s'était plainte sans doute d'être trop rarement comprise. 
Jean-Paul lui disait, pour la consoler : a Les grandes vertus sem- 
blent des défauts aux yeux du vulgaire. C'est ainsi que les mers 
lunaires nous semblent des taches à travers l'immensité. » (Hof, 
22 août.) 

Voici la ré[>onse de Mme de Krûdner ; nous n*en supprimons 
que quelques redites et quelques phrases franchement inintelli- 
gibles : 

« Leipzig, 27 août. 

a Moi aussi, je garde de vous un souvenir ineffaçable. Vos ou- 
vrages m'avaient délicieusement émue, mais qu'est-ce que de vous 
lire auprès devons voir ? Jamais je n'oublierai cette heure où l'ex- 
pression de vos yeux, le son de votre voix... me représentaient la 
plus magnifique des harmonies : l'union de la science et du senti- 
ment. Je sais assez mal la langue allemande, et j'ignore si je m'ex- 
plique bien clairement. Mais vous me devinerez, car je vois avec 
un bonheur ineffable, qu'il vous a suffi d'un moment pour péné- 
trer dans les proHmdeurs les plus intimes de mon être. 

tf Qu'elle est douce, l'espérance de vous revoir ici, de vous ou» 



œRRESPORDAHCE. 25 

vrir mon cœur, de voua en dévoiler, sans orgueil et sans (ausse 
honte, les qualités aussi bien que les défauts ! Ce besoin impé- 
rieux d'entendre la vériic, de devenir meilleure, cet ardent désir 
de travailler au bonheur des autres, cet amour immense de l'hu- 
manité que je ressens en moi, que je retrouve dans vos ouvrages 
et qui m'en rend la lecture si chère, tout cela me prouve que, par 
vous, je deviendrai meilleure et plus heureuse... Et n'est-ce pas 
aussi quelque chose pour un philanthrope et un penseur tel que 
vous, de rencontrer un cneur aussi sincère que le mien, aussi 
dédaigneux des voluptés grossières, aussi sympathique au vdtre! 

" Mes fiiutes même ont contribué à former mon caractère. Mes 
faux pas niant appris h marcher droit ; le malheur m'a initiée 
aux nobles jouissances. Je n'ai été trompée que rarement, du 
moins par des êtres doués de quelque sensibilité. Mais j'ai eu sou- 
vent des piqûres d'insectes, et de bien douloureuses I Elles ont eu 
du moins cet avantage de me retirer le mauvais sang, celui que 
surexcite la raoindre offense, qui engendre le découragement et le 
dégoût de l'humanité ! 

a J'ai atteint le sommet de cette montagne, dont les esprits vul- 
gaires n'osent pas même rêver l'escalade. A cette hauteur, votre 
xwx ne m'arrîve plus que comme une vague harmonie, et même 
je cesse de l'entendre (1). Je vous dis cela sans orgueil. Ah ! je 
n'ai pas le droit d'être orgueilleuse, je suis encore trop impar- 
faite.... Mais je rends grâce à la Providence de m'avoir donné un 
corur dans lequel te souvenir de tout ce qui est grand et beau se 
conserve vivant ; qui a tant plané dans les hautes régions de l'a- 
mour, de la vertu, de l'amitié, qu'il ne lui est plus possible de 
végéter dans un monde inférieur. C'est ainsi que duns un petit jar- 
din sans horizon, j'avais toujours devant moi les Pyrénées, et je 
joignais les mains et je pleurais, croyant revoir leur cimes embra- 
sées des feux du soir (2], 

a Combien je regrette de ne pouvoir exprimer, décrire digne- 
ment tout ce qui est dans mon cœuri Je suis comme une mine 
d'or ay.Jit le sentiment de sa valeur, mais impuissante à se révé- 
ler. Je porte avec moi un trésor, et j'en vis ! Mais un philosophe, 
un homme de génie pourrait seul pénétrer jusqu'il ce trésor, reti- 

(1) Qu'eit-ce que cela veut dire? 

(2} Elle avait fait nu voyage daot les Pyi^née» an conmieiicemeiil de 
la RéroluticHi. 



26 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

rer mes pensées du l)erccau où elles sommeillent. C'est le privilège 
du génie de savoir ainsi comprendre et faire ressortir toutes les 
nuances morales, ressaisir dans l'ombre et faire resplendir tous les 
nobles sentiments. Aussi, je suis sûre que vous me comprenez, 
malgré mon langage défectueux. Je remercie la Providence de 
notre rencontre En m' écoutant, vous étiez ému jusqu'aux lar- 
mes ; celle qui a pu toucher ainsi un homme tel que vous, doit 
valoir quelque chose.... Venez, venez dès que vous le pourrez, 
j'ai hâte de vous montrer toute mon âme, de vous raconter toute 
ma vie. Surtout ne me jugez pas et après ce que d autres pourront 
vous dire de moi /... (précaution caractéristique). 

« Merci de cœur pour votre lettre. Elle charmerait quiconque 
a le sentiment du beau, mais moi, elle me transporte ! Puissent 
mes souhaits, mon amitié et les douces sensations que je vous 
dois, vous porter bonheur ! Souvenez- vous quelquefois que je ne 
vous oublierai jamais. » 

il y a là dedans bien de l'affectation et de pathos, mais aussi 
de la grâce et du sentiment. La comparaison de la mine dtor est 
ingénieuse, et tout à fait dans la manière de Jean-Paul. Mais Julie 
n'eût peut-être pas fait tant de frais d'éloquence, si elle avait su 
qu'au même moment son poëtc écrivait assez lestement à Charlotte 
de Kalb, la dame de Weimar dont nous parlions tout à l'heui'e : 
« Je viens de voir Mme de K. à Baireuth. Elle va en Suisse $e 
réchauffer dans les glaciers, » Qui trompait-on ici? Ou le poète 
était moins ému qu'il n'affectait de l'être, ou il voulait dissimuler 
ses sentiments à Charlotte. Cette deuxième hypothèse est plus 
vraisemblable, car Jean-Paul s'empressa de solliciter de Julie une 
seconde et surtout une plus longue entrevue. Mais pourquoi se 
voir à Leipzig, prosaïque séjour, où des visites d'importuns, et 
autres incidents vulgaires troubleraient à chaque instant les effu- 
sions des âmes, ce fractioimeraicnt en astres minuscules le soleil de 
l'enthousiasme !» Pour éviter ces inconvénients, et peut-être aussi 
celui de se déranger, il proposait à sa belle correspondante de 
venir passer un jour dans la i)etite ville de Hof qu'il habitait. Ils 
auraient ainsi l'occasion de poétiser à loisir; « elle pourrait, au 
gré de ses vœux, lui dévoiler sa vie entière, semblable à un paj'- 
sage, tantôt assombri par des nuées d'orages, tantôt illuminé du 
soleil.» 11 lui disait encore, faisant allusion à leur première entre- 
vue : ce Dans le fleuve de ma vie, vous avez fait surgir une île heu- 



CORRESPONDANCE. 27 

retisc, ne la laissez pas s'engloutir sans retour, faites comme Mil- 
toD, qui, après le Paradis perdu, donna le Paradis reconquis, a 
(Hof, 3 septembre.) 

Pal' une lettre du 9, encore d^iti'e de Leipzig, Julie acceptait ce 
rendez-vous philosophique et poétique. « Obsédée d'afraires désa- 
gréables, je n'ai qu'un moment pour m'entretenir avec vous, 
quand il me faudrait des heures, rico que pour vous peindre 
les sensations délicieuses que m'a fait éprouver votre dernière 
lettre. Mon enthousiasme pour toutes les choses nobles ou grandes 
que vous dépeignez avec tant de charme, les sentiments d'afTec- 
tion et d'admiration que vous m'inspirez justifient j>eut-&tre le 
àéàr que vous éprouvez de me revoir, désir que je partage. Oui, 
j'espère bien aller à Hof!... En attendant, vivez heureuï, au 
milieu des créations du génie le plus riche, le plus fécond et le 
plus sensible ; et puissé-je être digne d'être quelque jour natura- 
lisée tlans ce paradis ! » 

Ces derniers mots semblent indiquer que cette aimable personne, 
poseuse autant que sensible, et n'ignorant |>as l'habitude qu'avait 
Jean-Paul de mettre dans ses romans ses amis et amies, nourris- 
sait secrètement l'espoir de ligurei' dans un prochain ouvrage. 

L'entrevue projetée eut lieu, et fut des plus chaleureuses, si l'on 
en juge par les lettres suivnntes. On voit par celle de Jean-Paul, 
écrite quelques heures après le départ de la belle visiteuse, qu'il 
avait obtenu la promesse d'un portrait, et même quelque chose de 
[dus, une boucle de cheveux, qu'il aurait voulu « placer dans les 
constellations comme la chevelure de Bérénice ! » II se déclare 
jaloux de la Suisse, qui va lui accaparer son amie pendant deux 
longs mois. « El moi, disait-il, pendant tout ce temps, je n'aurai 
ricD de votre âme, absorbée par ces magniiiccnces alpestres; 
rien, si ce n'est peut-être un vague reflet de vos impressions... 
et je demeure tristement dans l'ombre projetée par une ligure 
céleste qui s'envole !.... » Il ]>arait même, par la réponse de 
Julie, que cette |>rcmière lettre avait été aussitôt suivie d'une 
seconde, dans laquelle Ricbter réclamait instamment une dernière 
entrevue avant ce cruel départ. Il était prêt à partir pour Bai- 
reuth, où Julie devait se trouver encore. Le charme avait pleine- 
ment <^ré ! 

Dans sa réponse, Julie proteste contre la jalousie de son ami. 



28 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

< Baireuth, 22 octobre. 

« Je reçois à l'instant votre dernière lettre, cher ami, et j'ai à 
peine le temps de vous écrire présentement quelques lignes. Je 
pars d'ici demain matin.... J'eusse été bien heureuse de vous y 
voir encore une fois, mais toutes les raisons possibles rrCen 
empêchent (1). 

« Je devrais être sérieusement fâchée contre vous. Gomment 
pouvez-vous croire que les beautés alpestres me feront oublier 
celui qui a si puissamment fasciné mon âme, celui que j'aime 
comme j'aime la vertu ! Vous êtes pour mon âme, cher Richter, 
ce que sera pour ma poitrine l'air si pur des hautes montagnes. 
Dans votre atmosphère, mon âme se sent allégée, rassérénée; les 
plus nobles désirs m'enflamment, les plus grands efibrts de vertu 
me semblent faciles. Et je pourrais vous oublier? Ah ! rassurez- 
vous î La nature elle-même, dont vous êtes jaloux, ne fera que me 
réfléchir votre image. En contemplant ses tableaux les plus impo- 
sants comme les plus enchanteurs, les fraîches et mystérieuses 
vallées, comme les glaciers colorés des feux du soir, vos descrip- 
tions se représenteront à ma pensée. Je me dirai : en le lisant, je 
pressentais déjà cette magnificence et ces charmes de la nature ; et 
cet écrivain de tant de cœur et de génie est maintenant mon 
ami!... 

« Adieu donc ! je pense vous écrire de Zurich. Si vous rece- 
vez mon portrait, vous retrouverez peut-être sur ma physionomie 
un reflet de votre belle âme, comme dans une eau limpide, le 
soleil retrouve son image. 

<c Adieu encore, mes yeux se remplissent de larmes. O mon 
cher Richter, Ne pourriez-vous donc pas venir en Suisse ? Quelle 
céleste joie ce serait pour moi de vous y recevoir ! Présentement 
je m'éloigne de vous, mais la main de l'amitié s'étend d'un pôle 
à l'autre. » 

Ce début promettait, mais ce n'était de part et d'autre qu'un 
beau feu de paille; et comme souvent il arrive, ce ne fut pas du 
côté de la femme que le refroidissement commença. Une première 
lettre de Julie (perdue ou supprimée] ne reçut pas de réponse; 
elle s'en plaignait doucement dans la suivante (Lausanne, 17 dé- 
cembre) : 

(1) Elle n'était pas seule..,. 



œRBESPONDANCE. 29 

« Quoi ! pas un mot de vous, clier Itichter, en réponse à ma 
lettre écrite de Constance ! Que faites-vous donc ? Ne pensez-vous 
pas quelquefois ii votre amie ? Slais je serais indigne des iieureux 
moments que nous avons vécus à Hof, si je pouvais croire, seule- 
ment une minute, que vous m'ayez oubliée. Et vous ? Pourriez-vous 
douter de moi ?.... Oh I comment pourrais-je être coupable d'un 
pareil oubli, cher Richter ; ici surtout, ici, ou mille fois j'aurais 
voulu vous voir partager mon bonheur i où je me dis si souvent : 
comme il sentirait profondément, lui, et comme il saurait décrire 
ce qui te rend si heureuse, mais que tu n'es pas capable 
d'exprimer ? 

B J'ai trouvé ici lu solitude que je cherchais. Je n'oublie pas 
pour cela l'humanité, mais seulement le labyrinthe du grand 
monde, cette mécanique impitoyable, que font mouvoir tant de 
vices grands ou petits. Je vis ici paisible, satisfaite, en présence de 
mon CŒur. Uélas ! les passions l'ont cruellement bouleversé ce 
pauvre cœur, et l'orage n'est pas Uni. Mais il n'a rien perdu de sa 
sensibilité pour les plus exquises beautés de la nature, de l'art, 
de la vertu, etc.; et j'en remercie lu Providence. Mais ce cœur, 
t'en liendra-i'il toujours à des réves inutiles? Où est son énergie ? 
Où sont Us actes qui me relèveront enfin vis-à-vis de moi- 

On croit démêler dans ce curieux passage, le pressentiment de 
la tentative d'apostolat religieux et social, qui devait occuper la 
dernière partie de sa vie. 

Elle priait aussi Bichtcr de a l'aimer toujours comme sa meil- 
leure amie », de lui écrire plus souvent, de lui indiquer l'époque 
où il viendrait admirer la Suisse avec elle. [On était alors à la Cia 
de décembre !) Enfin elle lui demandait a s'il était vrai qu'IIerder, 
dont elle lisait alors les ouvrages, filt devenu matérialiste. » 

Uais les absents ont toujours tort, et les absentes aussi. La ré- 
ponse de Jean-Paul, plus emphatique que chaleureuse, se fit at- 
tendre pendant plus de trois mois. « Je suis pour moi-même 
l'énigme la plus indécliiffrable, écrivait-il enfin pour s'excuser le 
3 avril suivant (1797). Je serais moins stupéfait qu'une statue de 
madone parlât, que je ne le suis de mon long silence. » Après 
quelques autres excuses embarrassées, il s'empressait de « se jeter 
à côté s, comme le Simonide de La Fontaine, se mettant sur le 
propos de son grand ami Herder, qu'il disculpait énergiquement 



30 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

du soupçon de matérialisme. « Son cœur, disait-il, est un soleil ; 
ses voies sont des voies lactées. Comment un tel esprit pourrait-il 
transformer le temple de la création en chapelle mortuaire de 
l'âme?... 5> Il protestait que le souvenir des entrevues de Baireuth 
restait gravé dans son cœur en traits de feu, mais déclinait posi» 
tivement le rendez- vous en Suisse, « ne sachant quand son travail 
forcé d'écrivain lui permettrait d'admirer, autrement qu'en ima- 
gination, ces scènes sublimes de la nature. » 

Il est probable que Julie fut médiocrement satisfaite de cette 
réponse de son poète, car leur correspondance demeura inter- 
rompue pendant près de quatre ans. Ce fut pourtant elle encore, 
qui, se trouvant de passage à Berlin au commencement de i 801 , re- 
prit cette correspondance. Elle revenait à cette époque d'un voyage 
d'affaires en Livonie, et n'avait garde de séjourner longtemps à 
Berlin qu'habitait alors son mari, ministre de Russie près la cour 
de Prusse. D'ailleurs, malgré ses aspirations contemplatives et 
mystiques, Julie ne se croyait pas encore à Fâge où il n'y a plus 
de fautes à commettre, et Paris exerçait toujours sur elle, pour 
des raisons fort diverses, une fascination qui devait se prolonger 
encore pendant plus de trois ans. 

Mme de Krûdner avait plus d'un motif pour se rappeler au 
souvenir de Jean-Paul. Depuis 1796, la réputation du poète 
avait singulièrement grandi. La première partie de son nou- 
veau roman, Titan^ venait de paraître; il obtenait à Berlin un 
succès d'autant plus grand, que l'ouvrage était dédié aux quatre 
filles du duc de Mecklembourg-Strélitz, dont l'aînée n'était autre 
que la reine Louise de Prusse, si célèbre par ses charmes, et plus 
tard par des malheurs trop bien vengés aujourd'hui (1). Louise 
était une des grandes admirations de notre poète ; tout récem- 
ment encore, pendant un long séjour qu'il avait fait à BerUa dans 
les derniers mois de l'année 1800, il avait (iguré parmi les con- 
vives intimes de Sdns-Souci, dont la reine avait voulu lui montrer 
elle-même les appartements. Les gazettes des principales villes 
allemandes avaient signalé sa présence dans la capitale de la 
Prusse ; les réclames de ce genre étaient alors bien plus rares, et 
avaient une bien autre portée qu'aujourd'hui* Tout le monde s'é- 

(1) On sait que Temperear d* Allemagne actuel est un des fils de Fré" 
déric-Guillaume III et de Loaisei 



CORRESPONDANCE. 31 

tait empressé de faire fèCe à l'auteur favori de la reine, et cette 
orconstance avait exercé une inQnence décisive sur la destinée de 
Jean-Paul, en rendant possible son union avec la belle et sensible 
Caroline Mayer, dont le père occupait un poste important dans la 
magistrature berlinoise (1). 

Mme de RrQdner, qui avait habite Berlin dans sa jeunesse et y 
avait conservé des amis, ne pouvait ignorer les succès de Jean- 
Paul dans cette ville, les progrès de sa renommée. L' amitié d'un 
tel écrivain ne pouvait que lui faire honneur, et même lui être 
fort utile, s'il lui prenait quelque jour fantaisie d'essayer du ro- 
man écrit, après tant de romans en action. D'ailleurs, l'une de ses 
prétentions favorites était de produire, sur tout homme et en tout 
lieu, des impressions inclTaçables, qu'il ne tenait qu'à elle de ra- 
viver. Elle se décida donc à renouer cette liaison ëpistolaire, et 
écrivit à Jean-Paul, le S janvier 1801 : 

« Jean-Paul ne peut m'avoir tout à fait oubliée. Il y a entre 
nous un lien que ne sauraient détruire ni le temps, ni l'éloigne- 
ment, lie charme de ces heureux souvenirs ne saurait être tout à 
fait évanoui. Vous m'aviez fait tant de bien!... Ni la Suisse et ses 
merveilles, ni les orages intérieurs, ni les jours plus tranquilles 
d'un bonheur caché, n'ont pu bannir de mnn âme votre souvenir. 
Votre image est toujours pour moi une harmonie; elle m'apparatt 
semblable à la hieofaisanle nature, s'adaptant comme elle à toutes 
les dispositions du cceur, à toutes les situations de la vie, parce 
que, comme la nature, votre génie est inépuisable. J'ai admiré en 
TOUS l'union du génie et de la vertu, travaillant de concert au 
bonheur de l'humanité ; c'est ce qu'on peut voir de plus beau dans 

(1) Cette union n'eut lieu qu'au mois de mai 1801, mais elle était 
arrêta dèi le mois de ooTcmbre pr(;câdent. Jean-Paul aTiit alors 
trente-sept ans. Outre que sa future était une jeune personne fort agréa- 
ble et grande admiratrice de taa talent, le succès de celte négociation 
matrimoniale lui offrait udc vive aatisractîon d'amour-propre. On sait 
que l'auteur de Tilan était le fils d'un pauvre organiste de campagne ; 
jusque-là ses avantages physiques, et le prestige de ion talent, avaient 
fait oublier son humble naissance à plus d'une fille noble, mais non 
aux parents, avec lesquels il fallait bien s'expliquer à la Gn, quand il 
s'agissait de mariage. Tout r^emment encore, un projet d'hymen 
avec une jeune dame d'honneur de la duchesse d'Hilburgliausen, Caro- 
line de Panschtenleben, avait manqué par suite des répugnances arialo- 
entiques de la famille. 



32 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ce monde! M'auriez-vous oubliée? Je ne puis le croire. Je suis 
une de ces âmes silencieuses et cachëes auxquelles vous apparais- 
sez comme un astre lumineux et bienfaisant.... » 

Nous n'avons pas la réponse de Jean-Paul ; mais une dernière 
lettre de Mme de Krûdner, du dO mars 1804, prouve que dans 
cet intervalle de trois années ils s'écrivirent à diverses reprises, 
que même ils se virent plusieurs fois, et que Julie fit connais- 
sance avec la jeune femme de Jean-Paul. Celle-ci, déjà mère de 
deux enfants, sûre de l'affection de son mari, ne se préoccupait 
guère de ses anciennes flirtât ions; elle aurait eu trop à faire. 

La dernière lettre de Julie de Krûdner, curieuse à plus d'un 
titre, est datée de Kiïtzow près Berlin^ iO mars 1804. Elle avait 
quitté Paris au plus tard vers la fin de février. Elle a prétendu 
depuis, et tous ses biographes ont répété d'après elle, que c'était 
l'exécution du duc d'Ënghien qui Pavait fait fuir de France. Or, 
nous la voyons installée en Prusse dès le 10 mars, et ce fut seu- 
lement, on le sait, dans la nuit du 1 5 au 16 de ce mois qu'eut lieu 
l'enlèvement du duc d'Ënghien. Il est donc bien évident que la 
fugue de Mme de Krûdner, antérieure de plusieurs jours à cet 
événement tout à fait imprévu, était déterminée par d'autres mo- 
tifs. Mais, la catastrophe du duc d'Ënghien ayant suivi de près, 
la baronne, pour donner du relief à son départ, imagina de dire 
que ce meurtre en avait été la cause, et finit peut-être par le 
croire elle-même. 

Voici cette dernière lettre à Richter ; cette pièce, éminemment 
caractéristique, est le complément indispensable de Falé- 
rie, 

« C'est en vain, cher ami, que je vous ai dernièrement écrit 
de Suisse, et ensuite de France. Je n'ai pas de réponse ; j'ignore 
si vous avez reçu mes lettres, si vous et votre chère Caroline m'ai- 
mez toujours. Mais j'ai foi dans votre cœur; tous deux vous m'ai- 
mez encore, puisque je vous aime. O chers amis, vous qui sou- 
vent avez jonché de fleurs sous mes pas l'aride et sablonneux 
chemin de la vie mondaine, vous avec lesquels j'ai vécu plus d'une 
heureuse matinée de printemps, votre souvenir me revient au 
cœur avec celui des fleurs, des rossignols, et de tout ce qu'il y a 
de beau dans la nature, et de tout ce qu'il y a de bon dans l'hu- 
manité. 

ce Depuis notre dernière entrevue, j'ai essuyé bien des cha- 



CORRESPONDANCE. 33 

grins ; mais la Providence, toujours plus clémente (|ue nous ne le 
méritons, m'a fait aussi bien des grâces. 

« Je ne sais si je vous ai parlé de ma Falérie, Mais vous savez 
peut-être déjà que ce livre a obtenu un grand succès à Paris. 
Vous verrez avec plaisir qu un ouvrage religieux, moral et phi- 
losophique comme celui-là ait pu être si goûté en France; les 
écrivains les plus distingués en ont parlé avec éloge dans les jour- 
naux. Les mères donnent à leurs enfants le nom de Gustave ; on 
voit, jusque dans les boutiques, des femmes lire Valérie en pleu- 
rant ; je reçois de tous les côtés des vers, des félicitations. Mon 
livre est décidément à la mode ; mais ne croyez pas que je sois 
vaine de ce succès (I). 

<c Ecoutez l'histoire de mon roman. J'habitais alors sur les bords 
du lac de Genève; j'y menais une vie tranquille, enchantée, au 
sein de la nature. En face de moi j'avais le mont Blanc, sur lequel 
le soleil couchant jetait chaque soir un voile rose en signe d'a- 
dieu ; autour de moi j'avais les rives délicieuses du lac, des fu- 
ttiies majestueuses, et l'air pur des Alpes. J'errais, perdue dans la 
contemplation de ces scènes magiques, demandant à Dieu le 
bonheur de lui plaire, de pouvoir être utile à mes semblables, 
d'aimer, comme vous l'avez dit si bien, l'infini dans le fini! C'est 
dans cette disposition d'esprit que fut conçue ma Falérie ^ fille du 
recueillement et de la prière. Elle ne peut pas être une étrangère 
pour vous! Votre âme, vos écrits, votre amour de la nature 
m'inspiraient, alors que' j'écrivais ces pages; Falérie a jailli de 
mon âme, et je ne sais plus si c'est un livre ou un souffle (1). 

« Et maintenant, cher Jean-Paul, j'ai une demande à vous faire. 
Je pars pour la Russie; un devoir sacré m'y appelle : j'y vais af- 
franchir mes serfs. Pour avoir là-bas quelque crédit, il faut être 
honorablement connu. J'ai besoin surtout, pour pouvoir faire 
quelque bien, d'être appréciée de notre excellent Empereur ; vous 
pouvez m'y aider, cher Richter ! Soyez donc assez bon pour faire 



(1) On remarque que dans ce récit de la composition de Fàlérte^ il 
n*est nullement question de ^histoire si souvent racontée à d*aatres, 
d*un dernier amoureux, mort d*un excès de discrétion compliqué d'une 
afifectîon de poitrine. Il y avait dans tout cela^ comme dans tout ce 
qu'elle disait d'elle-même, quelques parcelles de vérité, perdues dans 
bien des détails absolument imaginaires. Bien que Julie ait prétendu 
onder une religion, tout ce qu'elle disait n'était pas parole d'Évangile. 

3 



kj 



34 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

un petit article [Recension) sur Valérie, Avec votre réputation, 
votre originalité exquise et votre style enchanteur, vous ferez sû- 
rement la fortune de mon livre en Allemagne. Je vous embrasse 
tous deux cordialement. » 

C'est quelque chose toujours d'assez comique, bien que de fort 
ordinaire aujourd'hui, que ce débordement de phrases sentimen- 
tales, d'éloges emphatiques, aboutissant à une demande de 
réclame. 

Dans sa réponse du 7 juin suivant, Jean-Paul fait de Valérie 
un éloge légèrement ironique, mais sans prometti^e d'article. Il 
reproche gracieusement à Julie de ne pas s'être arrêtée pour le voir 
la dernière fois qu'elle a repassé le Rhin. 

<c Vous avez passé tout à côté de moi, comme ferait un rossi- 
gnol auprès d'un homme endormi ; mais cette fois c'est le rossi- 
gnol qui était en faute. Valérie est une source limpide et bienfai* 
santé [Gesundbrunner], dont les eaux guériront les Français, mora- 
lement si malades. Votre héroïne, que vos amis ont bien recon- 
nue, ne s'étonnera pas d'apprendre qu'elle a gagné mon -cœur. 
La mort de Gustave est un superbe coucher de soleil ; personne 
n'était encore si bien mort en français I 

<c Alexandre de Russie se distingue de son homonyme le Macé- 
donien, en ce qu'il donne la liberté au lieu de la prendre (1), tan- 
dis que la France, avec toutes ses conquêtes, est aujourd'hui 
conquise elle-même par un Corse... 

« Puissent les nuages de votre vie disparaître aussi rapidement 
que font ceux du ciel I » 

Ici se termine brusquement cette correspondance. Il serait 
téméraire d'afiGrmer que toute relation ait cessé à partir de cette 
époque, entre Jean -Paul et Mme de Krûdner, mais leurs rapports 
n'eurent plus sûrement le même caractère de chaleureuse intimité. 
A des facultés poétiques éminentes, Richter joignait un bon sens, 
qui faisait absolument défaut à l'auteur de Valérie» Il n'était pas 
d'humeur à devenir jamais le disciple de son ancienne admira- 
trice, quand celle-ci, passant de la rêverie à l'action, s'improvisa 
prophétesse et pontife d'une religion nouvelle. Toutefois, il 
demeure certain que la lecture assidue, passionnée, des écrits de 

(1) Cet éloge anticipé ne devait être mérité que soixante ans pins tard| 
par un autre Alexandre. 



CORRESPONDANCE. 35 

Jean-Paul avait exercé sur Mme de Krûdner une influence pro- 
fonde. Ce qu'elle lui dit dans sa dernière lettre à propos de Valé- 
rie n'est pas un vain compliment. Il y a entre cette œuvre et celles 
de Richter, une similitude frappante qui n'aurait pas échappé à la 
sagacité de Sainte-Beuve, s'il avait connu les ouvrages de Rich ter. 
Elle en reproduit, dans un cadre plus restreint et avec des cou- 
leurs moins vives, les qualités et les défauts. Le style même a 
plus d'analogie avec la manière de Rich ter que celui d'aucun au- 
tre écrivain français. Il lui ressemble, un peu, il est vrai, comme 
une cascade de jardin anglais, artistement agencée, peut ressem- 
bler à la chute du Rhin. 

Baron Ernouf. 



MADAME LA COMTESSE D'ORIVAL DE CRIEL 



Madame la comtesse Lise Ëglé d'Orival de Criel, chanoi- 
nesse de Tordre de Sainte-Anne, vient de mourir. Tante 
bien-aimée et si regrettée d'un de nos meilleurs bibliophi- 
les, qu'elle aida de ses conseils, de ses encouragements, et 
toujours prête à tous les sacrifices pour les soutenir; son 
érudition, son goût pour les arts, pour les lettres où elle 
excellait, lui font trouver une place toute naturelle dans ce 
Bulletin. 

Son âge, son caractère d'un autre siècle, conservèrent au 
milieu des traverses et des rudes épreuves de la vie, et 
jusqu'au terme d'une longue carrière, la sérénité, l'amabi- 
lité, la simplicité, la chaleur de la jeunesse, et on peut dire 
que par un privilège de Dieu, elle ne connut ni les infirmités 
du corps, ni celles de l'esprit. Résignée, dévouée, d'une 
bienveillance ineffable, la Providence aura voulu peut-être 
lui tenir déjà compte des qualités de son cœur. Qui la voyait, 
la connaissait, voulait la revoir et l'aimait. Sa charité envers 
les pauvres et envers le prochain était égale. Toujours gé- 



< t^ : 



36 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

néreuse, toujours indulgente, toujours d'une grâce exquise, 
toujours d'une douceur angélique. 

La peinture, la musique, la poésie, avec une immense 
amitié pour les siens, se partagèrent son existence; et comme 
les vraies amitiés entraînent toujours d'immenses douleurs, 
elle marchait à travers la vie, cherchant à se reposer dans 
Tétude et dans ces arts qu'elle chérissait aussi, des blessures 
dont les événements la frappaient. 

Ferme dans sa foi religieuse, ferme dans sa foi politique, 
elle est morte son Credo dans le cœur : Dieu, le Roi. 

La comtesse d'Orival de Criel était sœur de madame de 
Lignerolles dont nous déplorions la perte il y a quelques 
années. En elle s'éteint la famille d'Orival de Criel, une des 
plus anciennes de Normandie. 

Elle est citée parmi les grands seigneurs normands qui 
prirent part aux expéditions de Naples et de Sicile (1003), 

Passèrent avec le duc Guillaume à la conquête de l'An- 
gleterre (1066), 

Et delà Terre-Sainte, avec Godefroi de Bouillon (1095). 

D'Orival, seigneur de Drosey, de Criel, porte : de gueu> 
les, à la fasce d'or accompagnée de trois molettes d'éperons 
d'argent. 

LISE EGLE, ces deux noms, frais comme le printemps, 
Couronne de jeunesse à ses quatre-vingts ans, 
Semblent sur son tombeau comme un dernier sourire ; 
Us disent Grâce» Esprit.... tout ce que Ton admire. 
Tout ce qui sait charmer, dans ces noms est tracé. 
Et tout ce qui n'est plus !.•• la mode en a passé. 

La comtesse L. de l'E. 

Paris, 8 janvier 1876. 



ACHnjj; JUBINAL 



La fin de l'année 1875 a été meurtrière pour le monde des let- 
tres. Dans l'espace de quelques heures, à la perte de la Guéron- 
nière, sympathique et éloquent publiciste, à celle de Saint-Gorges, 
librettiste ingénieux et fécond, est venue s'ajouter celle d'Achille 
Jubinal, qui mérite une mention particulière dans ce recueil, comme 
érudit et comme curieux. C'était un des derniers survivants de la 
phalange romantique de 1830, un de ceux qui, par leurs travaux, 
ont donné la plus vive impulsion à l'étude du moyen âge. Tous 
nos lecteurs connaissent son beau^ recueil des anciennes tapisseries, 
dont réloge n'est plus à faire; son travail sur Rutebeuf, poète ly- 
rique et satirique des plus remarquables, dont on soupçonnait à 
peine l'existence avant la première édition qu'en donna Jubinal 
en 1834. Nous citerons encore ses deux volumes de Contes et fa- 
hliaux du XV» siècle ; les Mystères inédits en 2 volumes et ses re- 
cherches sur Montaigne, sa curieuse brochure sur les relations de 
Sismondi avec Napoléon pendant les Cent jours, un intéressant 
récit d'excursions dans ses chères Pyrénées, dont personne ne 
parla jamais avec une émotion plus chaleureuse, plus communica- 
tive. 

Les préoccupations politiques, et surtout le kibeur incessant et 
dévorant de la presse quotidienne, n'ont pas laissé le temps à 
Jubinal de tenir tout ce qu'il promettait comme littérateur et 
comme érudit. Nous n'avons pas à juger en lui le journaliste, ni le 
député ; qu'il nous soit seulement permis de rappeler la sincérité 
d'un dévouement qui avait résisté à l'une des grandes catastrophes 
de ce siècle.... Atteint pendant V Année terrible d'une attaque de 
paralysie qui toutefois n'avait rien diminué de son activité d'esprit, 
il s'était occupé, dans ces derniers temps, d'une nouvelle et défini- 
tive édition de son Rutebeuf, que nous avons signalée aux lecteurs 
du Bulletin. 

Jubinal était aussi un collectionneur passionné, intelligent, infa- 
tigable. Admirablement secondé par la compagne dévouée de sa 
vie, il avait formé non pas un simple cabinet, mais un véritable 
musée de curiosités, armes, meubles et bijoux des meilleures épo- 



^ 



38 BULÏiETIN DU BIBLTOPHII.E. 

ques de Tart, dont on retrouve de beaux spécimens dans les trois 
derniers volumes de M. P. Lacroix, publiés par M. F. Didot. Di- 
sons encore que peu d'hommes ont été plus obligeants, plus servia- 
bleSy en toute occasion et de toute manière. Aussi comptait-il 
de nombreux amis dans tous les camps ; on l'a bien vu à ses ob- 
sèques ! 

B. E. 



PRIX COURANT DES LIVRES ANCIENS. 

REVUE DES VEIXTES. 

Ventb de là librairie Tross. 
(1'' partie) (du 15 au 23 décembre). 

363. Bonificacius. Liber sextus decretalium. Venetiis impressus 
(4476); gr. in-fol. goth. d.-rel. non rog. imprimé sur peau de 
VÉLIN, quelques feuillets manquaient. — 600 fr. 

484. Valturii de Re militari libriXII adSigism. Pandulfum Mala- 
testam. Joannes de VeronaorienduSj Nicolais impressit, 1472; 
in-fol. caractères ronds, cuir de Russie, tr. dor. — 520 fr. 

Première édition remarquable par son exécution et les 82 figures 
gravées sur bois dont elle est ornée. — ^ L'exempl. avait quelques pi- 
qûres de vers 

645. Maximilian II Begraebniss (zuWien), des Kaisers Maximilian 
II (enterrement de l'empereur Maximilien II) ; 9 grandes plan- 
ches gravées en bois, coloriées à l'époque, 1577; gr. in-fol. 
obL cart. — 205 fr. 

La planche sixième était plus courte que les autres. 

734. Piranesi (J.-B. et C.-F.), édition originale; 18 vol. in-fol. 
max». — 550 fr. 

697. Amman (J.). Insignia sacrae caesarae Majestatis, principum 
electorum. Impressum Franco furti nd Mxnum^ 1579; in-4, 
fig. mar. Lavall., tr. dor. [Hardy-Mennil), ~ 179 fr. 



/. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 39 

746. Harmonie universelle contenant la théorie et la pratique de 
la musique, par F. Marin Mersenne. Pariis, 1636-37; 2 tomes 
en 1 vol. in-fol., figures, v. — 300 fr. 

Plusieurs imperfections étaient signalées au catalogue. 

752. Tritonius P. Harmonie super odis Horatii Flacci. Impasse 

Augusts^ 1507; in-4, cart. — 205 fr. 

* 

772. Vecellio. Corona délie nobili et virtuose donne. Libro pri- 
mo, secondo, terzo. In Venitia^ appresso Cesare Kecellio^ 
1600 ; 4 part, en 1 vol. pet. in-4. obi. cart. — 520 fr. 

Recueil fort rare ainsi complet. L*exempl. seulement cartonne peut 
devenir un très-beau livre arrangé avec goût. 

862. Manilii Astronomicon. Ex officina Joannis de Regiomonte 
habitantis in Nuremberga oppido Germaniae. S, d, (1471), 
in-4, caract. ronds, maroq. r., tr. dor. {Lortic). — 220 fr. 

Ce rare volume en aussi belle condition vaut davantage. 

1177. Pliniî Secundi Epistolarum libri Vill [Fenitiis Faldarfer)^ 
1471 ; gr. in-4, caract* ronds, maroq. r., tr. dor. {Lortic), 

— 210 fr. 

Ce beau volume a été achète pour rAJlemagne. Le mérite de ces 
livres du quinzième siècle est en ce moment tout à fait méconnu et dé- 
laissé des amateurs ; lorsque plus tard les bibliophiles mieux avisés ou 
mieux éclairés les rechercheront, on n'en trouvera plus d'aucune ma- 
nière. 

1214* Portulan de la plus grande beauté, de la première moitié 
du XVI* siècle, 10 feuillets de vélin contre-collés dos à dos; 
maroq. rouge à comp., tr. dor. — 755 fr. 

Ces magnifiques cartes marines sont d'une conservation parfaite. On 
les estimait davantage autrefois en France. 

1215. Perlinghieri. Geographia in terza rima et lingua toscana 
distincta. Firenze; gr. in-fol. mar. vert. tr. dor. {Gruel). 

— 560 fr. 

Précieux volume et dans une superbe condition ; une curiosité de 
premier ordre. 

1216. Bartolomeo de li Sonnetti (Zamberto)^ Isolario. S.l. n, d, 
în-4, goth. vélin. — 200 fr. 



40 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

1246. Duplan Jean. Opéra dilettevole da intendere, nella quai se 
contîene doi itinerarii in Tartaria. Figenia^ i 537 ; in-8, mar. 
r. tr. dor. — 150 fr. 

1253. Suchen. De Terra Sancta et itinere Iherosolîmitano. S. /. 
[Argentorati^ Eggesteyn^ circa 1473); in-foL goth. cart. 
— 150 fr. 

Depuis la remarquable collection du comte Charles de TElscalopier, 
lëgnëe, comme on sait, à une bibliothèque de province, il n*y a plus de 
collection spéciale des Voyages en Terre Sainte; collection vraiment 
française et intéressante. Nous devons toutefois signaler celle de 
M. Charles Schefer, mais il n'y en a pas d^autre. 

1256. Pechwarodino (Gabriel de). Compendiosa quidam; nec 
minus lectu iocunda descriptio urbis. Hierusalem (vers 1500); 
in-4 goth. peau de tr. — 480 fr. 

1299. Cronica. Registrum huius operis libri cronicarum cum figu- 
ris et imaginibus ab inicio mundi. Auctore Hartmanno Schedel. 
Anthonius Koberger Nuremberge impressit^ 1 493 ; gr. in-foL 
goth. parchem. — 320 fr, 

1315. T. Livii historiarum romanorum décades, -cum epistola 
A.ndreae episcopi Aleriensis [Fenitiis), 1470; gr. in-fol. mar. 
brun, fil. tr. dor. {Belz-Niedrée) , — 251 fr. 

1319. Historiae Augustas Scriptores. Mediolani^ Philippus de 
Lavagna^ 1475 ; 3 part, en \ vol. in-fol. caract. ronds, mar. 
brun, tr. dor. [Grueï), — 200 fr. 

1458. Beda. Historia ecclesiastica gentis Anglorum. (Argentoraii, 
Eggestei/if circa, 1472). Eusebii Caesariensis historiae ecclesias- 
ticae. [Argentoratij Eggestein circa 1472); 2 tonnes en 1 vol. 
in-fol. rel. en bois. — 259 fr. 

1507. B. Varchi. Storia 6orentina. Colonia^ P. Martello^ 1721; 
in-fol. vëlin. — 678 fr. 

Il faut consulter le Manuel de Brunet sur les particularités qui dis- 
tinguent les exempl. de ce livre. 

1517. Leges et statuta reipublicae Veronensis. Impressio factaest 
in urbe Ficentie^ 1475; in-fol. caract. ronds, d.-rel. — 235 fr. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 41 

4 555. Cronica, die, van der hilliger stat Coellen (1499); in-fol. 
goth. fig. coloriées à Tépoque, maroq. rouge, fil. tr. dor. 
(j^oje/). — 350fr. 

Aux armes du prince Eugène, de Savoie. 



Vente de là bibliothèque de M. L. de M. (du 27 jan- 
vier et jours suivants 1876). 

6. Les œuvres de P, De Ronsard. Paris ^ G. Buon^ 1584 ; in- 
fol. mar. r. fil. à comp. tr. dor. [Hardy], — (Première édition}. 

— 120 fr. 

7. Les œuvres françoises de Joachim Du Bellay. Paris ^ F, Morely 
1569; in-8, mar. r. tr. dor. [Trautz-Bauznnnet] , — (Première 
édition collective des poésies de Du Bellay). — 280 fr. 

^ Ce même exempl. avait été adjugé à 205 francs à la vente Léopold 
Double. • 

i7. Essais de Michel de Montaigne. Paris^ Richer, 1587; in-12, 
mar. r. fil. tr. dor. [Hardy], — (Troisième édition). — 600 fr. 

18. Essais de Montaigne, Paris, tAngelier, 1588; in-4, titre 
gravé, V. m. — (Cinquième édition. Exemplaire aux armes de 
Mme de Pompadour). — 1055 fr. 

19, Les essais de Montaigne. Amst. [Bruxelles^ Foppens]^ 1659 ; 
3 vol. in-12, part, mar. r, fil. tr. dor. — {Ane. reliure] . — 365 fr. 

H. 152 millim.; vendu 135 francs à la vente du prince Radzivill, 

35. Les satyres du sieùr Régnier. Paris ^ Du Brtry^ 1613; in-8, 
vélin. — 1 75 fr. 

62. Le théâtre de P. Corneille. Bouen et Paris, A. Courbé et G, 
de Lurne, 1660-1666; 4 vol. Poèmes dramatiques de Tli. 
(jorn&AXe.RoueriQlPariSy G. de Lurne, 1665; 2vol.;ens. 6 vol. 
in-8, fig. mar. r. fil. tr. dor. [Hardy], — 499 fr. 

63. Le théâtre de P. Corneille. Imprimé à Rouen^ Paris ^ Guill. 
de iMfne^ 1664; 2 vol. in-fol. maroq. r. fil. tr. dor. [Hardy], 

— 375 fr. 



42 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

74. L'imitation de Jésus-Christ, traduite en vers français, par 
P. Corneille. Rouen j Z. Maury^ 1656; in-4, fig. de Chauveau, 
maroq. r. fil. tr. dor. [Hardy), — (Première édition). — 150 fr, 

79. Œuvres de Scarron. Amsterdam^ 1752; 7 vol. pet. in-12, 
part, figures, maroq. citr. fil. tr. dor. [Hardy), -^ 250 fr. 

104. Les amours de Psiché et de Cupidon (de la Fontaine), i^orw, 

' Barbin, 1669 ; in-8, maroq. or. doublé de mar. vert, mosaïque, 

dor. à pet. fers, tr. dor. (Hardy), — [Édition originale). 

— 551 fr. 

107. Fables choisies, mises en vers, par de la Fontaine. Paris ^ 
Denys Thierry et Cl, Barhin, 1678, 1679 et 1694; 5 vol. in-12, 
fig. à mi-page, mar. citr. fil. tr. dor. {Hardy), — 520 fr. 

•113. Les œuvres de Molière. Paris, Ch, de Sercy, 1666; 2 vol. 
in-12, front, gr. mar. fil. dent. tr. dor. [Duru), — (Première 
édition collective des œuvres de Molière). — 2700 fr. 

114. Les œuvres -de M. de Molière (publiées par Vinot et La 
Grange). Paris ^ Denis Thierry , Cl. Barhin et P, Trabouillet^ 
1682 ; 8 vol. in-12, fig. maroq. citr. fil. tr. dor. [Hardy). — 
(Première édition complète, — 590 fr. 

116. Le Misanthrope, comédie de Molière. Paris, J.Ribou^ 1667; 
in-12, front gr, mar. r. tr. dor. [Dura). — 1020 fr. 

Ce bel exempl. de Pédition originale, a été acheté par M. E. Paillet. 

117. Le Médecin malgré lui, comédie. Paris ^ J. Ribou, 1667; 
in-12, mar. r. tr. dor. [Duru), — 490 fr. 

Édition originale. Le frontispice gravé manque. 

1 18. Le Sicilien, ou l'amour peintre, comédie. Paris, Ribou, i66%; 
in-12, maroq. or. doublé de maroq. vert. [Chambolle^Duru). 

— 1500 fr. 

Edition originale. Exemplaire non rogné, 

119. Le Tartufie, ou Timposteur, comédie. Paris, J, /{i^ou, 1669 ; 
in-12, mar. r. tr. dor. (Duru). 1350 fr. 

Édition originale. Bel exemplaire ; d*abord acheté par M. Fontaine, 
libraire, et ensuite acheté à ce dernier par M. Paillet. 

124. Les Provinciales. Cologne, P, delà Vallée^ 1657; în-4, 



PRIX COURAXT DE LIVRES A\C1E\S. k3 

mar. r. tr. dor. (Duru-Chambo/lc), — (Édition originale). 

— 215 fr. 

134. Lettres de Marie Rabutin-Chantal, marquise de Sévignë, à la 
comtesse de Grignan, sa fille. S, /., 1726; 2 vol. in-12, v. f. 

— {Ane, reliure), — 260 fr. 

143. Sermon prêché par Bossuet, à rouverture de TAssemblée 
générale du clergé de France, le 9 novembre 1681. Paris, 
F. Léonard^ 1682 ; in-4, maroq. r. fil. tr. dor. — (Ane, re- 
liure.) — 305 fr. 

Édition originale. Précieux exemplaire aux armes de Uarlaj-Cban- 
Talion, archevêque de Paris. 

i 71 . Perrault. Les honmies illustres qui ont paru en France pendant 
ce siècle. Paris ^ Ant, Dezallier^ 1696-1700; 2 tom. en 1 vol. 
in-fol., front, et portraits gravés par Edelinck, mar. r. fil. tr. 
dor. [David), — 480 fr. 

178. Les œuvres de Champmeslé. Paris, Guillain^ 1692; in-12, 
maroq. r. fil. tr. dor. [Hardy). — 225 fr. 

185. Zayde, histoire espagnole, par de Segrais (Mme de Lafayette), 
avec un traité de l'origine des romans, par Huet. Paris^ Barbin, 
1070-71 ; 2 vol. in-8, maroq. brun, tr. dor. {Hardy), — (Édi- 
tion originale). — 300 fr. 

186. La princesse de Clèves. Paris ^ Barhin^ 1678; 4 vol. in-12, 
maroq. brun, fil. tr. dor. {Hardy). — (Edition originale). 

— 445 fr. 

210. Œuvres de Racine. Paris^ Thierry, 1687; 2 vol. in-12, 
figures, maroq. violet, tr. dor. {Hardy). — 420 fr. 

211. Œuvres de Racine. Paris, Thierry, 1697; 2 vol. in.12, 
figures, mar. or. fil. tr. dor. [Hardy). — 500 fr. 

212. La Thébayde ou les frères ennemis, tragédie. Pari s ^ Barhin^ 
1664; in-12, mar. r. tr. dor. {Duru et Chamholle). — 640 fr. 

Edition originale. Léger raccommodage au titre. 

213. Andromaque, tragédie. Paris^ Barbin^ 1668; in-12, mar. 
r. tr. dor. [Duru et Chambolle). — 645 fr. 

Édition originale. H. '.49 miliim. 



44 BULLETIN DU BIBLIOTHILE. 

214. Britannicus, tragédie. Paris ^ Barbm, 1670; in-12, mar r. 
tr. dor. (Dura). — 415 fr. 

Édition originale. 

215. Bérénice, tragédie. Paris^Barhin^ 1671 ; in-12, mar. r. tr. 
dor. {Duru), — 455 fr. 

216. Bajazet, tragédie. PariSj P. Le Monnier, 1672; in-12, 
mar. r. tr. dor. [Dura] . — 400 fr. 

Édition originale. 

218. Phèdre et Hippolyte, tragédie. Paris^ Barhin^ 1677; in-12, 
fig. maroq. r. tr. dor. [Duru], — 740 fr. 

234. Les caractères de Théophraste, traduit du grec, par la 
Bruyère, avec les mœurs de ce siècle. Paris ^ E. MichalUt^ 
1688 ; in-12, mar. r. fil. tr. dor. {Ane. reliure), — (Édition 
originale). — 925 fr. 

L'exemplaire, très-beau, a été vivement dispute à Tacquéreur par 
M. Paillet. 

246. Les aventures de Télémaque, fils d'Ulysse, par Fénelon. 
Paris. Delaulne^ 1717; 2 vol. in-12, figures, maroq. violet, tr. 
dor. [Duru). — 350 fr. 

278. La vie de Marianne, par Marivaux. Paris ^ 1734-1746; 
3 vol. in-12, maroq. brun, tr. dor. [Hardy). — 220 fr. 

303. Mémoires et aventures d'un homme de qualité qui s'est 
retiré du monde, par labbé Prévost. Amsterdam, 1731 ; 7 vol. 
pet. in-12, maroq. vert, tr. dor. [Hardy). — 730 fr. 

319. De l'esprit, par Helvétius. Paris ^ 1758; in-4, maroq. citr. 
tr. dor. [Ane. reliure). — (Édition originale). — 140 fr. 

330. Les tourterelles de Zelmis, poème en trois chants, par 
Dorât. — Zélés au bain, poème en quatre- chants, par le mar- 
quis de Pezay. Genève (1763); 1 vol. in-8, figures et vign. 
d'Eisen, mar. r. dent. tr. dor. {Ane. reliure). — 306 fr. 

331. Découvertes de M. Marat, docteur en médecine, sur le feu, 
l'électricité et la lumière, 1779; in-8, mar. rouge, fil. tr. dor. 
— 160 fr. 

Curieux volume aux armes de la reine Marie- Antoinette. — Il ëtait 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 45 

porté au Catalogue par erreur comme ayant appartenu au comte 
d'Artois. 

352. Méditations poétiques, par A. de Lamartine. Paris^ Didot^ 
1820; in-8, mar. r. tr. dor. {Duru et Chambolle). — 251 fr. 

Adjugé pour M. E. Crépet. 

367. Oâes et poésies diverses, par Victor Hugo. Paris ^ 1822; 
in-18, br. (Edition originale). — 69 fr. 

371. Les orientales, par Victor Hugo. Paris, 1829; in-8, d. rel. 
dos et coins de maroq. r. (Édition originale). — 90 fr. 

374. Notre-Dame de Paris, par Victor Hugo. Paris, 1831 ; 2 vol., 
in-8, vignettes de Tony Johannot, br. (Edition originale). 

— 341 fr. 

•L'acquéreur est M. Crépet. 

405. La confession d'un enfant du siècle, par Alfred de Musset. 
Paris^ 1836; 2 vol. in-8, d. rel. dos et coins de mar. brun 
[Raparlier), — [Édition originale). — 100 fr. 

409. Poésies de Théophile Gautier. Paris^ 1830; in-12, br. 
(Edition originale). — 104 fr. 

410. Les jeunes France, romans goguenards, par Th. Gautier. 
Paris y 1833; in-8, d. rel. dos et coins de mar. r. [Raparlier). 

— (Edition originale). — 121 fr. 

411. Albertus ou Tâme et le péché, légende théologique, par 
Th. Gautier. Paris, 1833; in-12, d. rel. dos et coins de mar* 
n. (Edition originale). — 185 fr. 

430. Clarisse Harlowe, traduction complète, par le Tourneur. 
Genève eX Paris, 1785; 10 vol. gr. in-8, figures, maroq. vert 
doublé de tabis, tr. dor. (Exemplaire en papier de Hollande). 

— 280 fr. 

Acheté 141 francs à la vente Radzîwill. 

437. Les homélies du bréviaire, avec les leçons des fêles des 
saints, mises en français. Paris, P. Rocolet, 1 640 ; 2 vol. in-8, 
mar. r. tr. dor. [Reliure de le Gascon), — 2059 fr. 

Ces deux magnifiques, qui portent sur les plats les armes du chan- 
celier Séguier, au milieu d^une dorure à petits fers de la plus grande 
fraîcheur, ont ëtë achetés pour M. le comte de Lignerolles. 



46 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Vente de la librairie Tross. 
(2® partie) (du 24 au 28 janvier). 

506. Paêsi novamente ritrovati per la navigatione di Spagna in 
Calicut. Et da Albertutio Vesputio Fiorentino intitulato Mondo. 
Fenetia^ io21 ; in-8, caract. ronds à 2 coL, vélin bl. — 505 fr. 

525. Ptolemus. Liber geographiae (cum annotât. Sylvani Ebolensis) . 
VenetiiSy 15H; gr. in-fol. maroq. vert, tr. dor. [Petit), 
— 205 fr. 

526. Ptolemaeus. Auctus, restitutus, emaculatus, Graeceet latine 
Joannes Scotus Argentorati literis excepit, anno 1520 ; gr. in-fol. 
grav. coloriées, bas. gaufr. — 450 fr. 

527. Ptolemaeus. Claudii Ptolemaei géographie» enarrationis libri 
octo, Bilibaldo Pirckheymero interprète. Jrgentoratiy fo, Grie^ 
ninger^ 1525; in-fol. fig. d. rel. — 120 fr. 

534. Ramusio. Délie Navigationi et Viaggi. Kenetim, 1583, 1606 
et 1613; 3 vol. in-fol. fig. parch. — 185 fr. 

565. Thevet. Les Singularitez de la France antarctique, autre- 
ment nommée Inde Amérique, par F. André Thevet, natif 
d'Angoulesme. Paris ^ 1558; pet. in-4, fig. vélin bl. — 259 fr. 

594. Androuet du Cerceau. Le premier volume des plus excel- 
lents bâtiments de France. Paris ^ 1576. — Le second volume. 
Parisy 1579 ; 2 tom. en 1 vol. in-fol, carré, fig. vélin. — 873 fr. 

595. Androuet du Cerceau. La ville cité et université de Paris ; 
in-fol. — 3000 fr. 

C'est le célèbre plan de Paris, gravé par Androuet du Cerceau, d'une 
insigne raretë. L'exemplaire de M. Gilbert, payé plus de 2000 francs 
il y a environ dix ans. a été brûlé dans Pinccndie qui a détruit la ma- 
gnifique et inappréciable collection formée depuis tant d'années à 
THÔtel de ville. — Celui-ci a été ac)ieté pour la nouvelle bibliothèque 
de la viUe de Paris, en 1871. 

602. Atlas manuscrit, composé de quatorze cartes en vélin dres- 
sées sur carton, formant avec le frontispice un vol. de 29 feuil- 
lets; gr. in-4, d. rel. mar. r. — 399 fr. 

607. Les avertissemens es trois estatz du monde selon la signifi- 
cation de ung monstre de Tan 1512, par lesquels on pourra 
prendre avis à soy régir à toujours mais. Faïence (1513) ; in-4 
goth. il 2 col. non rel. — 300 fr. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 47 

617. Biblia sacra, latine; pet. in-fol. goth. à 2 col. maroq. brun, 
gaufr. tr. dor. (Gruel), Manuscrit du xiv* siècle, sur papier de 
vélin. — 1250 fr. 

618. Biblia sacra, latine. S» l. et a, [Sed Colonix circa 1465); 
2 vol. pet. in-fol. goth. peau de tr. gaufr. — 605. 

627. Borgo (Lucas Patiolus à). Divina proportione. Fenetiis^ 
1509; 4 part, en 1 vol. in-fol. fig. parchemin. — 155 fr. 
L'exemplaire mouillé a besoin de quelques réparations. 

649. Ducale. Incipit repertorium commissionis Domini Marci 
Antoni Grimani, procuratoris Sancti Marci ; in-fol. rel. en bois, 
recouvert de veau découpé à compartiments en or et couleurs, 
tr. dor. (Manuscrit sur vélin) .• — 225 fr. 

661. Franco. ïeatro délie piu moderne imprese de guerra, faite 
si neir Ungheria, disegnate et intagliate in rame da Giacouio 
Franco. Fenetia^ 1597; in-4 obi. pirch^. — 149 fr. 

Suite de 20 planches ; quelques taches. 

662. Furmerius. De rerum usu et abusu auctore Bernard© Fur- 
mero. Antverpix Plantini^ 1575; in-4, maroq. r. tr. dor. 
[Lortic). — 255 fr. 

669. Gravelot et Cochin. Iconologie en figures, ou traité com- 
plet des allégories, emblèmes, etc. Paris ^ s. d,\ 4 vol. in-8, 
fig. vélin. — ^43 fr. 

679. Hans Holbein. Historiarum veteris instrumenti icônes. Ant^ 
verpix^ 1540 ; pet. in-4, fig. cart. — 285 fr. 

690. La Fontaine. Contes et nouvelles en vers. Amsterdam^ 
1762; 2 vol. in-8, fig. et vign., part. mar. r. fil. tr. dor. 
[Lortic), — Édition des fermiers généraux. — 565 fr. 

698. M.Luther. Deudsch catechismus. Wittenberg^ 1530; in-4, 
gravures, vélin blanc. — 299 fr. 

740. Udalr. Pinder. Spéculum passionis domini nostri Ihesu 
Christi. Nurenbergen^ 1507; in-fol. caract. ronds, maroq. 
Lavall. tr. dor. (Lortic), — 551 fr. 
Orné de 40 gravures sur bois de Hans Schœfelein. 

767. Tacitus. Annalium et historiarum libri. (Fenetiis), circa, 
1470; in-fol. maroq. rouge tr. dor. {Lortic) . — 1400 fr. 

Beau livre. 



CHRONIQUE 



Nécrologie. — Bien que parmi les décès que nous allons si- 
gnaler, quelques-uns remontent déjà à Tannée expirée, le Bulles- 
tin croit de son devbir d'enregistrer ici les noms des dernières 
victimes que la mort est venue faire dans les rangs de la littéra- 
ture. Ce sont MM. Francis Monnier, auteur de plusieurs ouvrages ' 
historiques et le premier précepteur du Prince Impérial; FDon, 
inspecteur honoraire de l'Académie ; Varier, sous-bibliothécaire 
à Sainte-Geneviève; Azevedo, critique musical; le marquis de 
Saint-Georges, librettiste et romancier ; Jules de Mohl, orienta- 
liste; le marquis de La Grange (i) et E. de Goussemaker, connus 
tous deux par des travaux d'érudition ; le vicomte Arthur de la 
Guéronnière, homme d'Etat et journaliste, journaliste surtout. 
L'œuvre de M. de la Guéronnière étant intimement lié à la poli- 
tique, depuis l'année i84o, époque de ses débuts dans V Avenir 
national de Limoges, jusqu'à ses articles signés Probus dans le ^- 
garo de 1875, nous nous abstiendrons d'appréciations qui seraient 
autant d'incursions sur un terrain interdit au Bulletin^ et nous 
passerons de suite à Achille Jubinal, que sa qualité d'élève de 
l'Ecole des Chartes et de brochurier bibliographique désignait plus 
particulièrement à la curiosité de nos lecteurs. On trouvera dans 
(a Biographie Didot un catalogue étendu des travaux publiés par 
cet érudit qui a défrayé, dans une large part, la verve satirique 
de ses contemporains de la petite presse. Il faut dire, pour expli- 
quer sinon pour justifier ce déchaînement, que la carrière litté- 
raire de Jubinal paraît avoir été inspirée moins par le goût des 
études désintéressées que par le désir de se créer une situation, et 
qu'on l'a vu quitter,* dès qu'il l'a pu, les travaux d'érudition pour 
se faire homme politique. Un autre impair^ |K)ur parler le lan- 
gage moderne, a été son entrée en campagne à la rescousse de 
Libri, et enfin, dans un genre moins compromettant, le bruit qu'il 
a mené, il y a quelques années, autour d'une tapisserie qu'il pré- 

(1) Voir la publication récente des Nouvelles Lettres de MmeSvsttchine^ 
dont M. Paulin Paris a parié, n* de décembre 1875, page 501- 



CHRONIQUE. 4S 

IcntLiit nvoir appartenu l'i .Molière, par la laison qu'elle représen- 
tait, comme celle inventoriée dans Vjt^re, les amours de Gom- 
baud et de ^lacc. Que restera-t-il du bagage littéraire de Jubinal ? 
Uniquement ses publications sur la littérature du moyen âge, dont 
it a été un des premiers Tulgarisateurs. D'autre |)art, comme homme 
privé, l'on est unanime à reconnaitrc la bienveillance qu'il appor- 
tait dans les rclntioos sociales et son esprit de serviabilité. C'est 
bien quelque chose. 

Le dernier nom que nous citerons sera celui du prince A. Gali" 
Uin, mort le 17 décembre 187S, à l'âge de 5i ans; mais ce grand 
homme de bien que nous avons eu l'honneur de compter parmi 
nos collaborateurs et nos amis, appelle une notice particulière, 
que l'on trouvera dans notre prochain numéro. 



PÉBioniQVES. — Deuï journaux hebdomadaires à images, Vll- 
lastraiion et le Monde illustré, ont ])ris la louable habitude, à 
chaque morceau qui s'en va du vicuc Paris, d'en fixer la mé- 
moire par uns gravure accompagnée d'une notice. C'est au mieux ; 
mais encore faudrait-il que leurs renseignements Tussent puisés à 
bonne source, ce qui n'est pas le cas des numéros de ces deux 
journaux du 1 1 décembre deinler. 

Il s'agit des massacres de rAbba}-c, aux a et 3 septembre 1793, 
et de la salle où se serait tenu le sinistre tribunal présidé par 
l'huissier Maillard. Les deux journaux que nous citons ont cni 
découvrir cette salle dans les anciennes dépendances de l'Abbaye, 
que l'on est en train d'abattre entre l'église Saint-Germain des 
Prës, lame d'Erfurth, la place Gozlin (ancienne place de l'Abbaye) 
et la rue GozUn (ancienne rue Sainte-Marguerite] . D'après les gra- 
vures que donnent ces journaux, cette salle est ou était, car elle 
a peut-être déjà disparu, un vaste quadrilatère ayant servi, dans 
le principe, de magasin à fourrage;:, et garni intérieurement de 
galeries en bois dis{>osécs à la h.iuteur des étages d'une maison. 
Là se seraient tenues, nous dit-on, les sanglantes assises, en pré- 
sence d'une foule nombreuse entassée dans ces tribunes împrovi- 

II y a là une erreur. Bon nombre de nos lecteurs ont sans 
doi^ vu la prison militaire de l'Abbaye, démolie vers i8S3, et 
qni avait sa façade flanquée de deux poivrières sur la petite place 
appelée maintenant place Go/lin. S'ils l'ont oubliée, ils en trou- 



50 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

veront la représentation fidèle eu tête de la brochure de M. de 
Viel-Castel : les Travailleurs de septembre 1 792 . Documents sur la 
7>rré»ttr (Paris, 1862, gr. in- 18). Or, c'est dans la salle faisant 
immédiatement suite à la porte d'entrée, dans le guichet (en style 
de geôlier], qu'a siégé le tribunal. Les témoignages abondent. 
D'abord Jourgniac-Saint-Méard [Mon agonie de trente^huit heu^ 
resy etc. Paris, 1793). Il dit positivement que les accusés extraits 
de la prison étaient amenés dans le « second guichet placé à côté 
de celui où était le tribunal d, puis introduits, un à un, dans le 
premier guichet où se tenait le président à une table entourée de 
dix personnes. Pas d'autre public que quelques tueurs fatigués, 
ronflant étendus sur des bancs, deux gardes au guichet, le gui- 
chetier « la main sur les verrous », et, contre la fenêtre grillée 
placée à côté de la porte (Jourgniac-Saint-Méard dit le soupi- 
rail)^ plusieurs têtes qui suivaient de Textérieur les opérations du 
dedans, en faisant entendre un bruit sourd qui déconcerta, dans 
le principe, Fauteur de Mon agonie^ etc. Restif de la Bretonne 
raconte également dans ses Nuits de Paris (seizième partie), qu'il 
pénétra jusqu'à la porte de la prison. « Là était, dit-il, un groupe 
de spectateurs en cercle. Les tueurs étaient à la porte, en dehors 
comme en dedans. Les juges étaient dans la salle du geôlier. » 
I^s gravures du temps ne laissent pas davantage de doute. Le 
frontispice de Mon agonie^ etc. (édition citée), représente dans 
un médaillon les victimes sortmt de la salle du tribunal par la 
porte du milieu et assaillies par les massacreurs, entre deux haies 
de curieux. De même, dans la figure de V Jlmanach des honnêtes 
gens,,, contenant des anecdotes peu connues sur les Journées des 
10 août^ t et ^ septembre 1792 (Paris, 179Î). Nous trouverions 
sans doute bien d'autres témoignages, mais nous nous en tien- 
drons à ceux-là qui nous |)araissent suflisants. Nous n'avions en 
vue qu'une rectification topographique, et la voilà ftiitc. 

Dans une de nos dernières causeries nous avons parlé assez 
longuement de la laborieuse Revue de France, Nous y revenons 
aujourd'hui dans le but, non pas d'établir une controverse, mais 
de présenter quelques objections au sujet d'un article inséré dans 
le numéro de novembre 1875. Sous ce titre : la Vérité sur la 
mort de /,-/, Rousseau^ M. d'Ideville, qui est décidément, avec 
M. Tissot, la plus vivante plume de ce recueil, analyse un tra- 
vail du D' Chéreau, consacré aux derniers moments du philoso- 



CHRONIQUE. 51 

pbe genevois. Tous deux plaident, comme diraient les Anglais, 
non suicide. Ils nous donnent le choix entre un coup de sang, une 
colique néphrétique et une chute sur la tête, qui serait sans doute 
la conséquence du coup de sang. 

Ce n'est pas, croyons-nous, faire œuvre de parti que d'accep- 
ter sous bénéfice d'inventaire seulement, les conclusions de 
MM. Chéreau et d'Ide ville. Les témoignages contemporains qui 
afBrment le suicide, bien qu'ils ne se soient produits que vingt 
jours après la mort de Rousseau, ce qui représente un temps as- 
sez court, étant donnée l'insuflisance des moyens de publicité 
d'alors, ces témoignages nous paraissent, il faut bien le dire, des 
plus concluants. Nous engagerons les écrivains de la Revue à re- 
lire les articles publiés par un ami de Rousseau, le littérateur 
Corancez, dans le Journal de Paris de Tan VI, articles réunis de- 
puis dans une brochure devenue assez rare. Ils y verront que peu 
de temps avant sa mort, volontaire ou non, l'humeur chagrine de 
Rousseau, son aversion pour Tespèce humaine et ses éternelles 
préoccupations du pain de chaque jour étaient arrivées à leur 
paroxysme, comme en témoigne une lettre citée dans cette bro- 
chure. Lorsque arriva la nouvelle de sa mort, officiellement mise 
sur le compte d'une apoplexie séreuse, Corancez se mit en route 
jjour veiller à l'inhumation, et, dès la dernière poste, avant d'arri- 
ver à Ermenonville, il put s'assurer que cette mort était attribuée 
par les gens du pays à un coup de pistolet. M. de Girardin, tout 
en protestant contre ce bruit, convint que Rousseau s'était fait en 
tombant « un trou au front ». Il y avait un moyen bien simple, 
dira-t-on, de se former une conviction : c'était l'inspection du 
cadavre; mais Corancez s'y déroba, /.»flr égard pour sa sensibilité. 
Ainsi procédaient les reporters de ce temps-lii, temps d'exquise 
sensibilité, comme l'ont bien prouvé les événements. Ce qui res- 
sort de l'espèce d'enquête ouverte par Corancez, c'est que les pa- 
roles célèbres popularisées par la gravure et qui semblaient un 
adieu à la vie : « Thérèse, ouvrez cette fenêtre... (et le reste), » 
ont été réellement prononcées comme si Rousseau avait eu (chose 
impossible!) le pressentiment de l'apoplexie qui allait l'emporter. 
Il est, en outre, constant que quelques minutes auparavant il avait 
abrégé une visite que lui faisait Mme de Girardin et lui avait parlé 
en propres termes de la catastrophe qui allait arriver. Toutes ces 
circonstances écartent, à notre sens, la pensée d'une mort autre 



52 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

que volontaire, et Grimm a pu, sans forfaire, se faire l*écho 
d'une opinion contre laquelle ne prévalent pas les molles dénéga- 
tions de X Année littéraire de Frcron. 

Un autre rêveur du même temps, mais celui-là lancé dans l'ac- 
tion pour son malheur et le nôtre, est Bailly (Jean-Sylvain), le 
maire de Paris, auquel le numéro de décembre de la même Revue 
a consacré un substantiel article dû à M. Nourrisson (de l'Institut]. 
L'auteur de ce travail a heureusement échappé à la fascination 
de son sujet et caractérisé le rôle politiquement désastreux de 
cet honnête homme de savant. Dans Tœuvrc de la dissolution so- 
ciale, Bailly épaule Lafayette. Pour celui-ci encore, M. Nourris- 
son a eu des paroles de justice, c'est-à-dire de sévérité. Limité à 
une appréciation purement littéraire, nous ne nous étendrons pas 
sur les funestes conséquences de la niaiserie dans Tordre politique, 
mais avant de sortir de ce sujet nous remettrons ^ous les yeux de 
nos lecteurs im morceau presque achevé dans lequel M. de Fal^ 
loux a dépeint le héros des deux mondes, « Il avait, dit-il (i), le 
tempérament paisible, le cœur faible et l'esprit faux. Ses premières 
campagnes d^Vmérique, aventures de jeunesse, avaient grandi 
aux yeux de la France, par l'éloignenient, par la nouveauté du 
théâtre et par d'heureux exploits. Revenu à Versailles, Lafayette 
avait trouvé l'art de marier avec son assiduité de courtisan et la 
bienveillance particulière de la reine, le patronage de Washing- 
ton et l'ordre de Cincinnatus. Lancé presque à la tête d'une ré- 
volution, il la suivait tout ébahi en ayant l'air de la guider. Il te* 
nait moins du cardinal de Retz que 'hi bonhomme Broussel, ac- 
ceptait naïvement le fait du jour, séparé de la veille et surtout du 
lendemain, prenait dans les événements le côté le plus matériel et 
dans les délibérations le côté le plus théoiûque, sans s'apercevoir 
de cette contradiction, sans se mettre en peine de la portée de 
ses actions ou de la pratique de ses idées. Il contemplait l'émeute 
ou l'escortait en uniforme, sans avoir trempé dans aucun complot, 
pleurait sur les victimes et croyait à sa générosité comme s'il les 
eût sauvées. Incapable précisément de sauver rien ni personne, 
Lafayette eut encore le malheur d'être complété par Bailly en 
même temps nommé maire de Paris. » 

Dans son étude, M. Nourrisson s'est dû naturellement aider des 

(l; Louis XVI, Paris, 1840, gr. xn-8\ 



CHRONIQUE. 53 

témoignages contemporains. Sur ce terrain, qui est un peu celui 
du Bulletin^ nous n'avons pas été médiocrement surpris de voir 
intervenir « an nommé Palmézeaux », un peu plus loin « le sieur 
Palinézeaux » qui, au point de vue littéraire et bibliographique, 
n'est autre que le poète très-médiocre et très-connu, Michel de 
Cabières. Possédé de la manie d'accoler un nom au sien, après 
s'être appelé successivement Dorât- Cubières, puis Marat-Cubières, 
il était devenu Cubières-Palmezeaux. L'oubli, on le voit, a com- 
mencé j)our lui et il ne laissera sans doute d'autre trace dans la 
postérité que l'inconvenante charade que lui a consacrée Champ- 
cenetz : 

Avant qu'en mon second mon tout se laisse choir, 
Ses vers à mon premier serviront de mouchoir. 

Nous demandons grâce pour cette chicane bibliographique et 
surtout pour la digression qui s'en est suivie. Si nous étions 
sûr que cela fôt bien venu de nos lecteurs, nous ouvririons 
dans chacune de nos chroniques un paragraphe spécial sous ce 
litre : les ignorances et les bévues littéraires, et il est douteux 
que la matière nous fit défaut. Dans cet ordre d*idées, nous cite- 
rions à notre barre la Revue des Deux^Mondcs^ qui, dans son nu- 
méro du i*' février 1876 [le Fiancé de Mlle Saînt-Maur)^ dit 
d'un étudiant en droit : a II avait prisi^OMT sujet de sa thèse... » 
alors qu'on reçoit seulement le sujet que vous donne un tirage 
an sort. Du moins cela était ainsi de notre temps. Nous mettrions 
également en cause le Bulletin historique et littéraire de la société 
du protestantisme français^ qui cite (numéro du i5 décembre 1875, 
p. 56o) le ce Donjon infernal, etc. », de Louis de la Bellaudière, au 
lieu du Don-^on (Jd est le son de la cloche de la prison). Tout 
cela matière non pas de bréviaire, comme dit Rabelais, mais de 
bibliographie ! 

Tbibuicàux. — Sans manquer au respect dû à la chose jugée, 
nous voudrions dire un mot d'un récent procès qui est fait pour 
intéresser au plus haut point le monde des libraires et des biblio- 
philes. M. Bachelin-Deflorenne s'est rendu acquéreur en 1874, ^^ 
Londres, dans une vente Perkins, d'un superbe manuscrit de la 
Concordance des canons antinomiques de Gratien^ exécuté sur vé- 
lin dans le xiv« siècle et orne de précieuses miniatures. Ce manu- 



54 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

scrit, relie en cuir de Russie, ne portait aucune estampille de bi- 
bliothèque publique ou particulière, et M. Bachelin, une fois le 
prix payé, pouvait s'en croire légitime possesseur, lorsque la Bi- 
bliothèque nationale est intervenue pour en revendiquer la pro- 
priété. Les débats ont établi que le volume en litige provenait de 
la bibliothèque du président Bouhier, chez lequel il était alors 
relié en velours noir, et après avoir passé dans les collections 
Bourbonne et d'Avaux, avec les autres livres du savant magis* 
trat, avait été cédé en 1784 à Tabbayede Clairvaux dont les biens 
ont été absorbés par l'Etat lors de la Révolution. Depuis cette 
époque, la présence du manuscrit de Gratien est constatée à 
Troyes, en 1801. En cette année, deux érudits, Chardon de la 
Rochette et Prunelle, chargés d'une mission littéraire ayant pour 
but de centraliser dans le grand dépôt de Paris les livres et ma- 
nuscrits d'un intérêt de premier ordre, donnent décharge à la 
bibliothèque de Troyes de 173 manuscrits provenant du président 
Bouhier et dans lesquels figure le Gratien. A partir de ce mo- 
ment sa trace se perd. Sur les 173 manuscrits de 1801, ii5 seu- 
lement étaient constatés présents à la Bibliothèque impériale, dans 
un inventaire de i8o5, et parmi eux ne se trouvait pas le Gra- 
tien. A la mort de Chardon de la Rochette et de Prunelle, quel- 
ques-uns des manuscrits manquant à l'appel furent réintégrés par 
les héritiers, mais toujours sans le Gratien. Entre temps, la Biblio- 
thèque ne perdait pas de vue ses desiderata et signalait, cela 
en i856, trente- neuf manuscrits de la collection Bouhier, non 
encore rentrés. Ils ne sont plus que trente-huit depuis que la Bi- 
bliothèque ayant eu avis de la vente Perkins a revendiqué le ma- 
nuscrit de Gratien acheté par M. Bachelin-Deflorenne, et a fait 
établir judiciairement son droit de propriété. 

Ainsi donc voilà un honnête libraire qui a dépense une grosse 
somme d'argent pour conquérir sur nos voisins un manuscrit pré- 
cieux au point de vue de l'histoire de l'art. Il s'est assuré que 
rien n'indiquait que ce manuscrit eût appartenu à un dépôt public 
et il peut s'en croire propriétaire jusqu'au jour où l'Etat inter- 
vient armé du principe de Tinaliénabilité du domaine public, et 
étend sa main, et dit : ceci est à moi. />x, sed dura Icx. Tra- 
duction en français moderne : c'est raide! 

Théat&es. — Sera-t-il interdit au Bulletin de s'occuper d'art 



CHRONIQUE. yo 

dramatique ? Non, sans doute, pour peu qu'il sache ne pas sor- 
tir de la modestie de son rôle. Donc, nous entre-bâillerons, de 
ce jour, la porte du Théâtre-Français, décidé à y pénétrer de loin 
en loin, les soirs du vieux répertoire : au moins sî nos lecteurs 
l'agréent. Et pourquoi non ? L'appréciation d'une édition nou- 
velle de tel ou tel de nos grands et petits classiques de la scène 
serait ici à sa place incontestable, et n'est-ce pas une nouvelle 
édition que la réapparition au grand joiu* de la rampe d'un de 
leurs chefs-d'œuvre? Il se pourrait (qui sait?) qu'il y eût moins 
de profit intellectuel à relire Molière ou Racine dans les réimpres- 
sions de M. Lemerre, successeur de Percepied, que dans l'édition 
donnée, les soirs de reprises, par les artistes non moins conscien- 
cieux du théâtre littéraire par excellence, MM. les comédiens or- 
dinaires de ou du... (la suite après la révision). 

Nous inaugurerons donc aujourd'hui cette nouvelle partie de 
notre chronique par un vieux conte dramatique dont les reprises 
périodiques ne sont pas encore parvenues à lasser l'émotion du 
public. Le chef-d'œuvre de Sedaine, le Philosophe sans le savoir^ 
a reparu avec ses qualités et ses défauts d'esquisse, et, comme 
toujours, il a trouvé un auditoire bienveillant dont la sympathie 
est acquise même à ses défaillances. Une appréciation minutieuse 
sérail ici hors de sa place, et le public, qui a un sentiment très- vif 
du procédé de critique qu'il convient d'appliquer à chaque œuvre 
d'art, nous désavouerait. Quant à lui, il ne s'est jamais trompé 
dans son jugement sur ce drame. Il s'£st vu en présence d'un 
canevas de pièce où tout est à l'état d'indications : sentiments, si- 
tuations, caractères, et il lui a sulB que ces indications eussent été 
posées avec un goût qui est peut-être le génie, pour crier , depuis 
plus d'un siècle, au chef-d'œuvre. Et c'est justice. 

Nous n'entreprendrons pas de raconter une pièce qui est con- 
nue de tous. Nous rappellerons seulement qu'elle est bâtie sur cette 
étemelle question du duel [Detestabilis duellorurn usus.,» comme 
disent les Actes du concile de Trente, au chapitre De monomaquid) ^ 
et que toutes les scènes gravitent autour de l'émouvante situation 
d'un père qui, sur la foi d'un serviteur plus zélé qu'intelligent, 
peut croire un moment à la mort de son fils. Gomme Jacob à qui 
l'on apporte la tunique de Joseph trempée dans le sang d'un che- 
vreau, le gentilhomme marchand qui s'est affublé du nom hol- 
landais de Vanderk, représente une des plus vives douleurs que 



56 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

puisse ressentir rhumanitë ; mais comme le patriarche, il aura, au 
dernier moment, la joie de presser son fils entre ses bras. Tout 
rintërêt du drame est là : dans le développement de cet héroïsme 
bourgeois que caractérise imparfaitement encore le titre de la 
pièce. Un autre attrait est le milieu dans lequel se passe l'action. 
L'honnête entourage du philosophe repose le spectateur des émo- 
tions véreuses qui constituent aujourd^iui son régime le plus ha- 
bituel. Cette famille respectueuse et respectée, depuis le chef, 
Agamemnon de comptoir, jusqu'au vieux serviteur chez lequel le 
dévouement rachète Tétourderie, toute cette smala, comme on di- 
sait l'an passé, est un pur rafraîchissement pour l'esprit. Evoque- 
rons-nous cette aimable figure de jeune fille que l'auteur a es- 
quissée avec une si merveilleuse et savante discrétion? L'homme 
qui a créé le type de Victorine a eu, ce jour-là, le génie. Et il ne 
fallait pas moins pour sauver les imperfections du reste, car, dans 
le bagage de Sedaine, Toutil n'est pas, il s'en faut, à la hauteur 
de l'inspiration. Les déclamations abondent, déclamations sur le 
commerce, déclamations sur la naissance, déclamations sur le duel. 
« Oh vous! lois sages, mais insuffisantes, etc. » Et quel style! 
mais il faut savoir se contenter d'une impression générale et elle 
est excellente : pour un peu nous dirions (Victorine aidant) ex- 
quise. 

Le Bulletin serait mal venu, pour un début, à exagérer les cri- 
tiques auxquelles peut donner lieu l'interprétation de la pièce. 
Elles se réduisent d'ailleurs à peu de chose. Quelques situations, 
quelques caractères et surtout quelques discours gagneraient à 
être moins soulignés à la scène. La dignité du père, les ridicules 
de la marquise, la rondeur du militaire, tout cela nous semble 
devoir être présenté, comme l'a fait Sedaine, à l'état d'esquisse 
légèrement touchée. C'est grâce à cette légèreté de touche que 
l'auteur a évité de verser, comme son contemporain Diderot, dans 
les lourdes emphases du Père de famille. Que ses interprètes 
s'inspirent de son procédé rendu surtout nécessaire par l'insuf- 
fisance du style. Le vers du poète Roy : « glissez mortels, n'ap- 
puyez pas », est proprement le vers du dix-huitième siècle, et D 
convient de l'avoir présent à la pensée toutes les fois que l'on 
touche, en façon quelconque, à cette époque. W. O. 



LE PRINCE AUGUSTIN GALITZIN 



MEMBRE DE LA SOCIETE DES BIBLIOPHILES FRANÇOIS. 



Je Toadrais faire partager à quelques- ans 
le charmej particulier qa*on éprouve à s'oc- 
cuper des serviteurs de Dieu. 

{Légende du bienheureux Raoul de la 
Roche- Ajrmon,) 

Auo. Galitzin. 

Ces lignes, rencontrées en parcourant les œuvres du 
prince Augustin Galitzin, expriment parfaitement la pensée 
qui m*anime en parlant de lui. Je désire moins ici analyser 
ses œuvres, dont plusieurs dépassent mes lumières, que 
rechercher le sentiment dans lequel elles furent écrites. 

Un catholicisme fervent présidait à toutes les actions du 
prince Augustin. Son goût pour la littérature, héritage de 
famille, était mis au service de sa foi ! une foi conquise au 
prix de tant de sacrifices ! 

Malgré la rigueur des lois de la Russie envers ceux de ses 
enfants rangés sous T obéissance du pontife romain, le 
prince aimait du fond du cœur sa sévère patrie ; il Taimait 
avec une sollicitude tendre, que son cœur ne pouvait 
contenir, a Personne, — écrivait-il, — n'a le droit de me 
censurer pour cet amour qui discourt en mon âme. » 

« Amor chenella mente mi ragiona. i 

Dans sa douleur d*être séparé par sa foi de son cherpays^ 
il remonte à Torigine du schisme, démontre la faiblesse des 
différences qui le constituent, et s'efforce de prouver à ses 
« frères séparés » que l'erreur serait facile à répudier par 
un seul acte : la soumission au vicaire de Jésus-Christ sur la 
terre. Il cite cette prière que l'Église russe chante elle- 
même dans ses temples : « Prions d'une seule voix et d'un 

5 



58 BULLETIN DU BIBLIOPmLE. 

seul cœur pour la paix universelle, pour le bien-être et la 
réunion de toutes les Eglises. » 

Cette réunion est le vœu passionné du prince, sa tendresse 
filiale pour la Russie n'étant surpassée que par celle qu'il 
doit à rÉglise catholique. Ces deux amours sont en lui insé- 
parables; il le témoigne dans un écrit où il donne les der- 
niers conseils, dit les derniers adieux : page touchante où sa 
famille a bien voulu permettre à ma vieille amitié de recher- 
cher quelques traits pour essayer de peindre « cette pure 
et douce figure » , comme le désigne un des articles à sa 
louange. 

Dès la première ligne il affirme sa foi, sa nationalité, sa 
sollicitude de chrétien et de père. 

« Je supplie mes enfants de demeurer courageusement 
fidèles à rÉglise catholique et à la Russie. » 

Il dit : courageusement^ car lui-même en a donné l'exem- 
ple, et il supplie ses enfants, car c'est ici œuvre divine, à 
laquelle la volonté paternelle ne suffirait pas : il y faut la 
grâce. 

Supplier ses enfants d'être fidèles à la Russie n'est-ce pas 
une sorte de prière à la Russie dHêire maternelle pour ses 
enfants ? 

Il semble que le prince ait voulu forcer à se réunir, au 
moins dans son cœur, par un vœu suprême, tous les objets 
de ses plus grandes affections : sa religion, son pays, sa 
femille. 

Fier des exploits de ses ancêtres (1), le prince, néan- 



(l) La maison des princes Galitzin est issue des anciens grands-^ucs 
de Lithuanie, appelés Jagellons. Écrire l'histoire des Galitzin ce serait 
presque écrire l'histoire de la Russie, tant ils sont mêlés dès l'origine à 
tous les grands événements. Conquérants avec les czars, les aidant à 
pacifier leurs conquêtes, grands administrateurs, vaillants soldats, un 
certain esprit de liberté par lequel ils devançaient leur temps, les pré- 
cipita quelquefois du faite de la puissance ; mais toujours les souverains 
éclairés revenaient à eux et utilisaient leurs grands talents et leur ar- 
dent patriotisme. L'un d'eux, Basile, surnommé le Grand, faisait décréter 
en 1676, par une puissante Assemblée, Tabolition de tous les privilèges 



LE PRINCE AUGUSTIN GALITZIN. 59 

moins, considérait la sainteté comme la première de toutes 
les gloires. « Quel plus beau titre de noblesse, écrivait-il, 
que de compter dans sa famille des saints et des martyrs ! » 

Cette première de toutes les illustrations ne fait pas dé- 
faut dans la famille des Galitzin. 

A certaines époques de crise, la Russie, comme plusieurs 
autres grandes nations, eut ses martyrs politiques et reli- 
gieux ; la famille Galitzin ne fut pas épargnée. Plusieurs su- 
birent des exils et même des tortures pour avoir lutté contre 
les excès de la puissance impériale. Michel Galitzin, petit- 
fils de Galitzin le Grand, fat martyrisé pour sa foi (1). On 



fondes sur le rang. Il ne songeait qu*à rendre tous les nobles égaux 
sous la puissance du czar, afin que la subordination rendît le gouver- 
nement plus facile. Lorsqu'un siècle plus tard la noblesse française ab- 
jurait ses privilèges et ses titres, c'e'tait pour flatter un souverain d*un 
nouveau genre : le peuple. Galitzin s' éclairant du passé de l'histoire 
imitait Richelieu ; Montmorencj en précipitant les soutiens du trône 
dans le gouffre de Tégalité se faisait inconsciemment le précurseur de 
la hache révolutionnaire. En Russie, le peuple n'est plus serf; en France, 
il est roi : pourrait-on dire lequel est le plus près de la servitude ? 

Les derniers souverains de la Russie ont marché dans une voie pro- 
gressive d'affranchissement du peuple. Déjà, au commencement du 
siècle, un écrivain fameux en Allemagne écrivait à Mme de Krudner : 
« Alexandre de Russie se distingue de son homonyme de Macédoine en 
ce qu'il donne la liberté au lieu de la prendre ; tandis que la France 
avec toutes ses conquêtes est aujourd'hui conquise elle-même par un 
homme.... » Soixante ans plus tard, un autre Alexandre méritait entière- 
ment l'éloge fait au premier en abolissant l'esclavage. Puisse la religion 
catholique avoir aussi son Alexandre qui l'affranchisse. 

(1) Il était un de ces jeunes gens que le czar Pierre I*** avait envoyés 
se former à l'étranger. Il y avait embrassé la religion catholique. Lors- 
que arriva le règne de l'impératrice Anne Iwanowna, cette princesse, à 
l'instigation du cruel favori Biren, voulut punir le prince Michel Ga- 
litzin de professer ouvertement le catholicisme. On l'obligea, quoique 
âgé de plus de cinquante ans, à remplir l'office de page de la cour, et 
conmie il se refusait aux devoirs de sa charge, Biren imagina un genre 
de supplice tout nouveau et qui devait servir en même temps à faire 
paraître la grande puissance de l'impératrice. Une immense fête fut 
organisée à laquelle devaient concourir les provinces les plus reculées, 
les gouverneurs ayant reçu l'ordre d'envoyer à Saint-Pétersbourg un 
couple de chaque différente race. On fit construire sur la Neva une 
maison tout en glace. A cet effet, on fendit une glace choisie en forme 



60 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

raconte qu'il s'écriait pendant son supplice : « O Jésus, faites 
que les conversions au catholicisme ne cessent jamais dans 
la famille Galitzin. Ce vœu' était entendu. Une autre con- 
version éclatante venait au siècle suivant continuer cette 
sainte généalogie, non fictive, car, dit saint Augustin, « na- 
guère, si Etienne n'avait pas prié, l'Eglise n'aurait pas eu 
Paul. » {De festâ S, Stéphanie) 

La conversion du prince Dimitri Galitzin fut accordée aux 
prières de sa mère (1), qui, chaque jour, s'écriait comme 
sainte Monique : « O mon Dieu, je vous le présente comme 
un mort dans son cercueil afin qu'il vous plaise de dire à ce 
cher fils : « Lève-toi, je te le commande. » [Confessions de S. 
Augustin,) Bientôt le jeune converti voulant étudier pour 

d'immenses pierres de taille qu'on cimentait en les aspergeant d*eau 
chaude qui gelait instantanément : les ornements étaient travaillés comme 
dans le cristal de roche. Cette mer\'eille, disent les historiens, fut con- 
struite pour les noces d'un seigneur illustre par sa naissance. Veuf d'une 
Nariskin, l'impératrice l'obligea de prendre parmi le peuple une fé- 
conde épouse ; on enferma les mariés dans une cage sur un éléphan 
et on les conduisit avec un cortège pompeux et dérisoire jusqu'à leur 
palais de glace où ils furent enfermés jusqu'au jour. Cette curieuse et 
émouvante histoire a été traduite par le prince Augustin dans son 
livre intitulé: Un Missionnaire russe en Amérique {Paris, Techencr, 1856)i 
d'après des historiens connus : Général comte de Manstein, (Mém.). 
Ljon, 1772. (Weydemer, St-Péters., 1835.) 

(1) Amélie de Schmettau, princesse Galitzin, était une des femmes 
les plus remarquables du siècle dernier, c On ne pouvait s'en faire une 
idée, dit Goethe, avant de l'avoir connue et on ne pouvait la connaître 
sans l'aimer. » Le centre d'attraction catholique était alors en West- 
phalie, à Munster. Le salon de la princesse devint le point de réunion 
de toutes les gloires de l'époque. L'auteur de Werther déclare que c'est 
auprès d'elle qu'il passa les meilleurs moments de sa vie. C'est à cette 
fervente chrétienne que l'Allemagne catholique fut redevable de la con- 
quête du comte de Stolberg. Voici, en abrégé, le ravissant portrait 
qu'il en a laissé dans son histoire de N. S. J. C. 

« Une des âmes les plus riches, les plus élevées, les plus saintes que 
j'ai connues.... elle fut un guide, une consolation pour beaucoup de 
personnes.... des philosophes ont admiré ses manières et sa vie.... l'in- 
nocente jeunesse qu'elle avait réunie autouT d'elle pour la diriger vers 
VAmi suprême de l'enfance a répandu des fleurs sur sa tombe. Sa dé- 
pouille mortelle repose au cimetière du petit village d'Angel-Modi 
contre le mur de l'église, sous l'image du Dieu crucifié, j 



LE PRINCE AUGUSTIN GALITZIN. 61 

devenir prêtre entra au séminaire de Baltimore ; cela fit un 
grand éclat à la cour de Russie. On lit dans la correspon- 
dance de Joseph de Maistre : a II ne dépend pas de vous 
de mépriser le prince-abbé Galitzin, des gens pourront le 
blâmer, parce que Ton ne peut empêcher personne de dire 
oui ou non; mais j'en appelle de bon cœur à leur cons- 
cience. » 

Le courroux paternel, la disgrâce impériale n'arrêtèrent 
pas Dimitri dans sa vocation ; il se souvenait de cette parole 
de l'évêque d'Hippone, que la conversion des grands est 
une conquête d'autant plus considérable sur l'ennemi que 
c'est lui enlever ceux qu'il tient le mieux et par qui il en tient 
un plus grand nombre {Conf,^ VIII, iv). Sa vie fut un acte 
continuel de dévouement et il convertit des milliers d'âmes 
en Amérique par sa prédication et par ses écrits (1). 

« Ce saint abbé, nous dit le prince Augustin, avait un 
petit faible ; mais celui-là révèle à lui seul une foule de no- 
bles instincts : il aimait les livres, il ne pouvait s'en passer, 
il en avait rassemblé un grand nombre, cherchait à opérer 
du bien en les prêtant et ne commettait pas de mensonge 
en inscrivant sur ces chers compagnons de sa solitude la 
formule consacrée : Galitzîni et amicorum. )» 

Je ne pense pas que ce petit faible du prince-abbé trouve 
parmi les lecteurs du Bulletin du bibliophile une bien sévère 
condamnation. 

Au moment où Dimitri Galitzin mourait en apôtre aux 
monts Alleghaniens, une sainte du même nom venait con- 
soler les catholiques d'Amérique d'une si grande perte. 



(1) Le prince Augustin a traduit celle de ses œuvres qui peut faire le 
plus grand bien, non-seulement parmi les protestants auxquels est 
adressée la Défense des principes catholiques^ mais aussi parmi ceux des 
catholiques qui ont à lutter sur des objections contre la doctrine de 
rÉglise ; ils trouveront dans ces pages les réponses les plus lumineuses, 
dans ce style simple et clair qui porte la conviction dans les esprits. 
{Un Missionnaire russe en Amérique^ traduit par Augustin Galitzin. 
Techenei;, 1856.) 



62 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Elle aussi s'était convertie à Texemple d'une tendre mère 
qui n'était autre que la grand'mère d'Augustin. 

La société de Saint-Pétersbourg avait à cette époque un 
aspect remarquable. Animée par les événements politiques 
de la révolution française, retrempée par le spectacle des 
hautes infortunes auxquelles elle donnait une large hospi- 
talité, un mouvement sérieux se produisait dans les esprits, 
dû à l'influence et au commerce d'intelligences supérieures. 
Le salon de la princesse Alexis Galitzin réunissait toutes les 
sommités de la colonie française, que dominait de sa haute 
renommée le comte de Maistre. 

« Ma gi-and'mère, — dit le prince Augustin, — passionné- 
ment Russe, avait un jugement très-droit en même temps 
qu'un besoin d'analyse qui doit précéder Ténergie pour la 
justifier. Elle voulait se rendre compte des vertus dont la 
providence avait placé sous ses yeux de rares exemples. Elle 
en découvrit la source dans une doctrine plus intégi*alement 
pure que celle qu'elle professait, et dès qu'elle reconnut la 
vérité elle n'hésita pas un instant, la première de son cer- 
cle, à l'embrasser, au moment. Tan 1800, où elle restait 
veuve avec cinq enfants et une fortune qui réclamait «une 
extrême surveillance. » 

Parmi ces enfants se trouvait une fille, Elisabeth, celle 
dont nous parlions tout à Theure. Un des plus charmants 
livres d'Augustin est la vie de sa tante racontée à l'aide des 
mémoires qu'elle a laissés, et entreprise par le prince sous 
l'inspiration d'une amie de sa grand'mère, et presque une 
mère pour lui. « En traçant cette histoire, dit Augustin, il 
me semble accomplir un vœu de Mme Swetchine. » 

« Le jour où j'atteignis ma quinzième année, ra- 
conte Elisabeth, ma mère me dit : Je vais vous confier un 
secret bien important, prenez garde de ne le révéler à qui que 
ce soit, vous m'exposeriez à l'exil, à la mort peut-être.... » 
En apprenant que sa mère était catholique, Elisabeth fondit 
en larmes et conçut une haine implacable contre la religion 
catholique et ses ministres; elle alla jusqu'à formuler par 



LE PRINCE AUGUSTIN GALITZIN. 63 

écrit le plus terrible serment de ne jamais changer de reli- 
gion. Quelque temps après, assistant par déférence à l'enter- 
rement d'un prêtre qui lui avait donné des leçons d'italien, 
elle entendit une voix intérieure qui lui disait : « Tu hais 
cette religion, tu en feras partie toi-même. » Et comme 
elle s'excitait de nouveau à l'horreur du catholicisme, elle 
sentit un grand trouble et se dit : a La haine est un péché : je 
dois prier, même pour les jésuites ! » Elle le fit loyalement 
chaque jour ; la haine cessant d'habiter ce cœur qui n'était 
pas fait pour haïr, la grâce ne trouva plus d'obstacle, et 
bientôt Elisabeth vint se jeter dans les bras de sa mère en 
lui disant qu'elle aussi était catholique. « Nous pleurions 
toutes deux à fendre les pierres, » écrit la jeune princesse. 
Larmes douces et bénies cette fois ! Onze ans plus tard Elisa- 
beth se faisait religieuse du Sacré-Cœur. 

« Ma tante, dit le prince Augustin, a été la première 
Russe qui ait pris le voile à l'étranger. » 

Il nous trace le tableau de son arrivée en Amérique au 
moment où venait de s'éteindre le prince-abbé Dimitri. 

c Le 6 mai, dans une cabane située sur un versant de la 
chaîne des monts qui partage du nord au sud les Etats 
d'Amérique, expirait un vieillard qui avait consacré sa vie 
à rendre témoignage dans ces lointains parages à celui qui 
est la lumière. Une foule en pleurs entourait sa couche 
funèbre, car, durant un demi-siècle, les malheurs publics, 
les chagrins des familles, les angoisses des âmes, tout avait 
abouti à son cœur de prêtre. Connu sous l'humble pseu- 
donyme de père Smith, cet apôtre n'était pas né cependant 
sur la terre qu'il avait transformée et qui allait recevoir sa 
dépouille ; il était Russe, et avait nom Galitzin. » 

Le 1**" septembre de la même année débarquaient à Nevf- 
York huit femmes vêtues de noir, ne portant pour tout 
ornement qu'une croix sur leurs poitrines. Elles venaient 
former de nouvelles générations dans le nouveau monde. 
La plus âgée d'entre elles n'était pas, comme ses sœurs, Fran- 
çaise; 1« même sang que celui du missionnaire à peine 



64 BULLETIN DU BIBLIOPHILE, 

décédé coulait dans ses veines, le même amour de Dieu et 
du prochain battait dans son cœur : elle aussi était Russe, 
et se nommait Mme Elisabeth Galitzin (t). 

Comment s'étonner qu'avec de tels précédents, avec de si 
précieux exemples, Augustin Galitzin ait senti dès sa jeu- 
nesse cet enthousiasme religieux qui lui fait dire dans une 
de ses préfaces : ■ Nous voudrions faire partager notre bon- 
heur (d'être catholique) à tous nos frères, car pour le chré- 
tien, le bonheur n'existe qu'à la condition d'être partagé, 
et cela doit être, car la loi du chrétien est amour ! > 

Forcé d'énumérer dans son histoire de l'EgUse gréco-russe 
les terribles lois contre les catholiques, il se hiiie d'ajouter 
que ces lois ne sont déjà qu'une lettre morte ; qn'il serait 
facile eu les abolissant tout à fait de s'attirer les applaudis- 
sements du monde civilisé, — et ce qui vaut mieux — la 
bénédiction du ciel. ■ Un Kusse, s'écrie-t-il , ne saurait 
former de voeu plus patriotique que celui de voir la liberté 
de conscience noblement proclamée en Russie. » 

Bien des tristesses secrètes résultaient pour le prince Au- 
gustin de l'antagonisme entre ses afiections les plus pro- 

(1} Mme Elisabeth repréKolitit en Amérique la ïapérieare générale de 
l'ordre i remplie de talents, elle ne quittait la plume que pour [)reiidre 
le pinceau, dans lea iatervalles de leïvojagea pour la fondatioD de pla- 
sieur* mdifians de l'ordre et la ■urveillance de celles qui étaient déjl 
établie». Sa correspondance avec sa mère étaitd'une gaieté pieuse, toute 
charmante. Elle se plaint du climat de Nen-York, où elle ne peut se 
réchauffer et où le jour est sombre, a. Vive les pays froids, écrii-elle, 
pour j avoir chaud et y tcàx clair. > Elle établit nue iastitntion chei les 



LE PRIMCE AUGUSTIN GALITZIN. 65 

fondes. Oa en peut juger par le cri de regret qui lui échappe 
de n'avoir pas au moins une tombe dans sa patrie, dans un 
de ces villages qui auraient dû lui appartenir, dans cette 
chère Russie, qu'il a, dit-il, « toujours brûlé du c 

Son cœur avait cependant bien épousé la France, 1 
s'était marié dans une famille dont le nom est cher 
histoire, fameuse dans notre ancienne chevalerie. C 
bonheur qu'il y découvrait et y mettait en lumière 
plus glorieux selon lui que tous les autres : le tii 
laMeté, et il écrivait la légende du bienheureux Kac 
Rocbe-Aymon{l). 

L'union des Gaiitzin avec la noblesse française s 
mentée encore l'année dernière par le mariage de la 
prince Augustin avec le duc de Chaulnes, frère du 
Luyneg, tué si glorieusement à Fatay. 

Une particularité à l'occasion de ce mariage est i 
parce qu'elle semble une prédestination, 

Mme Swetchine, qui devait être la marraine de 
attendu par la princesse Gaiitzin, mourut peu di 
avaat la naissance de la princesse Sophie. Par so 
ment, elle léguait aux de Luynes une chapelle que 

[1] ( S'il est UDC gloire dans ce monde, auurément, c'eiE ci 
parteuir A une race qui est toujours demeurée pure dant la foi, 
deierrir toi-même toujours fidèleoieut ce Dieu auquel oa a ' 
pu les ancêtre*.... on a chanté les exploits des quatre ù\» Ayn 
ma, derrière les chevaliers de cette considérable maison , étince 
lar lenn armures, couTeris de bleuure* sur leurs corps, j'ai < 
no pauvre moine, n'ayant pour toute parure que la grossière r 
che de Saint-Bernard, ae tenant en main, au lieu d'une Ion, 
qa'uoe simple croix de bois, la croix, qui a sauvé le monde, i 
pouuiire que le temps a amassée sur le portrait délaissé de cei 
tienl que je déiireraii secouer aujourd'hui. Je Toudraii faire \ 
quelques-uns le charme particulier qu'on éprouve k s'occuper i 
lenn de Dieu, en les entretenant quelque» instant» de Raoul de . 
Ajmon, quinzième abbé de Clairvaux, primat des Gaules. > 
^ iieahiureux Jtaoul de la Boclie-Aymon. Aug. GalttiJn.) 

Une Mur d'Angnstin, la princesse Marie Galitziu, a épousé 
çai>, le comte de Beriier de Sauvigny, dont le grand-père a éb 
premières victime» de k Révolution. 



66 BULLETIN DU BIBLIOPHILE, 

végue de Pans lui avait permis d'avoir dans son hôtel. Cette 
chapelle fut transportée à Thôtel de Luynes. Par un sentï- 
ment de tendresse presque filiale envers celle qui avait été 
l'ange tutelaire de sa jeunesse, le prince Augustin désira et 
obtint que le baptême de sa fille fût fait sous les auspices 
de Mme Svretchine, dans la chapelle où elle avait élevé 
à Dieu tant de saintes prières. IV^r Morlot accomplit 
lui-même la cérémonie, où le duc de Chaulnes, âgé de six 
ans, assista en joyeux bébé. Il s'en est souvenu le jour de 
son mariage et le prince Augustin Galitzin put croire que 
du haut du ciel la sainte amie qu'il avait tant pleurée avait 
préparé dès le jour de ce baptême, où son souvenir était si 
vivant, l'union de ces deux enfants. La chapelle de Mme 
ère aux jeunes époux. C'est 
ints à joindre leurs petites 
: l'amie qu'ils ont au ciel, 
petite fille va être baptisée 
rrain et pour marraine le 
iD, représentés par le comte 
! de Cbevreuse. 
stin, prenait place tout ce 
lit avoir une part dans ses 
la un recueil précieux de 
[enri IV, qu'il dédia à l'hè- 
les documenis intéressants 
e de Lorraine, femme de 
àces poétiques, les vertas 
eur éclat, éteintes trop vite 
L grande abondance lorsque 
le tarirent qu'avec sa vie », 
eaux (l), elle y vécut comme 

■tenait an comte et i la comteMe 
re de la princeMe Angiutin Ga- 
, où le toaTenir de la reine Louùe 
'^cieuieineDt quelque* venjges de 
M suave piété. Ce lien ett le chl- 
■ de Mme la comteMe de Ville- 



LE PRINCE AUGUSTIN GALITZIN. 67 

une sainte, dans une extraordinaire douleur. Ensuite, elle 
se rendit en son château de Moulins, « où, dit Mezeray, elle 
s'adonnait avec une incroyable ferveur à tous les exercices 
de piété et menait une vie qui pouvait servir d'exemple aux 
religieuses les plus réformées. » 

Sa correspondance avec le cardinal d'Ossat, auquel elle 
avait confié le soin de prouver à Rome que son époux était 
décédé a repentant, confessé et absous », révèle parfaite- 
ment son âme et en communique l'émotion. 

« La mémoire de cette bonne reine, — dit le prince Galit- 
zin, en terminant le précis historique de sa vie, — dont les 
vertus forment un contraste si frappant avec les' iniquités 
qu elle a traversées sans en être souillée, mériterait d'ins- 
pirer une plume plus élégante et plus nationale que la 
mienne, mais qui ne saurait, en tout cas, être plus sensible 
aux vieux souvenirs de la monarchie française. » 

On le voit, ce cœur « passionnément russe » , comme celui 
de sa grand'mère, avait aussi des cordes qui vibraient pour 
son pays d'adoption. 

Ce serait m^étendre trop que d'énumérer les études si 
nombreuses, si consciencieuses du prince Augustin, tant 
d'excellentes œuvres entreprises pour la gloire de Dieu, et 
toujours animées de ce brûlant désir de réunion et de paix 
miiverselle dont l'idéal était en lui et dont l'universalité 
catholique lui semblait le type. Sans appartenir à aucune 
fraction d'opinion comme celles qui tendent aujourd'hui à 
diviser les catholiques, il avait des amis dans toutes, allait 
d une allure libre et avec une indépendance naturelle vers 
les sonmiets où se réalise l'unité ; prenant pour les atteindre 

oeave, la chapelle et les cellules des religieuses capucines que la reine 
avait installées à Ghenonceaux en attendant leur érection canonique, sont 
encore intactes ; la Révolution^ qui avait détruit toutes les richesses *de 
cette demeure, ne lui en a laissé que l'inventaire. Les bibliophiles par* 
courront avec charme le catalogue de la librayrie de la reynn : ils re- 
marqueront que si les œuvres ascétiques y abondent, les classiques, 
c couverts de maroquin bleu, dorez par la tranche^ » y ont également 
bonne place > (Inventaire de Chenonceau en 1603.) 



j^ 



À 



LE PRINCE AUGUSTIN GALTTZIN. 69 

a J'ordonne, dit-il, — qu'on ne fasse aucuns frais pour 
mon enterrement, qu'il n'y ait que deux cierges auprès de 
mon cercueil. » Gardons-nous de croire qu^aucun senti- 
ment moins parfait se soit glissé sous cette modestie, et que 
le prince ait cherché un contraste entre ce simple convoi 
sur la terre d'exil et les honneurs auxquels il aurait pu pré- 
tendre dans sa patrie. Non, cet ordre de simplicité, c'est 
pure piété; c'est aussi un calcul de dévotion. « Aucuns 
frais, dit-il, pour mon enterrement ; mais, en revanche, je 
désire qu'on fasse dire beaucoup de messes pour moi. » Et 
comme il sait où il faut aller pour avoir les bonnes prières, 
il veut qu'on informe de son Aécèh les monastères qu'il a 
aimés. Les ordres religieux devaient être chers à une âme 
si au-dessus des voies communes. En cela, il prenait haut 
ses modèles : « Saint Louis, — nous raconte-t-il dans sa 
Tie de saint François, — aimait tant les ordres de Saint-Fran* 
cois et de Saint-Dominique qu'il avait coutume Ae dire que 
s'il pouvait se partager en deux, il serait moitié à l'un, moi- 
tié à l'autre. Il leur légua ce à quoi il tenait le plus en ce 
monde : ses livres, seuls objets de prix qui furent inven- 
toriés à sa mort. >» 

Une âme mélancolique et croyante comme celle du prince 
Augustin devait aimer ces maisons de pénitence et de re- 
traite où se cachent tant d'éminentes vertus et d'où rayon- 
nent de si hautes intelligences. Aussi leur demande-t-il des 
prières. Il en demande à la grande Chartreuse, où il a un 
ami qui oublie sous la bure ses grandeurs passées, mais qui 
n'oubliera pas de prier pour son ami Augustin (1). Il en 
demande à l'abbaye du Port-du-Salut, aux trapistes, à cçs 
lieux de douleur où trône vraiment le sacrifice, dans le 
« royaume des expiations », a dit Chateaubriand en nous 
racontant la vie de Rancé, ce célèbre converti, non du 
dogme, mais des passions, ce grand pénitent qui s'entrete- 

(1) Comte de Nicolaï, ancien général aide de camp de Temperear 
Nicolas. 



^ 



* n 



J 



70 BULLETIN DU BIBLlOPinLE. 

nait sous les arcades des cloîtres avec un autre pénitent 
illustre, le roi Jacques II. Combien drames blessées et in- 
quiètes se sont réfugiées dans cette Maison-Dieu ! Bien des 
gloires sont venues s'y faire humbles quelques instants. Là, 
Bossuet a préparé son catéchisme de Meaux ; là, Santeuil a 
composé ses belles hymnes ; là, ont pleuré et prié la sainte 
reine d'Angleterre, Marie d'Esté, et la pieuse duchesse de 
Guise. 

Ce n'est pas seulement aux religieux que le prince Ga- 
litzin demande des prières,, c'est aussi à tous ses parents et 
amis, leur demandant pardon, comme tout chrétien doit le 
faire, qui dit son Pater au moins deux fois par jour. Puis 
il recommande ses enfants à son cousin le prince Paul Ga- 
litzin. 

Parmi les amis du prince Augustin, beaucoup l'ont pré- 
cédé; son cœur est comme suspendu entre ceux qu'il va 
quitter et ceux qu'il va rejoindre. Que de noms aimés 
dans ce long mémento ! Citons-en quelques-uns : Mgr de 
Quélen, ce prélat dont le souvenir ne saurait s'effacer, mémo 
ne l'ayant vu que dans la petite enfance; Mgr Surat, à qui 
l'adolescence d'Augustin fut confiée, martyr des atrocités 
de mai 1871 ! Mme Swetchine, la marquise de Ségur (prin- 
cesse Rostopchine), deux amies de sa mère; Berryer, Mon- 
talembert, Cochin, le père Lacordaire, le père Gratry, l'abbé 
Cazalès, dom Guéranger, Mgr Morlot, et tant d'avtres. 
Parmi ceux qui vivent, je ne citerai qu'un nom, cher entre 
tous au prince Augustin, celui de l'historien de Mme Swet- 
chine, le comte de Falloux. C'est à lui que le prince Galit- 
zin confie la tutelle de ses enfants mineurs ; il le prie de les 
aimer comme il a aimé leur père. 

Puis son cœur déborde en un suprême adieu. Il recom- 
mande à ses enfants d!! écouter leur mère. N'est-ce pas dire 
en un seul mot la place qu'elle tient dans la famille? Ses 
effusions plus intimes sont écrites de longue date pour la 
chère compagne de sa vie. Ne touchons pas à cette douleur 
sainte, toute saignante encore. — Il adjure ses fils d'être 



LE PRINCE AUGUSTIN GALITZIN. 
sapérieurement bonnétes, courageus, confiants en 
" Qa'ils se souviennent, dit'il', qu'il n'est qu'un set 
table malheur en ce monde, c'est d'offenser Dieu. > 

N'omettons pas une ligne qui semble tracée a' 
lannes : « Je voudrais être enterré auprès de mon Si 

Serge est un fîls que Dieu lui a repris dans sa o 
année. A défaut de la tombe natale, il sera doux an 
Augustin de reposer sous la pierre où il a tant plei 
foi la plus forte n'ôte à ]a douleur ni les plaintee 
larmes. L'histoire de rbumanité est un long gémis 
depnis Abel jusqu'à la croix, et de la croix jusqu't 
Aussi le symbole chéri de l'Église et des Sdèles e 
cœur percé d'un glaive : cette chose humaine et div 
souffre et qui aime. 

Pour le prince Augustin, toutes les peines about 
au cercueil de son enfant. C'est le jour anniversaîr 
mort de Serge que ce tendre père est tombé mala 
danger s'accrut tous les jours. Il lutta quelque ten: 
il était encore dans la force de l'âge ; mais résigné 
longtemps et ayant appris dès sa jeunesse à bien i 
plus ses souffrances devenaient intolérables, plus il d 
saint. Le révérend père Gagarin, son compatriote et ; 
voyant mordre ses doigts jusqu'au sang pour étou 
cris, le plaignait tendrement: « Je ne souffre pas 
assez pour mes péchés, » répondait le prince. 

Lorsqu'il habitait son cbàteau dans la Creuse, il 
loate la paroisse par son assiduité aux offices. Toi 
qui l'approchaient le respectaient et l'aimaient. 

Pendant un voyage à Plombières, il reçut la visite 
d'Aumale, qui appréciait en lui un collègue des plus 
gués à la Société des Bibliophiles, et l'honorait con 
courageux athlète de la foi. C'est à ce dernier til 
encore qu'à son rang que le prince Galitziu dut la à 
et précieuse consolation de la bénédiction papale à 
àe sa mort. 

Il la méritait bien. Ayant combattu pour la foi 



64 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

décédé coulait dans ses veines, le même amour de Dieu et 
du prochain battait dans son cœur : elle aussi était Russe, 
et se nommait Mme Elisabeth Galitzin (1). 

Gomment s'étonner qu'avec de tels précédents, avec de si 
précieux exemples, Augustin Galitzin ait senti dès sa jeu- 
nesse cet enthousiasme religieux qui lui fait dire dans une 
de ses préfaces : « Nous voudrions faire partager notre bon- 
heur (d'être catholique) à tous nos frères, car pour le chré- 
tien, le bonheur n'existe qu'à la condition d'être partagé, 
et cela doit être, car la loi du chrétien est amour ! » 

Forcé d'énumérer dans son histoire de l'EgUse gréco-russe 
les terribles lois contre les catholiques, il se hâte d'ajouter 
que ces lois ne sont déjà qu'une lettre morte : qu'il serait 
facile en les abolissant tout à fait de s'attirer les applaudis- 
sements du monde civilisé, — et ce qui vaut mieux — la 
bénédiction du ciel. « Un Russe, s'écrie-t41, ne saurait 
former de vœu plus patriotique que celui de voir la liberté 
de conscience noblement proclamée en Russie. » 

Bien des tristesses secrètes résultaient pour le prince Au- 
gustin de l'antagonisme entre ses aifections les plus pro- 

(1) Mme Elisabeth représentait en Amérique la supérieure générale de 
Tordre ; remplie de talents, elle ne quittait la plume que pour prendre 
le pinceau, dans les intervalles de ses voyages pour la fondation de plu- 
sieurs maisons de Tordre et la surveillance de celles qui étaient déjà 
établies. Sa correspondance avec sa mère était d'une gaieté pieuse, toute 
charmante. Elle se plaint du climat de New>York, où elle ne peut se 
réchauffer et où le jour est sombre. « Vive les pays froids, écrit-elle, 
pour y avoir chaud et y voir clair, i £ile établit une institution chez les 
sauvages, y fonde une école de cinquante ûiles. Il lui a fallu peindre trois 
grands tableaux pour une chapelle, et les faire en six semaines ! — 
c Notre chapelle est vraiment charmante ; quel dommage, chère maman , 
que vous ne puissiez venir y assister à la sainte messe ! » — Quelque 
temps avant sa mort, elle vit en rêve trois cercueils symétriquement 
rangés : dans Tun était couché son frère aine, dans le second sa mère, 
dans le troisième elle se vit elle-même. Deux ans après, ces trois cer^ 
cueils n'étaient plus un songe ! Sa mémoire est restée en vénération dans 
le pays où elle a fait tant de bien avec une amabilité qu'elle conserva 
jusque devant la mort, Taccueillant avec joie. Elle succomba aux fatigues 
des soins prodigués par elle aux malades atteints de Tépidémie de la 
(lèvre aune. {Vie d^ant religieuse du Sacré-Cour. Techeuer 1869.) 



LE PRINCE AUGUSTIN GALITZIN. 65 

fondes. On en peut juger par le cri de regret qui lui échappe 
de n'avoir pas au moins une tombe dans sa patrie, dans un 
de ces villages qui auraient dû lui appartenir, dans cette 
chère Russie, qu'il a, dit-il, « toujours brûlé du désir de 
servir ». 

Son cœur avait cependant bien épousé la France, lorsqu'il 
s'était marié dans une famille dont le nom est cher à notre 
histoire, fameuse dans notre ancienne chevalerie. C'est avec 
bonheur qu'il y découvrait et y mettait en lumière un titre 
plus glorieux selon lui que tous les autres : le titre à la 
sainteté^ et il écrivait la légende du bienheureux Raoul de la 
Roche-Aymon (1). 

L'union des Galitzin avec la noblesse française a été ci- 
mentée encore Tannée dernière par le mariage de la fille du 
prince Augustin avec le duc de Chaulnes, frère du duc de 
Luynes, tué si glorieusement à Patay. 

Une particularité à l'occasion de ce mariage est à noter, 
parce qu'elle semble une prédestination. 

Mme Sw^etchine, qui devait être la marraine de l'enfant 
attendu par la princesse Galitzin, mourut peu de temps 
avant la naissance de la princesse Sophie. Par son testa- 
ment, elle léguait aux de Luynes une chapelle que l'arche- 

(1) c S'il est une gloire dans ce monde, assurémenty c'est celle d'ap- 
partenir k une race qui est toujours demeurée pure dans la foi, c'est celle 
de scrrir soi-même toujours fidèlement ce Dieu auquel on a été dédié 
par ses ancêtres.... on a chanté les exploits des quatre fils Aymon; pour 
moi, derrière les chevaliers de cette considérahle maison, étincelants d'or 
sur leurs armures, couverts de blessures sur leurs corps, j'ai découvert 
un pauvre moine, n'ayant pour toute parure que la grossière robe blan- 
che de Saint-Bernard, ne tenant en main, au lieu d'une longue épée, 
qu'une simple croix de bois, la croix qui a sauvé le monde, et c'est la 
poussière que le temps a amassée sur le portrait délaissé de cet humble 
aïeul que je désirerais secouer aujourd'hui. Je voudrais faire partager à 
quelques-uns le charme particulier qu'on éprouve à s'occuper des servi- 
teurs de Dieu, en les entretenant quelques instants de Raoul de la Roche- 
Aymon, quinzième abbé de Clairvaux, primat des Gaules. > {Légende 
du bienheureux Raoul de la Roclie-Aymon, Aug. Galitzin.) 

Une sœur d'Augustin, la princesse Marie Galitzin, a épousé un Fran- 
çais, le comte de Bertier de Sauvigny, dont le grand-père a été une des 
premières victimes de la Révolution. 



66 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

véque de Paris lui avait permis d'avoir dans son hôtel. Cette 
chapelle fut transportée à Fhôtel de Luynes. Par un senti- 
ment de tendresse presque filiale envers celle qui avait été 
Fange tutélaire de sa jeunesse, le prince Augustin désira et 
obtint que le baptême de sa fille fût fait sous les auspices 
de Mme Swetcbine, dans la chapelle où elle avait élevé 
à Dieu tant de saintes prières. Mgr Morlot accomplit 
lui-même la cérémonie, où le duc de Chaulnes, âgé de six 
ans, assista en joyeux bébé. Il s'en est souvenu le jour de 
son mariage et le prince Augustin Galitzin put croire que 
du haut du ciel la sainte amie qu'il avait tant pleurée avait 
préparé dès le jour de ce baptême, où son souvenir était si 
vivant, l'union de ces deux enfants. La chapelle de Mme 
Svretchine devra être toujours chère aux jeunes époux. C'est 
là qu'ils apprendront à leurs enfants à joindre leurs petites 
mains et à prier en union avec l'amie qu'ils ont au ciel. 
Déjà leur mariage est béni, une petite fille va être baptisée 
ayant l'honneur d'avoir pour parrain et pour marraine le 
COMTE ET LA COMTESSE DE Ghambord, représentés par le comte 
Stanislas de Blacas et la duchesse de Chevreuse. 

Dans le cœur du prince Augustin, prenait place tout ce 
qui y avait droit. La France devait avoir une part dans ses 
laborieuses recherches. 11 forma un recueil précieux de 
beaucoup de lettres inédites de Henri lY, qu'il dédia à l'hé- 
ritier de son trône. Il rassembla des documents intéressants 
sur une reine de France, Louise de Lorraine^ fenune de 
Henri UI, princesse dont les grâces poétiques, les vertus 
modestes n'ont pas. brillé de tout leur éclat, éteintes trop vite 
dans les larmes qu'elle versa en si grande abondance lorsque 
son époux fut assassiné, et a qui ne tarirent qu'avec sa vie » • 

Retirée au château de Chenonceaux (1), elle y vécut comme 

(1) Le château de Chenonceaux appartenait au comte et à la comteste 
de Villeneuve, grand -père et grand*mère de la princesse Augustin Ga- 
litzin. « Il est un beau lieu, dit le prince, où le souvenir de la reine Louise 
est demeuré vivant, où l'on conserve précieusement quelques vestiges de 
son extraordinaire douleur, comme de sa suave piété. Ce lieu est le châ- 
teau de Chenonceaux. Grâce aux soins de Mme la comtesse de Ville- 



LE PRINCE AUGUSTIN GALITZIN. 67 

une sainte, dans une extraordinaire douleur. Ensuite, elle 
se rendit en son château de Moulins, « où, dit Mezeray, elle 
s^ adonnait avec une incroyable ferveur à tous les exercices 
de piété et menait une vie qui pouvait servir d'exemple aux 
religieuses les plus réformées. » 

Sa correspondance avec le cardinal d*Ossat, auquel elle 
avait confié le soin de prouver à Rome que son époux était 
décédé a repentant, confessé et absous », révèle parfaite- 
ment son âme et en communique l'émotion. 

« La mémoire de cette bonne reine, — dit le prince Galit- 
zin, en terminant le précis historique de sa vie, — dont les 
vertus forment un contraste si frappant avec les' iniquités 
qu'elle a traversées sans en être souillée, mériterait d'ins- 
pirer une plume plus élégante et plus nationale que la 
mienne, mais qui ne saurait, en tout cas, être plus sensible 
aux vieux souvenirs de la monarchie française. » 

On le voit, ce cœur « passionnément russe », comme celui 
de sa grand'mère, avait aussi des cordes qui vibraient pour 
son pays d'adoption. 

Ce serait m'étendre trop que d*énumérer les études si 
nombreuses, si consciencieuses du prince Augustin, tant 
d'excellentes œuvres entreprises pour la gloire de Dieu, et 
toujours animées de ce brûlant désir de réunion et de paix 
universelle dont l'idéal était en lui et dont l'universalité 
catholique lui semblait le type. Sans appartenir à aucune 
fraction d'opinion comme celles qui tendent aujourd'hui à 
diviser les catholiques, il avait des amis dans toutes, allait 
d'une allure libre et avec une indépendance naturelle vers 
les sonmiets où se réalise l'unité ; prenant pour les atteindre 

neave, la chapelle et les cellules des religieuses capucines que la reine 
arait installées à Chenonceaux en attendant leur érection canonique, sont 
encore intactes ; la Révolution, qui avait détruit toutes les richesses 'de 
cette demeure, ne lui en a laissé que Tinventaire. Les bibliophiles par- 
courront avec charme le catalogue de la Ubrajrrie de la rcyne : ils re- 
marqueront que si les œuvres ascétiques y abondent, les classiques, 
c couverts de maroquin bleu, dorez par la tranche^ » y ont également 
bonne place i {Inventaire de Chenonceau en 1603.) 



68 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

toutes les routes offertes à son esprit, depuis les larges 
chemins ouverts par Bossuet jusqu*aux plus sinueux détours 
des labyrinthes de rascétisme. Le surnaturel lui semblait 
de l'essence de la foi. « Nous ne voyons rien de plus na^ 
tureU — écrit-il dans la préface de la vie de saint Fran- 
çois, — et de plus conforme à la miséricorde divine, que 
ces éclatants prodiges qui viennent à de fréquents inter- 
valles récompenser une foi vive, ou ramener dans des 
cœurs bons et naïfs , mais faibles, la foi ébranlée. Dieu se 
montre à tous selon qu'ils le peuvent voir, et ne se cache 
qu'à l'orgueil, le père de toutes les impiétés. Le simple voit 
de ses yeux, touche de ses doigts, sent au contact de son 
cœur le maître qu'il veut servir et glorifier. » 

Malgré sa vie concentrée et laborieuse le prince Augustin 
avait une grande affabilité envers tous ceux qui se rappro- 
chaient de sa manière de sentir et même envers ceux qui en 
différaient absolument, gardant toujours ce point de vue si 
charitable et si chrétien du bien qu'on peut opérer par un 
affectueux prosélytisme lorsqu'il vient seconder la grâce 
divine. Ainsi essaye-t-il, dans plusieurs conférences avec un 
trop célèbre renégat du sacerdoce, de le ramener aux senti- 
ments si beaux des prémices de sa carrière. Voir se perdre 
une belle àme était une vraie douleur pour lui. Quelle joie, 
au contraire, il ressentait à constater les dons supérieurs de 
la faveur divine en de certaines âmes ! Une visite qu'il eut 
le bonheur de faire à l'abbaye de Solesmes était un de ses 
plus précieux souvenirs ; dom Guéranger était resté son 
ami. Si le prince Augustin avait appartenu à la génération 
précédente, il aurait peut-être fait partie de cette phalange 
de jeunes esprits d'élite que Lamennais entraîna si près de 
l'abinie où il finit par tomber seul ! Le prince Augustin 
aurait certainement imité alors ceux qui furent plus tard ses 

amis, Lacordaire, Montalembert la soumission étant 

de l'essence de l'humilité, et l'humilité étant une vertu 
favorite d'Augustin. Il en donne bien une preuve dans 
l'écrit que j'ai cité. 



LE PRINCE AUGUSTI^f GALTTZIN. 69 

a J'ordonne, dit-il, — qu'on ne fasse aucuns frais pour 
mon enterrement, qu il n'y ait que deux cierges auprès de 
mon cercueil. » Gardons-nous de croire qu'aucun senti- 
ment moins parfait se soit glissé sous cette modestie, et que 
le prince ait cherché un contraste entre ce simple convoi 
sur la terre d'exil et les honneurs auxquels il aurait pu pré- 
tendre dans sa patrie. Non, cet ordre de simplicité, c'est 
pure piété; c'est aussi un calcul de dévotion, a Aucuns 
frais, dit-il, pour mon enterrement ; mais, en revanche, je 
désire qu'on fasse dire beaucoup de messes pour moi. » Et 
comme il sait où il faut aller pour avoir les bonnes prières, 
il veut qu'on informe de son décèà les monastères qu'il a 
aimés. Les ordres religieux devaient être chers à une âme 
si au-dessus des voies communes. En cela, il prenait haut 
ses modèles : « Saint Louis, — nous raconte-t-il dans sa 
vie de saint François, — aimait tant les ordres de Saint-Fran- 
çois et de Saint-Dominique qu'il avait coutume de dire que 
s'il pouvait se partager en deux, il serait moitié à l'un, moi- 
tié à l'autre. Il leur légua ce à quoi il tenait le plus en ce 
monde : ses livres, seuls objets de prix qui furent inven- 
toriés à sa mort. » 

Une àme mélancoUque et croyante comme celle du prince 
Augustin devait aimer ces maisons de pénitence et de re- 
traite où se cachent tant d'éminentes vertus et d'où rayon- 
nent de si hautes intelligences. Aussi leur demande-t-il des 
prières. Il en demande à la grande Chartreuse, où il a un 
ami qui oublie sous la bure ses grandeurs passées, mais qui 
n'oubliera pas de prier pour son ami Augustin (1). Il en 
demande à l'abbaye du Port-du-Sahit, aux trapistes, à ces 
lieux de douleur où trône vraiment le sacrifice, dans le 
« royaume des expiations », a dit Chateaubriand en nous 
racontant la vie de Rancé, ce célèbre converti, non du 
dogme, mais des passions, ce grand pénitent qui s'entrete- 

(1) Comte de Nicolaï, ancien général aide de camp de Tempereur 
Nicolas. 



70 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

nait sous les arcades des cloîtres avec un autre pénitent 
illustre, le roi Jacques II. Combien drames blessées et in- 
quiètes se sont réfugiées dans cette Maison-Dieu ! Bien des 
gloires sont venues s'y faire humbles quelques instants. Là, 
Bossuet a préparé son catéchisme de Meaux ; là, Santeuil a 
composé ses belles hymnes ; là, ont pleuré et prié la sainte 
reine d'Angleterre, Marie d'Esté, et la pieuse duchesse de 
Guise. 

Ce n'est pas seulement aux religieux que le prince Ga- 
litzin demande des prières, c'est aussi à tous ses parents et 
amis, leur demandant pardon, comme tout chrétien doit le 
faire, qui dit son Pater au moins deux fois par jour. Puis 
il recommande ses enfants à son cousin le prince Paul Ga- 
litzin. 

Parmi les amis du prince Augustin, beaucoup Font pré- 
cédé; son cœur est comme suspendu entre ceux qu'il va 
quitter et ceux qu'il va rejoindre. Que de noms aimés 
dans ce long mémento ! Citons-en quelques*uns : Mgr de 
Quélen, ce prélat dont le souvenir ne saurait s'effacer, même 
ne l'ayant vu que dans la petite enfance; Mgr Surat, à qui 
l'adolescence d'Augustin fut confiée, martyr des atrocités 
de mai 1871 ! Mme Swetchine, la marquise de Ségur (prin- 
cesse Rostopchine), deux amies de sa mère ; Berryer, Mon- 
talembert, Cochin, le père Lacordaire, le père Gratry, l'abbé 
Cazalès, dom Guéranger, Mgr Morlot, et tant d'autres. 
Parmi ceux qui vivent, je ne citerai qu'un nom, cher entre 
tous au prince Augustin, celui de l'historien de Mme Swet- 
chine, le comte de Falloux. C'est à lui que le prince Galit- 
zin confie la tutelle de ses enfants mineurs ; il le prie de les 
aimer comme il a aimé leur père. 

Puis son cœur déborde en un suprême adieu. 11 recom- 
mande à ses enfants d'écouter leur mère. N'est-ce pas dire 
en un seul mot la place qu'elle tient dans la famille? Ses 
effusions plus intimes sont écrites de longue date pour la 
chère compagne de sa vie. Ne touchons pas à cette douleur 
sainte, toute saignante encore. — Il adjure ses fils d'être 



LE PRINCE AUGUSTIN GALITZIN. 71 

supérieurement honnêtes, courageux, confiants en Dieu. 
« Qu'ils se souviennent, dit-il', qu'il n'est qu'un seul véri- 
table malheur en ce monde, c'est d'offenser Dieu. » 

M'omettons pas une ligne qui semble tracée avec ses 
larmes : « Je voudrais être enterré auprès de mon Serge. » 

Serge est un fils que Dieu lui a repris dans sa onzième 
année. A défaut de la tombe natale, il sera doux au prince 
Augustin de reposer sous la pierre où il a tant pleuré. La 
foi la plus forte n'ôte à la douleur ni les plaintes ni les 
larmes. L'histoire de l'humanité est un long gémissement 
depuis Abel jusqu'à la croix, et de la croix jusqu'à nous. 
Aussi le symbole chéri de l'Église et des fidèles est-il un 
cœur percé d'un glaive : cette chose humaine et divine qui 
souffre et qui aime. 

Pour le prince Augustin, toutes les peines aboutissaient 
au cercueil de son enfant. C'est le jour anniversaire de la 
mort de Serge que ce tendre père est tombé malade. Le 
danger s'accrut tous les jours. Il lutta quelque temps, car 
il était encore dans la force de Tàge ; mais résigné depuis 
longtemps et ayant appris dès sa jeunesse à bien mourir, 
plus ses souffrances devenaient intolérables, plus il devenait 
saint. Le révérend père Gagarin, son compatriote et ami, le 
voyant mordre ses doigts jusqu'au sang pour étouffer ses 
cris, le plaignait tendrement : « Je ne souffre pas encore 
assez pour mes péchés, » répondait le prince. 

Lorsqu'il habitait son château dans la Creuse, il édifiait 
toute la paroisse par son assiduité aux offices. Tous ceux 
qui l'approchaient le respectaient et l'aimaient. 

Pendant un voyage à Plombières, il reçut la visite du duc 
d'Aumale, qui appréciait en lui un collègue des plus distin- 
gués à la Société des Bibliophiles^ et l'honorait comme un 
courageux athlète de la foi. C'est à ce dernier titre plus 
encore qu'à son rang que le prince Galitzin dut la dernière 
et précieuse consolation de la bénédiction papale à l'heure 
de sa mort. 

Il la méritait bien. Ayant combattu pour la foi, ayant 



72 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

vécu dans la charité, il est mort dans respérance. Son der- 
nier root Tatteste ; après avoir béni tous les siens : « Adieu ! 
dit-il; j'espère n'être séparé de vous, que j'aime tant, qu'à 
demi et qu'en apparence ! » 

Ce né sont pas seulement les personnes qui ont connu 
le prince Galitzin que j'espère toucher par un aperçu de 
cette belle vie; mais toutes celles qui aiment à s'arrêter 
devant ce qui offre l'image du bien, pour se consoler de 
tout ce que le monde présente de désolant à nos regards. 

La comtesse L. de L'E. 



LE CARDINAL DE BÉRULLE 

ET 

LE CARDINAL DE RICHELIEU 

1625-1629. 

Par M. l'abbé Houssaye. — Paris, E. Plon et C% 1875. 

Un vol. in-8. 



En terminant l'examen du second volume de M. l'abbé 
Houssaye j'exprimais l'espoir que le troisième confirmerait 
ses conclusions sur le fondateur des oratoriens, et permet- 
trait de partager son avis définitif. Ce troisième volume vient 
de paraître. Je l'ai lu avec un intérêt qui, — j'en demande 
pardon à l'auteur, — tient autant aux faits exposés qu'à la 
façon dont ils sont exposés. En le fermant, je m'aperçois 
avec tristesse que mes prévisions m'ont trompé. Loin de 
confirmer ses conclusions, je juge au contraire son person- 
nage d'une façon directement opposée à la sienne. Le livre 



\ 



LE CARDINAL DE BERULLE. 73 

de M. Tabbé Houssaye à la raain, je suis certain que Bé- 
rulle élait un pauvre homme d'État, et je me demande en 
outre si un prêtre qui a fait autant de politique et d'aussi 
mauvaise, a été en somme un bon prêtre. Entraîné par une 
décevante apparence et jugeant mal des faits que M. Fabbé 
Houssaye fait toucher du doigt, j'ai mis sur le même rang 
le cardinal de BéruUe et ses confrères d'Ossat et Duper- 
ron. Je leur en demande pardon. Il n'est jamais trop tard 
pour confesser ses erreurs. 

Le cardinal de Bérulle était absolument dépoui*vu de sens 
politique ; et, quand on passe quinze ans de sa vie à tou- 
cher à la politique, c'est un tort. Chaque page, chaque ligne 
de ce volume le démontrent clairement ; le second l'avait 
fait pressentir. Des velléités, des prétentions politiques, il 
en a eu toute sa vie. Il n'a jamais manqué une occasion de 
s'immiscer dans les affaires de l'Etat; il y est entré avec 
joie toutes les fois qu'il l'a pu. Mais la résolution froide et 
nette pour les conduire à leur fin, la clairvoyance pour les 
diriger, la tension incessante de l'esprit, la souplesse pour 
éviter les échecs, le moral pour les supporter, la pénétra- 
tion dans le choix des moyens, la promptitude de décision 
dans les circonstances difficiles, l'audace qui livre beaucoup 
pour obtenir davantage, il en a absolument manqué. En 
m'exprimant ainsi, je fais l'éloge de Bérulle homme privé. 
Tant mieux pour lui. C'était, je crois^ un honnête homme. 
Dans ce cas, on mesure ses forces, on interroge sa cons- 
cience avant de se lancer dans la fournaise ; et si les forces 
vacillent, si la conscience hésite, le devoir est de reculer et 
de conserver pour le demi-jour de la vie privée des vertus 
destinées à fondre comme cire et à devenir des faiblesses, 
pour ne pas dire plus, au feu des affaires publiques. Que 
Dieu nous préserve de pareils honnêtes gens pour la di- 
rection des empires ! 

La tâche de l'auteur, il faut le reconnaître, devenait bien 
délicate. Après avoir étudié le fondateur d'ordres, il était 
amené, par la suite même du récit, à raconter l'homme 



« .A 



74 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

politique et à le trouver en opposition avec un autre prêtre, 
que Ton peut abandonner comme homme privé, mais qui 
restera le plus grand homme d^État de la France : Richelieu. 
La comparaison n'est pas possible entre les deux person- 
nages. La question, qui jusque-là restait circonscrite aux in- 
térêts religieux, change brusquement d'aspect, et il n'est 
pas étonnant que M. Tabbé Houssaye y ait échoué. Son 
ort consiste à ne pas avoir franchement avoué ses répu- 
gnances à suivre Bérulle sur un terrain qui nVst pas le 
sien. Plaidant une mauvaise cause, il s'est servi de subter- 
fuges qui nuisent à l'avocat sans servir au client. 

Il pouvait se placer sur un terrain, je ne dis pas meil- 
leur, mais moins mauvais. Dans la triple mission que Ri- 
chelieu s'est imposée et qu'il a poursuivie avec la ténacité 
qui constitue sa grandeur, il a sacrifié bien des intérêts se- 
condaires, froissé bien des sympathies, dérouté bien des 
croyances. Les mémoires du temps fourmillent de confi- 
dences de toutes les répulsions qu'inspirait son impitoyable 
clairvoyance. M. l'abbé Houssaye pouvait se faire l'écho de 
ces douleurs; et sans nier la grandeur du but, discuter 
l'opportunité des moyens. Il pouvait continuer les plaintes 
des victimes de Richelieu, soulever un coin de la robe 
rouge. Ainsi présentée, la cause eCit apitoyé tout le monde. 
Les larmes désarment comme le rire. Il a préféré élever 
autel contre autel et poser Bérulle en rival de Richelieu. 
Paradoxe difficile à soutenir ! Le titre même du volume in- 
dique cet antagonisme dans l'esprit de l'auteur : le Cardi^ 
nal de Bérulle et le Cardinal de Richelieu. N'est-ce pas 
dés le début résoudre une question de fond par une ques- 
tion de forme, et forcer le lecteur à opposer personnage 
à personnage? Et pourtant n'est-il pas notoire que si Ri- 
chelieu a eu des ennemis, il n'a jamais eu de rivaux, Bé- 
rulle pas plus que d'autres? L'éloquence de l'abbé Hous- 
saye — il en a — n'y fera rien. La question est jugée. 
Bérulle a pu taquiner Richelieu ; mais de là à de l'anta- 
gonisme il y a loin, et c'est en ce sens que je trouve au 



LE CARDINAL DE BÉRULLE. 75 

titre du volume une prétention que les faits ne justifient 
pas. J'arrive à leur examen. 

Le mariage de Charles P*" avec Henriette de France est 
conclu, et Bérulle est désigné pour accompagner la jeune 
reine dans sa nouvelle patrie et lui continuer en pays pro- 
testant les consolations de la foi catholique (1625). Le 
choix était tout indiqué : un des instigateurs les plus actifs 
de ce mariage devait naturellement rester auprès d'Hen- 
riette de France. Mais Bérulle n^était pas depuis trois mois 
en Angleterre^ que sa conduite faisait regretter ce choix. 
En conseillant maladroitement la reine, en exerçant sur 
elle une influence qu'il avait sans doute reprochée souvent 
à ses ennemis les jésuites, il n'avait abouti qu'à lui aliéner 
le cœur de son mari, à lui donner Buckingham comme 
ennemi déclaré et le peuple anglais tout entier comme en- 
nemi secret. Ici la foi du prêtre trouble l'impartialité du 
juge ; et, si les motifs pour lesquels M. Houssaye se trompe 
sont respectables, il ne s*en trompe pas moins absolu- 
ment. C Angleterre est protestante par essence, protestante 
jusqu^aux moelles. Les manifestations extérieures du culte 
catholique que Bérulle et ses compagnons prenaient plai- 
sir à exagérer, devaient lui inspirer une invincible répul- 
sion, et répétés fréquemment, prendre le caractère de la 
provocation. Charles 1^' était un triste mari , cela parait cer- 
tain. La jeune reine de seize ans, que l'auteur nous repré- 
sente comme ayant un caractère assez difficile et assez peu 
sympathique, dut essuyer bien des larmes, faire de bien 
douloureuses confidences à son directeur : j^en suis con- 
vaincu. Mais n'est-il pas évident également que Bérulle 
conçut l'espoir de profiter du rôle de confident, et qu'il 
entrevit la possibilité de gouverner par la reine le faible et 
astucieux Charles P^ ? Le plan était ingénieux, l'exécution 
(lit maladroite. Richelieu, dans ses Mémoires^ se plaint que 
l'antipathie du roi d'Angleterre pour sa femme ait été 
entretenue par Bérulle. L'honnête Mme de Motteville est 
du même avis; et les dénégations de l'auteur sont trop 



76 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

gênées pour convaincre du contraire. Lorsque Buckingham 
se plaignait au roi de France que le supérieur de l'Oratoire 
conspirait contre sa fortune et sa vie, il ne se trompait que 
de moitié : la vie, non; la fortune, oui. 

Dés le début, la visée de Bérulle se manifeste clairement. 
Il voulut faire servir Tinfluence féminine à la réussite de ses 
projets et au succès de sa fortune. La chose n'était pas 
nouvelle dans les ordres sacrés. Richelieu, auprès de lui, 
lui en fournissait l'exemple; et trente ans plus tard, Ma- 
zarin ne devait pas avoir d'autre appui. Connaissant son 
action sur les femmes et trouvant autour de lui une légion 
de dévouements discrets et absolus, il est tout simple qu'il 
ait songé à employer cette faculté et cette force au gou- 
vernement des choses humaines. Sa conception n'était pas 
téméraire ; elle a péché, je le répète, par l'exécution. Bé- 
rulle a manqué d'audace; les scrupules Tout arrêté. En- 
core une fois, tant mieux pour lui. Un an après son séjour 
en Angleterre, Charles P"" congédiait avec ces mois les 
Oratoriens qui entouraient la reine : « Je vous donne votre 
congé parce que je n'ai cru pouvoir posséder absolument 
ma femme tant que vous seriez auprès d'elle. » En rega- 
gnant la France, Bérulle laissait le roi plus aigri contre la 
reine, Buckingham plus puissant que lors de son arrivée, 
l'Angleterre frémissant contre les entreprises du papisme, 
et le Parlement résolu à revendiquer par la force les liber- 
tés de TAngleterre. Sa conduite n'avait abouti qu'à compro* 
mettre sa fortune et desservir son pays. Richelieu est excu- 
sable de s'être souvenu de ce résultat dans ses Mémoires. 
Ce ne sont pas de pareils auxiliaires qui pouvaient cimenter 
son alliance avec l'Angleterre dans sa lutte contre la maison 
d'Autriche. 

Cette lutte contre Richelieu se sent, et se découvre par- 
fois, dans toute la vie de Bérulle. Les amis de l'un sont tou- 
jours les ennemis de l'autre : Michel de Marillac, Marie de 
Médicis, Gaston d'Orléans sont ses intimes; ses préférences 
sont là. Il échafaude sur eux ses espérances à la succession 



LE CARDINAL DE BÉRULLE. 77 

éventuelle du premier ministre ; ne se rendant pas compte 
qu'en s'appuyant sur le roi Richelieu s'appuyait sur la 
France; tandis qu'en se faisant le client de Gaston et de 
Marie de Médicis, lui, Bérulle, le devenait de l'étranger. 

Richelieu entreprend le siège de la Rochelle (1627), me- 
naçant à la fois le protestantisme et les derniers vestiges de 
la féodalité. Il manque d'argent, et pour en obtenir con- 
voque une assemblée du clergé et sollicite auprès d'elle ce 
que Ton appelait le don gratuit. C'était la part contributive 
du clergé dans les charges communes. Inmiédiatement se 
manifeste une opposition dont Bérulle est Tâme. M. l'abbé 
Houssaye la nie et affirme qu'elle n'a jamais existé que dans 
l'esprit de Henry de Sourdis, le célèbre archevêque de 
Bordeaux, le grand homme de mer du temps, j&Ioux de 
Bérulle et le calomniant auprès de Richelieu. Comment! Ri- 
chelieu aurait été si facile à influencer.»^ Et c'est sur les 
propos d'un tiers qu'il avait l'habitude de juger les hom- 
mes ? M. l'abbé Houssaye doit renoncer à faire accepter 
cette argumentation. Quant au langage de Sourdis, il était 
peut-être soldatesque, mais il appelait les choses par leur 
nom. C'est un tort, je le sais. 

Et puisque je parle de langage, je voudrais pouvoir citer 
in extenso l'admirable et patriotique objurgation adressée 
par Louis XIU à ces prélats qui, pour sauvegarder leurs ri- 
chesses, lui refusaient les moyens de chasser les Huguenots 
de la Rochelle et de consolider l'unité de la France. On y 
sent vibrer à chaque mot l'àme de la patrie. En voici la 
péroraison : « Ce sera une grande honte du clergé qu'on 
dise par toute la France qu'il n'y aura eu que lui et les hu- 
guenots qui n'aient pas contribué au siège de la Rochelle. 
Vous me remontrez votre nécessité. Et n'étes-vous pas tant 
de prélats et autres ecclésiastiques qui avez des cent, des 
vingt-cinq, des trente mille livres de rente ? C'est sur ceux-là 
qu'il faudrait lever les décimes et non sur les pauvres 
curés. » 

D'aussi graves sujets ne prêtent pas à rire. Mais l'on se 



78 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

demande si le respectable auteur de ce livre parle sérieuse- 
ment quand il assure (page 237) que la fille de Mme Aca- 
rie, la mère Marguerite du Saint-Sacrement, avait prédit la 
prise de la Rochelle et que « le cardinal-mioistre prêtait To- 
reille à ces voix du cloître et y prenait confiance » . Un peu 
plus loin, il cite sans sourciller une lettre de Richelieu à 
Bérulle, dans laquelle Thomme pratique expose son dessein 
de prendre la ville « en la pétardant par le canal et le port ». 
Bérulle répond sérieusement qu^il faut surtout « prier, at- 
tendre et espérer », Que penserait M. Tabbé Houssaye de 
Richelieu s'il avait suivi le conseil? Le père Joseph en don- 
nait d'autres. Mais devant un pareil affaissement Ton est en 
droit de se demander si les communications de Richelieu à 
Bérulle n'étaient pas une raillerie. Toujours est-il que la 
prière fut remplacée par des travaux d'approche, l'espé- 
rance par des bombardes, et qu'au bout de quelques mois, 
la prise du dernier boulevard de Tinsurreetion venait con- 
firmer la supériorité des moyens de Richelieu. 

11 serait facile de multiplier les citations où la faiblesse 
du plaidoyer devient gênante. Je ne citerai que le passage 
qui a trait à l'élévation de Bérulle au cardinalat, et à la fa- 
çon dont il en reçut la nouvelle. Tous les artifices litté- 
raires, toutes les ressources de la rhétorique sont employés 
pour démontrer qu'il ne souhaitait pas cet honneur; et 
qu'il l'accepta par humilité et tout en le regrettant. « Toutes 
les dignités, même ecclésiastiques, ont quelque chose de 
vain, mais de malfaisant, et il faut s'en garder comme 
l'on se garde des ennemis, » répond-il à des félicitations 
amicales. Et à force d'insister sur cette humilité, à force de 
vouloir en convaincre le lecteur, l'auteur dépasse le but et 
fait sourire d'assertions trop soulignées. « Eh! pourquoi 
acceptait-il ces fonctions? a-i-on envie de s'écrier. Qui l'y 
contraignait ? Il est si simple de les refuser. » Combien est 
préférable la réponse de la mère de Bérulle, qui vivait 
encore sous le voile d'une carmélite. C'est le langage des 
vrais désabusés. <• J'aurais bien peu profité de la religion si 



LE CARDINAL DE BÉRULLE. 79 

je me réjouissais des grandeurs de la terre. » Voilà la note 
simple et juste. 

Veut-on, par un détail, juger de cette modestie? Consul- 
tons le budget de Béiiille établi par Tabbé Houssaye. 
« Afin de faire face aux dépenses les plus urgentes, depuis 
« un présent de 1000 écus au sieur Piccolimini, jusqu^à 
« Tachât d'un service de vaisselle plate du prix de 10 000 H- 
« vres, il avait dû puiser dans la bourse de son frère, le- 
« quel marié et père de famille, commençait à trouver que 
« le cardinalat lui coûtait cher. Si modeste cT ailleurs que 
« fut le train du nouveau prince de V Eglise ^ il s'élevait en- 
c< core à une somme ruineuse. En moins de deux ans, 
« M. de Bérulle avait dépensé plus de 80 000 livres : où 
« les prendre ? Le Roi lui avait bien accordé pour frais 
« d'installation 1 8 000 livres une fois payées, puis une 
« pension annuelle du même chiffre. C'était absolument 
« insuffisant. Pressé par ses amis et par la nécessité, M. de 
« Bérulle avait consulté le pape, qui, après l'avoir relevé 
u de son vœu de refuser tous les bénéfices, lui enjoignit 
«( d'accepter ceux qu'on lui offrirait. (Le pauvre homme !) 
« Le grand prieur de Vendôme étant mort sur ces entre- 
u faites, Louis XIII donna à M. de Bérulle les deux plus 
a riches abbayes de cette succession, celle de Marmoutier 
« et celle de Saint-Lucien de Beauvais.... Avant d'écrire au 
« Roi, il avait voulu témoigner toute sa gi^atitude à Riche- 
u lieu, a Monseigneur, vous continuez à m' obliger avec 
c( tant d'excès, lui disait-il, que j'en reçois plus de confu- 
tt sion que de contentement. » Tant de reconnaissance et de 
« modestie ne désarma pas Richelieu. (Je le crois sans 
«( peine.) Il trouva le moyen d'insérer dans le brevet une 
tt clause tout à fait 'insolite et véritablement injurieuse, à 
« savoir : que ces deux bénéfices ne pourraient jamais être 
a unis à la congrégation de l'Oratoire. » Tout ce que je 
veux retenir de ce passage, c'est que Bérulle avait dépensé 
plus de 80 000 livres en deux ans. Or, 80 000 livres en 
1628 équivalent à près de 1 000 000 en 1876. C'est donc 



^ 



80 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

500000 livres par an que lui avaient coûté ces fonctions 
qu'il n'avait acceptées que par devoir. Bérulle faisait bien 
les choses, il agissait certainement en gentilhomme ; mais je 
comprends que son frère trouvât que la barrette lui coûtait 
cher. 

Je m'en voudrais de terminer sur ces critiques et de 
laisser une fâcheuse impression sur un livre où tout n'est 
pas à blâmer, tant s'en faut. Il redevient intéressant quand 
il retourne à Tétude de Bérulle, homme d'église et fonda- 
teur d'ordres, quand il nous le montre, employant une 
remarquable fécondité de ressources et une activité 
prodigieuse à organiser des succursales à Saint-Denis, à 
Angers, à Màcon, à Tours, Bordeaux, Saintes, le Mans, 
Saumur, Nantes, Toulon. Là, ces facultés se développent 
et brillent d'un éclat sans tache et sans éclipse. C'est peut- 
être, je le répète, ce qui Ta perdu. Reconnaissant sa supé- 
riorité à subjuguer des imaginations aussi fantasques et des 
volontés aussi insaisissables que celles des femmes, il se sera 
dit que la société civile ne devait pas être plus difficile à 
dominer, et que quand on avait dirigé les Carmélites et les 
Oratoriens on était suffisamment préparé à gouverner la 
France. Le diable, qui est bien maUn, attendait là Bérulle 
et lui a fait payer un peu cher ce mouvement de vanité. 

L'intérêt se développe et s'accroît dans le chapitre consa- 
cré aux Etudes de rOratoire. Je l'ai relu deux fois. Person- 
nage et historien sont là sur leur terrain, et l'intérêt découle 
naturellement de la narration. Je l'ai déjà dit : en formant 
le projet d'élever des prêtres destinés à l'éducation des en- 
fants, Bérulle devait compter sur l'hostilité des deux corpo- 
rations dont c'avait été jusque-là le monopole, qui jouis- 
saient d'une possession d'état et n'étaient nullement dis- 
posées à se la laisser enlever sans une lutte acharnée : 
l'Université et les Jésuites. Pour lutter contre elles, il y avait 
un moyen bien simple et dont TefFet est immanquable ; 
c*était de faire absolument le contraire. Le public français 
se laisse toujours prendre aux oppositions. Bérulle était 



LE CARDINAL DE BÉRULLE. 81 

trop adroit pour manqner à cette règle. Il faut, d'ailleurs, 
loi rendre cette justice qu'en fait de systèmes pédagogiques 
il a précédé Port-Royal dans ce que les réformes ont pré- 
senté de plus légitime et de plus rationnel. L'usage du Fran- 
çais remplaça celui du latin, la terminologie barbare et pé- 
dantesque des anciens grammairiens disparut au bénéfice 
du langage familier. Au lieu de mettre de l'absinthe sur les 
bords de la coupe, on y versa du miel. Les jésuites, excel- 
lents latiuistes et hellénisants remarquables, étaient confon- 
dus. La réforme n'était pas moins radicale dans les hautes 
études que dans l'instruction primaire. Le dogmatisme 
d'Aristote était abandonné an profit de la méthode expéri- 
mentale et du scepticisme audacieux qa'un obscur capitaine 
tourangeau, Descartes, allait préconiser dans un livre immor- 
tel. Du coup, la vieille Sorbonue trembla sur ses bases, les 
révérends pères s'associèrent à elle ; et bien en prit à 
Bérulle d'être en faveur à la cour, pour ne pas sentir les 
coups du bras séculier. On vous pendait haut et court pour 
moins que cela. Chose singulière, mais indubitable, si, 
lorsque le Traité de la Méthode parut en 1637, Descartes 
n'eut pas à supporter de poursuites de la part de la Sor< 
bonne, si son livre rencontra un accueil aussi favorable, il 
faut en chercher la cause dans les progrès que l'enseigne- 
ment de l'Oratoire avait fait faire de ce côté. L'éducation 
publique était complète, les esprits préparés, Pascal et 
Descartes pouvaient marcher droit devant eux. La gloire en 
revient à Bérulle. 

Bérulle a eu un dernier bonheur qui a manqué aux plus 
grands génies et que la Providence, apparamment, ne ré- 
serve qu'à ses élus. Il est bien mort et il est mort à temps. 
Le 2 octobre 1629, il célébrait la messe à l'Oratoire, lors- 
qu'en prononçant la formule d'oblation de l'hostie, il s'af- 
faissa dans les bras des assistants. On voulut le rappeler 
à lui, il était mort. Il avait cinqnante-quatre ans. Pour 
l'homme politique le moment était des plus opportuns. Une 
année plus tard, la Journée des Dupes (il novembre 



82 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

1630) allait débarrasser Richelieu de ses ennemis , en- 
voyer Marie de Médicis en exil, Marillac à réchafaud, 
Gaston d*Orléans à l'étranger, ses amis à la Bastille, et 
Ini donner une omnipotence que Louis XIV a seul égalée. 
Que fàt devenu Bérulle au milieu de cette étrange bagarre? 
Aurait-il suivi ses amis et joué le rôle d*un rebelle? Il ris- 
quait sa tête, et Richelieu, quand il avait gagné, n'hésitait 
pas à prendre les enjeux* Aurait-il plié sous Tascendant du 
premier ministre ? Il se déshonorait et s'annulait. Il n'a pas 
eu à choisir, la mort Ta délivré de cette alternative. 

Pour le prêtre catholique il est impossible de souhaiter 
une plus belle fin. Au point de vue du dogme, mourir 
avant la communion, c'est disparaître au moment où l'àme 
est rachetée ;de toutes les souillures du péché et prête à 
paraître dans sa robe d'innocence sous les yeux du sou- 
verain juge. Bérulle a dû se croire un élu de Dieu, 
et qui sait s'il ne Tétait pas? Je le tépéte, il est bien 
mort. 

Je me résume. L'allure de ce dernier volume est gênée 
et contrainte. L'auteur est mal à l'aise avec son personnage. 
Il devient manifeste qu'en entreprenant de raconter la vie 
de Bérulle, il ne songeait qu'au directeur de couvent et au 
réformateur du Carmel, et n'était pas préparé à la rencontre 
de l'agent politique de l'opposition. De là le défaut de ce 
volume. Il manque de perspective et d'ensemble. L'auteur 
est exact dans la narration des faits, mais il les isole de leur 
milieu, il laisse ignorer comment et pourquoi ils arrivent. 
C'est un tableau où il n'y a ni accessoires ni fond pour faire 
valoir la figure principale. On ne peut invoquer pour la dé- 
fense de l'abbé Houssaye son ignorance des conditions de 
l'histoire. Chaque page de son livre protesterait contre cette 
argumentation D'où vient donc cette démarche embarras- 
sée, hésitante ? Je le répète : c'est que tout en reconnaissant 
les lacunes et les faiblesses de son héros, l'auteur s'est ef- 
forcé de donner le change au lecteur en passant sous silence 
l'origine ou la cause de ces faiblesses. Que celui qui n'a 



LE CARDINAL DE BÉRULLE. 85 

jamais eu à rougir de ses affections lui jette la première 
pierre. 

L. Clément de Ris. 



REVUE CRITIQUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



La vie au temps des cours d'amour, diaprés les chroniques, 
fabliaux, etc., par A. Meray, Paris^ Claudirij 1876; 1 vol. 
in-8** de 376 pages. Prix : 7 fr. 50 c; grand papier, 12 fr. 

Dans un précédent et très-curieux volume, M. Antony Meray 
a raconté et décrit la vie de nos pères au temps des Trouvères. 
Aujourd'hui, il nous introduit dans les cours d'amour. M. Meray 
s'est proposé avec un vrai succès de tracer une suite de tableaux 
variés où sont retracées les habitudes sociales de nos aïeux , et 
a particulièrement étudié l'influence civilisatrice de nos mères 
dans ces temps reculés de notre histoire. C'est surtout l'histoire 
des femmes à l'époque des croisades que nous trouvons dans cet 
intéressant volume : la meilleure part, comme l'auteur a soin de 
le faire remarquer, a été employée à mettre en relief la piquante 
physionomie et ces vaillantes femmes de France, parvenues à re- 
conquérir l'influence légitime que le droit du plus fort semble 
avoir voulu leur enlever. M. Meray a eu fort à faire pour airiver 
à composer un récit sérieux et complet sur un sujet dont chacun 
parle, mais qu'on n'avait pas jusqu'à lui étudié véritablement : 
c'est en dépouillant les chroniques, les chansons de geste, les jeux- 
partis, les fabliaux, avec une énergique persévérance, qu'il est 
parvenu à donner un corps à ces souvenirs qui retracent sous un 
jour vrai la société féodale dans son intimité. M. Meray a été 



8^ BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

amené à reconnaître que les cours d'amour ont été le seul remède 
efficace pour tempérer Tabus des professions errantes de nos tur- 
bulents ancêtres, toujours à ]a recherche des aventures péril- 
leuses ou romanesques : « Chevaliers , écuyers , servants d*armes, 
ribauds soudoyés, jusqu'aux simples manants (1), parvenus à se 
faire enrôler à la suite de quelque seigneur, tous cherchaient 
l'occasion de vagabonder, afin d'acquérir Tor et butin. Et certes 
les occasions ne manquaient pas : les croisades contre les héré- 
tiques du Midi, contre les Sarrasins d'Espagne et d'Orient, les 
lointains pèlerinages, les vœux à accomplir , les caprices person- 
nels, les torts imaginaires à redresser, les passes d'armes en tour- 
nois, tout contribuait à solliciter l'humeur nomade de nos fantas- 
ques aïeux. » 

Pendant ce temps les femmes demeuraient aux logis, privées 
de leurs soutiens naturels , obligées de garder elles-mêmes leurs 
foyers, souvent sérieusement menacés. C'est ainsi, suivant M. Me- 
ray, qu'elles ont été amenées à «donner un but de défense à 
leurs sourires » et à ce graduer leurs menues faveurs pour faire 
patienter les appétits des prétendants». Elles tentèrent avec succès 
d'amollir la rudesse de ces trop vaillants compagnons et d'enterrer 
leurs importunités, souvent sauvages, dans les procédures d'un 
code d'amour dont elles s'étaient constituées les gardiennes et les 
interprètes. Elles atteignirent leur but, et leur attitude fut si bien 
comprise, que Blanche de Castille, abandonnée à elle-même, ne 
sut mieux faire qu'imiter l'exemple courtois de ses vassales. 

M. Meray a composé un travail vraiment neuf et complet. Il 
s'est initié aux divertissements de nos aïeux : chasses au bois, 
pèche, « fauconnerie, jeux d'adresse, dés et échecs, déduits joyeux, 
jeux sur l'ormel , jeux -partis » ; il nous conduit dans les cours 
d'amour qui n'ont aucun secret pour lui, en analyse le code, en 
étudie les arrêts en ayant soin, comme nous l'avons dit, d'insister 
sur les sérieuses raisons d'être de ces divertissements ; il nous dé- 
crit avec une profonde érudition la vie dans les châteaux, la vie 

(1) Nous sommes surpris qu*un ërudit comme M. Meray emploie le 
terme manant dans un sens dédaigneux : ce mot, au moyen âge, dési- 
gnait uniquement Phomme qui demeurait, du Terbe manere^ dans tel 
endroit, et toutes les lettres royales portaient la suscription u bourgeois 
et manants », sans aucune pensée méprisante pour ceux-ci; cette si- 
gnification est relativement toute moderne. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 85 

commerçante des villes ; nous décrit « les ruses du commerce au 
temps féodal», en ouvrant un chapitre très -curieux au rôle de la 
femme au milieu de cette société si différente de la nôti*e. Ce 
livre, nous le répétons, est neuf, original et très-bien fait, 

E. DE Barthélémy. 



OEuvres d'Alfred de Musset, édition Lemerre. — Poésies^ 

2 vol. de 404 et 334 pages. 

On connaît le mot d'un Spartiate à ce sophiste qui entamait 
im panégyrique d'Hercule ; à quoi bon ? qui donc s'avise de le 
blâmer ? Tout éloge du talent d'Alfred de Musset semble pareille- 
ment superflu. Nous connaissons, nous n'avons que trop goûté, 
tous , tant que nous sommes , le charme exquis et pénétrant de 
cette poésie, reflet embelli des soufirances morales, des doutes 
de Thumanité au dix-neuvième siècle. L'auteur de Roila est au- 
jourd'hui proclamé entre les plus grands de l'ère romantique, 
supérieur à des écrivains auxquels ses contemporains n'eussent 
jamais osé le comparer, même à ce « Lamartine vieilli qui le 
traitait en enfant». Prudhon aussi était considéré comme peu de 
chose, de son vivant, auprès de Gérard et de Girodet ! 

La nouvelle et très-jolie édition de M. Lemerre formera dix 
volumes petit in-douze, dont deux ont déjà paru. Il y a quelques 
années, im autre éditeur voulut aussi élever un monument typo- 
graphique à la mémoire de Musset. Mais il eut la malheureuse idée 
d'adopter un format pas trop monumental ; très-grand in-octavo, 
presque in-quarto, comme pour un Père de l'Eglise! Dans ce 
cadre trop vaste , les mignonnes créations du poète flottent épar- 
pillées, dépaysées. Le Chandelier se fait candélabre (agrandisse- 
ment peu convenable) ; le Spectacle dans un fauteuil semble trans- 
féré en plein cirque. Vous figurez- vous ces fines miniatures, 
Barberine, Bemerette, Fortunio, regardées au microscope ? 

Si jamais poète fut, au contraire, prédestiné aux honneurs de 
l'impression elzévirienne^ c'est bien celui-là ! L'édition de Lemerre 
mérite cette qualification dont on avait fort abusé, dans ces der- 
niers temps^ pour des produits qui feraient reculer d'horreur les 
célèbres typographes du dix-septième siècle. Les caractères adop- 
tés pour ce Musset font honneur à la maison Claye ; ils rappeUent 



!..•' 



86 BULLETIN DU BlBLIOPfflLK. 

ceux du charmant Tacite de 1634. A rélégance, cette édition joint 
le mérite de la correction. Nous nous permettrons toutefois d'y 
signaler une petite faute, qui semble avoir été laissée exprès, 
comme le fameux Pars secundus dans le Digeste de i66i, pour 
distinguer la bonne édition des contrefaçons futures. Cette faute 
se trouve dans la deuxième strophe de Mimi Pinson (t. II, 304) ; 
chanson publiée pour la première fois, avec la musique de Bérat, 
dans le Diable à Paris : 

Mimi Pinson porte une rose, 
Une rose blanche au côté. 
Cette fleur dans son cœur ëclose 

Landerirette ! 

C'est la gaît^ : 

Musset a écrit : est la gaîté , et ne pouvait faire autrement. 
Pourquoi, dans cette chanson à mettre en musique, aurait-il été 
rechercher à plaisir cette altération de rhylhme, ce choc de con- 
sonne, qu'il a eu soin d'éviter dans toutes les autres strophes? 

C'est en 4845 que l'aimable et dangerereux poète ébauchait» 
d'une main déjà affaiblie, ce joli profil de grisette. Depuis, on a 
été vite et loin dans les voies de la décadence. De Mimi Pinson, 
guerroyant en casaquin, et montant la garde avec son poinçon 
pendant les journées de Juillet, on a dégringolé aux abominables 
pieS'grièches de la Commune I Chez Musset, le scepticisme est 
intermittent et comme honteux de lui-même. Le poète a des re- 
tours passionnés de foi, d'espoir en Dieu ; ce sont ses plus beaux 
moments. Il a surtout, et toujours, le regret amer et profond 
des croyances perdues. Ses successeurs, progenies vitiosior^ ont 
enchéri sur ses pires tendances : chez eux, le doute a fait place à 
la négation furieuse, effrontée. L'un de ces enfants dégénérés de 
Musset parlait dernièrement de s'en aller arracher à la voûte du 
ciel cette plante parasite, Tidée de Dieu, pour en faire la litière 
de son Pégase, — un Pégase aux longues oreilles. 

Nous recommandons spécialement aux bibliophiles les exem- 
plaires de l'éditeur Lemerre, tirés sur papier vergé, 

. Baron Ernouf. 



REVUK CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 87 

Hincmar de Reims, Etude sur le neuvième siècle, 
par M. Tabbé Vidieu. Paris, Larose^ 1874; 1 vol. 
in-8* de 356 pages. 

L'auteur de cette Etude est de ceux qui aiment à s'écarter des 
sentiers battus, des époques lumineuses de l'histoire, pour s'en- 
foncer dans l'obscurité des siècles injustement dédaignés. Ils pro- 
cèdent comme ces touristes originaux, qui se plaisent à tourner 
le dos aux localités à la mode, aux excursions recommandées^ pour 
s'en aller explorer des recoins perdus, omis dans tous les Guides^ 
et qui souvent n'en sont que plus intéressants. 

Parmi ces « recoins perdus » de Thistoire, il n'en est peut-être 
pas de plus obscur que cet âge de la décadence carlovingienne, de 
l'élaboration du système féodal, qui comprend la majeure partie 
des neuvième et dixième siècles. Et pourtant l'étude de ces temps 
où, suivant la belle expression de Michelet, — du Michelet d'au- 
trefois, — tout n'apparaissait que comme à travers de sombres 
vitraux, — offre plus d'un genre d'intérêt. Dans cette pénombre, 
on retrouve, comme de nos jours, le bien mêlé au mal ; parmi 
d'affreuses calamités, des actes de vertu et de dévouement héroï- 
ques. On y apprend à ne pas désespérer de l'humanité dans les 
plus mauvais jours. C'est aussi dans ces parages écartés que s'est 
réfugié l'attrait si rare aujourd'hui de l'inexploré, de l'inédit. Cer- 
tains épisodes de l'histoire des successeurs de Charlemagne en 
France, en Gaule, en Italie, sont encore bien moins connus de 
nous que les souvenirs de l'antiquité classique. Aussi nous com- 
prenons à merveille la fascination exercée par cette époque sur 
quelques patients et ingénieux investigateurs, comme M. Mouren, 
auteur d'un livre remarquable sur les Comtes de Paris (l), comme 
M. l'abbé Vidieu, dont l'Etude sur Hincmar et son œuvre est la 
monographie la plus complète de cet homme célèbre qui ait paru 
jusqu'ici. Nous comprenons d'autant mieux cette attraction, que 
nous y avons cédé nous-même naguère, en essayant de raconter, 
dans un ouvrage spécial, l'un des incidents les plus dramatiques 
du neuvième siècle, l'histoire des amours sacrilèges de Lother II, 
et de Waldrade, et en suivant jusque dans le siècle suivant et 

(1) Paris, Didier. 



88 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

m 

même au delà, la destinée funeste de leurs descendants (1). Nous 
avions cru retrouver là im de ces exemples saisissants d'expiation 
providentielle qui, suivant l'expression d'un historien de ce temps- 
lày émeuvent les plus indifférents : quod etiam qui stertit animnd" 
vertu. Maïs les théories des nouvelles écoles matérialistes ont dissipe 
ces chimères mystiques et mythologiques. Nous savons aujourd'hui 
que les événements historiques ne sont, comme les crises de la 
nature, que des phénomèmes purement physiques et physiologiques, 
des problèmes que l'observation scientifique peut seule résoudre. 
Cest rnpplication de la méthode Lavoisier dans Tordre moral; 
l'analyse chimique remplaçant les dogmes surannés. Aussi il faut 
voir avec quelle commisération dédaigneuse les partisans de ce 
système parlent de Bossuet, de M. Guizot et autres esprits rétro- 
grades, infatués du préjugé providentiel. Pauvres gens ! (Pas 
Bossuet ni Guizot.) 

Hincmar, l'un des ancêtres du gallicanisme, est une des physio- 
nomies les plus importantes, les [)lus caractéristiques de son 
temps. M. l'abbé Vidieu fait ressortir ses qualités, sans dissimu- 
ler ses défauts. Il nous le montre toujours sur la brèche dans ces 
temps si profondément troublés, retenant de toutes ses forces 
l'État sur le penchant de sa ruine, défendant encore le pouvoir 
royal alors que celui-ci s'abandonnait déjà lui-même. De nom- 
breux passages, empruntés aux écrits d'Hincmar, mettent en 
relief son érudition, son zèle infatigable pour la foi et la discipline. 
Il est vrai que, dans plus d'une circonstance, il se montra pas- 
sionné, vindicatif. Il protestait toujours de son dévouement, de 
son obéissance aux pontifes de Rome, mais plus d'une foisses 
actes furent en désaccord avec ses paroles. Néanmoins son insu- 
bordination, dans les pires occasions, n'alla jamais jusqu'à la ré- 
volte ouverte. Ck>mme le fait observer avec raison son nouveau 
biographe, « il finit toujours par se soumettre. » C'est donc à 
tort que quelques historiens protestants lui ont fait le triste hon- 
neur de le compter parmi les précurseurs de la Réforme. Sa 
vieillesse fut soumise aux mêmes épreuves que celle de saint Au- 
gustin. On sait que celui-ci succomba, pendant que les Vandales 

(1) Histoire de Waldrade, de Lotlier II et de leurs descendants. 
Parisy Techenerj un vol. in-8^, dont il a été tiré quelques exemplaires 
sur grand papier vergé. 



BEVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 89 
asûëgeaîent Hij^ne. Force d'abandonner Reims à l'approche des 
pirates du Nord, Hincmar mourut de fatigue et de douleur, et il 
est permis de croire que l'amertume d'une telle mort aura été une 
expiation suffisante des fautes de sa vie. Ce ne fut pas un saint, 
mais ce fut un homme, et, à certains égards, un grand homme. 

L'oeuvre savante et intelligente de M. Vidieu rectifie et com- 
plète sur plusieurs points importants ce que les meilleurs écrivains 
ecclésiastiques ont dit àa célèbre archevêque de Reims, qui fut, 
pendant plus de trente ans, le plus grand personnage de l'Eglise 
et du royaume de France. 

B. E. 



Les C/ironitjites parisiennes de la Revue suisse, — Sainte* 
Beuve et NoniBR. — Chroniques parisiennes, par G.-A, 
Sàimt£-Bbuvk. Paris, M. Lèuy, ia-12 de 3<8 pages. 

Go a longtemps ignoré que Sainte-Beuve avait fourni à la 
Bévue suisse, de 1S43 à 1S43, des chroniques politiques et litté- 
raires anonymes. Cest le recueil de ces Chroniques parisiennes, 
complément indispensable de l'œuvre du grand critique, que 
M. Troubat, son fidèle Achate, pubUe aujourd'hui, d'après les ma- 
nuscrits originaux conservés par l'ancien directeur de cette 
Revue, M. Juste Olivier. 

Ces chroniques, curieuses à plus d'un titre, font plus d'hon- 
neur au talent de Sainte-Beuve qu'à son caractère. II y parle à 
cœur ouvert sous le voile de l'anonyme, et y dit souvent le con- 
iraue de ce qu'il imprimait ailleurs sous son nom. C'était ce 
qu'il appelait dans l'intimité « sa critique parlée, par opposition 
à celle écrite et la seule vraie », aiiome spirituel, mais d'une 
justesse contestable. Bien tks gens, de ceux surtout du tempéra- 
ment de Sainte-Beuve, ressentent le besoin de se dédommager 
d'éloges forcés par l'exagération contraire ; et la vérité reste sou- 
vent, assez maltraitée, entre les deux: extrêmes, Sainte-Beuve s'en 
donnait h cœur joie de ce dédommagement, dans ces chroniques 
expédiées en Suisse sous le sceau du secret. «Un critique, disait- 
il, est toujours tenu à de certaines réserves, quand il parie de 
gens qu'il connaît, avec lesquels il peut se rencontrer,.., » Ajou- 
tons ; doDt il peut avoir besoin, ou dont il y aurait lieu de craindre 



90 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

le ressentiment. Il se donnait ainsi le plaisir de fustiger impuné- 
ment, sous le masque, des confrères dont les succès trop retentis- 
sants ou les gains trop considérables offusquaient son amour- 
propre ou excitaient son envie, comme Chateaubriand, Balzac, 
Lamartine, qu'il se serait bien gardé d'attaquer en face. Il appe- 
lait cela se soustraire à la tyrannie des journaux et des coteries. 
Ajoutons-y le plaisir de pouvoir parler de lui-même et en dire tout le 
bien qu'il en pense : d'annoncer par exemple, en mars 1 845, que 
le grand événement de la quinzaine a été la réception de M. Sainte- 
Beuve à l'Académie, d'insinuer que le discours du récipiendaire 
était fort supérieur à la réponse de M. Hugo. Il n'ose pourtant 
pas s'abstenir tout à fait de louer cette réponse ; mais il mêle 
adroitement la critique à l'éloge, et l'on sent bien que celui-ci 
n'est que du bout des lèvres, tandis que celle-là part du cœur. 
Il dira, par exemple : « M. V. H. a eu de très-belles paroles 
dans son discours, qu'il a débité trop pompeusement.,^. Il a eu du 
charme et de la délicatesse : ce qui ne lui {trrive pas toujours,,,» 
Le morceau sur Port-Royal a réussi, quoique un peu fastueux.,,. 
Au lieu de la reliure janséniste noire et sombre, nous avons ici un 
Port-Royal en maroquin rouge splendide et doré sur toutes les 
tranches.... » (Après tout, l'image est jolie, et faite pour plaire 
aux lecteurs du Bulletin,,.,) Puis encore : « Le morceau final, 
sur les Messénienncs ^ a été applaudi, tout en paraissant un peu 
exagéré. » Exagéré, soit! jamais Fauteur élégant, fin et sceptique 
de Volupté^ n'a été coupable ni capable d'exagérations de ce genre. 

Ces réserves faites, nous reconnaissons volontiers qu'il y a 
beaucoup de choses intéressantes et charmantes dans ces pages. 
Les mots heureux, les aperçus fins et malicieux y abondent. 
Ainsi, il dit en parlant de Lamartine : « C'est une comète ; il a certes 
une queue brillante et immense ; mais a^t-il un noyau ? » Dans 
le grand débat sur la question de l'enseignement, contemporain 
de ces chroniques, Sainte-Beuve est naturellement du parti des 
universitaires, sans négliger toutefois de dauber sur eux à l'occa- 
sion. Exemple : ce Michelet et Quinet se sont empressés de rele- 
ver le gant. Au fait, ils ne haïssent pas la popularité, et cela ravi~ 
taille les cours. » Puis il raille agréablement son ami Michelet, 
«c le fondateur de l'école illuminée. Jamais le Je et le moi ne 
s'est guindé à ce degré. C'est menaçant I » 

Un peu plus loin, nous rencontrons, à propos de Guizot, Cou- 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 91 

sin et Villemain, une page qui mériterait d'être cite'e en entier. 
Nous nous bornons à en reproduire la conclusion sous toutes 
réserves : <c Cousin n'est pas un vrai philosophe, pas plus que 
Guîzot n'est un grand historien. Ce sont deux très-grands profes- 
seurs.,,. Et de plus encore, si Ton ôte le vernis et le prestige du 
génie moderne, Cousin pourrait sembler proprement un sophiste^ 
dans le sens antique et favorable du mot^ comme Villemain serait 
le plus éloquent rhéteur y dans le sens antique et favorable aussi.... » 

Voici maintenant une critique très-mordante, avec toutes sortes 
de protestations de respect, de Chateaubriand, à propos de sa 
Fie de Rancé. « Ce livre est un véritable bric-à-brac : l'auteur 
jette tout, brouille tout, vide toutes ses armoires.... Mais le res- 
pect nous interdit d'en dire davantage. 3» En conséquence, il con- 
tinue : <c Jamais les poètes n'ont mené un tel deuil de leur jeu- 
nesse enfuie. L'auteur de Rancé est allé sur ce point au delà de 
tout ce qu'on peut imaginer; et on peut dire que, s'il est suivi 
par la foule des jeunes poètes déjà vieillissants, il mène le deuil 
avec des pleurs ^ des plaintes qui sont d'un roi d'Asie, etc. » Ceci 
a été écrit en juin 1844, trois mois après l'élection de Sainte- 
Beuve à l'Académie, élection à laquelle l'influence du salon de 
l'Abbaye-aux-Bois avait puissamment contribué. Sainte-Beuve espé- 
rait que les fidèles de Chateaubriand ne soupçonneraient pas cette 
petite trahison; et, au pis aller, l'élection était faite.... 

Il y a pourtant un confrère dont Sainte-Beuve ne dit que du 
bien, dont il ne parle qu'avec une émotion sincère^ sinon tout à 
(ait désintéressée. Ce confrère fut aussi un des nôtres, c'est No- 
dier, le bon Nodier, comme il l'appelle toujours. Tout ce qui se 
rapporte à la mémoire de Nodier nous va au cœur : aussi nous 
nous faisons un devoir de transcrire ce qu'on lit sur sa dernière 
maladie, et sur sa mort, dans les Chroniques parisiennes. 

(3 juin 1844). « Charles Nodier, l'aimable et charmant écri- 
vain, est, assure-t-on, gravement malade. Toute la littérature de 
Paris en est émue : on court à ^extrémité de Paris, à l'Arsenal, 
pour le voir, pour s'informer. Les témoignages d'intérêt sont con- 
tinuels et universels, de tous les côtés, de tous les rangs. Aimable 
pays, après tout, que celui de France, où un simple homme de 
lettres, qui ne peut rien, qui n'est rien, tient tant de place, et où 
se déclare si spontanément l'hommage de tous pour l'esprit, pour 
le talent et la grâce I » — (8 janvier). «Nous apprenons avec plaisir 



92 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

que les nouvelles de la santé du bon Nodier (car c'est là son nom) 
sont meilleures, et que ses nombreux amis espèrent posséder 
encore longtemps en lui un talent et un cœur qui leur seront plus 
chers que jamais. » 

Malheureusement ce n'était là qu'une trompeuse espérance ; et 
nous lisons quelques pages plus loin, dans la Chronique du 1*' fé- 
vrier : « A l'enterrement de Nodier, il y avait foule et des re- 
grets universels. Il laisse une mémoire charmante et douce ; il n'a 
trouvé dans ses nombreux amis ni un ingrat , ni un indifférent. » 
EnGn, le 5 mars suivant, Saint-Beuve annonçait en ces termes la 
publication de Franciscus Columna^ chez J. Techener : « Sous le 
titre de Dernier Roman de Ch, Nodier^ on a fait un tout petit 
volume d'une dernière nouvelle qu'il avait écrite récemment.... 
Le talent et l'originalité de Nodier s'y retrouvent tout à fait ; c'est 
un coin de délicieux roman encadré dans de la bibliographie, et 
qui n'en ressort que mieux. » 

La vérité historique nous contraint d'ajouter que ces appréhen- 
sions, ces regrets n'étaient pas sans quelque allège de préoccu- 
pations personnelles. Sainte-Beuve préparait dans ce temps-là sa 
candidature à l'Académie, et la mort de Nodier lui enlevait un des 
suffrages sur lesquels il comptait le plus. 

L'un des morceaux les plus achevés de ce recueil est un article 
sur l'avortement de l'idéal romantique (1845). Sainte-Beuve s'y 
justifie habilement du reproche de défection : il s'efforce de dé- 
montrer que le romantisme n'a pas tenu ce qu'il promettait, si 
bien que les critiques, qui d'abord s'étaient ralliés comme lui à cette 
phalange, <c ont été honteux de voir pour qui ils avaient travaillé y>. 
Tout cela est fort ingénieux et bien dit ; mais si Sainte-Beuve avait 
eu la capacité de produire des œuvres telles qu!Hernani ou Kean, 
aurait-il trouvé que le mouvement de 1829 avait si complètement 
avorté ? B»"» E. 



PRIX COURANT DES LIVRES ANCIENS, 



REVUE DES TENTES. 



Vente G***>(du 3 au 5 février 1875). 

i84. Les œuvres de feu M. Alain Ghartier. Paris^ 1529; in-12, 
V. anl. — 599 fr. 

\ 96. Les plaisirs des champs, selon les quatre saisons de l'annëe, 
par Claude Gauchet. Paris ^ 1604; in-4, vëlin. — 145 fr. 

235. Fables nouvelles (par Dorât). La Baye et Paris^ 1773; in-8, 
grand papier, veau parph. — 505 fr. 



Vente d'un choix de beaux livres 
(les 7, 8 et 9 fe'vrier). 

3. Bibliorum sacrorum vulgatx versionis editio; ad institudonem 
DelphinL Parisiis^ Didot^ 1875; 8 vol. in-8, mar. r. dent., tr. 
dor.— 158 fr. 

4. Le nouveau testament, en françois. Paris, 1705; 4 vol. pet. 
in-4, maroq. r. doublé de maroq. r. tr, dor. {Du Seuil). — 
255 fr. 

La reliure laissait à désirer. 

14. Livre de la confrérie et société de la passion de N.-S. J.-C, 
trad. de latin en françois, par J. Sachet, etc, Dijon, 1561 ; 
in-4, fig. maroq. bleu, tr. dor. — 235 fr. 

23. Histoire de la papesse Jeanne, par de Spanheim. La Haye^ 
1736; 2 vol. in-12, mar. vert., tr. dor. {Rel. anc.) — 205 fr. 

24. Histoire de la Mappemonde papistique, composée par Frangi- 
delphe Escorche -messes (Pierre Viret). Luce nouvelle {Genève)^ 
1566; in-4, maroq, vert., tr. dor. (Derome). — 300 fr. 

C'est Pexemplaire de Pixerécourt. 



94 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

41. Les éthiques d'Aristote, Stagirite, son fils Nicomache. P^riV, 
Vacosan^ 1553. — Aristotelis ad Nicomachum filium de mori- 
buSy quae ethica nominantur, libri decem. Parisiis; in-4, ve'lin, 
tr. dor. — 360 fr. 

Exemplaire de Henri III ; quelques taches. 

46, Les caractères de Théophraste, trad. du grec, avec les carac- 
tères ou les mœurs de ce siècle. Paris ^ 1687, 1688; in-IS, 
V. ant. fil., tr. dor. (Simier). — 345 fr. 

Édition originale. 

51 . Excellent et très-utile opuscule de plusieurs exquises receptes, 
composé par Michel Nostradamus. Ljron, 1572; in-16, mar. 
vert. fil. — 216 fr. 

Court de marges, mais très-rare et d'une jolie reliure du seizième 
siècle. 

52. Règlement donné par une dame de haute qualité à M*** sa 
petite-fille, pour sa conduite et celle de sa maison. Paris y 1698; 
in-12, mar. vert., tr. dor. {Du Seuii). — 226 fr. 

53. La maison réglée (par Audigier). Amsterdam^ 1700; in-12, 
front, et pi. maroq. r. dent. tr. dor. {Trautz-Bauzonnet). — 
295 fr. 

67. Les peintures de Charles Le Brun et d'Eustache Le Sueur, 
qui sont dans l'hôtel du Chastelet, ci-devant la maison du 
président Lambert. Amsterdam^ 1 740 ; in-plano, gravures et 
plans de Bernard Picart, d. rel. mar. n. — 200 fr. 

70. Pourtraicts divers. Lyon^ Jean de Tournes^ 1557; in-12, 
maroq. orange, tr. dor. — 179 fr. 

86. Musée de sculpture antique et moderne ou description his- 
torique et graphique du Louvre, par le comte F. de Clarac. 
paris y 1841 à 1853; 6 tomes en 7 vol. in-8 de texte et de 
6 vol. de planches in-4, obi. d.-rel. — 195 fr. 

95. Monuments anciens et modernes , par Jules Gailhabaud. Paris ^ 
Didotj 1850; 4 t. en 8 vol. in-4, planches, d.-rel. — 151 fr. 

149. Modelles artifices de feu et divers instnimens de guerre 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 95 

par Jos. Boillot, Langrois. Chaumont^ 1598; gr. in-8, fig. 
vélin. — 101 fr. 

157. Thresor de la langue Françoise, par Aymar de Ranconnet, 
revue et augmentée en cette dernière impression, par Jean 
Nicot. Paris ^ 1606; in-fol. mar. r. tr. dor. (Cape, Masson et 
Debonnellé). — 300 fr. 

15S. Dictionnaire français, par P. Richelet. Genève, 1680; 2 tomes 
en 1 vol. in-4, mar. r. tr. dor. [Duni), — 195 fr. 

160. Le dictionnaire de l'Académie Françoise. Paris ^ 1694; 2 vol. 
in-fol. maroq. r. fil. tr. dor. [Du Seidî], — 315 fr. 

Exemplaire en gr. papier dans une belle reliure aux armes de 
Louis XIV. 

213. Les triomphes excellents et magnifiques du très-élégant 
poète François Pétrarcqué. Lyon, 1532; in-12, maroq. brun, 
tr. dor. [Lortic], — 135 fr. 

224. Œuvres de Molière. Paris, 1734, 6 vol. in-4, maroq. 
' bleu, tr. dor. [Ane, reliure). — 700 fr. 

Second tirage de Tédition ornée des figures de Boucher. Les figures 
de Moreau ont été ajoutées ; médiocre. 

234. La description de Tisle d'Utopie, où est compris le miroir 
des républiques du monde, par Thomas Morus. Paris, 1550; 
in-8, mar. r. tr. dor. [Lortic), — 230. 

Adjugé à M. le comte de Brissac. 

2^51. Les Incas, ou la destruction de l'empire du Pérou, par 
Marmontel. Paris, 1777; 2 vol. in-8, fig. de Moreau, mar. r. 
tr. dor. — 150 fr, 

255. L'amie des amies, imitation d'Arioste, par Bérenger de la 
Tour d'Albenas en Vivarez. Ljron, 1558; in-12, mar. brun, tr. 
dor. ifiuzin), — 166 fr. 

260. Werther (de Gœthe), traduit de l'allemand. Maestricht^ 
1784; 2 parties en 1 vol. in-8, maroq. brun, tr. dor. {Cham- 
bolle-Duru), 90 fr. 

Première édition française, sulyant le catalogue, mais en réalité la 
troisième. 



96 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

261. Les mille et une nuits, trad. par Galland, avec une préface 
par Silvestre de Sacy. Paris ^ s, d.'y 3 vol. gr. in-8, gravures. 
— 1900 fr. 

Exemplaire orné des 166 dessins originaux composés par le peintre 
Wattier. 

265. Le colporteur, histoire morale et critique, par de Chévrier, 
Londres, s, d, — La vie du fameux P. Norbert, par le même. 
Londres, 1762. — Almanach des gens d'esprit, par le même. 
Londres^ 1762; 3 part, en 1 vol. in-12, maroq. tr. dor. — 
135 fr. 

Assez bonne reliure ancienne. 

271 . Cinquante jeux divers d'honnête entretien, industrieusement 
inventés par M. Innocent Rhingier, gentilhomme Boloignoy s, et 
fais françoys par Hubert Philippe de Villiers. Lyon, 1555; in-4, 
maroq. r. tr. dor. — 340 fr. 

Relié par Derome. 

275. Lettres de Marie de Rabutin-Ghantal, marquise de Sévigné, 
à Mme la comtesse de Grignan, sa fille. «S. /., 1736; 2 vol. 
in-12, mar. r. tr. dor. [Thouvenin], — 250 fr. 

277. Lettres de Mme la marquise de Pompadour de 1753 à 1762. 
Londres, 1772; 3 tomes en 1 vol. in-12, mar. vert, fil. tr, 
dor. [Derome], — 215 fr. 

279. Bibliothèque latine-française publiée par C. L. F. Panckoucke. 
Paris ^ 1826 à 1839; 211 tomes en 210 vol. in-8 et 3 atlas in-4, 
d.-rel. V. f. {Papier vélin). — 1390 fr. 

295. L'art de vérifier les dates avant Père chrétienne^ par un 
religieux de la Congrégation de Saint-Maur (D. Clément, mis 
en ordre par Saint-Allais). Paris, 1820; in-fol. maroq. r. tr. 
dor. [Caffé]. — 160 fr. 

296. L'art de vérifier les dates depuis la naissance de J.-C. Paris ^ 
1783 à 1787; 3 vol. in-fol. maroq. r. tr. dor. — 360 fr. 

297. Histoire des Juifs, escrite par Flavius Josephe, traduite par 
Amauld d'Andilly. Bruxelles, 1701-1703; 5 vol. in-8, figures, 
mar. r. tr. dor. [Ànc. reL). — Grand papier. • - 275 fr. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 97 

346. Histoire de Tancien gouvernement de la France, par feu le 
comte de Boulainvilliers. La Haye^ 4727; 3 vol. — Mémoires 
présentés à Mgr le duc d'Orléans, par le même. La Haye^ 
1727 ; 2 t. en 4 vol., ens. 5 t. ou 4 vol. in-8, mar. bleu. tr. 
dor. {Padeloup.) — 444 fr. 

320 Histoire de la milice françoise, par le R.P.G, Daniel. Paris^ 
4724 ; 2 vol. in-4, gravures, mar. r. tr. dor. (Reliure anc). 

— 496 fr. 

334. La somptueuse et magnifique entrée de Henry HI, roy de 
France et de Pologne, en la cité de Mantoue, par Biaise de 
Vigenère. Paris, 4576; in-4, mar. rouge {anc. reliure)^ aux 
armes de Colbert. — 150 fr. 

333. La vie et faits notables de Henri de Valois. (Pétris)^ 1589; 
pet. in-8, figures, maroq. bleu, tr. dor. — 80 fr. 

336. Journal de Henri III (et de Henri IV), par Pierre de TEs- 
toile; 9 vol. in-8, port, et gravures, mar. r. t. dor. (Peiit), 

— 240 fr. 

354. Mémoires de Saint-Simon. Paris, Hacîiette, 4856-58 ; 20 vol. 
in-8, d.-rel. non rogn. {Cape). — Papier pélin. — 620 fr. 

355. Les historiettes de Tallemant des Réaux, publiées par Paulin 
Paris et de Monmerqué. Paris, Techener, 4854; 9 vol. gr. in-8, 
ffrand papier de Hollande^ d.-rel. maroq. rouge. — 340 fr. 

356. Vie privée de Louis XV (par Moufle d'Angerville). Londres ^ 
4784; 4 vol. in-42, fig. mar. r. tr. dor. [Derome). — 236 fr. 

358. L'état de la France (par Bar, Jalabert et Pradier, religieux 
bénédictins de la congrégation de Saint-Maur). Paris ^ 4749; 
6 vol. in-42, blasons, mar. r. tr. dor. — {Ane. rel.). — 300 fr. 

359. Mémoire de madame de Pompadour. Liège, 1766; 2 tomes 
en 1 vol, in-12, mar. vert, tr. dor. (Derome). — 140 fr. 

360. Le gazetier cuirassé, ou anecdotes scandaleuses de la cour 
de France (par Théveneau de Morande). Paris, 1771 ; in-8, mar. 
vert, tr. dor. (Derome). — 140 fr. 



98 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

361 . Almanach historique de la révolution française pour Tannëe 
1792, rédige par J. P. Rabaut; in-12, figures de Moreau, mar. 
r, tr. dor. — [Jnc. rel.). — 100 fr. 

363. La guide des chemins de France. Paris ^ Ch. Estienne^ 
15S2, in-8, mar. r. tr. dor. [Trautz-Bauzonnet)\ — 281 fr. 

364 his, La Guide de Paris, contenant le nom et l'adresse de 
toutes les rues de la dite ville et faux-bourgs, ensemble les 
places, ponts, portes, églises, etc., par le sieur Dechvy es. Paris 
(1647); in-8, mar. r. tr. dor. [MassonrDeiwnnellé). — 102 fr. 

374. Les adresses de la ville de Paris, par Abraham du Pradel. 
Paris, 1691 ; pet. in-8, mar. r. tr. dor. [Masson^DebonneUe). 
— 455 fr. 

375. Statuts et règlemens des petites écoles de grammaire de la 
ville de Paris, imprimé par ordre de Cl. Joly, par les soins de 
Martin Sonnet. Paris, 1672; pet. in-12, mar. r. tr. dor. 
[TrautZ'Bauzonnet], — 161 fr. 

379. Le palais Mazarin et les grandes habitations de ville et de 
campagne au dix-septième siècle, par le comte de Laborde. 
PariSy 1846 ; gr. in-8, fig. d.-rel. mar. vert. — 199 fr. 

405. Histoire généalogique de la maison royale de France, des 
pairs, grands officiers de la couronne du roy, par le Père An- 
selme. Paris, 1726-1733; 9 vol. in-fol. v. m. — 505 fr. 

406. Armoriai des principales maisons et familles du royaume, 
par Dubuisson. Paris ^ 1757 ; 2 vol. in-12, illustrés d'écussons, 
mar. r. tr. dor. [LoHic). — 200 fr. 



Vente de livres provenant d^une bibliothèque de Bour- 

gogùe (8 et 9 février). 

114. Œuvres de Corneille. Première partie. Rouen et Paris^ 
4644; in-12, front, et portr. rel. en veau, tr. dor. — 1800 fr. 

État médiocre. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 99 

il 7. Les premières œuvres de Philippes Desportes. Rouen, 1594; 
in-12, vëlin blanc, tr. dor. — 325 fr. 

Très-joli yolume dans une charmante reliure du seizième siècle. 

139. Contes et nouvelles en vers, par la Fontaine. Amsterdam^ 
1762 ; 2 vol. in-8, v. m. tr. dor. — 460 fr. 

147. Les œuvres de Clément Marot, de Cahors. La Hcgre^ 1700; 
2 vol. pet. in-12, veau fauve. — 99 fr. 

293. Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, par Dom Calmet. 
Naiicy^ 1745 ; 9 vol. in-fol. v. — 205 fr. 

Cet exemplaire a été revendu beaucoup plus cher aussitôt après la 
vente. 



Vente A. Colin (10 février 1876). 

54. Le triomphe de Maximilien; in-fol. obi. avecl07 planches, 
d.-rel. — 260 fr. 

56. L'antiquité expliquée et représentée en figures par Dom 
Bernard de Montfaucon, religieux de la Congrégation de 
Saint-Maur. Paris^ 1719-1757; 10 tomes en 15 vol. in-fol. v. 
m. — 300 fr. 

57. Les œuvres de François Rabelais (^ la sphère)^ 1663; 2 vol. 
in-12, mar. vert doublé de mar. r, tr. dor. — 250 fr. 



w^ ■ ms »' 






CHRONIQUE 



NÉcBOLOoiB. -— La mort frappe sans relâche. Depuis notre 
dernière chronique elle s'est abattue sur l'Institut et l'on a va dis* 
paraître successivement MM. Patin, L. de Camé, A. F. Didot et 
Guignant. Les titres de ces savants et hommes de lettres sont 
assez connus pour se passer d'une notice dont les ëlëments se 
trouvent partout. Autant en dirons-nous du vénérable directeur 
de Y Union ^ M. Laurentie, dont la main octogénaire (il était né le 
jour fatal du 2i janvier \ 793) vient de laisser échapper sa plume 
fermement royaliste et chrétienne. La mort qui se plaît à ces con- 
trastes visitait en même temps deux femmes qui ont tenu un cer- 
tain rang dans la littérature irrégulière. Nous voulons parler de 
la comtesse d'Agoult et de Mme Louise Ck>let. La comtesse d'A- 
goult, la première des deux, par ordre de date et de mérite, laisse 
un stock de romans et d'essais philosophiques où la perfection de 
la forme n'est pas telle qu'elle rachète sufQsamment les déviations 
de la pensée. Au moins avait-elle su, dans cette entreprise hasar- 
deuse de remplacer le foyer par un salon, conserver une dignité 
d'attitude qu'elle devait peut-être à sa naissance. A Dieu ne plaise 
que nous soyons de ces demi-savants dont parle Pascal, qui font 
table rase de la qualité! 

La comtesse d'Agoult était née vers 1805, à Aix-la-Chapelle. 
Mme L. Colet, dont nous allons dire un mot, avait vu le jour 
dix ans après, dans un autre Aix, à Aix en Provence. Venue 
de bonne heure à Paris avec une valise bourrée d'essais poé- 
tiques, elle y obtint, d'entrée de jeu, quelques distinctions acadé- 
miques auxquelles ses agréments personnels ne furent pas, dit-on, 
étrangers. Il y eut succès de femme plus encore que succès de 
muse. Beaucoup de myrtes pour quelques lauriers, à ce qu'af- 
firment des contem|)orains. En somme, son bagage littéraire n'é- 
tait pas pour échapper à l'arrêt porté par La Bruyère contre les 
poètes atteints de cette médiocrité « que ne pardonnent ni les 
dieux, ni les hommes, ni les colonnes». 

Sentant le terrain poétique se dérober sous ses pas, Mme L. Co- 
let s'était rejetée vers d'autres genres décompositions. A quarante 






CHRONIQUE. 101 

UDS, ûge, à n'en pas douter, de la prose, elle était entrée dans 
la Toie du roman-feutUeton et publia une Histoire de soldat, où 
elle s'est dépeinte, comme il suit, dans le premier chapitre, sous 
le nom de Mme de Lerme ; 

«Mme de Lerme était toujours unirormément vêtue en noir par 
les temps froids, en hianc par les jours chauds ; mais soit que son 
cou flexible et ses bras de la forme la plus pure jaillissent du ve- 
lours ou de la mousseline', ils étaient comme une attestation de 
la beauté parfaite que le temps avait à peine ternie, L'ëclat du 
visage était moins vif qu'autrefois, mais son expression plus 
attachante; l'ancien enjouement s'était voilé, les joues avaient 
pâti, l'iei] un peu creusé brillait plus triste et plus doux, gardant 
ses flammes pour les rapides moments où la passion enfouie se 
trahissait. L'ensemble de la physionomie était devenu morue par 
l'ab-sence du sourire qui ne s'y montrait guère que contraint et 
amer : le charme de cette femme était , pour ainsi dire, intérieur ; 
il venait d'une souQrance cachée qu'on soupçonnait à peine et 
qui n'éclatait jamais dans ses paroles, pas même dans son accent. 
Seulement, dans les questions générales d'art, de philosophie ou 
de sentiment, les seules dont on s'occupât habituellement chex elle, 
chaque mot qui lui échappait prouvait une crueUe et profonde 
expérience de la vie, un scepticisme très-arrêté quoique placide 
et attendri. » 

Et ne trouvant sans doute pas cette description suffisante, l'au- 
teur ajoutait plus loin ; « Moi I.., moi aimée, dit-eUe, comme si 
son âme eût fait explosion, et en levant au-dessus de sa tête ses 
deux bras nus, ces bras qu'on serait tenté d'imiter pour compléter 
la Vénus de Milo. » 

L'âge des souvenirs avait commencé déjà, comme on le voit, 
pour Mme L. Colet, mais pas au point qu'elle ne s'écriât encore, 
en parlant d'elle et de sa fille, dans des vers qu'elle adressait à 
cette dernière : 

L'amour nous regarde indécis. 

L'indéciùon de l'amour eut sans doute un terme, tel qu'on 
pouvait le pressentir, et Mme L. Cotet, de plus en plus réfugiée 
dans ses souvenirs, eut la malheureuse inspiration d'ajouter aux 
romans £lle et Lui de George Sand, et Lui et Elle de Paul de 



102 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Musset, le volume intitulé Lui. L'on trouvera dans la Revue anec^ 
dotique de 1859 une clef des personnages de ce roman. Albert de 
Lincel (Lui) c'est Alfred de Musset ; la marquise de Rostan c'est 
Mme L. Golet elle-même. Puis viennent Aruonia Bach : George 
Sand ; Duchemin : Villemain ; Léonce^ a ce Léonce que j'aimais 
tant » : M. Gust. Flaubert, etc., etc. L'auteur a fait entrer dans cette 
triste composition la plus grande partie de ses relations littéraires 
et des habitués de son salon, où se rencontraient, pêle-ttaêle 
avec quelques princesses Valaques (comme parle la Revue anec- 
dotique), MM. Champfleury, Préault, Pécontal et d'autres , morts 
depuis, tels que Antony Deschamps, Babinet, Patin, Alûred de 
Vigny et Cousin. 

En dernier lieu, Mme L. Colet, passée au plus pur radicalisme 
« bas-bleu devenu rouge », voyageait et écrivait ses voyages, à la 
diable. Elle a fait suer à l'Italie, qui n'en pouvait mais, une demi- 
douzaine de volumes. Le plus curieux incident de cette période 
de sa vie a été son séjour à Ischia , où il a failli lui arriver les 
mêmes mésaventures qu'à une autre femme de lettres j chez les 
Majorquains. Ces populations primitives ont le tort de ne pas ai- 
mer les révoltées et de croire, non sans raison peut-être, que leur 
présence n'est pas faite pour appeler les bénédictions du ciel sur les 
moissons. De là quelques insinuations d'avoir à déguerpir, in- 
sinuations faites sous forme de charivaris, où une imagination 
échauffée croit aisément entendre des cris de mort. 

Pour rentrer dans la question littéraire, nous croyons le bagage 
de Mme L. Colet peu ou point appelé à lui survivre. Nous en ex- 
cepterons pourtant im volume où elle ne figure que comme édi- 
teur, mais ce volume est un chef-d'œuvre, rien de moins. Ce sont 
les Lettres de Benjamin Constant à Mme Récamier, imprimées 
(nous ne disons pas publiées] chez Dentu, en ^864, in-octavo. 
En 1846, à une époque où Mme L. Colet ne s'était pas encore mis 
à dos les charivariseurs dlschia, Mme Récamier lui avait fait don 
de ces lettres, en l'autorisant à les publier après sa mort. Ce vo- 
lume fut en effet imprimé en 1864, mais l'édition entière (cinq 
cents exemplaires] est restée dans les caves de la librairie Dentu, 
par suite d'une opposition à sa mise en vente, émanée de la famille 
de Benjamin Constant, d'un de ses frères, croyons-nous. Si un jour 
Vexeat est donné à l'édition, le nom de Mme L. Colet, qui a écrit 
l'introduction et les notes de ce volume, lui devra d'échapper à 



CHRONIQUE. 103 

l'oubli ; car c'est, répétons-le, un chef-d'œuvre. Jamais la passion 
la plus ardente n'a parlé un plus pur et plus pénétrant langage. 
C'est, avec moins d'apprêt littéraire, le digne pendant des lettres 
de Chateaubriand à Mme Récamier, que l'on trouve dans les iK/e- 
moires d! outre-tombe. Comment le savons-nous, puisque la publi* 
cation n'a pas eu lieu ? Ceci est notre secret jusqu'au jour où nous 
en ferons celui des lecteurs du Bulletin, 

W. O, 



NOUVELLES ET VARIÉTÉS. 



— L* Académie des inscriptions propose pour le prix Bordln 
(concours de 1878) le sujet suivant : 

Etude historique sur les grandes chroniques de Frange. -* 
A quelle époque, sous quelles influences, et par qui les grandes 
chroniques de France ont-elles été commencées ? A quelles sour- 
ces les éléments en ont-ils été puisés ? Quelles en ont été les ré- 
dactions successives? 

Les mémoires devront être déposés au secrétariat de Tlnstitut 
le 3i décembre 1877. Ce prix est de la valeur de trois mille 
francs, 

— On vient de publier à Londres le catalogue des collections lé- 
guées au musée de South-Kensington par le Rév. Alexandre 
Dyce. Ce collecteur, mort en 1869,- âgé de soixante-onze ans, 
est le type le plus pur du chercheur intelligent et passionné : en 
un mot, une rare figure d'amateur. Clergyman comme il aurait 
été bénédictin, sa vie entière s'est employée à la recherche des 
manuscrits, des livres et des œuvres d'art, entremêlée de travaux 
d'érudition, mais d'une érudition des plus variées, puisqu'il sa- 
vait passer de la traduction de Quintus de Smyme à la publication 
du Dictionnaire de Jarvis sur la langue de Shakespeare, et pré- 
parait, en dernier lieu, une édition définitive de son Théâtre. Le 



104 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

nombre des objets légués par Dyce au musée de South-Kensington 
s'élève, tant en documents manuscrits et imprimés, qu'en curio- 
sités de tout genre, au chiffre énorme de 14 365 articles, parmi 
lesquels figure (c'est le Moniteur des ArtSj dirigé par M. E. Fil- 
lonneau, qui nous l'apprend) un morceaadaMûrier de Shakespeare^ 
et ce ne sera sans doute pas l'article le moins apprécié des lé- 
gataires. 

— Il n'y a pas de donateurs qu'en AQgleterre. L'importante col- 
lection champenoise, formée par le docteur Garteron, de Troyes, 
mort en 1866, vient d'être en partie cédée à bas prix, en partie 
gratuitement offerte à la bibliothèque de cette ville par ses héri- 
tiers. Au lendemain des mésaventures survenues à cette biblio- 
thèque, il fallait un courage qui double le prix de la libéralité. 
Une particularité à noter, c'est que cette collection arrive à sa 
destination définitive tout inventoriée, le catalogue en ayant été 
publié en 1875 par le gendre du docteur Carteron, M. Léon Pi- 
geotte. Nous reviendrons un jour ou l'autre sur cette publication 
qui se rattache à un projet dès longtemps déjà étudié par nous, 
celui d'une Bibliographie de la Champagne. Dussent nos recherches 
n'aboutir qu'à une simple Bibliothèque champenoise^ nous espé- 
rons pouvoir publier bientôt un catalogue qui, rapproché de celui 
de M. Pigeotte, permettra de reconstituer aussi fidèlement que 
possible l'actif bibliographique de cette intelligente province de 
Champagne, l'une des plus patiemment littéraires de l'ancienne 
France. 

— Nous signalons également la publication à Saint-Pétersbourg du 
Catalogue des livres rares et précieux composant la bibliothèque de 
feu M, Giustiniani, impros>isateur et lecteur de la langue italienne; 
in-8®. Cette importante collection (14 333 numéros), ou se cou- 
doient les écrivains français, italiens et allemands, paraît être le 
fruit des laborieuses recherches d'un curieux plutôt que d'un éru- 
dit : l'on y signale toutefois quelques raretés en fait de vieux 
poètes italiens ; mais pourquoi faut-il que l'éditeur ait cru devoir 
adopter pour chacune des grandes sections de ce catalogue l'ordre, 
ou pour mieux dire le désordre alphabétique ? La vente, si vente 
il y a, y gagnera peut-être, mais c'est, à moins de bonnes tables, 
un livre perdu pour la bibliographie. 



UN 

CHAPITRE DE L'HISTOIRE 

DE 

L'ÉTABLISSEMENT DE L'IMPRIMERIE DANS LA PROVINCE 

DE LANGUEDOC 

par 
LE D' Dbsbarreaux-Beriiabd (1) 



LODEVE, 

SEIZIÈME VILLE DES ESTÀTS. 



L*étab1issemeiit de T imprimerie à Lodève présente quel- 
ques obscurités que nous allons essayer d'éclaircir. 

Nous connaissons plusieurs ouvrages qui portent inscrit 
au bas de leur titre le nom de Lodève, Lodopa. 

Les plus remarquables ont été très-sommairement décrits 
par les bibliographes et sont devenus rares aujourd'hui; 
aussi allons- nous en donner une description exacte, minu- 
tieuse même. On nous pardonnera, nous Tespérons, d'être 
en cette circonstance un peu prolixe, mais Timpor tance de 
Tœuvre et le nom du typographe nous imposaient en quelque 
sorte Tennui de ce travail. Nous ne le regrettons pas cepen- 
dant, car Arnaud Colomiès fut fort habile en son temps, et 
Ton pourrait, sans être taxé d'hyperbole, dire de lui ce que 
M. Boulmier a dit quelque part de Dolet : « Comme bon 
imprimeur, ce fut un savant doublé d'un artiste. » 

Ces ouvrages sont : 

1® Le Thésaurus syTwnymicus ; 

(1) Extrait du tome VII de V Histoire générale de Languedoc , éditée par 
M. Edouard Privât, libraire et imprimeur, à Toulouse. 

8 



106 BULLETIN DU BlBLlOPfflLE. 

2" Le Florilegium biblicum; 
3** La Chronologia prœsulum Lodoçensium, 
Le faux titre du premier porte : Thésaurus spionymicus 
hebraïco-chaldaïco-rabbinicus . 11 est suivi d'un titre grayé 
par J. Baronius, sur les dessins de F. Fredeau, qui repré- 
sente un énorme cep de vigne surchargé de grappes de rai- 
sins que des enfants pressent de chaque côté dans des urnes. 
A la branche gauche est suspendu un écusson portant ces 
mots hébreux : l??.»] V^^ (1). A la branche droite, et faisant 
pendant à celui-ci, s'en trouve un autre sur lequel on lit : 
Planta Vitis, commencement du titre qui, sur un troi- 
sième écusson placé au pied de Tarbre, continue ainsi : Sep 
thésaurus synonymicus hebraïcO'chaldaïco-rabbinicus autore 
Joanne de Plantevit (sic) de la Pause Lodouensium in Gallia 
Narboneiisi episcopo^ etc. Domino montisbruni y comité 
magno Reginœ Catholica in Hispania elemosjrnario et Sancti 
Martini Ruricurtani. Belloçacensi abbate. 

A droite de cet écusson se voient les armoiries de Plan- 
tavit de la Pause, avec couronne comtale et chapeau d'é- 
véque : écartelé au premier et quatrième d'azur à Tarche 
d'or supportant une colombe d'argent tenant dans son bec 
un rameau de sinople ; au deuxième et troisième d'argent 
aux trois fleurs de lys d'or (sic). 

De l'autre côté, à gauche, un petit écusson porte : Lo~ 
dovœ typis Arnaldi Colomerii typographi Regii Tolosani 
cum privilegio. 

Le deuxième titre est imprimé. Il est encadré d'un double 
filet, comme le sont toutes les pages du volume, et com- 
mence par les deux mots hébreux inscrits déjà sur le titre 
gravé, puis il continue ainsi : « Planta Vitis seu thésaurus 
synonymicus hebraïco-chaldaïco-rabbinicus in quo omnes 
totius hebraicae linguse voces una plerisque rabbinicis tal- 
mudicis, chaldaicis, earumque significationes , etymon, 
synonymia, usus, elegantise, paraphrases, idiotismi, ex 

(1) Planta piiUi 



Vy CHAPITRE DE L'HISTOIRE. 107 

hiebraicorum bibliorum contextu. Horum caidaîm para- 
phrasibas ex immcnso codicutn fiabylonîi et Hicrosolymi- 
tani Talmudico farrngîne ex rabbinorum commentatoribus 
Medockdikim meturgemanim meckabbeUm, souerîin et oba- 
channim, hoc est, grammaticis, exposîtoribus, cabbalistis, 
philosophîs et tbeologis, aliisque reconditis hebraeonim 
nionuinentis,nova et exactametliodo per hœxapla TnxpcdXiiXu); 
demonstractur, ac uaa cum auctorîtatibus è sacrarum litte- 
rarum corpore depromptis energiam et empbasim vocum 
perhibeotibus ample ac dilucidè explicaotur : nonnullorum 
qiioqae vocabalorum graecorum, latînonim, galliconim, 
italicorum, hispaniconim, germauicorum, anglicomm, bel- 
gicorum, polonicorum, etc., etymmologia ab haebreo sev 
caldaïco idiomati petita passira vbique indicatur. Quibus 
accessit duplex index completissimus, qui justi lexici be- 
braico-latini loco, sacrse linguae studiosis inservire possît< 
■ Collectus, concinnalus ac summo labore, séria alpha- 
betica, ubique servata, digestus. Auctore Jo. Plantavitio 
pausano LodoveDsium episcopo et Domino. Mootisbruni 
comité ex magno Kcginae catolîcae Id Hispaaia Eleemosy- 
Dario, et S. Martini Ruricurtani Bellovacensis abbatc. Lo- 
dovae, typis Colomerii, Régis et Tolosanae Academia Ij- 

pograplU APVD i^UEM PROSTAfiT EXEMPLARIA. M. D. C. XL. 

IV. (164^). Cum pripilegio Begis. - 

Gr. în-fol. à 2 col. encadrées d'un double filet. La justi- 
fication, à la bauteur des filets, est de 32 centimètres. La 
bautcur des pages extérieures en a 39. 8 ff. bmin. pouf la 
dédicace aux Girdinaux, Évfiques, etc., l'ëloge du Clergé 
français, en vers latins, la préface, les épigrammes et poé- 
sies diverses en hébreu, en syriaque, en arabe, en greC; 
en latin et en français; le privilège, daté du 30 mai 1639, 
termine ces liminaires. 1 426 pp. de texte qui finit au f. si- 
gué AAaaaaa. Le volume est orné du portrait de l'auteur, 
gravé par I. Baronîus (l). Il remplît toute la page. L'évêque 

(1) Jean Baron ou Saroniui était de Touloiue et avait pris le sarnom 
de TWoninui. Les biographes ne sont pai d'aocord sur l'fpoqne de sa 



108 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

* 

en camail et en rochet est représenté assis dans un fauteuil, 
ou plutôt dans une chaire. Il est coiffé d'un bonnet carré. 

Le papier est mince, grisâtre, il a pour filigrane un 
raisin de petite dimension. 

Voici maintenant la description du Florilegium : 

« Florilegium biblicum complectens omnes utriuscpie 
Testamenti sentencias hebraicè et Graecé, cum versione ia- 
tina, et brevi juxta literalem sensum commentario illustra- 
tas. Auctore Joanne Plantevit [sic) de la Pause. Lodos^ae 
typîs Arnaldi Colomerii^ typographi Reg'ij TolosanL 1645. 
Sans privilège. » Deux part, en 1 vol. gr. in-fol. Titre et 
portrait gravés par I. Baronius, sur les dessins de F. Fre- 
deau. Le titre gravé, qui occupe toute la page, représente, 
d'un côté, les grands personnages de l'Ancien Testament, et 
de l'autre, Jésus assis et prêchant aux apôtres qui l'en- 
tourent son sermon sur la montagne. Sur un grand tapis 
étalé, soutenu par un personnage placé au premier plan, 
se lit le titre que nous avons donné plus haut. Dans le bas 
se trouve, à droite, le blason du prince de Coudé, auquel 
le livre est dédié ; à gauche, celui de Plantavit, décrit ci- 
dessus. 

Le livre contient 6 ff. limin. pour le faux titre, le titre 
gravé — il n'existe pas de titre imprimé — la dédicace, les 
vers adressés par l'auteur au prince de Gondé, l'avis au lec- 
teur, et le portrait de Plantavit de la Pause en tout sem- 
blable à celui du Thésaurus synonymicus . 963 pp. à 2 col., 
encadrées d'un double filet et 28 fl., non chiffrés, pour les 
tables. Le dernier feuillet est blanc. La grandeur des pages 
et la justification sont les mêmes que celles du volume pré- 
cédent. 

Nous ferons, à propos de ces deux volumes, une remarque 

naissance. Les uns le font naître en 1631, les autres en 1614. La date 
de 1631 nVst pas acceptable, puisque Baron n^aurait eu que treize ans 
orsque, en 1644, ii grava le portrait de Piaatavit de la Pause. On le 
croit élève de Bloemaert. Selon le Dictionnaire des Artistes (Leipzig, 
1788), « il s*étoit établi à Rome où il vivoit vers la fin du dix-septième 
siècle. » 



UN CHAPITRE DE L'HISTOIRE. 109 

fort singulière : c'est que MM. Brunet, Ternaux-Gompans et 
P. Deschamps n'ont pas connu ou n'ont pas signalé du moins 
le nom du typographe dont Planta vit de la Pause s'est servi 
pour faire imprimer son livre. En présence de ce fait, nous 
avions d'abord admis en faveur des accusés des circons- 
tances atténuantes : la rareté de ces livres, constatée par 
l'épithète de rarissimus, accolée à la description de l'un 
d'entre eux, la croyance où nous étions, que certains exem- 
plaires ne portaient pas de nom d'imprimeur, etc. Pour- 
tant, la facilité avec laquelle nous avons pu, soit à Paris, 
à la Bibliothèque nationale (l), soit à Toulouse, dans la 
bibliothèque de la ville, nous procurer, ou relever nous- 
méme les titres des ouvrages de l'évêque de Lodève, cette 
facilité, disons-nous, a fermé notre cœur à la clémence. 
Toutefois nous ne demanderons pas la punition des cou- 
pables. Deux d'entre eux, d'ailleurs, ne sont plus hélas! 
sur la brèche, et le troisième, fort heureusement pour la 
science bibliographique, a devant lui tout le temps néces- 
saire pour venir à résipiscence. 

Nous nous permettrons cependant de relever ici les er- 
reurs commises par quelques écrivains au sujet de ces deux 
volumes. 

Dans la Nouvelle Biographie générale l'auteur de l'ar- 
ticle : « Pause (Jean Plantavit de la) » considère le Thésau- 
rus et le Florilegium comme un seul et même ouvrage ; il 
le date de Lodève, 1644-1645, et lui donne trois volumes. 
Il s'est trompé : ce sont deux ouvrages diflFérents et ils n'ont 
chacun qu'un volume. M. P. Deschamps a donc eu raison 
de dire : «t Nous croyons devoir distinguer ces deux ou- 
vrages : le premier, le Thésaurus^ formant un lexique de 
vocables .hébreux; le second, Florilegium^ comprenant les 
adages des livres saints. » 

(1) M. Eugène d'Auriac a bien voulu prendre la peine de relever, 
pour nous, le titre du Thésaurus synonymicus sur l'exemplaire de la Bi- 
bliothèque nationale. Nous le prions d'agréer, de nouveau, l'expression 
de notre vive gratitude. 



110 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Relativement au Florilegium^ après avoir parcouru ce 
beau et fort volume, après avoir considéré avec attention, 
tous les caractères hébreux (1), grecs et latins, dont le sy- 
métrique arrangement atteste l'habileté de l'ouvrier, nous 
nous sommes demandé s'il était possible de croire à Texis- 
tence de deux éditions d'un pareil livre, imprimées à quatre 
années de distance seulement l'une de l'autre et dans une 
petite ville de la province de Languedoc? 

Mais, nous dira-t-on, comment expliquer alors le millé- 
sime de 1641 formulé par Ternaux-Compans, et celui de 
1641-1645 donné par Brunet? La chose est heureusement 
très-facile à éclaircir, et voici la clef de ce tout petit 
mystère : 

Le millésime 1645 est en chiffres arabes, mais les courbes 
du chiffre 5 sont si peu accusées qu'il ressemble a un 1, et 
qu'un coup d'œil rapide jeté sur lui a trompé Ternaux-Com- 
pans, comme il nous avait d'abord trompé nous-méme 
quand nous avons inscrit ce iivre dans notre catalogue. 

La description de Brunet {^Manuel ^ t. IV, col. 689) 
est entachée de deux erreurs. On nous permettra de les 
rectifier. 

Il a disposé le millésime ainsi : 1641-1645. Qu'a-t-il voulu 
exprimer par là? Qu'il existait deux éditions du Florilegium 
biblicum ? Nous ne le pensons pas, car probablement il se 
serait expliqué plus clairement. 

Nous croyons que cette première erreur en a produit une 
seconde. 

Brunet donne à l'ouvrage deux volumes et il n'en a qu'un ; 
mais il est divisé en deux parties, qui, reliées séparément, 
l'ont trompé. La première finit à la page 481 dont le verso 
est blanc ; la seconde qui suit, sans faux titre, recommence 
à la page 483 ; les signatures Ooo Oooij se suivent, et au 
bas de ce dernier feuillet, à gauche, on lit : « Pars II ». 

Quant à la Chronologie des Eçéques de Lodève^ que nous 

(1) Saint*Aagu8tin carré, ponctué et sans pointe. 



UN CHAPITRE DE L'HISTOIRE. 111 

croyons, ainsi que les autres ouvrages de Plantavit de la 
Pause, le produit d'une presse toulousaine, nous allons en 
donner une description exacte, d'après Texemplaire de Se- 
cousse que possède la Bibliothèque de Toulouse : « Chrono- 
logia praesulum Lodovensivm. Authore Plantavitis de la 
Pavse Episcopo et domino Lodouensi Montis-bruni comité. 
Ad Eminentissimum Cardinalem Ducem de Richeliev po- 
tentissimum totius Imperii Gallici Administrum. Aramontii 
(sic) Sumptibus authoris in çspm Cleri Lodouensis, 1634. 
In-4° de 10 ff. limin., 442 pp. suivies d'un f. blanc, et de 
62 pp. pour VIndex chronol. Sans privilège. 

Les pages sont encadrées d'un double filet — il est 
simple dans la marge du dos — et les notes sont placées 
entre les filets de la marge extérieure plus espacées que les 
autres. Le papier n'est pas de belle qualité, il est mince, 
soyeux et un peu gris. Il se rapproche beaucoup de celui du 
Thésaurus et du Florilegium. 

Nous avons fait pressentir, quelques lignes plus haut, notre 
opinion sur l'impression de la Chronologia^ et nous croyons 
fermement qu'Arnaud Golomiès se transporta à Aramons 
ou Aramond, Aramontium^ où il la mit sous presse ; 
et, conmie nous sommes certain qu'Arnaud Golomiès 
imprimait à Toulouse dès l'année 1631, il a donc pu 
imprimer, en 1634, la Chronologie des Euêques de Lo- 
dèue. 

Plus curieux, plus tenace peut-être que nos confrères en 
bibliographie, nous nous sommes demandé quel motif avait 
pu pousser Plantavit de la Pause à faire imprimer à Ara- 
mons sa Chronologie des E\fêques de LodèçeP 

Quelques recherches faciles nous ont permis de répondre 
à cette question. 

Plantavit de la Pause fut au nombre de prélats de Lan- 
guedoc qui se fourvoyèrent dans la révolte de Gaston d'Or- 
léans et du maréchal de Montmorenci. Richelieu, qui ne 
l'ignorait pas, avait fait excepter l'évêque de Lodève de 
Tamnistie. Gelui«»ci, en homme prudent, s* éloigna, se cacha 



ut 



112 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

même tout proche de la frontière, prêt à fiiir si Torage de- 
venait menaçant. 

Les auteurs de Y Histoire générale de Languedoc (t. V, 
p. 604) nous apprennent u que l'évéque de Lodève ayant 
aussi prouvé son innocence, fut renvoyé absous par sen- 
tence des commisaires apostoliques du 10 juillet 1634. » 

C'est d'Aramons et du fond de la retraite qu'il y avait 
choisie qu'il adressa au terrible cardinal ses suppliques et 
ses soumissions. C'est aussi là qu'il termina et qu'il fit im- 
primer sous ses yeux sa Chronologia^ plaçant en tête de 
son livre la dédicace obséquieuse dont nous avons donné 
le titre. 

Le choix d'un imprimeur toulousain s'expliquerait assez 
par la réputation dont les typographes de Toulouse jouis- 
saient à cette époque dans le Languedoc. Toutefois, cer- 
taines circonstances que nous allons indiquer tendraient 
à donner à cette présomption le cachet de la certitude. 

Le fonds H. n" 45, des Dominicains^ aux Archives de la 
Haute-Garonne, renferme une liasse concernant Plantavit 
de la Pause et quelques membres de sa famille. 

Ces pièces nous apprennent qu'en 1631 son neveu était 
novice au couvent des jacobins. Une lettre de l'évêque à 
son neveu, datée de 1636, porte ces mots : « L'espérance 
que j'avais d'aller à Toulouse pour mes affaires particu- 
lières.. •• » 

11 allait donc souvent à Toulouse; et c'est indubitable- 
ment durant son séjour dans cette ville qu'il traita de nou- 
veau avec Arnaud Colomics — l'imprimeur de la Chrono^ 
logia — pour mettre au jour son Thésaurus ^ auquel il 
travaillait, dit-on, depuis vingt ans. 

Mais si nous sommes certain qu'Arnaud Colomiès trans- 
porta ses presses à Aramons pour y imprimer la Chronolo- 
gia, nous sommes loin d'avoir, à cette heure, la même 
conviction relativement à l'impression, à Lodève, des deux 
grands ouvrages de Plantavit de la Pause. 

[>a question de dépense, nous devons le dire, n'entre 



UN CHAPITRE DE L'HISTOIRE. 113 

pour rien dans le doute que nous émettons ici, car l'évéque 
de Lodève était puissamment riche, et, sans parler de toutes 
les prérogatives avantageuses dont il jouissait, il avait en- 
core dans son diocèse la mouvance de huit cents fiefs. 
[Dictionnaire universel^ g^ogr, et histor. de Th. Corneille; 
Paris, 1708.) 

Nous avons cru fort longtemps, et nous aurions volon- 
tiers gardé cette opinion, à savoir : qu'Arnaud Golomiès 
avait transporté ses presses à Lodève en 1644 et 1645; mais 
une phrase imprimée sur le titre du Thésaurus et qui, aux 
premières lectures, ne nous avait pas frappé, a tout à coup 
dessillé nos yeux. Cette phrase la voici : « .... Typis Colo- 
merii.,., Apud quem prostant exbmplaria ! » Les exem- 
plaires se vendent chez Colomiès ! 

Cette phrase ne se trouve pas, à la vérité, sur le titre du 
Florilegium; mais ce n'est pas là une objection, et si le 
Thésaurus a été réellement imprimé à Toulouse, le Flori- 
legiunij qui le suivit de près, y a été imprimé aussi. 

Nous espérions trouver dans le Privilège du Roy^ placé 
à la fin des liminaires du Thésaurus synonymicus ^ quelques 
indications concernant le lieu d'impression de ce volume, 
mais ce privilège ne renferme, à cet égard, rien de précis ; 
cependant s'il ne confirme pas notre opinion, du moins il 
ne la contredit pas. 

Plantavit de la Pause, selon l'usage établi à cette époque, 
a cédé et transporté à Arnaud Colomiès, dans les termes 
suivants, le privilège qu'il avait obtenu : 

a Nous Jehan évesque de Lodève, en conséquence du 
privilège qu'il a plu à Sa Majesté nous octroyer, avons per- 
mis au sieur Arnaud Colomiès, imprimeur du Roy et de 
l'Université de Tolose, de jouyr seul du bénéfice du susdict 
privilège, suivant les clauses et conditions y contenues, faict 
à Lodève, ce dixiesme juin mil six cents trente neuf. » 

Ce privilège étant daté de 1639 et les deux grands ou- 
vrages de Plantavit de la Pause n'ayant paru qu'en 1644 et 
1645, nous trouverions peut-être dans ce fait un argument 



114 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

en faveur de notre thèse. Gomment admettre, en effet, que 
Colomiès se soit absenté de Toulouse durant six années, 
ou qu'il ait pu diriger à distance et pendant une aussi 
longue période les ouvriers de tout genre, protes, graveurs^ 
metteurs en pages, etc., nécessaires à l'impression de livres 
polyglottes aussi compliqués que ceux dont nous avons 
donné la description? 

Si Ton ne connaissait pas les affinités réciproques qu'ont 
entre elles la bibliographie et la biographie, on serait quel- 
quefois étonné des découvertes dont elles s'enrichissent 
lune l'autre assez conununément. Le dossier des domi- 
nicains, dont nous avons déjà parlé, va nous en offrir une 
nouvelle preuve. 

Ce dossier renferme différentes pièces fort intéressantes 
concernant la famille de Tévêque de Lodève, entre autres 
Tacte de mariage de son frère. 

L^examen attentif de ces pièces établit la filiation sui- 
vante : 

Christophe Plantaçit de la Pause^ marié à Isabeau DaS'^ 
sier. 

De ce mariage : 

Gaspard-David (1) — Samuel — Jeaiiy évêque de Lo- 
dève. 

Samuel^ d'abord avocat, devint conseiller au présidial 
de Béziers. Marié, en 1631, à Jeanne ReilleSj fille d*un 
procureur au présidial de Béziers. 

De ce mariage : 

MariCy 

Samuel avait eu antérieurement, d'une première femme, 
LouiSy novice au couvent des jacobins de Toulouse. 

Cette courte généalogie, fondée sur des actes authen- 
tiques, permettra aux d'Hoziers futurs de corriger les er- 
reurs commises par quelques biographes modernes. 

Que Jean Plantavit ou Plantevit de la Pause descende 

(1 ) Épousa Louise Portoman^ dont il eut im ûls qui porta le nom de 
Fran^oU^ 



UN CHAPITRE DE L'fflSTOIRE. 115 

d'un Decius Strozzi (1) et d'une Porcio Plantaçiti, cela 
n'a pas pour nous une grande importance, et nous ne nous 
inscrirons pas en faux contre cette origine plus ou moins 
illustre, mais nous engagerons les historiens, au nom de la 
vérité, à n'accepter qu'à titre de légende les fables à l'aide 
desquelles on a voulu amoindrir la portée de l'abjuration 
du savant évêque de Lodève (2). 

Nous les engagerons aussi à nous donner le véritable nom 
de sa mère. M. Poitevin Peitavi, dans sa Notice y la nomme 
d'Assac, et un biographe plus aventureux, après l'avoir dé- 
signée comme l'aïeule de l'évéque, ajoute : « qu'elle portait 
le nom, depuis si glorieux, d'Âssas! » Dassier changé en 
d'Assac, holà ! Mais Dassier changé en d'Assas, hélas ! 

Voici, à cet égard, la note que nous avons relevée dans 
la France protestante de MM. Haag frères, art. jdssas ; a A 
quelle branche de la famille d'Assas appartenait le célèbre 
chevalier d'Assas, natif du Vigan, dont la conduite héroïque 
est connue de tout le monde? Nos recherches ne nous ont 
conduit à aucun résultat certain. » 

Nous ne terminerons pas cet article sans faire remarquer 
que M. P. Deschamps a un peu deviné ce qui s'était passé 

(1) Les Strozzi n'abandonnèrent pas tout à fait leur nom, mais ceux 
qui le portèrent le joignirent toujours à celui de Plantavit qu'on ayait 
francisé eu retranchant Vi final et que, quelquefois, on chercha à fran- 
ciser davantage en écrivant Plantevit, 

(2) Voici, à ce sujet, ce que raconte son panégyriste : c Ayant pris le 
grade de docteur en théologie, il fut choisi pour occuper à Béziers la 
place de ministre du Saint- Évangile. 

a U est prétendu qu'étant monté en chaire, son sermon, qu'il a^ait 
composé et étudié avec soin, échappa à sa mémoire (c'était le 8 septem- 
bre 1 604, fête de la Nativité de la Vierge) ; que, réduit à improviser, il 
se livra à l'inspiration du moment, et qu'au lieu des observations criti- 
ques auxquelles on s'attendait, il emprunta, pour célébrer les grandeurs 
de la mère de Dieu, la doctrine et le langage de l'Église romaine. Les 
premiers mouvements de surprise et les murmures qui en furent la suite 
ne le découragèrent point..,. L'indignation de son auditoire l'obligea de 
descendre de chaire, de sortir du temple et de s'enfuir du lieu de sa ré- 
sidence.... Sa famille.... lui refusa un asile.... il fut recherché par tout 
ce qu'il y avait de plus considérable parmi les catholiques.... x> — [Poi- 
tevin Peitavi. Notice sur Jean Plantavit de la Païue. Béziers, 1817^ p. 8.) 



116 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

à Lodève. Voici comment il s'exprime: « .... Jean Planta- 
vit de la Pause mourut en 1651, et très-probablement il 
avait fait venir d'une ville voisine un imprimeur et un 
matériel typographique à son usage, car on ne trouve plus 
trace d'imprimerie à Lodève après sa mort. » 

8 octobre 1875. 



NOTICE 

SUR QUELQUES BIBLIOTHÈQUES DE HOLLANDE. 



Dans le second volume» récemment publié, de son voyage 
en Hollande (1), M. Havard donne sur les bibliothèques pu- 
bliques de quelques petites villes de ce pays, si voisin de 
nous et si peu connu, des détails qui ne peuvent manquer 
d'intéresser nos lecteurs. 

L'une des plus curieuses est celle de l'Athénée de De- 
venter (Gueldre). Elle possède plus de six mille volumes, 
parmi lesquels on remarque un nombre assez considérable 
de véritables raretés : ouvrages orientaux, manuscrits, cent 
trente volumes incunables , contenant ensemble près de 
cinq cents pièces ou ouvrages différents, dont deux curiosi- 
tés de premier ordre, un Donat xylographique, Texeraplaire 
unique d'un Reynardus viilpes (roman du Renard), traduit 
de l'allemand en latin dans la seconde moitié du treizième 
siècle par un nommé Baldwin ou Baudouin. 

Le Donat de Deventer a eu les honneurs d'une reproduc- 
tion fac-similaire. Dans ses Monuments typographiques^ 
M. Holtrop l'a comparé à un autre exemplaire conservé à 
la bibliothèque royale de la Haye. Celui de Deventer est, 
dit-on, le plus complet qui existe. Quant au Rej'nardus^ ce 
serait une œuvre longtemps ignorée de l'imprimerie d'U- 

(1) La Hollande pittoresque.... 2 vol. in- 12, Gg. 187^-76, Paris, 
Pion. 



NOTICES SUR QUELQUES BIBLIOTHÈQUES. 117 

trecht. C'est du moins ce qu'affirme un savant bibliophile, 
M. Campbell, qui a publié en 1859 une réimpression de ce 
livre curieux (1). 

Le conservateur dé cette bibliothèque, M. van Eyck, porte 
dignement un nom qui oblige. Il est auteur d'une savante 
dissertation sur les origines de Timprimerie à Deventer, 
écrite en hollandais pour la commodité des amateurs. Le 
premier imprimeur de cette viUe aurait été un nommé 
Rykert ou Richard PafiTroed, qui vint s y établir vers 1470. 

Zutphen, autre petite ville de la même province, à la- 
quelle les habitations entaillées dans ses vieux remparts 
donnent un aspect singulièrement pittoresque, possède des 
archives municipales intéressantes. On y trouve de nom- 
breux autographes de personnages illustres, notamment de 
Charles-Quint, d'Egmont, du prince d'Orange, de Margue- 
rite de Parme.... Parmi les plus curieux, on remarque: 
1 ° une lettre de Charles de Gueldre, accordant à un brave 
miUtaire, pour prix de ses services, une place de bourreau; 
2° la « lettre de pardon • octroyée généreusement par Phi- 
lippe II à sa bonne ville de Zutphen, qui venait d'être ef- 
froyablement saccagée par le duc d'Albi (1685). Cette lettre, 
qui aurait bien dû arriver un peu plus tôt, a conservé son 
grand sceau de cire noire, d'un aspect sinistre. Tout, même 
la clémence, était lugubre chez Philippe. Il faut citer en- 
core une réponse de Louvois, en date du 10 août 1672, en 
réponse à une supplique du magistrat de Zutphen, deman- 
dant l'exemption de la contribution de guerre de dix mille 
écus, à laquelle la ville avait été taxée pour le rachat de ses 
cloches, après sa prise d'assaut par les troupes françaises, 
le 26 juin précédent. La réponse de Louvois est plus cour- 
toise et plus bénigne qu'on ne supposerait, d'après la répu- 
tation du personnage. Il annonce aux gens de Zutphen que 
S. M., à laquelle il a rendu compte, a bien voulu modérer 

(1) Beynardus vuipes, poema an te annum 1280 à quodem Baldwino e 
linguâ teutonicd translatum recudi curavit M. F. Â. G. Campbell (à la Haye, 
chez Martinus Nijhof, 1859). 



118 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

la somme à moitié; « mais qu'il faut, après cela, ({u'ils sor- 
tent promptement de cette affaire. » 

A l'église Sainte-Walburge de Zutphen, bel édifice go* 
thique, on conserve^ malheureusement assez mal, une ca- 
riosité peut-être unique dans son genre. C'est une biblio- 
thèque, non point comme celles de nos jours, avec de 
vulgaires rayons, des armoires et des tables, mais dans Tétat 
où les bibliothèques publiques étaient il y a trois siècles. 
Elle est reléguée dans une salle basse, étroite, mal éclairée, 
dont la voûte est soutenue par quatre vieux piliers ornés de 
chapiteaux curieux et de bas-reliefs d'animaux. Perpendi- 
culairement à la muraille, s'allongent vingt doubles pu- 
pitres, chargés d'énormes volumes in-folio^ tous retenus 
par des chaînes. Il n'y a guère plus de trois cents volumes 
et pas très- variés, comme le faisait déjà remarquer Blaeu, il 
y a plus de deux siècles, dans son Theatrum. Mais ces trois 
cents volumes constituent un trésor véritable. Plus de la 
moitié sont ou des manuscrits curieux, ou de précieux incu- 
nables, provenant des officines primitives de Venise et de 
Cologne ; œuvres de Baptiste de Lortis, d'Andreus Thore- 
sanus, de Johannes Alemannus et de vingt autres, entre 
lesquels brille le nom d'un des membres de Timmortellc 
triade des inventeurs de l'imprimerie, Petrus Schœffer, dont 
la fameuse bible de 1469 figure dans cette bibliothèque ar- 
chaïque. Parmi les ouvrages relativement plus récents, il 
s'en trouve encore de bien précieux : par exemple, Y Homère 
de Jean Froben, la Logique d'Aristote d'Henri Estienne, et 
le Prodigiorum ac ostentorum chronicas^ avec ses illustra- 
tions étranges, qui semble tout dépaysé dans ce milieu édi- 
fiant. 

Malheureusement, toutes les richesses enfouies dans cette 
crypte sont remises à la garde d'un sacristain qui ne semble 
guère se douter de l'importance de sa mission. L'air pé- 
nètre rarement dans ce réduit; l'humidité y accomplit son 
œuvre sans obstacle. Les volumes pourrissent insensible- 
ment, feuilletés de loin en loin par quelques indifférents, 



NOTICES SUR QUELQUES BIBLIOTHÈQUES. 119 

parfois même hélas! lacérés ou souillés par des mains sa- 
crilèges. M. Havard tenta vainement de faire comprendre 
au sacristain-bibliothécaire l'importance de sa mission. Il 
est vrai que le moment était mal choisi : le brave homme 
avait dans ce moment-là son déjeuner sur Je feu, et, sui- 
vant l'expression de Térence, animas erat in patinis. 

Toutes ces richesses typographiques courent donc un 
danger que l'avertissement de M. Havard conjurera peut- 
être, car son ouvrage a fait sensation dans le pays qu'il dé- 
crit, et Ton s'occupe en ce moment de le traduire en hol- 
landais. U aura rendu un véritable service aux habitants de 
cette partie reculée des Pays-Bas en signalant à l'attention 
du gouvernement néerlandais bien des objets intéressants, 
monuments, objets d'art, archives, bibliothèques, oubliés 
et menacés de destruction. 

Baron E. 



FINDICIjE BIBLIOGRAPHICM. 



La vie de Jacques Pierlot, prêtre et marguillier de la pa- 
roisse de Vervier, ville de la principauté de Liège ; avec 
tous lés détails de son crime, de sa dégradation et de son 
supplice. Nouvelle édition augmentée de la confession 
trouvée dans la poche de ce scélérat, et ornée de son 
portrait, dessiné d'après nature par J. Beirens, peintre 
à Vervier, ornée de cinq figures, avec cette épigraphe : 
tt Rien ne peut corriger le naturel pervers. » A Vervier^ 
et se trouife à Bruxelles^ chez B. le Francq^ imprimeur- 
libraire^ rue de la Magdelaine. 1786. Açec permission. 
Pet. in-8« (38 pp.). 

Jacques Pierlot était né à Vervier, le 20 juin 1750. Son père, 
garçon meunier, originaire du Luxembourg, et sa mère de Stavelot, 



120 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

étaient des honnêtes gens qui moururent à temps pour ne pas 
voir la fin tragique de leur indigne descendant; mais ils y eussent 
été, au besoin, préparés par son enfance fâcheuse où se trahis- 
saient déjà les plus mauvais penchants. Joignez-y une hypocrisie 
naissante constatée par son biographe anonyme. « Il avait, dit-il, 
un regard dtune volubilité étonnante ^ quoiqu'il affectât de baisser 
les yeux et de ne regarder fixement personne. » 

Quand il eut été fait d* Église^ grâce aux soins pris pour son 
instruction par quelques bonnes âmes, Jacques Pierlot ouvrit une 
école à Vervier. Les compositions qu'il donnait à ses élèves révé- 
laient déjà l'objet constant de ses préoccupations, T amour de Tor 
et le vœu fait de s'en procurer per fas et nef as. Un thème dicté 
par lui à cette époque, retrouvé et mis en lumière lorsqu'il fut 
devenu tristement célèbre, dévoile cette direction malsaine de 
son esprit : « Mon père et moi, y est-il dit, qui menons une vie 
pauvre et misérable, commençons à nous ennuyer de notre sort et 
à le détester.... Il est terrible de voir que dans une ville daûs 
laquelle est un grand nombre de riches, dont les coffres sont 
remplis, nous ne pouvons trouver de soulagement à nos maux, « etc. 
Cette profession d'instituteur et « quelque dextérité dont il était 
doué pour les ouvrages d'horlogerie » firent admettre Pierlot dans 
de bonnes maisons de la ville, « dont on aurait cru que sa mau- 
vaise mine et sa morgue pédantesque devaient l'exclure. » Il 
eut plus de peine à obtenir définitivement la prêtrise, et un peu 
plus tard, les fonctions de marguillier. De ce côté, ses mauvais 
instincts avaient été, dans une certaine mesure, pénétrés. Clair- 
voyance ou pressentiment, ses supérieurs ecclésiastiques ne l'en- 
visageaient pas sans une crainte vague, et de même « bien des 
dames ne pouvaient supporter sa figure et le regarder sans ef- 
froi ; il y en a qui retournaient frappées de terreur en sortant de 
l'avoir vu à l'église, j» Cette répulsion n'avait du reste rien que 
de naturel, à en juger par le portrait qui nous est tracé de Pier- 
lot. Constamment agité de pensées noires, on ne l'aurait vu, dit 
son biographe, rire qu'une seule fois: « ce fut après qu'il eut de- 
mandé à un chirurgien si l'on tuerait bien un homme avec l'en- 
clume qui lui servait à travailler l'horlogerie, et sur la réponse 
qu^on tuerait même un bœuf, » L'(m verra plus loin l'usage ter- 
rible qu'il devait faire de cet instrument. 

Nous voici arrivé au moment où Pierlot, de plus en plus pos- 



VINDICr^ BIBCIOGRAPHLC-E. 121 

sedé de la soif de l'or, songcu ù demuuder la réalisation de son 
rèvc auï loteries qui Horissaient alors dans le pays de Liège. Il 
y eut bientôt épuisé ses faibles ressourses, ainsi qu'une somme 
d'argent dont on l'avait fait dépositaire et qu'il prétendit lui 
avoir été volée dans un incendie qui consuma un beau jour une 
|Kii'tie de son logis, incendie que l'on tint depuis pour certain avoir 
été allumé de ses propres mains. 

Le j>remier pas était fait. Pierlot continua de jouer avec l'ar- 
gent qu'il empruntait à droite et à gauche. Un jour vint où il se 
trouva débiteur de siï mille florins et oii, mis en demeure d'en 
pajer au moins une partie, il entra résolument dans la voie du 
crime. 

Il avait conçu la pensée de pratiquer un emprunt forcé dans la 
caisse d'un vieillard <ie set aniis nommé Delmotte, homme de 
fortune et ancien conseiller du prince-abbé de Stavelot. A cet ef- 
fet, il avait fait fabriquer tme fausse clef de sa maison au moyen 
d'une empreinte levée à la cire, et fait faire par des religieuses six 
gaufres dans lesquelles devait entrer une substance mystérieuse 
qu'il avait mise entre leurs mains et qui n'était autre chose que de 
l'opium. Son dessein était d'endormir, à l'aide de ces gaufres, 
les deux soeurs qui étaient les servantes de Delmotte, afin de 
jiouvoir puiser plus librement dans sa cuisse; mais les bonnes re- 
ligieuses ayant refusé de se prêter à ce qu'elles considéraient 
simplement comme devant servir à un badinage, Pierlot, pressé 
])ar ses créanciers, sortit de toute mesure. Iniroivît in eum Sata- 
nas. Le seizième jour de décembre 1785, à quatre heures du ma- 
tin, il s'en va frapper à la porte de Delmotte : il éveille les ser- 
vantes, leur annonce que leur mèi'e est à toute extrémité et qu'eUe 
demande à les voir. Il part avec l'une d'elles, laissant l'autre à 
la garde du logis et quitte, lui dit-il, à revenir lu chercher bien- 
tôt si leur mère va plus mal. Il portait caché sous ses vêtements 
■ion enclume d'horloger, et en chemin il en assène sur la tête de 
!.i fille, qu'il conduisait plusieurs coups facilement mortels; puis il 
letournc chercher l'autre servante, lui fait prendre un chemin 
différent et s'en défait de la même manière. Ce double meurtre 
accom))li, il retourne une troisième fois au logis de Delmotte. Sa 
première pensée avait été d'épargner ce vieillard que ses infir- 
mités tenaient à peu |)rès cloué dans une chambre éloignée de 
son trésor ; mais ayant su de la seconde de ses victimes que leur 



122 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

maître avait été mis au courant de leur sortie matinale, Pierlot 
prend le parti de supprimer ce témoin compromettant. Il en vient 
facilement à bout et touche à son détestable but, lorsqu'un léger 
bruit entendu dans la maison lui rappelle que, depuis long* 
temps, Ton y tient hébergé un prêtre ami de sa victime, fl monté 
à la chambre que ce prêtre occupe à l'étage supérieur et tente de 
lui faire partager le sort des autres habitants de la maison; mais 
la Providence ne permet pas l'accomplissement de ce dernier for- 
fait. Les coups de l'enclume sont amortis par les rideaux du lit 
sous lesquels se concentre la lutte : finalement, Pierlot est ter- 
rassé par ce prêtre, qui, bien que grièvement sinon mortellement 
blessé, le jette hors de sa chambre où il se barricade, croyant la 
maison remplie de brigands. 

Pierlot n'attendit pas qu'il se décidât à en sortir pour ameuter 
le voisinage. Après l'échec de son infernale combinaison, il ne lui 
restait d'autre parti que la fuite. Pendant plusieurs jours, il erra 
autour de Vervier, recevant l'hospitalité dans quelques censés 
isolées, et finit par trouver un refuge momentané dans un cou- 
vent de récollets, situé dans le Luxembourg, au lieu dit les Trois- 
Vierges ; mais malgré l'insuffisance des moyens de publicité de ce 
temps-là, le bruit de son quadruple assassinat s'était répandu. Sa 
tête avait été mise à prix. L'appât de vingt louis offerts par le 
mayeur de Vervier et d'une somme double promise par les héri- 
tiers de M. Delmotte, détermina un garçon de ferme, qui avait 
conduit Pierlot aux Trois- Vierges, à le livrer à la justice. Cet 
homme, nommé Valentin, se rendit à Vervier pour faire part au 
mayeur de son dessein et lui demander des moyens d'exécution. 
Trois hommes lui furent adjoints avec lesquels il repartit pour se 
rendre au couvent où était caché Pierlot. Ils y arrivèrent le 8 jan- 
vier 4786 après avoir franchi les passages marécageux des Ar- 
dennes appelés les fanges , et présentèrent leur commission au 
mayeur du lieu, qui prit le commandement de l'expédition. 

Valentin, tout en s' engageant à livrer le criminel, avait stipulé 
qu'il ne mettrait pas la main sur lui, par respect sans doute pour 
son caractère sacerdotal. Il se chargea de l'attirer hors du cou- 
vent et de le faire tomber entre les mains de ses acolytes. Il réus- 
sit en effet à pénétrer dans la cellule de Pierlot et à l'en faire 
sortir en lui promettant de le conduire dans une retraite encore 
plus sûre. Il l'amena ainsi jusque dans une embuscade où, malgré 



VINDICLE BIBLIOGRAPHICiï:. 123 

sa résistance, on put se rendre maître de lui. De là, Pierlot fut 
mené dans un château des environs où il tint prison jusqu'au 26 
janvier qu'un piquet de soldats du prince-évêque de Liège vint 
le prendre pour le conduire dans cette ville. Il y fit son entrée le 
29, a au milieu d'un peuple hnmense », et fut écroué dans les 
prisons de Toûîcialité. 

L'instruction du procès ne fut pas longue. Le tribunal ecclé- 
siastique, qui avait reçu l'accusé des mains de « messieurs les 
échevins », rendit une sentence de dégradation, « ensuite de la- 
quelle le dégradé devait être livré au bras séculier ». La céré- 
monie de cette dégradation eut lieu le 20 février, sur la grande 
place de Liège, au bas des escaliers de la cathédrale. C'est la 
partie importante et curieuse du livret que nous analysons. Nous 
nous y arrêterons donc quelques instants, tout en exprimant le 
regret que l'anonyme qui nous a consei'vé ces précieux détails 
ait cru devoir omettre, à l'exception de la sentence elle-même, le 
texte latin des formules employées dans cette circonstance. 

Avant d'entamer le récit de cette scène, donnons^ d'après notre 
auteur, un crayon du lieu où elle va se passer. Sauf le côté oc- 
cupé par la cathédrale, la place est entourée d'un cordon de soldats 
qui contient la foule que n'ont pu arrêter les chaînes tendues 
dans les rues avoisinantes. Aux fenêtres et jusque sur les toits de 
l'hôtel de ville et des autres maisons des milliers de curieux. De- 
vant les degrés de la cathédrale, l'on a disposé une table d'autel 
couverte d'une nappe, sur laquelle on a placé (l'on verra pour 
quel usage] des burettes, un calice avec la patène et l'hostie, deux 
vases, l'un de vin, l'autre d'eau, le livre des Evangiles, celui des 
Epîtres, le bassin, le purificatoire et Tessuie-main, un chandelier 
avec un cierge éteint, le livre des exorcismes et celui des Leçons, 
l'antiphonaire, des clefs, des ciseaux, un couteau et enfin les ha- 
bits sacerdotaux, l'amict, l'aube et la ceinture, le manipule et le 
surpUs, l'étole, la dalmatique et la chasuble. 

Pierlot, en habit noir avec rabat, est amené sous escorte par 
« l'archifisc de la coui* épiscopale ». Les officiants n'ont pas en- 
core paru. En les attendant, on fait revêtir au condanmé les ha- 
bits sacerdotaux qui ont été placés sur l'autel, jusques et y com- 
pris la chasuble. Puis, il s'assied sur un banc, « dans une attitude 
assez décente ». Il convient du reste de noter que devant le tri- 
bunal ecclésiastique, Pierlot avait fait des aveux complets et détesté 



124 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

hautement ses crimes. De ce moment jusqu'au dernier il donna les 
marques du plus vif repentir ainsi que d'une grande fermeté 
d'âme, celle d'un homme qui accepte un supplice qu'il re- 
connaît avoir mérité. A un seul moment il se départit de cette 
attitude de détachement : ce fut lorsqu*en se rendant au lieu de 
sa dégradation, il demanda.... quoi?... une prise de tabac; « mais 
le goût pour cette poudre, dit son biographe, dégénérant en pas- 
sion chez ceux qui l'adoptent, on peut croire que ce fut dans 
Pierlot l'effet d'un désir irrésistible. » 

Revenons à la grande place. Les officiants paraissent enfin. Ce 
sont <c Mgr le comte de Méan, évêque d'Hippone et suffragant de 
Liège, accompagné des seigneurs-abbés de Saint-Gilles et de 
Saint-Jacques, tous trois en habits pontificaux de couleur rouge, 
mitre en tête et crosse à la main; les doyens de Saint-Pierre et 
de Saint-Paul, Mgr l'official et ses fiscaux ». Ils se rangent d'un 
côté de l'autel, et de l'autre sont les huit échevins de la cour 
souveraine et « le mayeur en féauté ». 

Pierlot, toujours couvert des ornements sacerdotaux et le 
calice à la main, s'agenouille devant l'évêque, tandis que l'offi- 
cial donne lecture de la sentence de dégradation. 

« Vu, y est-il dit, les actes de Tarchifisc N. ... contre Jacques 
Pierlot, vu qu'il est prouvé non-seulement par plusieurs indices, 
dépositions de témoins, confrontations, bruit public, mais encore 
par ses aveux {sed etiam propria confessione sxpius reiterata) que 
ledit Pierlot a, le 16 décembre 1785, avant l'aube [in tenebris et 
ante diluculum)^ perpétré trois meurtres notoires et des^ plus 
atroces [tria notoria atque atrocissima homicidia)^ traîtreusement 
et par ruse [proditorie et per insidias), l'un dans la personne 
d'Ëlizabeth Santé, servante de Philippe Delmotte, bourgeois de 
Vcrvier, en son vivant conseiller du prince de Stavelot {unum 
nempe in personam Elizabethx Santé penès Philippum Delmotte^ 
civem yerviensem, dum viveret principis Stabulensis consiliarium 
famulantis)^ l'autre dans la personne de Barbe Santé, sœur de la- 
dite Elizabeth, le troisième dans la personne même dudit conseiller 
Delmotte; attendu qu'il est également prouvé qu'il a tenté d'ac- 
complir un quatrième homicide dans la personne du prêtre Ma- 
thieu-François Sougnez, par plusieurs coups portés à la tête au 
moyen d'un instrument de fer propre à donner la mort et qui 
avait servi aux autres meurtres {per varias plagasy eodem^ quo 



VINDICLE BIBLIOGRAPHICC. 125 

personas mox nominatas erudeliter mactavit, instrumento ferreo 
suapte natura ad occidendam apto in caput ejus illatas) ; attendu 
que par ces crimes le sieur Picrlot a mérité, selon les dispositions 
lies saints canons et des constitutions papales, d'Être priv<^ de tout 
office et (le tout giade, nous prononçons sa dégradation actuelle 
{anualrler degradandam dicimas), et le livrons au bras séculier 
{el bracchio sxculari tradimus puniendum) , tout en requérant 
néanmoins les juges et ministres de la justice séculière de vouloir 
bien, autant que le droit le permet, s'abstenir de l' effusion du 
sang [rogantes nikilominas justitix Sttcularis judices et ministros, 
ut i/uaatum jus permittit a sanguinis effusione tibstincre velini), « 

Après cette lecture et Pierlot étant toujours à genouï, l'on pro- 
cède aux cérémonies de la dégradation en passant par tous les 
degréî des ordres majeurs et mineurs. 

D'abord, la prêtrise. L'cvèque retire des mains du condamné 
le calicB avec le vin et l'eau, la patène et l'hostie ; « Nous t'ôtons, 
ou, pour mieux dire, nous montrons qu'il t'est déjà flté le [Wuvoir 
d'olfrir à Dieu le sacrifice.,.. » Puis l'évèque radf avec le coutean 
les pouces et les index de Pierlot, mais sans aller jusqu'au sang: 
H C'est ainsi que nous te retirons le pouvoir de sacrifier, de con- 
sacrer et de bénir que Eu ;ivais reçu par l'onction de tes mains, a 
Il lui enlève la chasuble « signe de la chanté » et l'élole o qui li- 
gure le signe du Seigneur > et lui interdit toutes fonctions sacer^ 
dotales. 

Le diaconat. L'on ôte ati condamné, avec des formules ana- 
logucs, le livre des Evangiles, la dalmatique, l'étole transversale 
que l'on fait passer par-dessus sa tête, en la rejetant derrière 
lui. 

Le sous-diaconat. L'on ôte de ses mains le livre des Épttres; 
on lui retire le manipule et l'amict ; puis, après lui avoir fait tenir 
les burettes avec du vin et de l'eau, le bassin avec l' essuie-main, 
le calice vide et la |>atcnc, on lui enlève ces objets en lui inter- 
disant toutes fonctions du sous-diaconat. 

Toujours descendant d'un degré, l'on est arrivé à l'acoljtat. 
Pour en dégrader le condamné, on luf «tire la ceinture et l'aube, 
et l'on met entre ses mains, pour W .'ipter, une burette vide et 
un cierge éteint. ' , -^ 

Les pouvoirs d'exorciste lui so/ .J'*? par l'enlèvement de 
ses mains du livre de cet ordre. ,' ; ■, \ 



\ 



126 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

Le retranchement du condamné du nombre des lecteurs a lieu 
également par le retrait d'entre ses mains du livre des Leçons. 

L'ostiariat (office de portier) lui est retire de la même manière. 
Les clefs de l'église mises entre ses mains lui sont enlevées. 

Il ne reste plus que la tonsure. On retire la dernière pièce du 
vêtement sacerdotal, le surplis, et Ton met le condamné entre les 
mains d'un barbier chargé de lui raser complètement la tête : 
ce Nous te privons de l'habit clérical et nous t'ôtons l'accoutre- 
ment de la religion ; nous te déposons, dégradons et dépouillons 
de tout ordre, de tout bénéfice et de tout privilège clérical, et, 
pour t'êlre rendu indigne de l'état de clerc, nous te livrons à la 
servitude et à l'ignominie de l'habit et de l'état séculier ». Puis, 
lorsque le barbier a accompli son office : « Nous te prononçons 
déchu comme un fils ingrat de la part du Seigneur, à laquelle 
tu avais été appelé, et, pour le dérèglement de ta conduite, nous 
enlevons de ta tête la couronne, signe vraiment royal du sacer- 
doce. » 

Enfin, le condamné, dépouillé de son habit et de son rabat, est 
fait endosser un sarrau de paysan, et, dit l'évoque ofQciant : 
« Nous prononçons et livrons à la justice sécuhère Jacques Pier- 
lot comme étant déchu et dégradé de tout ordre et privilège clé- 
rical. » 

Après quoi, le dégradé est conduit dans la prison du « sou- 
verain officier », et le tribunal des « seigneurs échevins » porte 
la sentence qui suit : 

« Le vingt-un février 1786, vus les actes" par nous les échevins 
de la justice souveraine de la cité et pays de Liège, condamnons 
Jacques Pierlot, prisonnier, à être traîné sur une claie, au lieu 
(lu supplice, à Saint-Gilles, et être tenaillé avec des pincettes ar- 
dentes, pendant le chemin, huit fois différentes, savoir : en sortant 
de prison, deux fois aux seins droit et gauche ; la deuxième fois, 
sur le marché, aux épaules droite et gauche; la troisième fois, à 
la porte du pont d'Avroy, au bras droit deux fois; et la qua- 
trième fois, au lieu du supplice, deux fois au bras gauche; et en- 
suite, avoir les bras, jambes et cuisses rompus et brisés avec 
une barre de fer ; puis son corps être exposé sur une roue i>en- 
dant quatre heures, et si alors il est encore en vie, il sera étran- 
glé tant que la mort s'ensuive, pour V exemple des autres, » 

La fermeté dont Pierlot avait fait [)rcuve depuis son arrestation 



VINDICLE BIBLIOGRAPHICiE. 127 

ne l'abandonna pas dans les tourments. Son repentir éclata en de 
tels accents de religieuse émotion que Ton put voir se renouve- 
ler ce qui s'était passé lors du supplice de la marquise de Brin- 
villiers, quand le peuple, enivré par l'éloquence de ses remords, 
se baissait pour recueillir les cendres de cette sainte. Le biographe 
anonyme de Pierlot paraît ne pas avoir échappé à cette sympa- 
thie in extremis. Comparant son héros à celui qui entra le pbemiea, 
à la suite du Sauveur, dans l'étemelle gloire [Hodie mecum eris 
in Paradiso), il ne met pas en doute que la roue n'ait été pour 
Pierlot, comme la croix pour le bon larron, le marchepied de la 
bienheureuse éternité. Il a peut-être raison. Les législations du 
temps passé, en ne marchandant pas le châtiment, prenaient à 
leur compte une grande partie (sinon tout) de Texpiation qui 
est la souveraine loi de l'existence d'outre- tombe. Donc, loin de 
nous la pensée de contredire à ses conclusions, et paix à Jacques 
Pierlot, à ses victimes et à ses juges! 

Un dernier mot, et celui-là de bibliographie. Gomme tous ceux 
destinés à une classe populaire de lecteurs, le livret que nous ve- 
nons d'analyser est devenu assez rare, malgré sa date relativement 
récente. Le catalogue Leber est le seul qui en ait fait, à notre 
connaissance, mention [Supplém. n° 59) en l'accompagnant de 
cette note : 

«c Livret curieux, en ce qui touche le récit authentique de la 
dégradation d'un prêtre meurtrier (ce qui ne prouve rien contre 
le sacerdoce), les formes qu'on y observa et les figures qui en 
représentent les principales circonstances. Les planches appar- 
tiennent à la deuxième édition qui est celle-ci et dont les exem- 
plaires passent rarement dans les ventes. » 

. L'existence d'une première édition nous étant déjà signalée par 
le titre de celle que nous avons eue sous les yeux, cette note ap- 
prend donc peu de chose. Quant à la parenthèse ouverte par 
Leber en faveur du sacerdoce, elle témoigne d'une impartialité 
de bon goût chez un bibliographe de l'école voltairienne et ne se- 
rait pas déplacée dans le catalogue de M. Joseph Prudhomme 
« avec notes du collecteur ». W. O. 



BIBLIOGRAPHIE RÉTROSPECTIVE. 



Alix Mânes de Louis XV, et des grands hommes qui ont 
vécu sous son règne, ou essai sur le progrès des arts et 
de Fesprit humain sous le règne de Louis XV. Aujc 
Deux-Ponts^ à r Imprimerie ducale^ 1776; 2 voL in-8®. 

Ce livre mériterait mieux qu'une notice de catalogue, car il re- 
flète assez fidèlement la physionomie de son temps. Nous n'osons 
affirmer qu'il contienne beaucoup de choses nouvelles, mais il se 
fait Ure, vaille que vaille, et il n est pas trop indigne de figurer 
à côté du Précis du siècle de Louis XV de Voltaire, ouvrage 
d'ailleurs de beaucoup inférieur à son aîné, le Siècle de Louis XIV , 

Un mot sur l'auteur, Gudin de la Brenellerie, plus connu par 
des poésies erotiques et une édition de Beaumarchais (1809). 
Gudin a commis aussi quelques tentatives de littérature politique, 
qui nous font nous demander si en publiant ses poésies sous le pseu- 
donyme de a Frère-Paul » il n'a pas eu l'intention de s'approprier, en 
le francisant, le prénom d'un écrivain politique célèbre, du moine 
Fra-Paolo Sarpi. Cela serait bien possible. Aux approches de la 
Révolution, tout le monde avait en poche un système de Contrat 
social. Cela s'appelait avoir des vues. Ajoutez -y un peu de cha* 
leur et de libéralisme à la Turgot, et l'on se trouvait tout porté 
pour être enregistré dans « cette charretée de charlatans célèbres 
qui ont fait tant de bruit sur le pavé du dix-huitième siècle (1) ». 

Le livre Aux Mânes ^ etc. se tient à égale distance des hautes 
aspirations politiques et des considérations purement littéraires. 
L'auteur a voulu seulement présenter, comme l'indique le titre, 
un tableau du règne de Louis XV, au point de vue des lettres, 
des arts et même des sciences. Y a-t-il réussi? En partie, oui. 
Rien de bien neuf, certes, ni de bien approfondi dans ce vaste 
panorama qui comprend tout, depuis l'astronomie jusqu'à la danse 
noble, depuis Herschell jusqu'à Vestris, mais quelques documents 
qui ne sont pas à dédaigner pour ceux qui écriront l'histoire de 

(1) V. Hugo, lÀttcrature et PhUoso/:hle mêlées. 



BIBLIOGRAPHIE RÉTROSPECTIVE. 129 

cette époque, entre autres la partie consacrée aux explorations 
scientifiques qui ont été entreprises sous ce règne. L'expédition de 
la Condamine à Quito, le voyage ,de Tabbé Chappe en Sibérie, 
celui d'Anquetil-Duperron dans Tlnde h la recherche des livres 
de Zoroastre (est-ce assez une idée du dix-huitième siècle?), ont 
trouvé dans Gudin un annaliste consciencieux et quelquefois at- 
tachant. Son livre est à conserver à cause de cela. Il a, enfin, un 
dernier intérêt, c'est qu'il donne bien (trop bien!) la note de l'é- 
poque au point de vue moral. Gudin, conteur erotique avant toutes 
choses et non pas conteur inconscient, comme les maîtres du 
genre, s'épanche, à propos des mœurs de son temps comparées 
à celles des siècles précédents, en des théories dont il convient 
de lui laisser la responsabilité. Il est curieux à entendre avec son 
style dégagé. « Je sais, dit-il, que l'adultère, tant proscrit par les 
lois et par la religion, n'est pas plus un crime dans nos mœurs 
qu'il ne Tétait à Sparte, qu'il ne l'était à Rome, sous l'empire de 
César, qu'il ne l'est aujourd'hui dans plus d'une grande ville de 
l'Europe; car les lois, la religion et les mœurs sont presque tou- 
jours en contradiction.... 

« Dans l'impossibilité de rendre chastes les hommes aussi bien 
que les femmes, il a fallu étouffer la jalousie et lui arracher le 
poignard de la main, en rendant ridicule tout mari et tout amant 
trompé qui s'emporte.... » etc. Et plus loin : « La jalousie est 
l'ouvrage de Tamour-propre et non celui de la nature.... » Voilà 
où l'on était, moralement (ou immoralement parlant), au début 
du dernier quart du dix-huitième siècle. Qu'il y ait eu amélio- 
ration dans les mœurs, nous n'en voudrions pas jurer, mais au 
moins de semblables théories hésiteraient maintenant à se produire 
aussi crûment, et c'est un progrès. 

W. O. 




REVUE CRITIQUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES. 



Le Registre de Là Grange [Archwes de la Comédie^ 
Française^ 1658-1685), précédé d'une notice biogra- 
phique, par Edouard Thierry. Paris^ un m-4®, 1876. — 
Dossier de La Grange, par Edouard Thierry. Paris^ 
un in-4^, 1876. — Bibliographie Cornélienne, par Emile 
Picot. PariSy Fontaine^ 1876. Un in-8**. — Iconogra- 
phie MoLi£R£SQUE,«par Paul Lacroix (2® édition). Paris ^ 
Fontaine^ 1876. Un in-8®. — Contemporains de Mo- 
lière (tome III), par Victor Fournel. Paris ^ Didoty 
1876. Un in-8®. — Molière (Collection des Grands écri^ 
i^ains)^ tome III, par Eugène Despois. Paris ^ Hachette, 
1876. Un in.8^ 

Nous sommes bien en retard avec les lecteurs du Bulletin du 
Bibliophile. Ceux d'entre eux qui parcourent le Journal ile la 
Librairie nous pardonneront d'avoir passe quelques semaines 
sans leur annoncer, comme nous en avons l'habitude, les publica- 
tions théâtrales qui peuvent les intéresser, et nous excuseront de 
leur en parler brièvement aujourd'hui. 

La première à signaler, du moins pour Timportance, est sans 
contredit ce Registre de la Grange^ tenu si minutieusement et 
pendant tant d'années pai* le camarade chéri de Molière. Inutile 
d'expliquer à nos lecteurs ce qu'est ce précieux document, dont 
ils connaissent tous la valeur, et qu'ils ont vu citer presque à 
chaque page dans les livres écrits sur Molière et sur le théâtre du 
XVII* siècle. L'original est aujourd'hui dans leurs mains, au moyen 
de cette publication faite page pour page, ligne pour ligne. On 
en a tiré bien des choses, on en tii'era beaucoup encore. MM. Mo- 
land, ïaschereau, Fournel, Fournier, Despois, etc. (j'en passe et 
des meilleurs), n'ont guère pu le consulter qu'au pied levé : main- 
tenant, eux et d'autres, surtout les patients, auront tout loisir de 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 131 

s'escrimer sur cet inappréciable compendium des faits et gestes 
de notre illustre comique et de ses collègues. La remarque du 
plus petit détail pouvant conduire à d'importantes découvertes, 
et la plus petite découverte devenant de la dernière importance à 
propos de personnages tels que Molière, on conçoit l'intérêt 
qu'ont tous les dévots du grand homme à fouiller le Registre de 
la Grange. Une voie dans laquelle nous conseillons fort ceux-ci 
de s'engager, c'est la statistique. Avec les éléments sûrs qui 
abondent dans ce livre, il y a là un travail curieux et intéressant 
à entreprendre. 

Cest même le seul qui reste à faire ou, du moins, qui restera 
lorsque aura paru la vaste histoire de Molière que M. Edouard 
Thierry écrivait en guise de préface au Registre^ et dont l'impa- 
tience, d'ailleurs légitime, de la Comédie a fait ajourner la publi- 
cation. Cette œuvre, dont notre ami M. Thierry a bien voulu 
nous communiquer quelques parties, et dont nous connaissons 
l'esprit, sera certainement l'œuvre de critique la plus remar- 
quable qui aura paru depuis un quart de siècle. Pour avoir pu 
l'écrire, il aura même fallu se trouver dans les conditions spé- 
ciales où M. Thierry est le seul qui se soit trouvé à notre époque ; 
il aura fallu tout à la fois être im homme d'un goût exquis, un 
esprit impartial, un véritable croyant littéraire, un chercheur 
capable de passer huit jours à établir un fait et, en même temps, 
avoir été directeur de la Comédie-Française, et l'avoir été pen- 
dant de longues années. C'est le concours de toutes ces qualités, 
la réunion de ces circonstances qui feront, la question de talent 
mise à part, la grande originalité de Tœuvre de M. Thierry. Ses 
prédécesseurs n'ont été que des hommes de talent : lui est un 
homme de talent et l'homme de la Comédie-Française. Or, comme 
dans ce milieu rien n'a changé depuis deux siècles, des milliers 
de faits concernant Molière et sa troupe, qui ont passé inaperçus 
aux yeux des écrivains, recevront de l'expérience de l'ancien 
administrateur de la Comédie-Française une lumière inattendue. 
Que M. Thierry soit de beaucoup le premier critique théâtral de 
répoque, cela ne gâtera rien à l'affaire. 

Cest de ce grand travail qu'il a tiré les cent pages qui forment 
la préface du Registre, Ces pages sont ime biographie, la plus 
complète qui se puisse tracer, du second père de la Comédie- 
Française. Ceux qui savent ce qu'a été l'administration de 



V 



132 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

M. Thierry devinent combien elles doivent être réussies : 
M. Thierry n'a-t-il pas été le second la Grange de la Comédie? 

Nous parlions tout à l'heure de situations particulières aux- 
quelles on doit certains écrits qui, sans elles, seraient incom» 
plets. Voici encore trois exemples de ce cas : c'est d'abord cette 
Bibliographie Cornélienne qui, pour n'être signée que d'un nom, 
n'en est pas moins attribuable à une autre personnalité si puis- 
sante en d'autres sphères, et dont la science accepte avec joie le 
coup d'épaule. On a tout dit sur un pareil ouvrage, quand on Ta 
appelé une encyclopédie spéciale, et tout autre compte rendu 
n'aboutirait qu'à en diminuer la signification. Mais, pour arriver 
à élever un édifice aussi complet, que de recherches infinies et 
diverses, inaccessibles à d'autres qu'à M. Picot et à son ami! Il 
faut encore que, à des titres différents, toutes les portes s'ouvrent 
devant vous, pour entreprendre cette autre encyclopédie qui a 
nom Iconographie Moliéresque ; il faut être dans son miUeu ce 
que Voltaire a été dans le sien ; il faut être ce qu'est notre 
illustre ami M. Paul Lacroix, le Roi-Bibliophile; de même que, 
pour rassembler une douzaine de documents enfouis dans Thôtel 
Soubise, il est indispensable d'avoir, comme M. Campardon, à 
feuilleter, par profession, quelques millions de pièces manuscrites. 
Ceci, bien entendu, est indépendant de la sagacité des commen- 
tateurs ; mais les noms de MM. Campardon, Lacroix et Picot dis- 
pensent de s'étendre sur ce point. 

Les deux autres volumes dont il nous reste à parler sont des œu- 
vres à la fois littéraires et historiques, après une longue interruption, 
M. Victor Fournel vient de donner aux amateurs du xvii* siècle 
le troisième tome des Contemporains de Molière^ qui nous pré- 
sente les satelHtes, aux théâtres du Marais et du Palais-Royal, de 
l'astre lumineux qui domine notre littérature dramatique et qui, 
pour la troisième fois, prouve combien, dans ce grand xvn® siècle, 
les écrivains, même inférieurs, avaient de talent; mais qui prouve 
bien aussi que, bien que vivant à une époque où le génie litté- 
raire était dans le sang des Français, et où le théâtre a trouvé 
une des trois ou quatre grandes périodes nationales de son 
existence, Molière n'en est pas moins absolument le seul qui ait 
écrit une comédie depuis le commencement du monde. Quelle 
langue, forte et naturelle et gracieuse ! que d'esprit I quel ravis- 
sant badiuage! quelles intrigues amusantes chez Tristan l'IIer- 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 133 
mite, Chevalier, Chapuzeau, Rosimond, Cyrano, de Visé, etc.; 
quels netits chefs-d'œuvre, sî Molière était mort après avoir donné 
rÉtourdi! Chacune de, ces pièces est accompagnée d'une notice 
savante et sobre, comme M. Fournel sait les faire. Les deux 
divisions du livre comprennent également deux gros morceaux 
historiques : Thistoire du Marais et celle du Palais-Royal. Quant 
au premier, c'est évidemment le dernier état de la science ac- 
tuelle sur ce point, mais ce n'est pas le dernier qui se pourrait 
établir. Je l'ai dit à M. Fnumel lui-mSme, et je le repète : il ne 
peut y avoir d'histoire délinitive du théâtre du Marais, qu'après 
un minutieux dépouillement des actes concernant ^H(^tel de 
Bourgogne, qui se trouvent dans l'étude de M'Schelcher, notaire. 
Espérons que M. de Marescot, qui prépare une histoire du Ma- 
rais, et à qui j'ai donné le même conseil, ne laissera pas cette 
lacune dans son livre. 

Quant au tome III du Molière de la collection des grands 
écrivains, il contient /es Fâchettx, t École des femmes, la Critique 
tX l'Impromptu. Nous avons expliqué ici mSme dans quel esprit 
est faite cette publication. Nous n'avons à modifier en rien notre 
première opinion : c'est toujours le mËme soin dans l'établisse- 
ment du texte, la même science dans la rédaction des commen- 
taires, par M. Eugène Despois ; c'est toujours la prudente et intel- 
ligente direction de M. Adolphe Régnier. 

Jules Bonnassies. 



PRIX COURANT DES LIVRES ANCIENS. 

REVUE DES VENTES. 

VENTE DE LA BIBLIOTHÈQUE 
OE M. LEBEUF DE MONTGERMONT 

(27 103™-!" avril) 

La vente est faite — nous pouvons donc dire toute notre pen- 
sée sans craindre de causer le moindre préjudice. Était-ce une 
bibliothèque?... était-ce la réunioa de très-beaux livres?... Les 
prix qu'ils ont obtenus prouvent-ils le goût des 
Est-ce là le diapason du bibliophile?... 



134 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

A toutes CCS questions on pourrait dire non, -* Bien peu de 
livres curieux. Bien peu de livres véritablement beaux. Bien peu 
de livres précieux. — Bien peu de livres très-rares. — Presque 
pas de reliures d*un intérêt historique ou bibliophilique. 

Le grand succès de cette vente a été la variété et surtout la 
vogue attachée depuis quelques années à un certain nombre de 
volumes illustrés du xv!!!** siècle et qui tiennent dans une toute 
petite armoire. Le public était essentiellement français et parisien. 
Pas un représentant de l'étranger, pas une grande bibliothèque 
n'a pu trouver un seul élément d'intérêt dans cette vente de six 
jours qui a produit 508 626 francs III 

Certes les bibliophiles les plus distingués actuellement à Paris y 
ont passé leur temps ou quelques instants. Mais leur moisson a 
été mince et tout à fait nulle pour la plupart. — Les livres chan- 
gent de main ; — c'est le mouvement financier qui s'accentue de 
plus en plus ; les ventes d'estampes des xvii* et xviii* siècles ont 
suivi cette progression. 

Voici le compte rendu des adjudications principales : 

1 • LA SAINTE BIBLE, traduite en françois par le Maistre de 
Sacy, 1789-1804, 12 vol. gr. in-4, papier vél., fig., mar. r., 
dos ornés, fil. tr. dor. {Cape.) — 24 500 fr. 

Exemplaire en grand papier vélin, avec les figures avant la lettre. On 
y a joint la précieuse suite des trois gebts dessius à l'encre de Chine, 
DESSINS ORIGINAUX de MARILLIER et Monsiau. 

Adjugé à M. Fontaine, libraire, contre M. Olry. 

3. Li':s CL PsEAUMEs de David, traduits en vers françois par Michel 
deMarillac, 1625; in-8, titre gravé par L. Gautier, réglé, mar. 
r. plats semés de fleurs de lis, tr. dor. — 1180 fr. 

Exemplaire aux armes de la reine Ma&is de Medicis, provenant de 
la bibiioth. de M. le baron J. P***. 

4. Psaumes de David, traduction nouvelle (par Le Maistre de 
Sacy). Paris, Pierre le Petit, 1671, in-12, fig. d'après Ph. de 
Champagne, gr. par Pitau, mar. r. dos orné, IM. tr. dor. 
{Bofet). — aiOfr. 

Exemplaire aux armes du comte d^Hoym. 

5. Le Pseautier de David, traduit en françois (par le Maistre de 
Sacy). Paris, 1685, in-12, frontisp. par Ph. de Champagne, 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 135 

mar. r. fil. donblé de mar. r. à compart. tr, dor. et peinte. 
(Rel. du temps,) — 5S0 fr. 

La reliure porte sur les plats intérieurs des doubles croix de Lorraine, 
et des B sans nombre. On suppose que ce volume a appartenu k un 
personnage de la maison de Lorraine. 

6. Le Nouveau Testament de Nostre-Seigneur Jésus-Christ, tra- 
duit en François (par MM. de Port-Royal). Mons [Amsterd.^ 
D.Elzevier)^ 1667, 2 vol. pet. in-8 réglés, front, gr., mar. r. 
dos ornés, doublé de mar. r. dent. tr. dor. — \ 780 fr. à M. le 
Baron J. de Rothschild. 

Excellente reliure de Botkt. Édition originale et la plus recherchée 
des nombreuses éditions de cette célèbre traduction, qui excita dans son 
temps une vive polémique. 

8. L'HiSTOiES DU Vieux et du Nouveau Testament, représentée 
avec des figures par le sieur de Royaumont (Nie. Fontaine et 
L.-I. de Sacy). Paris ^ i670; in-4, fig., mar. bleu, dent, int, 
tr. dor. (Dura et ChamboUe), — 485 fr. 

Edition originale. Exemplaire bien complet, mais court de marges. 

9. L'Histoire du Vieux et du Nouveau Testament, par le sieur de 
Royaumont (Nie. Fontaine et Le Maistre de Sacy). Suivant la 
copie imprimée à Paris {Amstcrd,)^ 1680s in-12, frontisp. gr,, 
nombr. fig. à mi-page, mar. br. jans. dent. int. tr. dor. 
{TrautzBauzonnet). — 385 fr. 

Jolie édition, très-recherchée ; la première avec ces figures copiées sur 
celles de l'édition originale de Paris, in*4. 

iO. Histoire sacrée en tableaux, par M. de Brianville, abbé de 
S. BenoistdeQuinçay-lès-Poitiers. Paris ^ Ch, de Sercy^ 1670, 
1671 et 75, 3 vol. in-12, fig. de Sébast. Le Clerc, mar. bleu, 
dent. tr. dor. {Bozérian). — 180. fr. 

Première édition et premier tirage des figures de Sébastien Le Qerc. 
Exemplaire de la bibliothèque de M. Yeheniz. 

1 1 . Histoire du Vieux et du Nouveau Testament (par David Mar- 
tin). Anvers {Amsterdam) y P. Mortie^ 1700, 2 vol. in- fol. 
régi., mar. v. large dent. tr. dor.X Weloup), — 1980 fr. 

Magnifique exemplaire eh grand pabt vvkvKnt la marque des clous ; 
il provient de la bibliothèque de M. y^vâS^ft 

n a figuré à la première et à la seqU^BHRnlA BiooTiRX. 



136 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

12. Histoire de la Vie de Jésus-Christ, parle P. de Ligny, iSOd, 
2 vol. in-4, fig. avant la lettre, raar. r. dos orné, fil. int. tr. 
dor. {Caj}é). — 670fr. 

Exemplaire du peintre et dessinateur Lebarbier, avec ces mots de sa 
main : c Mon exemplaire, épreuve de graveur, d 

Exemplaire de M. de la Bédoy ère, vente de novembre 1862, n* 7. 

14. BiBLicf historiae artificiosissimis picturis efïïgiatae {Franc-- 
fort, vers 1536), in-4, fig. s. b., inar. v, tr. dor. {Thompson), 
— 130fr. 

Quatre-vingt-deux jolies figures sur bois de Hans Sebald de Beham. 
Bon état, mauvaise reliure. 

15. HiSTOBARUM vBTERis Instbumenti icones ad vivum expressae. 
Lugduni^ sub scuto coloniensi^ 1538; in-4, fig. sur bois, mar. 
brun, tr. dor. [Hardy), — 790 fr. 

Édition origikale, qui contient les 92 gravures de Hans Holbeiu. Le 
titre fatigué au lavage. 

16* Icônes historiarium Vetkris Testamenti ad vivum expressae 
(avec les quatrains en français de Gilles Corrozet). Lugduni^ 
apud Joannem Frellonium, 1547, pet. in-4, fig. sur bois 
d'Holbein, mar. br. tr. dor. {Trautz^-Bauzonnet). — 610fr. 

Cette édition contient 98 gravures sur bois, c'est-à-dire 6 de plus que 
la précédente. Premier tirage sous cette date. 

18. QuADRiNs HISTORIQUES DE LA BiBLE (la Genèse seulement, par 
Cl. Paradin). Lyon, par Jean de Tournes, M. D. LUI. — Qua- 
drins historiques d'Exode (et des autres parties de la Bible, par 
le même). Lyon, par Jean de Tournes, M. D. LUI. — Les figu- 
res du I^ouveau Testament (avec des sixains par Ch. Fontaine). 
Lyon, par Jean de Tournes, M. D. LIIII; ensemble 3 vol. pet. 
in- 8, fig. sur bois, mar. r. tr. dor. {Hardy), — 1000 fr. 

Éditions originales des diverses parties des célèbres figures de la 
BiBLE« le chef-d'œuvre de Bernard Salomon, dit le Petit Bernard, La 
Genèse contient 74 planches, et non 50, comme dit M. Brunet ; VExode^ 
125 pi., et le Nouveau Testament (Évangiles, Actes des apôtres et Apoca- 
lypse), 95 pi. 

19. BiBLisGHE FiGURRN... (Figures de l'Ancien et du Nouveau 
Testament^ gravées par Virgile Solis). Gefl/\ zu Franck furt 
am Mayn^ durch D. Zephelium^ J, Baschen und S, Feyrahend^ 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 137 

iS62; 2 part, en 1 vol. in-4obl.,fig. sur bois, mar. vert,com- 
part. à froid, Ir. dor. {Trautz-Bauzonnet) , — 450 fr. 

Recueil de grayures sur bois d'une bonne exécution dans des encadre- 
ments très-variés. L'Ancien Testament contient 102 figures et le Nou- 
veau 116. Ce recueil est fort rare. Très-belle reliure de Trautz-Bauzonnet. 

Très-beau livre adjugé à M. Léon Techener. 

20. Neuwe Biblische Figuren... Franck furt, 1574 , petit in-8, fig. 
sur bois, mar. bleu jans. tr. dor. {Trautz-Bauzonnet). — 300 fr. 
Adjugé à M. Gonze. 

Recueil de 200 jolies figures, de Josx Ammajt, pour l'Ancien et le 
Nouveau Testament, et l'Apocalypse. 

22. Icônes BiBLicis Veteris et Novi Testamenti Aug. FindeL^ 1679; 
5 part, en in-4, mar/n., fîl tr. dor. (TrautzrBauzonnet). — 
260 fr. 

Le volume contient 244 planches remarquablement gravées en taille- 
douce, par Melchior Kysel ou Kusel, avec une explication gravée au 
bas en latin et en allemand. 

Exemplaire provenant de la biblioth. Solab. 

23. Histoire du Vieux et du Nouveau Testament, représentée en 
tailles-douces, dessinées et faites par Romain de Hoogue, avec 
une explication par Basnage.^m5/fr<iam,/. Lindenberg^ 1704; 
in-fol. mar. bl. fil. tr, dor. (Padeloup), 800 fr., adjugé pour 
M. le comte de Béhague. 

Exemplaire de d'Hangard et du prince Radziwill. 

24. Histoires les plus remarquables de l'Ancien et du Nouveau 
Testament, gravées en cuivre par le célèbre Jean Luyken. 
Amsterdam^ Mortier^ 1732, gr. in-fol. mar. v., fil. tr. dor. 
{Padeloup). — 300 fr. pour M. le comte de Béhague. 

67 grandes planches et 29 vignettes. Exemplaire du prince Radziwill. 

25. DocTRiNA, Vita et Passio Jesu Christi, juxta Novi Testamenti 
fidem et ordinem, artificiosissime efGgiata. Francof,^ apud 
Christ, Egenolphum^ 1537, in- 4, mar. r. dos orné, fil. tr. dor. 
{Trautz-Bauzonnet) . — 330 fr. 

Volume composé de soixante-treize belles estampes gravées sur bois, 
dont quarante-sept portent le monogramme de Hans SchaufTelein. Mé- 
diocre exemplaire. 



."i.-^. 



138 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

26. Figures de la vie et de la passion de Jésus-Christ. Pet. in-S, 
mar. vert, Ir. dor. {Trautz-Bauzonnet). — 330 fr. 

Suite très-rare, composée de 38 jolies petites pièces gravée» sur boî* 
par Albert Altdorfer ; épreuves de PHBinER tirage, et avec leurs marges. 

Ces 88 planches ont été publiées de nouveau en 1604 sous le nom 
d'Albert Diirer et sous ce titre : Jlberti Dureri Icônes sacrœ, in hhtortam 
salut is humanœ per Redemptorem nostrum J, Ch, Dei et dîarm filium înr' 
stauratx. 

Très-joli volume adjugé à M. Léon Techener. 

27. Harmonie Evangelic£ libri quatuor... (authore Andr. Osian* 
dro). ParisiiSy apud Galeotum a Prato, 1544 ; in-8, fig. sur bois, 

mar. tr. dor. (Bauzonnet-Trautz). — 220 fr. 

Volume curieux qui contient 97 figures sur bois très-finement gravées, 
dont le dessin est attribué à Jean Cousiir. 

28. KuNSTLiGHE UND W0LGERISSENE FiGUREN der Fùmembsten 
Evangelien, durch lost Amman Bûrgern zu Nurenberg. (Re- 
cueil de 79 figures pour le Nouveau Testament, gravées sur 
bois.) Francfort^ 1587, in-4, mar. r. tr. dor. {Niedrée). — 
210 fr. 

Cet exemplaire de cette suite extrêmement rare, de Josr Ammah, prove- 
nait de la biblioth. de M. Yemeniz. 

29. Recueil de figures du Nouveau Testament, par Léonard 
Gaultier. Pet. in-8, mar. oL, dos orné, riches compart. tr. dor. 
{Cape) . — 800 fr. 

Suite très-rare et peu connue, composée de 109 pièces, très-finement 
gravées; belles épreuves. M. Leblanc [Manuel de C amateur d!' estampes) 
n'indique que 14 pièces. 

Charmante reliure avec dorure pleine, à petits fers, dans le goût de la 
fin du xvi*' siècle. De la bibliothèque de M. Cape. 

31 . Rationarium Evangelistarum omnid in se evangelia, prosa, 

versu imaginibusque quam mirifice complectens. (In fitie:) Pe- 

roratio,,. Ista tibi Thomas Badensis cognomento Anshelmi tra- 

didit.,. (Phorcœ)^ 1507, in-4, 18 fl„ mar. r. tr. dor. (Lortic). 

— 200 fr. à M. E. Crépet. 

Livre fort rare, reproduisant les figures bizarres des éditions xylo- 
graphiques de V^rs memorandi, 

32. Passio Domini nostri Jesu (cum figuris Alberti Dureri, 1504- 
1511); Gr. in-fol. mar. r. tr. dor. (Cape). — 600 fr. 

Douze estampes gravées sur bois par Albert Durer. Premières épreu- 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 139 

vcs tirées sans texte, ayec marges et montées sur papier vélin fort, c'est- 
à-dire remontées. 

33. La Passion de Jesus-Chbist, gravée sur cuivre par Albert 
Durer. 1507-1513; 16 pièces in-8 montées sur papier vélin 
fort in-4, mar. r. tr. dor. (Capé)m — 550 fr. 

Belles épreuves des seize planches qui composent cette suite rare et 
précieuse. Sans aucune marge. 

34. PASSIO DOMINI NOSTRl JESU CHRISTI, secundum 
Johannem. Pet. in-4, mar. r. doublé de vel. blanc, larges 
dent. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). — 7510 fr. adjugé pour 
M. le baron Edmond de Rothschild. 

c Délicieux manuscrit sur veliic exécuté en Italie dans le xvi« siècle. 
Il se compose de 26 pages dont 1 2 pour les miniatures et 14 pour le texte 
très-bien écrit en caractères romains. Dix des miniatures sont des copies 
de dix planches de la Passion d'Albert Durer indiquée ci-dessus; mais 
ces copies» faites par un habile artiste, ne sont pas restées inférieures 
à leur modèle, soit pour la pureté du dessin, soit pour la vérité de 
l'expression, et elles ont en plus le mérite d'un coloris aussi vrai que 
brillant. » , 

C'est un volume d'un grand attrait au premier coup^d'œil, mais 
quand on réfléchit que ce sont des peintures italiennes faites tPaprès des 
peintures allemandes^ on est plus froid. Si c'était de vraies peintures 
italiennes exécutées ainsi, que seraient-elles? Tout ce qui est art italien 
aux xv« et xvi® siècles est si beau !.... 

35. Passio Christi ab Alberto Durer Nurenbergensi effigiata. 1509 
et 1510; pet. in-4, mar. noir, dos omé^ fil. tr. dor. (Rel. 
angl.). — 260 fr. 

37 figures sur bois. Très-belles épreuves de la Petite Passion d'Albert 
Durer, montées sur papier vélin fort (sans marges). 

36. Spéculum passionis Domini Nost&i Ihesu Christi... (In fine:) 
per doctorem Uldaricum Pinder connexum, et in civitate impe- 
riali Nuremberge/i impressum M. CCCCC. VII ; in-fol. mar. br. 
dos et plats ornés. (Trautz-Bauzonnet) , — 800 fr. 

Orné de 40 grandes et belles planches gravées sur bois et de 37 pe- 
tites. Celle qui se trouve au verso du 73* feuillet porte la marque dc 
Hans Schauffelein. 

37. Passio Domini Nostri Jésu Christi (A la fin :) Argentorati 
Joannes Knoblouchusy M. D. VIII, in-fol. mar. r. tr. dor. 
{Trautz-Bauzonnet). — 320 fr. 

Avec 25 curieuses planches de la grandeur des pages, gravées wr bois 



140 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

et portant le monogramme Y. G., qui est celui, dit M. A. Didot, d'an 
artiste strasbourgeois, élèye de Martin Scliôn. 

38. Vie de la Sainte Vierge, par Albert Durer {Nuremberg^ ISl 1 ). 
ln-f«)l. inar. r. ir. dor. [Cape], — 400 fr. 

Suite de vingt estampes gravées sur bois par Ai^ekt Dubeb, premier 
état, sans texte, montées sur papier vélin fort. Sans marges. 

39. Apocalypsis cum figuris. Impressa denuo Nurnberge per Al^ 
hertum Durer (1511), gr. in-fol. goth. à 2 col. mar. r. tr. 
dor. {Cape). — 580 fr. 

Suite de seize pièces gravées sur bois par Albert Durer, montées sur 
papier vélin fort. 

40. Les Figures de l'Apocalypse de saint Jean. Dix Histoires du 
Nouveau Testament exposées tant en latin que rithme fran- 
çoyse, par le petit Angevin, Imprimé a Paris^ par Est. Groul" 
leattg 1551; 2 part, en 1 vol. pet. in-8, mar. bl. tr. dor. 
{Trautz-Bauzonnet] . — 510 fr. 

Petit volume orné de 36 figures sur bois : 26 pour TApocalypse et 10 
pour les Dix Histoires, 

L'exemplaire provient de la bibliothèque de M. L. Double. 

41. Ymag. Figura, seu Represextatio Anti-Christi : pessimi. 
Apoca. XIII. cap. (Paris, Michel LenoiVy vers 1500); In-4, 
goth. fig. sur bois, mar. brun, tr. dor. [Trautz-Bauzonnet), ^ 
430 fr. 

Livre fort rare, fort curieux et très-peu connu. 

43. Les Confessions de saint Augustin^ traduites en françoîs par 
M. Du Bois. Paris^ de V Imprimerie royale^ 1758; 3 vol. in-ia, 
dos ornés, fil. tr. dor. — 550 fr. 

Exemplaire aux armes de Mme de Poaipadour. 

46. Heures latines, avec calendrier en français. In-8, mar. br. 
dent. tr. dor. doublé de yéïm {Trautz-Bauzonnet), — 1450 fr. 

Très-beau manuscrit, sur vklin, du xv^ siècle, avec initiales et bor- 
dures, composées de fleurs, d*oiseaux et d*arab( -.ques en or et en coo» 
leur. Il est en outre orné de 31 miniatures. 

47. HEURES LATINES. Pet. in-8 réglé, mar. bl. compare, dou- 
blé de vélin, fil. tr. dor. {Trautz-Bauzo^met), — 3,050 fr. 

Très-beau manuscrit du quinzième siècle, sur vélin. Ces heures sont 
ornées de treize grandes miniatui*es. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. Ul 

48. PRECES PliE. In-16, mar.br. tr. dor. [Trautz-Bauzonnet). 
— 4600fr. 

Petit manuscrit, écrit sur yélin, vers la fin da quinzième siècle, dans 
les Flandres. Les pièces contenues dans les derniers feuillets sont en fla- 
mand. Ce livre d'heures est orné de 26 miniatures. 

49. Heures latines avec calendrier en français, pet. in-i6, mar. 

r. fil. tr. dor. [Rel, anc), — 450 fr. 

Manuscrit sur vélin, du xv" siècle, orné d'initiales en or et en cou- 
leurs, et de 28 petites miniatures. 

50. Heures a lusaige de Romme. Imprimées à Paris par Nicolas 
Hygman^ impritneur^ pour Jehan de Brie. (Almanach de i521 
ai 536), In-4, goth. de 92 ff., encadrements à chaque page, 
mar. br. tr. dor. et cis. {Trautz-Bauzonnet), — 730 fr. 

14 grandes figures ; encadrements composés de médaillons avec des 
scènes de rÉcriture sainte, ou de sujets de fantaisie disposés dans les 
entrelacements. 

51 . Ces Présentes Heures a lusage de Rome furent achevées le 
xvii jour de septembre lan mil cccciiii.xx et xvi, pour Simon 
Vostre libraire... {Marque de Ph, Pigoucket sur le titre); Pet. 
in-4, goth., fig. et encadr,, mar. verf, orn. sur les plats, tr. 
dor. (Dura). — 615 fr. 

Id grandes figures et des bordures à compartiments. 

52. Heures a lusage de Chartres ian mil cinq cent et ung pour 
Simon Vostre libraire ; In-8, mar. vert, compart. tr. dor. fer- 
moirs. {Rel. du x\i^ siècle), — ICOOfr. 

Heure?, imprimées sur vélw, ornées de 18 grandes figures. 

53 Le Livre d'heures de la reine Anne de Bretagne. L, Curmer 
1859-61, â vol. gr. in-4, mar. amarante, compart., armoiries 
d'Anne de Bretagne en couleurs, doublé de moire, dent, tr, 
dor. {Cape). — 630 fr. 
Livre donnant une reproduction exacte, en chromolithographie, de» 

59 miniatures du célèbre livre d'heures manmcrit de la reine Anne de 

Bretagne. 

54. Hore BEATE Marie Virginis secundum usum Romanum. /m- 
primées à Paris par Germain Hardouyn, (Calendrier de \ 528 
à 1541); tr. pet. in-8, mar. r. dent. Ir. dor. {Bel. anc), — 
400 fr. 
Imprimé sur vélin, avec figures peintes en or et en couleur. 



142 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

55. HOEE IN LAUDEM BEATISSIMB TIRGINIS MaRIB SeCUndoill OODSOe- 

tudinem ccclesie Parisiensis. Parrhisiis apud magistrum Gotopre' 
dum Torinum sub insigni vasis effracti : achevées ^imprimerie 
vingt deuxiesme jour dt octobre mil cinq cens vingt sept par mais^ 
tre Simon du Bois pour maistre Geoffroy Tory y de Bourges ; 
In-4, goth. fig. et cncadr. sur bois, réglé, mar. vert, compart. 
tr. dor. {Reliure du xvi® siècle). — 2,700 fr. 

Exemplaire dans une belle reliure de la fin du seizième siècle. Le dot 
est fleurdelisé et les plats ornés de deux compositions représentant r^it- 
nonciation et le Crucifiement^ sujets qu'on remarque sur les livres rdiés 
pour Henri III. 

56. OFFICIUM CONCEPTIONIS B. MARIiE. Pet. in- 12, mar. 
rouge, fil. Ir. dor. (Bauzonnet^Trautz) , 1400 fr. 

Manuscrit ds Jarry sur vélin, de 80 pages, encadrées d'un filet d'or. 
Les initiales peintes en or et azur. On lit au bas de la dernière page : 
iV*. Jarry, Paris, scrîpsit anno 1645. 

57. Le Bréviaire de Nostre-Dame, auquel tout le Pseautier est 
distribué pour les sept jours de la semaine. Paris ^ Jamet Met^ 
tayery 1587, pet. in-8, 8 fig. grav, par Th. de Leeu, mar. v. 
compart.dos fleurdelisé, tr. dor. — 940 fr., à M. Crepet. 

Très-bel exemplaire de Henri III, portant sur le dos de la reliure ses 
armes, sa devise Spes mea Deus et la tète de mort. 

63. Les Provinciales, ou les Lettres escrites par Louis de Mon- 
talte (Bl. Pascal). Cologne P. de la Fallée {Paris). 1657; in-4, 
mar. rouge, tr, dor. {Chambolle^Duru], — 445 fr. 
Exemplaire de TÉdition originale ; grand de marges. 

64. Les Provinciales, Cologne^ [Amsterd.^ L, et D, Ekevier)^ 
1657, pet. in-12, mar. bl. fil., dos orné, tr. dor. {Bauzonnet^ 
Trautz).— 410 fr. 

Première édition sous cette date. 

70. Sermons du père Bourdaloue (publ. par le P. Bretoimean). 
Paris, Rigaud, 1707-1734, 16 vol. in-8, portr. ajoutés, mar. 
r. dent. tr. dor. {Bozérian jeune), — 580 fr. 

71. Sermon prescbé à l'ouverture de l'Assemblée générale du 

clergé de France le 9 novembre 1681, par Jacques-Bénigne 

Bossuet. Paris^ Fréd, Léonard ^iQS^-y in-4, mar. r. compart. 

à la du Seuil, tr. dor. (Rei. du temps). — 460 fr. 

Édition originale du célèbre discours sur Tunité de l'Église et sur les 
libertés de FÉglise gallicane. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 143 

73. Th. a Kempis de Inùtatione Chiisti libri IV. Amstelodarm^ 
ex officina Bheviriana, 1679, pet. in-12, front, gr., inar. r. fil. 
dos orné, tr. dor. {Du SeuO). — 370 fr. 

75. L'Imitation de Jâsvs-CHHisT, traduite en vers françois par P. 
Corneille. Lerde, JeanSambix (J. elZktn. Elsevier), î6fS2, pet. 
in-12, mar. r. coni|>art. dos orné, tr. dor. {Cape). — 365 fr. 

Cette édition, qui reproduit la première partie de Vlniilalloa de Jésut- 
Clw'ut, de F, Corneille, imprimée à Rouen en 1651, est un des volumes 
les plus rares de la collection des Elzeviera. 

76. Les quatre iitees de t'iMn-ATioN de Jésus-Christ, traduits en 
vers, par P, Corneille, Imprimé à Rouen par L. Maurry, pour 
Rob. Salliird, à Paris, lùb6;ia-k, front, gravé et fig. de Chau- 
veau, mar. r. compart. fil. ir. dor. {Rel, anc.). — 26S fr. 
Édition originale des quatre livres réunis. ExcinpI. médiocre. 

77. L'Imitatiou de JÉsns-CHatsT, texte latin, snivi de la traduc- 
tion de P. Corneille (publ. par Victor Le Clerc). Paris, Impri- 
merie impériale, 1853, in-fol., mar. vert foncé, fil., sur les 
plats, doublé île mar. r,, large dent, gardes moirées (Ca/w). — 
2000 fr. 

Magnifique édition créée ponr l'exposition de 1857. 

l'A. De l'Imitation de J£sns-Christ , traduction nouvelle, par 
l'abbé de Choisy. Paris, Ant. Dezallier, 1692, in-12, fig. par 
Mariette, mar, vert, tr, dor. (Cape). — SOO fr. 
Édition rare, surtout aiec la figure du second livre («présentant 

Mme de Maintenon dans la chapelle de Versailles. 

79, Le Livbe intitulé InTEnHEi[.LB Consolation. (Au recto du 
85* feuillet) : Cy flnist le livre... Imprimé par Michel Le Noir 
demeurant h Paris sur le pont Saint-Michel. (Au recto du der- 
nier fcoiilel) : Cy flnist la table de ce présent livre, lequel fut 
achevé et parfatct le s jour de décembre lan mil cinq cens ; pet. 
in-4de 88 ff. (marque de Mich. Le Noir au verso du dernier), 
Gg. sur bois, mar. br. tr dor, {Trautz-Bauzonnet). — 1350 fr. 
Ouvrage prri;ieux qui est vraisemblablement l'original des trois pre- 
miers livres de l'Imitation de Jésua-Christ. 

82. œUVRES SPIRITUELLES DE HENRI SUSO, traduiltes en 
françois par F. N. Le Cerf, prieur de la Chartreuse de N.-D. 



Ikk BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

de Bonne-Espérance, près le chasteau deGaîUon. Paris ^ i586; 
in-8, réglé, mar. r. à riches compart. tr, dor. — 2050 fr. 

Exemplaire de Hbnki III, roi de France, avec ses armes, sa devise et 
la tête de mort sur le dos, et le crucifiement au milieu des plats. 

87. INTRODUCTION a la vie dévote, du bienheureux François 
de Sales, évesque de Genève. Paris^ de V Imprimerie roy^cde, 
1651 ;in-8, ûg., réglé, mar. r. dos et plats ornés, tr. dor. — 
1820 fr. pour M. Ed. Bocher. 

Belle édition, dédiée à la reine Aptnk d'Autriche^ Ses armes mi-par- 
ties de France et d'Espagne se trouvent sur le titre et dans d'antres 
endroits du yolume. Cet exbsipjj^ire est celui de dédicace. 

88. Traicté de l'amour de Dieu, par François de Sales, évesque 
de Genève, Lyon^ P, Rigaud^ 1617; in-8, réglé, mar. vert, 
dos et coins ornés, fil. Ir. dor. — 505 fr. 

Edition originale. Exemplaire dans la reliure du temps, bien con- 
servée. 

96. Réflexions sur la miséricorde de Dieu, par une dame péni- 
tente (L.-Fr. de la Baume-Lehlanc, duchesse de la Vallièrej. 
Paris, Ant. Dezallier^ 1680; pet. in- 12, 8 ff. limin. et 139 pa- 
ges, mar. br. tr. dor. [Duru-ChamboUé). — 367 fr. 

Édition originale, très-rare. Bel exemplaire de M. J. d'Ortigue. 

101. Pensées de M. Pascal Paris ^ GuilL Desprez^ 1670; in-i2, 
mar. brun, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet), — 480 fr. 

Édition originale. Elle se compose de 365 pages, de 41 ff. prél. et 
de 10 ff. de table. 

112. Corpus juris civilis. Amstelœdami ^ apud Lud. et Dan. Elze^ 
virios, 1663; 2 vol. in-8, à 2 col. réglés, mar. r. dos ornés, 
fil. doublés de mar. r. dent. tr. dor. {Boyet), 560 fr. 

119. ESSAIS DE messire Michel seigneur de Montaigne (deux 
livres). Bourdeaus. par S. Millanges, 1580, 2 vol. i>et. in-8, 
mar. r. fil. tr. dor. (Derome), — 1910 fr. 

Edition originale, rare et précieuse. Bel exemplaire provenant de la 
bibliothèque de H'Hangard, et en dernier lieu de la vente Radziwill. 
Six feuillets qui étaient plus courts ont été remmargés. 

120. Essais de me'^sire ^Iichei. seigneur de Montaigne (deux li- 



PRIX COURAJn- DE LIVRES ANCIENS. U5 

vrcs). Ëdîtioa seconde, reveue et augmentée. Sourdeaux, par 
S. Millanges, 1582; in-8, mar. bl. tr. dor. (Duru). — 710 fr. 
Cette seconde édition, qai contient qnelquei légères augmentations, 

est aussi rare que la première. Courte de marges. 

121. Essais drMicbbl de Montaigne, cinquiesme édition, augmen- 
tée d'un troisième livre et de six cents additions aux deux pre- 
miers. PariSf Abel CAngelier, 1588, m-k, niar, br. tr. dor. 
{Trautz-Bauzonnet). —1690 fr. 
Précieuse édition, la dernière donnée du livant de l'auteur, et la pre- 

mière où se trouve le troisième livre. 

Mi. Lbs EftSAis DE Michel, SEicnEDa os Montaicne, édition nou- 
velle, trouvée après le déceds de l'auteur et augmentée par lui 
d'un tiers. Paris, Michel Sonnias, 1 S95 ; iu-fol. mar, rouge, tr. 
dor, (Trautz-Bautonnet), — 1010 fr. 
Première ^édition complète, donnée par mademoiselle de Gonmay, 

avec les augmentations laissées par Montaigne sur un exemplair 

de 1588. 

123, Les Essais de Michel, seignear de Montaigne. Amtterdam, 
Anthoine Michicls [Bruxelles, Fr. Foppens), 1639; 3voI. in-12, 
front, gr., mar. r. dos ornés, riches comparl. tr. dor, [Cape), 
— 465 fr. 
Riche et élégante reliure de Cape, avec compariimeuts i petits fers et 

au pointillé, dans le genre de Le Gaicon. H. 150 niill. 

125. De la Sagesse, livres trois, par Kerre Le Charron. Bour- 
deaux, Simon Millanges, 1601 ; in-8, mar. r. &\. tr. dor. (flc/. 
OTf.). — 301 fr. 
Edition originale. Exemplaire relié par Mouillié, avec dos et dentelles 

n la Derome. 

133. Réfleiioks, ouSkbtekces et maximes morales (par Fr, duc 
de la Ri)chefoucauld),/'ar;î, Claude Barbin, 1605; pet. in-12, 
front, gr. mar, br. Ir. dor. (Traaiz^Baïunnnei). — 680 fr. 
Édition originale, 

135. Maximes et Pensées diverses (par madame de Sablé). Paris, 
Séb. Mi'bre-Cramoisjr, lâ'S; în-12,mar. br. ir, dor. janséniste 
[Trautz-Bauzonnet). 280 fr. 

Édition originale, 

136, Les CABAcràus de Théophraste, avec tes caractères ou les 



146 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

mœurs de ce siècle (par la Bruyère). Paris j Est. Michallet^ 
1688; in-12, mar. r. tr. dor. {Durit). — 705 fr. 

Édition originale. 

i 44 . La Description de Tisle d'Utopie où est comprins le miroer des 
repablicqnes du monde, rédigé par Thomas Morus, chancelier 
d^ Angleterre (trad. du latin, par Jehan Le Blond sieur de Bran- 
ville, d'Evreu\). Paris y Ch, tAngelier^ 1550;in-8y fig. sur bois, 
mar. br. dos orne, ûl. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). 425 fr. 

Traduction rare. 

147. Histoire naturelle générale et particulière, avec la des- 
cription du cabinet du roi, par le Clerc de Buffon, Daubenton 
et de Lacépède. Paris ^ Imp, royale^ 1749 et années suiv. 36 
vol. in-4, mar. r. dent, doubl. de moire, tr. dor. {Bozérioi^, 
— 3250 fr. 

Exemplaire de première édition^ satiné et relié sur brochure par 
Bozérian aîné. 

Exemplaire de M. de la Bédoyebe. 

149. Traité de la peinture, par Léonard de Vinci (trad. par Ro- 
land Fréard, sieur de Chambray). Paris ^ Giffart^ 1716; in-12, 
fig., mar. r. fil. tr, dor. {Deromé). 245 fr. 

158. (Œuvre de Watteau.) Figures de différents caractères de 
paysages et d'études, dessinées d'après nature par Antoine Wat 
teau, peintre du roy, Paris^ chez Audran et F, Cherecuiy gra-' 
veurs; 2 voU in-fol. vél. blanc, tr. dor. — 800 fr. 

Bccueil de 219 planches, costumes, modes, mascarades, paysages, etc., 
contenant 350 sujets gravés par Fr. Boucher et autres; avant les nu- 
méros. 

159. Icônes princîpium, virorum doctorum, pictorum, chalcogra- 
pliorum, etc., ab Ant. Van Dyck. ad vivum expressae. Jntuer^ 
pix^ Gillis Hendric.v excudit. S, a., in-fol. front., mar. ronge, 
jans. dent. int. tr. dor. (Cape). — 590 fr. 

Ce recueil contient 97 portraits gravés d'après Van Dyck, par 
Bolswert, Pierre de Jode, Jean Meyssens, Paul Pontius, Vorsterman et 
autres, et 1 1 autres gravés à l'eau-forte par Van Dyck lui-même. 

161. Galerie des peintres flamands, hollandais et allemands; 
ouvrage enrichi de 201 planches gravées d'après les meilleurs 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. U7 

tableaux de ces maîtres, par Le Brun. Paris^ 4792; 3 vol. in- 
fol. demi-rel. dos et coins de v. non rog. — 4650 fr. 

On lit sur la garde du premier Tolume la note manuscrite suivante : 
c exemplaire précieux et unique de la galerie Le Brun, digne du cabinet 
d'un souverain, coUationné, complet de ses 201 planches, épreuves avant 
la /^^fr«; exemplaire d'un choix pur, et celui de prédilection de Fauteur, 
qui y avait ajouté 70 planches tirées d'autres recueils. » 

462. LE MUSÉE FRANÇAIS, recueil complet des tableaux, sta- 
tues et bas-reliefs qui composent la collection nationale, avec 
l'explication des sujets et des discours historiques sur la pein- 
ture, la sculpture et la gravure (par E.-Q. Visconti et T.-B.- 
Eméric David), publié par Robillard-Pcronville et Laurent. 
Paris ^ de V imprimerie Marne frères^ 1803-1809, 4 vol. 344 
planches. — Le Musée royal, publié par Henri Laurent, gra- 
veur du cabinet [du Roi (avec des descriptions, par MM. Vis- 
conti, Guizot et le comte de Clarac). Paris ^ de t imprimerie de 
P. Didot taîné^ 1816-22, 2 vol. 161 planches; ens. 6 vol. gr. 
in-fol. pap. vél. demi-rel. veau rouge, non rog. 1650 fr. 

163. Galerie du Musée Napoléon, publiée par Filhol, graveur, et 
rédigée par Joseph Lavallée. Paris ^ 1804-1815, 10 vol. — 
Galerie du Musée de France, publiée par Filhol et continuée 
par A. JaU Paris^ 1828; 1 vol. Ens. 11 vol. gr. in-8, demi- 
rel. avec coins mar. vert foncé, fil, tête dor. non rog. — 
1300 fr. 

164. La Galerie du Luxembourg, peinte par Rubens^ dessinée par 
les sieurs Nattier, Paris, 1710, gr. in-fol. mar. bl. foncé, 
fleurons, plats à comp. tr. dor. — 300 fr. pour M. Delicourt. 

Recueil composé de 27 planches remontées grand in-folio, avec en- 
cadrements en noir ; savoir : 2 frontispices, 3 portraits et 22 tableaux. 
Belles épreuves, avant les numéros. 

165. Galerie du Palais-Royal, gravée par Couché, Paris^ 1786- 
1808, 3. vol. gr. in-fol. fig. demi-rel. mar. r. non rog. — 
3000 fr. 

Bel exemplaire. Épreuves avant la lettre. De la bibliothèque de M. de 
la Bédoyère (1862). 

166. Cabinet Crozat, recueil d'estampes d'après les plus beaux 
tableaux qui sont en France. PariSy de ^Imprimerie royale^ 



148 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

1729-42, 2 vol. in foL max. mar. r. fil. tr. dor. (Jnc, reL), — 
799 fr. 

Exemplaire de la première édition, publiée sans le texte explicatif. 
Acquis à la vente Solar. 

179. Les Simulachres et historiées faces de la mort, aatantele* 
gainment pourtraictes que artificiellement imaginées. Excude^ 
bant Lugduni Melch, etGasp, Trechsel fratres^ 1538, pet. in-4, 
lig. sur bois, mar. citr. dos et plats ornés, doublé de mar. 
noir, dent. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet), — 2150 fr. 

Edition originale de la Dansb des morts d^Hoi^ein, composée de 
41 admirables figures gravées sur bois, ayant chacune au bas un qua- 
train en franchis attribué à Gilles Corrozet. 

180. PouRTRAiTz divers. Lio/i, Jan de Tournes ^ 1557, pet. in-8, 
fig. sur bois, mar. r. dos et plats ornés, tr. dor. {Trautz^Bau" 

zonnet). — 400 fr. 

Recueil de soixante-trois jolies figures, y compris le titre, gravées 
par le Petit Bernard, et qui avaient d*abord servi à orner diverses publi- 
cations de J. de Tournes. 

181. Jacobus Androuetius Du Cerceau. Liber de eo pictarae gé- 
nère quod Grotlesche vocant Itali. JureltXy 1550; in-4. mar. 
br. tr. dor. [Trautz^Bauzonnet), — 880 fr. 

Ce recueil incomplet fort rare se compose de 40 planches d'arabes- 
ques, de 12 planches de dessins de serrurerie, clefs, serrures, entrées, 
marteaux de portes, consoles, etc. 

191 . Les Images de tous les saincts et sainctes, faictes par Jac- 
ques Calot [sic)^ et mises en lumière par Israël Henriet, PariSy 
1636, pet. in-fol. mar. r. dos orné, large dent, à petits fers tr. 
dor. {Riche reL de Cape), 299 fr. 

Suite de cent vingt-quatre planches contenant quatre cent quatre- 
vnigt-dix estampes, plus douze pour les fêtes mobiles. 

205. Tapisseries du roy, oîi sont représentés les quatre éléments 
et les quatre saisons. Paris y de t Imprimerie royale^ 1670, gr. 
in-fol. fig., mar. r. dent. tr. dor. {Jux armes du roi), — 
435 fr. 

206. Lb Temple des Muses, gravé par Bemard Picart. -^/?w/.,1733, 
gr. in-fol. fig., mar. r. fil. tr. dor. (/le/, anc), — 695 fr. 

Exemplaire, relié par Derome. De la bibliothèque de M. de la Bé- 

DOYÀRB. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 149 

!208. CiPBicHos inventados y grabados al agua forte, por Fran- 
cisco Goya. Madrid^ vers 1799. Gr. in-4, mar, rouge, tr. dor. 
(Chambolle-Duru). — 500 fr. 

Quatre-vingts estampes allégorico-satîriques, gravées à Peau- forte 
mélangée d^aqua-tinta. C'est un recueil de caricatures et de scènes de 
mœurs d*une composition empreinte d'une véritable originalité et d'une 
force d'expression singulière. Très médiocre état. 

210. Omnivm feue Gextivm, nostraeque aetatis Nationum, habitas 
et effigies. In eosdeiu loannis Sluperij Herzelensis Epigrammata. 
AntverpiXy 1572, in-8, figures sur bois, mar. rouge, dos orné, 
fil. tr. dor. [TrautZ'Bauzonnet) . — 500 fr. 

21 1 . Degli Habiti AisTicHi e modemi di diverse parti del mondo, 
libri due, fatti da Cesare Vecellio. Fenctia^ 1590, in-8, 420 
pi. gr. sur bois. mar. orange, dos et plats ornés, tr. dor. 
(TrautZ'Bauzonnet) , — 750 fr. 

Première édition de ce recueil recherché. 

214. Gynaeceum, sive Theatrum mulierum, figuris expressos à 
Jodocô Amano. MDLxxxvi, Francofortiy Sigism, Feryabendius^ 
in-4, figures sur bois, mar. bl. tr. dor. (Thibaron), 499 fr. 

Recueil de 122 jolies gravures sur bois, de costumes de femmes, par 
Jost Amman. Très-bel exempl. de M. Yemeniz, avec une nouvelle re- 
liure. » 

215. Monuments du costume physique et moral de la fin du dix- 
huitième siècle, ou Tableaux de la vie (par Rétif de la Bretonne), 
ornés de figures dessinées par Moreau le jeune. À Neuwied sur 
le Rhin^ 1789; in-fol. demi-rel. dos et coins de mar. br. tète 
dor. non rog. [Belz-Niedrée], — 575 fr. 

Ouvrage composé de 26 planches. 

217. LE PASTISSIER FRANÇOIS. Amsterdam, chez Louys et 
Daniel Elzev ter, 1655; pet. in-12, front. gr.,mar. bleu, large 
dent. tr. dor. (Trautz-Bauzonnef). — 4550 fr. 

c Charmant petit livre que son exécution typographique et le nom de 
ses imprimeurs ont sauvé de Toubli où est restée l'édition originale du 
même ouvrage publiée à Paris en 1653. Depuis longtemps il est regardé 
à tort ou à raison comme le volume le plus rare de la collection des 
Elzeviers, et à ce titre il a atteint, dans les ventes publiques et surtout à 
l'amiable, les prix les plus élevés. Quoiqu'on en ait retrouvé quelques 
exemplaires dans ces dernières années, au lieu de diminuer, le prix n'en 



150 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

a fait qu'augmenter. Le dernier exemplaire qui ait passé en Tente, eeloi 
de M. de Montesso^i, adjugé eu mars 1870 à 2910 fr., a été rewtuàu. 
chez M. Benzon, en avril 1875, 3255 fr. sans les frais. Il mesarait 
128 mill.; la taille du nôtre est de 130 mill. 1/2. » 

225. Les Origines de quelques coutumes anciennes et de plosiears 
façons de parler triviales (par Moisant de Brieux). Avec un 
vieux manuscrit en vers touchant Torigine des chevaliers ban- 
nerets. Caen, Jean Cavelier, 1672, pet. in-12, mar. bleu, dos 
orné, compart. de ûl. tr. dor. (Bauzonnet^Trautz), — 230 fr. 

Volume rare et curieux. 

227. Thrësor de la langue Françoise, par JeanNicot... Paris ^ 
1006, in-fol. mar. rouge, fil. à froid, tr. dor. {Thibaron). — 
415 fr. 

Livre rare dont Tusage est indispensable pour la lecture et l'étude des 
auteurs français antérieurs au xyii» siècle* 

232. Recueil d'Oraisons funèbres, composées par Messire J.-B. 
fiossuet. Paris y veuve de Sébastien Cramoisy^ 1689; in-12,nr]ar. 
r. tr. dor. [Trautz-Bauzonnet). — 505 fr. 

Édition originale du recueil complet. Exemplaire très-grand de 
marges. 

233. Oraison funèbre de Louis de Bourbon, prince de Gondé, 
prononcée dans Téglise N.-D. de Paris, le 10 mars 1687, par 
Bossuet. 1687; in-4, vign., mar. r. tr. dor. {ÇhamboHe-'Duru) , 
— 300 fr. 

Edition originale. Exemplaire court de marges. 

234-35. Recueil complet des Oraisons funèbres de Fléchier pu- 
bliées de 1672 à 1690; en 1 vol. in-4, mar. v. fil. à fr. tr. dor. 
{Duru). — 335 fr. 

Éditions originales. 

239. L'IuADB d'Homère, traduite en françois, avec des remarques, 
par madame Dacier, 1710, 3 vol. — L'Odyssée d'Homère, tra- 
duite en françois, avec des remarques, par madame Dacier. 
Paris, Rigaud. 1716; 3 vol. Ensemble 6 vol. in-12, 2 fron- 
tisp. et lig. de B. Picard, mar. r. fil. dos ornés, tr. dor. {Jolie 
rel, rtnc), 500 fr. 

IJOdyssét est de la première édition. On a ajouté à V Iliade les figures 
de B. Picart, faites pour l'Édition de Hollande. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 151 

240. Spéculum heroicum.., Les XXIIII livres d'Homère (de Pl- 

liade), réduicts en tables démonstratives figurées, par Grespîn 

de Passe, excellent graveur; Trajecti Batavorum^ 1613; in-4, 
portr. et fig., mar. vert d'eau, compart. à la du Seuil, tr. dor. 

[TrautZ'Bauzonnet). — 355 fr. 

Bel exemplaire en très-bonnes épreuves de ces 2k jolies figures de 
Crispin de Pas. De la biblioth. de M. Huillard. 

244. CATULLI, Tibulli, Propertii Jos. Scaliger recensuit. Lute- 
tix Mamertum Patissonium, 1577, 2 part, en 1 vol. in-8, mar. 
V. riches compart., tr. dor. — 1800 fr. 

Exemplaire aux premières armes de J.-A. de Thou. 

Riche et élégante reliure du temps, entièrement couverte d'ornements 
à petits fers. I^ies armes de de Thou se trouvent dans un petit médaillon 
placé au centre des plats. 

247. Compendium operum Virgilianorum aère ac studio Chrispiani 
Passaei chalcographi. Mi&oer des œuvres de le [sic) excellent 
poète Virgile taillez en rame. Vltrajecti Batavorum^ 16H, 
2 part, en 1 vol. pet. in-4, mar. r. tr. dor. {Hardy). — 185 fr. 

Le dtre 24 planches parfaitement gravées en taille>douce. Très-belles 
épreuves. 

249. QuiNTi HoaATii Flacci Opéra. Londini, œneis tabuîis incidit 
Johannes Pine, 1733-37, 2 vol. in-8, texte gravé, 2 front., 
2 fleurons et 225 grandes figures, vignettes, culs-de-lampc à 
sujets, mar. bl. dos orné, fil. tr. dor. {Anguerran), — 370 fr. 

Exemplaire du premier tirage. 

250. Pdbl. Ovidii Opéra. Jntuerpix^ex officina Christ. Plantim\ 
1561, 3 vol. in-16 réglés, mar. v. riches compart. — 450 fr. 
Charmante reliure du commencement du xvii^ siècle, dont les dos et 

les plats sont entièrement dorés à petits fers et au pointillé. 

252. Johan. Posthii Germershemii Tetrasticha in Ovidii Metam. 
lib. XV quibus accesserunt Vergilii Solis figurae elegantiss. /m- 
pressum Franco furti^ apud G. Corvinum^ Sig, Feyrabent.., 
1563; pet. in-4 oblong, mar. bleu tr. dor. {Dura et Chambolle). 
255 fr. 

356 belles gravures sur bois de Virgile Soh's, avec de riches encadre- 
ments. 

253. La Métamorphose D'Ovms figurée. A Lyon^ par Ion de 
Tournes^ MDLVII» in-8, figures et encadrements sur bois, mar. 



152 BULr.ETIN DU BIBLIOPHILE. 

orange, dos et plats ornes, tr. dor. [Trautz^Bauzannet). — 
385 fr. 

Édition originale de ce chef-d*ŒUvre de Bernard Salomon. 178 déli- 
cieuses gravures sur bois. 

Exemplaire de Pixerécourt, acquis à la Mute Ymeniz et recouvert 
depuis d'une charmante reliure de Traittz-Bauzonnet, 

254. Les Métamorphoses d'Ovidr, en latin et en franrois, de la 
traduction de Tabbé Banier, Paris, Dclalain^ 1767-1771; 
4 vol. in-4, fig. d'Eisen, Boucher, Moreau, etc., gi*av, par 
Lemire et Basan, mar. r. dos ornés, doublé de ta])is, fil. tr. 
dor. [Derome), — 2975 fr. pour M. George Danyau. 

Superbe exemplaire du premier tirage. 

255. PHiEDRi, Augusti Caesaris libcrti, fahularum /Esopiarum libri 
quinque, Jmstelodami , 1667, in-8, front, gr., mar, rouge, 
doublé de mar. rouge, tr. dor. {Boyet), — 1300 fr. à M. le 
baron de Portails. 

Tr(?s-bel exemplaire de cette édition recherchée pour les figures dont 
elle est ornée, et qui toutes sont intactes. 

256. Phaedri, Aug. liberti, fabularum iEsopiarum libri V, notis 
illustra vit in usum seren. principis Nassavii David Hoogstrata- 
nus. Amstelxdami. 1701, in-4, front., port., mar. r. fil. tr. 
dor. {Rel. anc). — 3S5 fr. 

Belle édition, ornée de dix>huit planches, donnant chacune les sujeU 
de six fables, et d'un grand nombre de jolies vignettes gravées dans le 
texte, par Vianen. Belié par Derome. 

277. Lr Rommant de la Rose, nouvellement reveu et corrigé 
(par Cl. Marot). Paris y par GalUot du. Pré y 1329, lettres ron- 
des, pet. în-8, fig. sur bois, mar, rouge, dos orné, fil. tr. dor. 
{Rel. anc). — 500 fr. 

Edition rare. Exemplaire aux armes du duc de Moutemart, acheté a la 
yente du docteur Mitford, à Londres. 

279. Le Champion des Dames, composé par Martin Franc, On les 
vend à Paris ^ en la boutique de Galiot du Pré {impr, par P. Fé^ 
doue)j irnO, pet. in-8, lettres rondes, fig. sur bois, mar. r. 
fil. tr. dor. — 473 fr. 

Livre fort rare. Exemplaire en reliure ancienne. 

280. Œuvres de feu maistrb Alain Chaetieb, nouvellement im- 



Met 
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— illas- 
llaye). 
lig. sur 

(1 fr. 

.loi «t les 

■ Navarre. 
' Margue- 



154 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

292. Notables Enseignemens, adages et proverbes, faitz et compo- 
sez par Pierre Gringore dit Vauldemont, On les vend à Lyon^ 
Olivier ArnouLlet : (A la fin :) Imprimez a Lyon par Olivier 
Arnoullet le xviij de mars, Lan mil ccccc ,xxxviij ; pet. in-S, 
goth., mar. r. dos orné, fil. tr, dor. {Trautz-Bauzonnet), — 

" 760 fr. 
Exemplaire très- bien conservé, proyenant de la bibl. de M. Doubui. 

293. GoNTBEDiTS DE SoNGEGREUx par Pierre Gringore. Paris ^ par 
Nicolas Couteau f pour Galliot du Pré, libraire, (1530); pet. 
in-8 goth., avec une ^^. sar bois, mar. v. fil. à froid, doublé 
de mar. r. dent, à l'oiseau, tr. dor. {Bauzonnet), — 1450 fr. 
Première édition de ce livre, un des plus rares de Gringore. 

294. Les Illustbations de Gaule et singularitez de Troye, par 
maistre Jehan Le Maire de Belges, œuvres de luy, non jamais 
encore imprimées; Lyon, par Jean de Tournes, 1549, in-fol. 
mar. r. fil. dos orné, tr. dor. {Dura)* — 450 fr. 

Magnifique exemplaire de l'édition la plus complète et la plus belle 
de ce recueil. 

295. Jan Mahot de Caen sur les deux heureux voyages de Gènes 
et Venise, victorieusement mys à fin par le très chrestien roy 
Loys douziesme de ce nom... Paris, devant lesglise Saincte 
Geneviefve des Ardens, 1532, pour Pierre Rouf et dit le Ftml" 
cheur^ par maistre Geufroy Tory de Bourges, pet, in-8, lettres 
rondes, mar. br. fil. dos orné, tr. dor. — 500 fr. 

298. Œuvres de Glément Mabot, plus amples et en meilleur ordre 
que paravant. A Lyon^ à V enseigne du Rocher (chez «S. Sahon)^ 
1545; 2 part, en 1 vol. in-8, mar. Si. doublé de mar. r. large 
et riche dent. tr. dor. {Très-belle reliure de Duru\, — 1550 fr. 
Édition aussi belle qu'elle est estimée. 

299. Les Œuvres de Gl. Marot, reveues, augmentées, et dispo- 
sées en meilleur ordre que ci -devant. Niort, Th. Portau^ 1596, 
in-i6, mar. bleu, dos orné, fil. tr. dor. {Bauzonnet^Trautz). 
410 fr. 

Edition estimée, publiée par le médecin Mizière. 

300. Les Œuvbes de Glément Marot de Gahors. La Baye, Adrian 
Moetjens, 1700, 2 vol. pet. in-12, régi., mar. r. fil. dos ornés, 
ir. dor. {Padeloup). — 330 fr. 

Joli exemplaire. H. 129 mill. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 155 

303. Lesperonde discipline, par noble homme fraire Antoine du 
Saix, commendeur de Sainct- Antoine de Bourg-en-Bresse. S. 
l,y 1532; 2 part, en 1 vol. in-4y goth., mar, r. tr. dor. {JBau- 
zonnet). — H 00 fr. 

304. Peutz Fatras d'ung apprentis surnommé lesperonnier de 
discipline (Antoine du Saix). Paris ^ Simon de ColineSy 1537, 
in-4, titre encadré, mar. bl. rich. compart. {Trautz-Bauzonnet). 
— 920 fr. 

Recueil de petites pièces de vers, épigrammes, épitaphes, sentences, etc. 

305. Délie, object de plus haulte vertu, par Maurice Sceve. 
Lyon^ Sulpice Sabon^ pour Ant. Constantin^ 1544; pet. in-8, 
portr. et vign. sur bois, mar. r. dent, dos orné, tr. dor. ÇBau-> 
zonnet'Jrautz). — 690 fr. 

Volume rare, orné du portrait de l'auteur et de 50 figures finement 
gravées sur bois. 

306. Savlsàyb, Eglogve de la vie solitaire, par Maurice Sceve, 
Lyonnois. A Lyon ^ par Jean de Tournes, 1547, in-8, fig. sur 
bois, 32 pages, mar. vert^ dos orné, £Q, tr. dor. {Koehler). — 
610 fr. 

Opuscule fort rare. 

Bel exemplaire de Ch. Nodier et de Yemeniz. 

307. Regveil des Œwres de fev Bonaventyre des Périers, vallet 
de cbambrede Marguerite de France, Royne de Navarre (pub), 
par Ant. du Moulin). Lyon, Jean de Tournes^ 1544, in-8, mar. 
r. dos orné, fil. tr. dor, (Niedrée). — 700 fr. 

Volume fort rare. 

308. ÛFVicvLES d'Amour, par Heroet, La Borderie et autres di-* 
vins poètes. Z/o«, lean de Tournes y 1547, in-8, mar. rouge, 
compartiments ornés, tr. dor. {Kœhler). — 680 fr. 

309. IVIAAGUERITES de la Marguerite des princesses, très-illus- 
tre royne de Navarre (publ. par S. Sylvius, dit de la Haye). 
Lyon, Jean de Tournes, 1547, 2 tom. en 1 vol. in-8, fig. sur 
bois, mar. bl. fil. tr. dor. {Trautz-Bawsonnet). — 2100 fr. 

Bel exemplaire. Saperbe reliure parsemée à Finfini sur le dos et les 
plats de marguerites alternant avec des fleurs de lis. 

310. Le Tombeav de Marg vérité de Valois, Royne de Navarre. 
Paris f Michel Fezandat, 1551, in-8, réglé, portr. de Margue- 



156 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

rite, luar. bl. tr. dor. doublé de mar. r. tr. dor. {Cape). — 
775 fr. 
Volume rare. 

311. Œuvres poétiques de Mellin de S. Gelais. Lyon, par Ant» 
de Rarsy^ 1574, in-8, réglé, mar. r. dos et plats ornés, dou- 
blé de mar. large dent, composée de fleurs, tr. dor. \^rautz- 
Batizonnet), — 1000 fr. 
Exemplaire très-grand de marges (165 milUm.), omë d*ane élégante 

reliure de Trautz. 

314. Les Œvvres de Hvgvks Salel. A Lyon^ par Benoist Rigaud^ 
1573, de t imprimerie de François Durelle^ in-16, mar. r. com- 
part. doublé de mar. vert, dent. tr. àor, [Niedrée], — 1210 fr. 
à M. Bancel. 

Charmante reliure, ornée de compartiments à petits fers et au poin« 
dllé, petit chef-d'œuvre de dorure de feu E. Niedrée. 

315. La Recréation, devis et mignardise amoureuse, contenant 
plusieurs blasons, menues pensées, verger, ventes et demandes 
de Tamant iil'amye, et autres propos amoureux. Paris ^ pour ia 
vefve Jean Bonfons, S. d., pet. in- 16, fig. sur bois, mar. v. 
dos orné, tr. dor. [Bauzonnet], — 550 fr. 

316. Les Fables d'ësope, Phrygien, mises en rime françoise (par 
Gilles Gorrozet) avec la vie dudit Esope, extraite de plasiears 
autheurs, par M. Antoine du Moulin, Masconnois. Lyon, par 
Jean de Tournes^ et Guill. Gazeau. 1549, in-16, titre encadré, 
fig. sur bois, mar. v. coropart. tr. dor. (Très jolie rel, de Duru), 
~ 1220 fr. 

Charmante édition, ornée de cent figures sur bois très-délicatement 
gravées, et que M. A. Didot attribue à J. Cousin. 

317. I.e Parnasse des Poètes françois modernes, par feu Gilles 
Gorrozet. Paris^ Galiot Corrozet, 1571, pet. in-8, mar. bl. fil. 
àfr. tr. dor. {Niedrée). — 360 fr. 

Bel exemplaire provenant de la vente Solar. 

318. Décades de la Description, forme et vertu naturelle des 
Animaulx, tant raisonnables quebrntz (en vers, par Barthélémy 
Anneau). A Lyon, par Balthazar Arnoullet^ MDxlix; in-S, fig. 
sur bois, mar. bleu, dos orné, couvert de riches compart. à 
petits fers, tr. dor. {Niedrée), — 735 fr. 

Livre rare, orné de jolies gravures sur bois. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 157 

3ià. Lb Premier Livrb des Emblèmes. Composé par Guillaume 
Gueroult. A Lyon^ chez Balthazar Jrnoullet^ MDxxxxx, 72 pp. 

— Second Liure de la Description des Animaux, contenant le 
Blason des Oyseaux, composé par Guillaume Gueroult. A Lyon^ 
par Balthazar Amoullvt^ MDxxxix; 72 pp. in-8 réglé, ^%* 
sur bois, mar. bleu, compart. à la Grolier, tr. dor. [Niedrée], 

— 615 fr. 

320. Œuvres poétiques de Estienne Forcadel (deBéziers) ; Paris^ 
Gttill, Chaudière^ 1579, in-8, mar. bl. dos orné, dent. tr. dor. 
[Bauzormet). — 820 fr. 

Bel exemplaire de Ch. Nodier. 

32 i. Les Œuvres poétiques de Jacques Peletier du Mans. Paris ^ 
Michel de Fascosan^ 1647, pet. in-8, mar. vert, tr. dor. [Duru), 

— 720 fr. 

Bel exemplaire de Ch. Nodier. 

322. Ewres poétiques de Jaques Peletier, du Mans, intitulez 
Louanges, Paris ^ Rob, Coulombel^ à V enseigne d Aide y 158i, 
în-4, mar. r. tr. dor, (Dura), — 720 fr. 

Volume rare, imprimé avec Torthographe inventée par l'auteur. 

323. Amoureux repos de Guillaume des Autelz, gentilhomme 
c-harolois. Lyon^ Jean Temporal^ d553, pet. in-8, portr. gr. 
sur bois, mar. bl. ornem. sur les plats, tr. dor. {Trautz-Bau- 
zonnet). — 900 fr. 

Volume rare. Les portraits de G. des Autelz et de sa maîtresse, placés 
▼is-à-vis l'un de Taulre, occupent le verso du premier feuillet et le recto 
du second. 

Le volume se termine par une Élégie à la toute divine de Ponltis de 
Tyard^ et des épigrammes à sa sainte (sa maîtresse). 

324. Bkpos de plvs grand travail (par Guillaume des Autelz) 
A Lyon^ par lean de Tournes et GuiL Gazeau^ MDxxxxx, in-8, 
mar. r. filets à comp. tr. dor. [Thouvenin), — 920 fr. 
Très-bel exemplaire de Ch. Nodier, avec VEx mus«o sur les plats. 

3i5. EWRES DE LOVIZE LABÉ LIONNOIZE. A Lion, par 
Ion de Tournes^ MDLvi, in-8, mar vert clair, compart. dou- 
blé de mar, rouge, couvert de riches ornements, tr. dor. 
{Thouvenin). — 2700 fr. 
Cet exemplaire a appartenu en 1647 à un Charles Labb, dont la signa- 



158 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

tore se trouve sur le titre, puis à Charles Nodibb, dont il porte YEs musmo 
sur les plats. Belle reliure de Thouvenin. 

329. ÉLÉGIES (et Épigrammes) de Jean Doublet, Dieppoys. Pa^ 
riSy pour Charles Langelier, 1559, in-4, 55 ff. chiffrés et 1 r. 
chiff. pour la marque de Langelier, réglé, mar. r. ornements 
sur les plats, tr. dor. {Trautz-Bauzormet). — 1500 fr. 

Ces poésies sont d'une insigne rareté. 

330. Marguerites poétiques recueillies par Esprit Aubert. Lyon^ 
Barth, Ancelin^ 1613, in-4, titre gr., 4 ff. lim. 14 ff. de table 
et 1215 pp. chiffrées, mar. r. tr. dor. [Duru). — 325 fr. 

Exemplaire grand de marges. 

331. Les Œuvres de Pierre de Ronsard... (avec les commentai- 
res d'Ant. Muret, et de K\c, Richelet sur les Amours et les 
Odes). Paris ^ Nicolas Buon^ 1610. — Recueil des sonnets, 
odes, hymnes, élégies et autres pièces retranchées aux éditions 
précédentes. Paris ^ Nie, Buon^ 1610; — Ensemble 11 tom. en 
5 vol. in-12, titre gr. et portr., mar. r. fil. tr dor. {Jolie re^ 
Hure du temps) , — 500 fr. 

332. Les quatre premiers Livres des Odes de Pierre de Ronsard, 
Yandomois. Ensemble son Boccage. Paris^ chez Guillaume 
Cavellat^ 1550, in-8, réglé, mar. r. dent. int. tr. dor. [Trauiz- 
Bauzormet), — 300 fr. 

Édition originale. 

333. Les CEwres françoises de Joaghim dv Bellay. PariSy Fede^ 
rie Morel^ 1569, in-8, mar. r. dos orné, compart. tr. dor. 
{Duru], — 285 fr. 

Première édition collective des poésies de Joachim du Bellay. Elllc 
se compose de neuf parties, toutes ayant une pagination à part, et de» 
titres particuliers avec la date de 1568. 

334. Les Gëvyres françoises de Joachim du Bellay, rcveues et de 
nouveau augmentées. Roueriy Raphaël du Petit^Fal^ 1597, in-12, 
mar. bl. dos orné, compart. doubl. de mar. r. dent. tr. dor. 
{Thouvenin). — 365 fr. 

Bel exemplaire de Ch. Nodier, avec les écussons sur les plats. 

335. BAIF (Jan Antoine de). Ewresen rime. Pam,Z«céW-ffreytfr, 
1573. — Les Amours, à Monseigneur le duc d'Anjou. Paris, 
Ztœas Breyer^ 1572. — Les Jeux, à M. le duc d'Alençon. Paris^ 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 159 

Lucas Breyer^ 1572. — Les Passetemps, Paris ^ Z. Breyer^ 
4373. Ensemble 4 vol. m-8, mar. bl. tr. dor. (Duru), — 
1640 fr. 

Superbe exemplaire de ces quatre yolumeS) qu'il est très-difEcile de 
réunir. 

338. La Bergerie de R. Belleau, divisée en une première et se- 
conde journée. Paris ^ Gilles Gilles ^ 1572, 2 part, en 1 vol. 
pet. in-8y mar. r. dos orné^ fil. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet) . 
— 315 fr. 

Première édition. 

340. Les Odes d'Olivier de Magny, de Gahors en Quercy. Paris, 
André Wechel^ 1559, in-8, mar. bl. dos orné, fil. tr. dor. 
{TrautZ'Bauzonnet). — 1500 fr. 

Trèsobei exemplaire, grand de marges et bien conservé. 

Olivier de Magny, un des meilleurs poëtes de son temps, surtout dans 
ses odes, est aussi un de ceux dont les ouvrages se rencontrent le plus 
difficilement. 

341 . Les Oëuvses poétiques d'Amâdis Jamtn. Au Roy de France 
et de Pologne. Paris, de V imprimerie de Robert Estienne, par 
Mamert Pâtisson^ 1575, in-4, réglé, mar. r. fil. tr. dor. dos à 
la rose. [Trautz-Bauzonnet], — 1700 fr. 

Première édition. Exemplaire de la plus belle conservation. 

342. Les Œuvres poétiques d'Amâdis. Paris, Mamert Pâtisson^ 
1579. — Le second volume des œuvres d'Amâdis Jamin. Paris, 
Robert Mangnier, 1584, 2 tom. enl vol. iu-12, mar. r. tr. dor. 
[TrautZ'Bauzonnet). — 625 fr. 

n est très-difQcile de trouver réunis les deux volumes de ces poésies. 
Le second, qui n'a été imprimé que cette fois, est fort rare. 

343. Les Poésies de Jacques Tahubeau, du Mans, mises toutes 
ensemble. Paris^ pour Jean Ruelle, 1574, in-8, mar. bl. dos 
orné, riches dent. tr. dor. (Trautz-Bauzonaet). — 880 fr. 

Très-joli exemplaire de ce poète, Tun des meilleurs et Tnn des plus 
gracieux de l'école de Ronsard. 

345. Les Œuvres poétiques de Claude Tubbin, Dijonnois, Paris, 
1572, in-8, portr., mar. vert, tr. dor. {Bauzonnet-Trautz), — 
620 fr. 

347. Les Œuvres poétiques de Pontus de Tyard, seigneur de 



160 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Bissy, Paris y Galiot du Pré^ 1573; Spart, en \ vol. m-4. mar. 
br. tr. dor, (Bauzonnet-Trauiz), — 900 fr. 

348. Les Premières Œuvres de Philippe Desportes. Paris^ Mamert 
Pâtisson^ i 600, in- 8, mar. r. fiL (Reliure du temps), — 1620 fr. 

Exemplaire très-grand de marges et bien conservé, dans sa première 
et belle reliure, toute parsemée de marguerites en or, tant sur le dos 
que sur les plats ; ce qui fait supposer que cet exemplaire a appartenu k 
la reine Marguerite, première femme d'Henri IV. 

De la bibliothèque de M. Double. 

352. Les Poèmes de Pierre de Brach, Bourdelois, divisés en trois 
livres. Bourdeaux^ Simon Millanges^ 1S76, in-4, mar. r. fil, 
tr. dor. dos à la Padeloup. {Kœhler), — 360 fr. 
Volume rare. Le premier livre contient les amours d'Aimée (odes, élé- 
gies et sonnets). Dans le second livre se trouve un Hymne de Bourdeaux, 
de près de 600 vers, et dans le troisième une Masquarade du triomphe de 
Diane, représentée en faveur de mademoiselle Diane de Foix de Candale. 

354. Les OEavres poétiques de Clovis Hesteau, sieur de Nuy sè- 
ment, dédiées à Monsieur (duc d'Anjou, frère de Henri III). 
Paris ^ A ÎAn^elier^ 1578, pet, in-4, mar. r. dent, intér. tr. 
dor. {Trautz-Bauzonnet) . — 610 fr. 

Les OEuvres poétiques de Clovis Hesteau, natif de Blois, doivent se pla- 
cer parmi les poésies les plus rares du seizième siècle. 

356. Les OEuvres de Mesdames des Roches de Poictiers, mère et 
fille, seconde édition augmentée de la tragi-comédie de Tobie 
et autres œuvres poétiques. PariSy pour Jhel rjngelier^ 1579, 
in-4, mar. bl. tr. dor. [Dura). — 255 fr. 

357. La Puce de Madame des Roches (publ. par J. de Sourdrai 
Poitevin). Paris, A, l'Jngelier, 1582; in-4, mar. br. tr. dor. 
[Duru). — 270 fr. 

358. La Musc chrestienne de G. de Saluste, seigneur du Bartas. 
Bourdeaux, par Simon Millanges^ 1584, in-4, mar. bleu, tr. 
dor. {Trautz-Bauzonnet) , — 405 fr. 

Première édition. 

362. Les OEuvres poétiques de Pierre de Cornu, Dauphinois, 
Lyon^Jean Huguetan {imp, de Th, Ancelin)^ 1583, pet. in-8, 
mar. bleu clair, dos et plats ornés. (Trautz- Bauzonnet). — 
850 fr. 
Poëte fort rare et recherché. Court de marges. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 161 

c P. Cornu se distingue des poètes pétrarquîsants de son temps, ses 
amours sont positifs jusqu'à la grossièreté.... mais il ne manque pas 
d'une sorte de verve préférable aux plaintes langoureuses de ses rivaux. » 
(VioUet-le-Duc.) 

365. Les OEuvres poétiques de Jacques de Courtin de Cissé, gen- 
tilhomme percheron (Sonnets et odes). Paris ^ Gilles Beys^ 1591, 
in-12, mar. citr. doset plats ornés, tr. dor. {TrautzSauzonnet), 
— 345 fr. 

Très-bel exemplaire du comte Alfr. d'Auffay. 

366. Les Essais poétiques de Guill. du Peyrat, gentilhomme 
lyonnois. Tours^ Jamet Mettayer^ 1593, in-12, mar. bl. fil. Ir, 
dor. [Kœhler). — 295 fr. 

Bel exemplaire de Ch. Nodibr, de M. de Chaponay et de M. Tur- 
quety. 

367. Les OEuvres poétiques du sieur de Trellon. Lyon y Claude 
Michel^ 1594; pet. in-12, mar. r. fil. tr. dor. {Hardr), — 
220 fr. 

368. LES DIVERSES POÉSIES du sieur de la Fresnaie Vauque- 
lin. A Caeriy chez Charles Macé^ 1612, in-8 mar. bleu, dos 
orné, fil. dent. int. tr. dor. (Bauzonnei),^ 2300 fr. 

Poésies estimées et dont la rareté est bien connue. 

369. Recueil des œuvres poétiques de Jan Passerai, Paris ^ Abel 
VJngelier^ 1 606. — JoannisPasseratii Kalendae Januarias et va- 
ria qusedam poemata; quibus accesserunt ejusdem authorismis- 
cellanea... Parisiis^ apud Jbel. Angelierum^ 1606, in-8, mar. 
bleu, fil. dos orné, tr. dor. [Trautz-Bauzormet], — 720 fr. 

Elxem plaire, très-grand de marges, avec le beau portrait de Passerat 
gravé par Thomas de Leu, en tête de la partie française. 

373. Les Premières OEuvres poétiques et soupirs amoureox de 
Guy de Tours, Paris^ 1598, in-12, mar. bl. dos et plats ornés, 
tr. dor. [TrautZ'Bauzonnet], — 400 fr. 

Poète rare. 

374. Les Premières OEuvres poétiques de Jehan Grisel, Rouen- 
nois. A très chrestien roy de France et de r^avarre, Henri IIII. 
Rouen j Raphaël du Petit^Fal^ 1599, in-12, œar. fil. br. dos et 
plats ornés, tr. dor. {Trautz^Bauzonnet) . — 350 fr. 

Volume rare. 



162 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

37S. Les OEnvres latines et françoises de Nicolas Rapin, Poicte- 
vin. A Paris j Pierre Cfiemlier^ 1610, in»4, mar. v. dos orné, 
fil. tr. dor. [Cape). — 380 fr. 

37 7« Recueil des œuvres poétiques de J. Bertaut, abbé d'Annay... 
Seconde édition, augmentée de plus de moitié. Paris ^ Lacas 
Breyel^ 1605. — Recueil de quelques vers amoureux. Édition 
dernière, reveue et aug'mentée. Paris ^ Ph, Pâtisson^ 1606; 
2 tom. en 1 vol. in-8, mar. bleu, dos orné, fil. tr. dor. [Trautz- 
Bauzonneï] . — 700 fr. 

Ce sont les meilleures et les plus belles éditions des deux recueils de 
poésies de Bertaut. 

378. Les Tragiques donnez au public par le larcin de Prométhée 
(parle sieur d'Aubigné). Au désert^ 1616, in-4, mar. rouge, 
tr. dor. [TrautZ'Bauzonnet), — 400 fr. 

Édition originale, très-rare. 

379. Les Poèmes divers du sieur de Lortigue, Provençal. Paris^ 
Gosselin^ 1617, in-12, réglé, mar. vert fleurdelisé, fil. tr. dor. 
{Aux armes de Marie de Médicis), — 1750 fr. 

Volume très-rare. 

380. Les OEuvres poétiques du sieur Bernier de la Brousse. Poic^ 
ties, par Julian Thoreau^ 1618, in-12, front, .grav., mar. r, 
dos orné, fil. tr. dor. [Niedrée], — 400 fr. 

388. Ouvrage poétique du sieur (Pierre de Cotignon de la Char- 
nays), gentilhomme nivervois. Paris, 1626, in-i2, front, gr., 
titre impr., mar. r. tr. dor. {Trautz^Bauzonnet), — 440 fr. 

Recueil rare et curieux. 
399. OEuvres du sieur Gaillard. Paris, Dugast.^ 1634, 2 part. 
en 1 vol. pet. in-8, titre gravé, fig. mar. r. dos orné. fil. tr. 
dor. (Trautz-Bauzonnet)'. — 290 fr. 

Livre fort rare et singulier. L*auteur était laquab de Mgr de Vie, ar« 
c1ieT(^que d'Auch. Court de marges. 

408. Poésies Françoise, par M. de Ménage. Paris^ A. 'Courbé^ 
1656; pet. in-12, 40 pag., lettres italiques, mar. r. fil. tr. dor. 
[Trautz^Bauzonnet). — 600 fr. 

« C'est sans contredit, dit M. Brunet, Tune des pièces les plus rares 
de la collection el7.evirienne. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 163 

413, Les Œuvres de M. Bensserâde. Suivant la copie à Paris ^ 
chez Ch, de Sercy {Hollande)^ 1698, 2 vol. pet in-8, front, gr., 
mar. rouge, dent, intér. (Trautz-Bauzonnet) . — 399 fr. 
Bel exemplaire non rogné de la bibliothèque de M. de la Bsdoyère. 

il 9. OEUVRES DIVERSES DU SIEUR Boileau-Despreaux. Paris^ De-- 
rtfs Thierry^ 1701 ; 2 vol. in-12, réglés, frontisp. et fig., mar. 
citr. doublé de mar. r. dent. tr. dor. [ReL anc], — 3920 fr. 
à M. le baron J. de Rothschild. 

Dernière édition, publiée du vivant de Boileau. Précieux exemplaire 
aux armes et au chiffre de Mme de Chamillabt. 

420. Les Œuvres de Nicolas Boileau-Despreaux (publ. par Bros- 
selte). La Hajre^ 4722; 4 vol. in-12, fig., mar. r. fil. et vignet- 
tes de Bernard Picart, tr. dor. (Padeloup), — 1020 fr. 
Édition estimée. Bel exemplaire deBENouARD. 

421. Œuvres de Boileau-Despréàux, avec des éclaircisseinents 
par de Saint-Marc. Paris^ 1747; 5 vol. in-8, portr., vignettes 
d'Eisen et fig. de Gochin, mar. r. fil. tr. dor. {Rel. anc). — 
1400 fr. 

Bel exemplaire en papier fin de Hollande. De la biblioth. de d'Han- 
gard, et proyenant de la vente Radziwill. 

422. oeuvres de Boileàu, édition dédiée au Roi. A Paris ^ de 
t imprimerie de Pierre Dldot taîné^ 1819; 2 tomes en 1 vol. 
in-fol. vignettes par Fortin gravées par Girardet, mar. rouge, 
doublé de mar. vert foncé, large dent. int. à petits fers (jCapé), 
— 910 fr. 

Magnifique édition, tirée à 125 exemplaires seulement. 

426. Œuvres choisies de madame Deshoulières. Paris ^ impr, de 
P. Didot taîné^ 1795, in-18, gr. pap. vélin, fig. de Marillier, 
mar. vert, fil. dos orné, tr. dor. (Cape"), — 1100 fr. 

Charmant exemplaire, orné des trois dessins originaux de MariUer, 
avec leurs gravures avant la lettre, d'un joli dessin de Monsiau qui n*a 
pas été gravé, d'un dessin de Chasselat avec la gravure, et de 2 por- 
traits de Mme Deshoulières et de k autres figures ajoutées. 

De la bibliothèque de M. de la Bédoyère. 

429. Œuvres diverses de (J.-B.) Rousseau. Amsterdam, Chan-- 
guion^ 1728, 4 vol. in-12, front, et fig. deDebrie, mar. bUdos 
ornés, fil, tr. dor. [Padeloup). — 1000 (r. 

Exemplaire aux armes du duc d'AuMoirr. 



164 BULLETIN DU BraLIOPHILE. 

433. OEUVRES DE Gresset (avec le Parrain magnifique). Paris ^ 
Renouardy i 810-11, 3 part, en 2 vol. in-8, pap. vél., fig. de 
Moreau avant la lettre, mar. r. dos à la du Seuil, fil. tr. dor 
[Trautz-Bauzonnet). — 700 fr. 

Ce bel exemplaire en papier vélin contient, outre une triple suite, des 
vignettes de Tédition avant la lettre sur papier blanc, papier de Chine 
et eaux-fortes. 

De la bibliothèque de M. de la Bédotàrb. 

443. La Heneiade de M. de Voltaire, Londres^ 1728, in-8, fig., 
réglé, mar. r. comp. doublé de pap, doré, Ir. dor. (Padelottp), 
— 3000 fr. 

Seconde édition, avouée par l'auteur. 

La reliure, un des chefs-d*œuvre de Padeloup, est ornée de riche» 
compartiments à mosaïque de maroquin vert, citron et rouge, avec do- 
rures, à petits fers et au pointillé, couvrant entièrement le dos et les plats 
du volume. 

Ce magnifique exemplaire, parfaitement conservé, a fait partie de la 
bibliothèque de d^Hengard. Acquis à la vente de Badziwill au prix de 
1500 francs. 

445. La Pucelle d'Oléans, poëme divisé en quinze livres, par 
M. de V... (Voltaire). Louvain^ 17S5; pet. in-8, mar. citr. dos 
orné, fil. tr. dor. [Trautz-Bauzonnet], — 275 fr. 
Édition originale. 

448. Fables choisies, mises en vers par M. de la Fontaine, et par 
lui revues, corrigées et augmentées. Paris^ Denys Thierry et 
Cl, Barbin, 1678-1679, 4 vol. —Cinquième partie, Paris, CL 
Barbin^ 1694, 1 vol. — Fables nouvelles et autres poésies de 
M. de la Fontaine. Paris ^ D. Thierry^ 1671 ; 1 vol. En tout 
6 vol. in-12, fig., mar. r. fil. tr. dor. — 3450 fr. à M. de La- 
carelle. 

Très-bel exemplaire relié par Boyet, provenant de la bibliothèque de 
M. J.- J. DE Bure, et de celle de M. Brunet. 

Cette édition est la seule complète qui ait été donnée du vivant de la 
Fontaine. 

449. Fables choisies, mises en vers par M. de la Fontaine. La 
Haye^ Henry van Bulderen, 1688-94, 5 part, en 2 vol. pet. 
in-8, fig. de H. Cause, mar. vert, fil. tr. dor. {Deromc), — 
2000 fr. 

Exemplaire de la bibliothèque du prince Radzivrill. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 165 

450. Fables choisies, mises en vers par J. de la Fontaine. Parisy 
chez Desaint et Saillant et Durand^ 1755-39, 4 vol. in-fol., 
frontisp. et figures de J.-B. Oudry, mar. rouge, large dent, à 
comp. tr. dor. {Rel, anc). — 2000 fr. 

Bel exemplaire en grand papier de Hollande. Très-bonnes épreuves 
des figures d'Oudrj. 

451. Fables choisies mises en vers par J. de la Fontaine. Edition 
gravée en taille-douce, les figures par le sieur Fessard, le texte 
par le sieur Montulay. Paris ^ \ 765, 6 vol. in-8, mar. v. fil. dos 
ornés, tr. dor. [Derome], — 720 fr. 

Les figures, les vignettes et les culs-de-lampe qui ornent toutes les 
fables, ont été gravées d*après les dessins de Loutherbourg, Monnet et 
autres. 

Bel exemplaire. 

452. Fables de la Fontaine. A Paris ^ de t Imprimerie de Pierre 
Didot r aine y 1802, 2 tomes en un vol. in- fol. papier vélin, 
vignettes en tcte des livres par Percier, grav. par Girardet, 
mar. rouge, doublé de mar. vert foncé, large dent. (Cape). — 
820 fr. 

Un des 100 exemplaires avec les YÎgnettes avant la lettre. 

459. Recueil des sjeilleurs contes en vers (par la Fontaine, Vol- 
taire, Vergier, Senecé, Perrault, Grécourt, Piron, Autreau, etc.). 
Londres [Paris ^ Cazin), 1778, 4 vol. in-18, fig. de Duplessi- 
Bertaux, mar. rouge, dent. tr. dor. {Tremtz^Bauzonnet). — 
1020 fr. 

Très-bel exemplaire, relié sur brochure. 

460. Contes et Nouvelles en vers de M. de la Fontaine. Parisj 
Louis Billaine^ 1667, 2 part, en 1 vol. in-12, mar. r. fil. tr. 
dor. (TrautZ'Bauzonnet). — 1200 fr. 

Édition fort rare, la première des deux parties réunies, qui avaient 
paru d*abord séparément, la première en 1665, la seconde en 1666. 

461. Recueil des Contes du sieur de la Fontaine, les Satyres de 
Boileau, et autres pièces curieuses. Amsterdam, J, Verhaeven 
{à la Sphère)^ 1669, pet. in-12, mar. or. fil. tr. dor. {Trautz- 
Bauzonnet), — 380 fr. 

Joli exemplaire, 129 millim. Cette édition, imprimée à Bruxelles, 
chez Foppens, se joint a la collection des Elzeviert. 



166 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

462. Contes et Nouvelles en vers de M. de la Fontaine. Amster- 
dam^ H. DeshordeSy 1685, â tom. en 1 vol. in-12, fig. de Ro- 
main de Hooge, mar. bleu, fil. dos orné, tr. dor. (Bauzonnet- 
Trauiz). — 510 fr. 

Exemplaire de premier tirage et très-grand de marges. 

464. Contes et Nouvelles en vers, par M. de la Fontaine* jims- 
terdam (Paris, impr, de Barbou), 1762, 2 vol. in-8, fig. d'Ei- 
sen et de ChofTard, mar. rouge, dos orné, fil. tr. dor. {ReL 
anc), — 970 fr. 

Exemplaire de Tédition des fermiers généraux, avec le Cas de co/i" 
science et le Diable de Papefîguièrey non voilés. 

471. Les Satyres de M. Du Loeens, président de Chasteau-Neuf. 
Paris ^Ant, de Sommavilley 1646, in-4, mar. bl. tr. dor. (Duru), 
— 380 fr., à M. Léon Techener. 

Très-bel exemplaire, aux armes et aux chiffres du marquis de 

COISLIN. 

Du Lorens est considéré comme un des meilleurs poètes satiriques qui 
ont précédé Boileau. Cette édition est la dernière et la meilleure. 

472. Satires du Sieur D*** (Boileau-Despréaux). Paris ^ L. Bil" 
laine, 1666, in-12, front, gravé, mar. r. dos orné, tr. dor. 
{TrautZ'Bauzonnet). — 380 fr. 

Édition originale des sept premières satires de Boileau et du Discours 
au Roy, 

477. Le Tableau dé la vie et du gouvernement de Mes^iieors les 
cardinaux Richelieu et Mazarin et de Monsieur Colbert. Colo- 
gne ^ P. Marteau (Hoil.)^ 1693; pet. in-8, mar. r. (ly-aiilz- 
Bauzonnet). — 350 fr. 

Exemplaire non bogné. 

C'est la première et la plus belle édition de ce recueil satirique. 

480. Diverses petites Poésies du chevalier d'Aceilly (de Cailly). 
Paris y imprimées chez André Cramoisy, 1667, et se donnent au 
Palais, pet. in-12, mar. hl. fil. tr. dor. (Trautz^Bauzonnet), 
320 fr. 

Édition originale, rare surtout avec ce titre qui a été remplacé dans 
la plupart des exemplaires par un nouveau où les mots se donnent au 
Palais furent supprimés. 

481 . Madrigaux de M. D. L. S. (Antoine Rambouillet de la Sa- 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 167 

blière). Suivant la copie imprimée h Paris ^ chez Cl. Barhin 
(Holl,^ à la Sphère), 1680, pet. m-12, mar. bl. dos orné, fil. 
tr. dor. (TrautzrBauzonnet). — 135 fr. 

Jolie et rare édition. 

482. LES BAISERS, précédés du Mois de mai, poëme (par Dorât). 
La Hqye et Paris, Lambert, 1770, gr. in-8, pap. de Holl., 
titre rouge et noir, portr. de Dorât grav. par Dupin, frontisp., 
23 vignettes et 22 culs-de-lampe d'Eisen, mar. vert, riches 
compart. à petits fers, dos orné, tr. dor. (Cape), — lOSO fr. 

Superbe exemplaire, remarquable pour la beauté des épreuves. 
Reliure élégante avec dos et plats à la Derome, et attributs de Tamour à 
chaque coin. 

484. L'EscHOLE DE Saleane en vers burlesques (par Martin) et 
duo Poemata macaronica, de bello Huguenotico (par Remy ^el- 
leau). Suivant la copie imprimée à Paris ^ 1651, pet. in-12, 
mar. citr. compart. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet) . — 980 fr. 

Jolie et rare édition, imprimée à Leyde par les ELzeviers. 

485. L'OvmE en belle humeur, de M. d'Assoucy. Suivant la co- 
pie imprimée à Paris (Leyde, les Elsevier), 1651. pet. in-12, 
mar. orange, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). — 650 fr. 

Très-jolie édition, une des plus rares de la collection des Elzeviers. 

486. Les Odes d'Horace en vers burlesques (par H. Picou). Leydc, 
Jean Samhix (/. et /). Elsev,)^ 1653, pet. in-12, mar. bl. fil. 
dos orné, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet), — 820 fr. 

Exemplaire, grand de marges, d'un volume fort rare. Hauteur : 
131 millim. 

487. La chronique scandaleuse, ou Paris ridicule, de C. le Pe- 
tit. Cologne, P. de la Place (HolL), 1668, pet. in-12, mar. or. 
dos orné, fil. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). — 400 fr. 

Édition rare qui se joint à la collection des Elzeviers. Exemplaire, 
grand de marges. H.: 127 mill. et demi. 

C'est la seule édition de ce petit poëme plein de verve, qu'on con- 
naisse, imprimée séparément. 

492. La Muse folastre (le premier, le second et le troisième livre 
de), Lyon^ Barth, Ancelin, 1611, 3 part, en 1 vol. in-12, mar. 
orange, dos orné, fil. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). — 480 fr. 
Recueil rare, qui contient beaucoup de pièces du genre de celles du 



168 BULLETIN DU BIBUOPfflLE. 

Parnasse satirique. Dans le premier livre, on trouTe la Folasiries de 
P. de Ronsard non imprimées dans ses œuvres, 

493. Les Muses gaillardes, recueillies des plus beaux esprits de 
ce temps, par A. D. B. (Ant. DuBreuil), Parisien, Paris^ Ani, 
du Breuil, 1609, in-12, titre gravé, mar. br. compart. tr. dor. 
{Bauzonnet). — 430 fr. 

Recueil fort rare. Très-bel exemplaire provenant de la bibliothèque 
de M. Cigongne. 

49^. Le Cabinet satyrique, ou Recueil parfait des vers piquants et 
gaillards de ce temps. S. l. {Hollande ^ Elzevier)^ 1666, 2 voL 
pet. in-12, mar. citr. dos ornés, fil. tr. dor. (Trautz^Bauzon" 
net), —880 fr. 

Bel exemplaire. H.: 125 mill. 

495. Le Parnasse satyrique du sieur Théophile. S. /. {HoUiwde^ 
Elzevier), 1660, pet. in-12, mar. r. dos orné, compart. tr. 
dor. (Dura), — 280 fr. 

Exemplaire, orné d'une belle reliure de Duru à riches compartiments. 
H.: 123 millim. 

498. L'Origine des puces. Londres (Paris), 1 749, pet. in-12, texte 
gravé, 36 pages, vignettes, mar. r. dos orné, fil. tr. dor. — 
1150 fr. à M. Quentin Bauchard. 

Joli exemplaire aux armes de madame de Pompadour, provenant de 
la bibliothèque du prince Radziwill. 

501 . CHOIX DE CHANSONS, mises en musique par M. de la 
Borde, dédiées à madame la Dauphine. Por/V, de Lourmel, 1773, 
4 tom. en 2 vol. gr. in-8, texte gravé, mar. vert, dos ornés, 
dent, doublé de tabis, tr. dor. (Derome). — 4250 fr. à 
M. Georges Danyau. 

Superbe exemplaire et très-belles épreuves des figures de Moreau, Le 
Boueux et Le Barbier. La reliure, de Derome, est excellente et d*tine 
grande fraîcheur. 

Le portrait de Laborde, d'après Denon, gravé par Masquelier, se 
trouve en tête du tome III ; celui de Mme de Laborde, en pied, dessiné 
par Denon en 1776 et gravé par Née et Masquelier, a été ajouté au 
tome I. C*cst une pièce très-rare. 

502. TovTRSLEs EvvRES de François Pétrarque, contenans quatre 
livres de M. D. Laure d* Avignon, sa maltresse ; mis en fran- 
çoys par Vasquîn Philieul de Carpentras. En Avignon ^ Bart/tc- 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 169 

lemjr Bonhomme, 4 555, in-8, mar. bleu, dos et pla's ornés, tr. 
dorée. {Trautz-Bauzonnet). — 399 fr. 

Bel exemplaire d'un volume rare. 

503. Les Trivmphes Petrarqve. Paris ^ Estienne Groulleau, 1554, 
in-i6, lettres ital., réglé, fig. sur bois, mar. r. tr. dor. (Trautz- 
Bauzonnet), — 245 fr. 

Très-jolies figures sur bois au nombre de 148, dont plusieurs se ré- 
pètent. 

505. JÉRUSALEM DÉLIVRÉE, poême du Tasse. Nouvelle traduction 
(par Le Brun). Paris, Musier fils, 1774, 2 vol. gr. in-8, pap. 
fort, mar. r. fil. dos ornés, tr, dor. (Derome). — 550 fr. 

507. Idylles et poèmes champêtres de M. Gessner, Ljron^ 1762, 
pet. in-8, papier de Holl., figures, vignette et culs-de-lampe 
grav. par Wateletet MlleLeconte, mar. r. tr. dor. (Padeloup). 
— 640 fr. 

Exemplaire en grand papier. Belle reliure ornée sur les plats d'une 
large et riche dentelle. 

510. Les Comédies de Térencb, avec la traduction et les remar- 
ques de madame Dacier. Rotterdam^ Gaspar Fritsch^ 1717, 
3 vol. pet. in-8, régi., fig. de B. Picart, mar. v. fil. tr. dor. 
[Rel. anc). — 350 fr. 

Exemplaire en grahd papier de l'édition la plus recherchée de cette 
traduction. Très-rare. 

515. LesOEuvreset meslanges d'Estienne Jodelle, sieur du Lymo- 
din, Lyon^ Benoist Rigaud^i^dl^ in-12, mar. bleu, dos et plats 
ornés, tr. dor. {Trautz-Bauzonnei), — 420 fr. 

Bel exemplaire. 

516. La Médée, tragédie, et autres diverses poésies, par Jean de 
la Péruse. Rouen, Raph. du Petit-Val^ s, d. (1598), 2 part, de 
48 et 96 pages, en 1 vol. pet. in-12, mar. bl. dos orné, fil. tr. 
dor. ( TrautZ'Bauzonnet). — 480 fr. 

La première partie est sans date ; mais la seconde, intitulée : Diverses 
poésies de feu J . de la Péruse^ porte la date de 1598. Cette seconde par- 
tie manque souvent. 

517. Le Théâtre de Jacques Grevin, de Ciermont en Beauvoisis. 

12 



170 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

Piirisy 156â, in-8, mar. r. dos orné, compart. tr. dor. [Tkou- 

venin), — 580 fr. 

Exemplaire, proyenant de la bibliothèque de Ch. Nodieb, aTec les 
écussons sur les plats. 

518. La Tragédie d'Agamemnon, avec deoxlivres deçbantsdePlii- 
losophie et d'Amour, par Charles Tontain (sieur de la Masu- 
rie, de Falaise). Ptu^is^ Martin^ le Jeune^ 1557, in-4, mar. 
rouge, fil. tr. dor. [Ane, rc/.). — 290 fr. 

Volume très-rare. 

521. OËuvHBS POÉTIQUES de Jeaiï et Jacques de la Taillb. Paris ^ 
Fed. Morel, 1572-1574, 5 part, en 1 vol. in-8, mar. br. fil. 
dos et milieux ornés, tr. dor. [Trautz-Bauzonnet], — 880 fr. 

Très-bel exemplaire d'une réunion précieuse et fort rare des pièces 
originales des deux de la Taille. 

522. Les Six Premières Comédies facécieuses de Pierre de Larivey, 
Champenois. Parisy 1579. — Trois Comédies des six dernières 
de Pierre de Larivey, à sçavoir : la Constance, le fidèle et les 
Tromperies. Troyes^ P. Chevillât, 1611; ens. 2 vol. in-12y 
mar. vert, compart. tr. dor. [Niedrée], — 1100 fr. 

Bel exemplaire de VioUet-le-Duc. On sait combien est rare le deuxième 
volume de Larivey , qui n*a été imprimé qu'une fois. Le t6me I a' eu au 
moins cinq éditions ; c'est ici la première. 

528. Les Tragédies de N. Chrétien, sieur des Croix, Argentenois, 
Roueny 1608, 6 pièces (datées de 1603 à 1613) en 2 vol. pcl. 
in-12, mar. vert, dos ornés, dent. tr. dor. {Mouillié). — 
280 fr. 

532. Les Tragédies et autres œuvres poétiques de Jean Prévost. 
Poictiers^Jullan Thoreau, 1613-1614, 3 part, en 1 vol. in-12, 
mar. r. tr. dor. [TrautzrBauzonnet), — 580 fr. 

Exemplaire (qui laissait à désirer sous le rapport de la conservation) 
d'un livre qu'on trouve rarement aussi complet. 

537. Le Théâtre françois (par Samuel Chapûzeauj . Z^o/i, i 674, 
in-12, mar. citr. dos orné, fil. tr. dor. [^raùiz^Bauionnet). 

— 270fr. 

, ■ •• ^î • ■ ■ ^ .... 
Livre rare, donnant de curieux renseignements sur l'histoire et l'or- 
ganisation des théâtres de Paris à cette époque, la composition des trou- 
pes, etc. • • . . 'i' • t •. ■ 



■ \ 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 171 

538. Le Théâtre de P. Corneille, A Rouen, et se vend à Paris^ 
chez Thomas Jolly^ 1664, 3 vol. in-S, front, gravés, fig. de 
Chauveau, mar. r. dos ornés, comp. à la du Seuil, tr. dor. 
(^ar^r). — SoOfr. 

Cette édition a été donnée sur Tédidon de 1664 eu 2 vol. in-folio. 
Comme celle-ci, elle contient les discours sur le poëme dramatique et 
les examens des pièces. Le nouveau système orthographique employé 
par Corneille y a été également suivi. 

539. LE TBÉATRE DE P. CORNEILLE, revu et corrigé. Sui- 
vant la copie imprimée à Paris {Jmsterd, Abr, Wolf^anK)^ 1664 
(à 1676), 4 vol. — Les Tragédies et comédies de Th. Corneille. 
Suivant la copie imprimée à Paris [Amsterd,^ Abr.fjTolfgank), 
1665 (à 1978), 5 vol. ; ensemble 9 vol. pet. in-lâ, mar. rouge, 
fil. dos ornés, tr. dor. [Trautz-Bauzonnet), — 4100 fr. pour 
M. Ed. Bocher. 

Exemplaire bien complet et composé entièrement de pièces de bonne 
date, très-grand de marges. Hauteur : 132 mill. 

540. Le Théâtre de P. Corneille, reveu et corrigé par Tautheur. 
Paris y Guillaume de Luyne^ 1682, 4 vol. in-12, front, gr. et 
portr., mar. r. dos ornés, tr. dor. [Duru et Chambolle). — 
390 fr. 

Dernière édition et la seule complète publiée du vivant de Cor- 
neiUe. 

543. Horace, tragédie (par P. Corùeille). Paris^ Aug, Courbé, 
1641, in-4, mar. r, tr. dor. [TraïUz-Bauzonnet), — 570. 

Édition originale. Avec le frontisp. gravé par Daret, d'après Le Brun, 
qui manque souvent. 

544. Polyeucte martyr, tragédie (par P. Corneille). Paris ^ 1643, 
in-4, frontisp. gr., mar. r. tr. dor. {^rautz-Bauzonnet). — 
380 fr. 

Édition originale. 

545. Sertorius, tragédie (par P. Corneille). àRouenj 1662,in-12, 
vélin. — 220 fr. 

Edition originale. 

571. LES OEUVRES DE MONSIEUR DE MOLIERE, Paris^ 
Jean Guignard fiis^ 1666, 2 vol. in-12, 2 front, grav. pafChau- 



172 BULLETIN DU BIBLIOTHILE. 

veau, mar. bl. doublé de mmr. r. dent. tr. dor. (TrautZ'Bau-^ 
zonnet), — 5700 fr. 

Édition PBÉciEUSBy la première du Théâtre de Molière avec une pagi- 
nation sui-vie. 

572. OEUVRES DE M. de Molière. Paris ^ D. Thierry et Cl. Barbin^ 
1674-73, 7 vol. in-i2, mar. r. dos ornés, fil. tr. dor. (TrautZ" 
Bauzonnet), — 3350 fr. 

Édition fort rare, publiée presque immédiatement après la mort de 
Molière, et la première où toutes les pièees publiées de son vivant aient 
été recueillies en corps d^ouvrage et avec une pagination suivie. 

573. LES OEUVRES DE M. MOLIÈRE. Amsterdam^ chez Jaques 
le Jeune [Daniel Elzevier), 1675. 5 vol. — OEuvres posthumes, 
Amsterdam , Guill. le Jeune ^ 1689, 1 vol.; ensemble 6 vol. pet. 
in-12, mar. bl. dos ornés, fil. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet) . — 
2505 fr 

Bel exemplaire, grand de marges et parfaitement conservé. Hauteur : 
131 mill. 

574. Les OEuvres de M. Molière (publ. par Vinot et La Grange). 
PariSy D. Thierry^ Cl, Barbin et P. Trabouillet^ 1662, 8 vol. 
in-12, fig. deBrissait, mar. r. dos ornés, fil. tr. dor. (Duru et 
Chamholle), — 500 fr. 

Première édition complète des œuvres de Molière. 

575. Les OEuvres de M. de Molière. Amsterdam^ 1750; 4 vol. 
pet. in-12, portr. et fîg., mar. r. dos ornés, fil. tr. dor. — 
510 fr. 

Jolie édition, ornée des figures gravées par Punt, d'après Bouoher,en 
belles épreuves. Bel exemplaire en ancienne reliure à la Padeloup. 

576. OEUVRES DB MoLiiRE, avec des remarques, par M. Bret. 
1773, 6 vol. in-8, portr. d'après Mignard, Vig. de Moreau, 
mar. rouge, dent. fil. tr. dor. (Thibaron), — 700 fr. 

Reliure avec une large dentelle à la Derome. 

577. L'EsTouRDT, 1663; in-12, réglé, mar. r. tr. dor. (Trautz^ 
Bauzonnet) 1000 fr. 

Édition originale. 

578. Le Dépit amoureux, 1663, in-12, mar. r. tr. dor. (Trautz- 
Bauzonnet), — 1555 fr. 

Édition originale. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 173 

579. Les Fâcheux, 1662, in-12, inar. r. tr. dor. (Tniutz-Bauzon- 
net), — 1400 fr. 

Édition originale. 

580. L'Escole des femmes, 1663, in-12, mar. r. tr. dor. [Trautz- 
Bauzonnet). — 1255 fr. 

Édition originale. 

581. La CarriQUE de l'École des femhes (par Molière). 1663, 
in- 12, mar. r. tr. dor. [Trautz-Bauzonnet], — 1480 fr. 

Édition originale. 

582. Le Festin de Pierre. Amsterdam^ 1683, pet. in-l 2, fig. , mar. 
bl. tr. dor. [Dura], — 750 fr. 

Édition précieuse, qui contient la scène du pauvre et celle qui pré- 
cède (scènes l '^ et 2* du troisième acte) dans toute leur intégrité. Ces 
deux scènes renferment, dans cette édition, des passages qui ne se trou- 
vent même pas dans les exemplaires non cartonnés de l'édition de Pa- 
rlsy 1682. Hauteur : 130 miil. et demi. 

584. Le Misantropb, 1667, in-12, mar. r. tr. dor. [TnuUz^Bau- 
zonnet). — 1700 fr. 

Édition originale. Bel exemplaire. 

585. Le Tartuffe, ou t Imposteur^ 1669, in-12, mar. vert, fil tr. 
dor. [Duru). — 2250 fr. 

ÉomoN ORIGINALE, très-rare. A la fin du privilège, on lit : Achevé 
d^imprimer pour la première fois le 23 mars 1669* 

587. Le Sicilien, 1668, in-12, mar. r. tr. dor. [Trautz -Bauzonnet). 
1300 fr. 

Édition originale. 

588. Amphftrton, 1668, in-12, mar. r. dos et coins ornés, dent, 
intér. tr. dor. (Cape), — 1400 fr. 

ÉDmoN originale. Très -rare. 

592. Elomire, c'est-à-dire Molière hypocondre, ou les Médecins 
vengez, comédie (par le Boulanger de Ghalussay). Suivant la 
copie imprimée à Paris (Amsterdam^ D, Eizevier)^ 1671, pet. 
in-12, ^\^, mar. citr. dos. orné, fil. tJÊmÈor. {Trautz-Bauzon- 
net). — 390 fr. 

Pièce rare. Hauteur : 126 mill. La figure représente Scaramouche en- 
seignant^ Élomire estudicait. 



174 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

604. OEdvhes de Racine. Paris ^ JeanRihou^i%l^l%, 2 vol. m-12, 
front, et fig. deChauveau, mar. r. tr.dor. {Trcuitz^Bauzonnei). 
— 2080 fr. 

Première édition collectiye du théâtre de Racine, contenant ses neuf 
premières pièces, c'est-à-dire depuis la Thébalde jusqu'à Iphigéme. 

Comme dans quelques autres exemplaires, le tome I**" porte la date 
de 1675. 

605. OEuvres de Racine. Suivant la copie imprimée à Paris \Ams^ 
terdam, Ahr, Wolfgank]^ 1678. — Esther, tragédie tirée de 
l'Escritare sainte. Suivant la copie imprimée a Paris [Jms~ 
terd,,A. Wolfgank)^ 1689. — Athalie, tragédie tirée de TÉcri- 
ture sainte. Suivant la copie impr. à Paris (Amsterd.y Abr, 
Wolfgank)^ 1691; ensemble 2 vol. pet. in- 12, front et ^,^ 
mar. vert, fil. tr. dor. {Chambolle^Duru). — 575 fr. 

Exemplaire entièrement composé de pièces en première date. Hau- 
teur : 127 mill. 

606. OEUVRES DERACINE. Poris, Pierre Trabouillet y 1687, 2 vol. 
in-12, frontisp. et fig. de Ghauveau, mar. bl. jansén, tr. dor. 
(Thibaron). —410 fr. 

Édition recherchée, qui est en réalité la seconde de Racine, l'édition 
de 1679 n'étant qu'une réimpression pure et simple de celle de 1676. 
C'est la première qui renferme Phèdre, 

607. OEuvres de Racine. Paris^ 1697, 2 [vol. in-12, frontisp. et 
fig. de Ghauveau, mar. r. fil. tr. dor. [Trautz^Bauzonnet). — 
900 fr. 

Édition rare et estimée, la dernière donnée du Tivant de Racine, et lu 
première contenant Esther et Athalie, 

608. OEuvBES DE Racine. A Paris ^ de t impr, de Pierre DidotVatnéy 
1801, 3 vol. in-fol. papier vélin, cinquante-sept gravures de 
Prud'lion, Girodet, Gérard et Chaudet, ^mar. rouge, doublé de 
mar. vert, avec large dent. [Cape), — 2150 fr. 

Un des livres les plus magnifiques que la typographie d'aucun pays 
ait produits, dit M. Brunet. {Man, du libr,, IV, col. 1079,) 

609. La Thébayde, 1664, in-12, mar. r. tr. dor. [Trautz-'Bauzw- 
/î^f). — 4410 fr. 

Édition originale, avec le privilège qui manque quelqaefob. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 175 

6i0. Britannicus, Parw, CL Barbin^ 4670, m-12, mar. r. , plats 
à la Du Seuil, tr. dor. [Cape), — 1160 fr. 

Édition originale. 

611. Bérénice, 1671, in-12, mar. r. tr. dor. (Trautz^Bauzonnet), 

— 1100 fr. 

Édition originale. 

612. BAJÀZETy 1672^ in-12, réglé, mar. r. tt.àoT [Trautz-Bauzon^ 
net). — 980 fr. 

Édition originale. 

613. Mithridate, 1673, in-12,mar. r. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). 

— 1100 fr. 
Édition originale. 

615. Phèdre et Hippolyte, 1677, in-12, frontîsp. d'après Le BruD, 
mar. r. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). — 900 fr. 

Édition originale. 

616. EsTHERy tragédie tirée de rÉcritnre sainte (par J. Racine). 
Paris^ Den^s Thierry^ 1689, in-4, fig. — Athalie, tragédie 
(par le même). Paris, Denjrs Thierry, 1691, in-4, fig.; en 

1 vol. mar. r. tr. dor. (Trautz^Bauzonnet). — 805 fr. à 
M. Meaume. 

Éditions originales des denx pièces. 

017. Esther,Parw, 1689, in-12, fig., réglé, mar. tr. dor. {Traïaz- 
Bauzonnet) . — 500 fr. 

a 

Première édidon in-12, publ. en même temps que l'édition in-4. 

618. Athaliè, Paris, 1692, in-12, fig. mar. r. tr. [Trautz-Bau- 
zonnet). — 520 fr. 

Édition originale in-12. 

625. LesOEuvbes df M. Regnam). Paris, 1708, 2 vol. in-12, fig. 
mar. r. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). — 850 fr. 

Édition originale, rare. « 

628. Les OEuvres de M. de Palaprat. Paris, Pierre Ribou, 1712, 

2 vol. in-12, frontisp., mar. r. fil. dos ornés, tr. dor. — 
355 fr. 

Bel exemplaire, aux annes de la comtesse de Verrue, provenant des 
ventes Giraud et Solar. 



176 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

629. Les OEuvres de M. de la Fosse. Paris^ P. Ribou, 1700, in- 
42, front, gr., mar. r. fil. tr. dor. (Rel, anc), — 210.fr. 

632. Turcaret, comédie (avec la Critique par le Diable boiteux), 
par Le Sage. Paris^ P. Ribou^ 1709, in-12, mar. r. fil. dor, 
[C/iambolle), — 200f.. 

Edition originale. Très-rare. 

639. OEuvBEs DE J.-F. Ducis. Paris^ 1826, 3 vol. — OEuvres 
posthumes. Paris ^ 1826, en tout 4 vol. in-8, mar. bleu, fil. tr. 
dor. i^TrautZ'Bauzonnet), — 1485 fr. 

Exemplaire unique, conienant, outre les gravures avant la lettre sur 
papier de Chiue et les eaux-fortes : 

V Le dessin, origiïtal du portrait de Ducis à la sépin, par G^rabd 
(dessin de toute beauté) ; 2** Sept dessins originaux à la sépia, par 
Desenne; 3* Quatre dessins oRiciNAirx par Colin; k^ Quatre dessins 
ORIGINAUX par Calme ; 5" Etc. 

Exemplaire de M. de la Bedoyeke (vente 1862). 

640. Les Amours pistorales de Daphnis et Chloé (traduites du 
grec de Longus, par J. Amyot). S. L (Paris)^ 1718, pet. in-8, 
front, et fig. gr. par Audran d'aprrs les dessins de Philippe due 
d'Orléans, mar. vert, doublé de mar. orang. tr. dor. [Traut^- 
Bauzonnet), — 2600 fr. 

Édition dite du régent. 

Exemplaire, très- grand de marges, provenant de la bibliothèque de 
M. DE la Bédoyère. Il était alors relié par Bozérian. La reliure de 
M. Trautz-Bauzonnet ajoutée depuis est de toute beauté. 

644. ŒUVRES de maître FRANÇOIS RABELAIS, avec des re- 
m.arques critiques de Le Duchat, Am^terdnm^ 1741, 3 vol. gr. 
in-4, mar. r. fil. dos ornés, tr. dor. {Padcloup), — 6000 fr. 

Superbe exemplaire en grand papier. C'est le premier et le plus beau 
des deux exemplaires sur ce papier qui se trouvaient à la vente dn prince 
Badziwill. 1^ second, relié en maroquin citron, a été depuis vendu a la 
vente Benzon, en avril 1875, 5,500 francs 

646. LES SONGES DROLATIQVES de Pantagruel, Paris, par 
Richard Breton, MDLxv, in-8, figures sur bois, mar. vert. fil. 
tr. (Rel, anc) — 2135 fr. 

Recueil de 120 figures des plus grotesques, sans autre texte qu'un 
avis au lecteur en 3 pages dans lequel il est dit que Rabelais en est l'au- 
teur. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 177 

Ce livre précieux de la plus grande rareté provenait de la bibliotli. 
Yemeitiz. 

650. Le Roman bourgeois ( par Furetière ). Paris^ i666, in-8, 
front, gr., mar. bl. dos orné, fil. tr. dor. (Trautz^Bauzonnet) . 

— 600 fr. 
Édition originale. 

652 . Les Amours de Psiché et de Cupidon, par de la Fontaine. 
Paris j 1669, in-8, mar. r. fil. tr. dor. [Chambolle^Duru). — 
390 fr. 
Editions originales. 

654. La princesse de Montpensier (par madame de la Fayette). 
Paris, Ch. de Sercy^ 1662, pet. in-8, réglé, mar. citron, dos 
orné, fil. tr. dor. (Trautz-Bauzotuiet), — 570 fr. 

Édition originale. 

655. Zayde, histoire espagnole, par M. de Segrais (madame de 
la Fayette), avec un traité de l'Origine des romans, par M. Huet. 
Paris^ Cl, Barbin, 1670-71, 2 vol. pet. in-8, mar. bl. comp. à 
la Du Seuil, tr. dor. {Trautz-Bauzonnet). — 980 fr. 

Édition originale. 

656. La Princesse de Clèves (par madame de la Fayette). Paris ^ 
1678, 4 tom. en 2 vol. in-12, mar. citron, fil. tr. dor. [Trautz^ 
Bauzonnet). — 1325 fr. 

Édition originale. 

657. Les Avantures, ou Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie 
de Molière (par d'Alègre}. [Amst,^ Abr, ff^otfgank)^ l67i-74; 
6 part, en f vol. pet. in-12, mar. r. fil. tr. dor. {Trautz-Bau- 
zonnct), — 285 fr. 

661. Mémoires de Hollande. Suiv, la copie imprimée à Paris ^ 
chez Esc, Michallet [HolL), 1678, pet. in-12, mar. bl. {Cape), 

— 255 fr. 

Joli exemplaire, iioif rogné. Ce roman a été attribué à Mme de la 
Fayette par M. A.-T. Barbier, qui en a publié une Aonvelle édition 
en 1856. 

663. Le Zombi du grand Pérou, ou la Comtesse de Cocagne. 
Nouvellement imprimé /^ 15 février 1697, pet. in-12, mar. r. 
comp. tr. dor. (Duru). — 315 fr. 

Ce petit roman a été attribué à Corneille Blessebois, par Ch. Nodier 



178 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

et par Téditeur de la nouvelle édition du Zombi^ publiée en 1862. (Voir 
les Mélanges ttune petite bibliothèque.) 
Joli exemplaire de Ch. Nodier. 

664. Les Aventures de Telémaque fils d'Ulysse, par François de 
Salignac delà Motte-Fénelon. Paris ^ i717, 2 vol. in-B, portr. 
et fig. de Bonnart, mar. rouge, fil. tr. dor. {ReL aac.)^ — 
475 fr. , . 

Première édition, conforme au manuscrit original, et publiée par le 
marquis de Fénelon, neveu de Fénelon. 

665. Les Aventures de Telémaque, fils d'Ulysse, par Fénelon. 
Paris, Didot taîné^ 1783, 2 vol. gr, in-4, mar, r. dos ornés, 
dent, à comp. avec dent. tr. dor. (Derome), — 1410 fr. 

On a ajouté à ce bel exemplaire la suite des figures gravées d'après 
les dessins de Ch. Monnet, par J.-B. Tilliard. 

666. Mémoires de la vie du comte de Grammont (par Ant. Ha- 
milton). Cologne j P. Marteau (HolL), 1713, in-12, mar. citron, 
dos orné, fil. tr. dor. {Trautz-Bauzonnet). — 320 fr. 
Édition originale. 

667. Mémoires du comte de Grammont, par Hamilton, édition 
ornée de 72 portr. Londres (1792), in-4 mar. r. tr. dor. [Rel, 
angL). — 850 fr. 

Exemplaire en grand papier, contenant les notes et les éclaircisse- 
ments (77 pages). 

668. Œuvres du comte Antoine Hamilton. Paris, A, Renouard^ 
1812, 3 vol, in-8, portr. et fig. de Morean, mar. r. tr. dor. 
[Trautz-Bauzonnet). — 4000 fr. 

Exemplaire en papier vélin, avec les portraits et les figures avant la 
lettre et eaux-fortes. Rare sur ce papier. 

669. Le Diaele boiteux (par Le Sage). Paris, 1707, in-12, fron- 
tisp., mar. bl. fil. tr. dor. (Chambolle-Duru). — 545 fr. 
Edition originale, très-rare. 

670. Le Diable boiteux, par M. Le Sage. Paris^ 1756, 3 vol. pet. 
in-12, fig. mar. r. fil. tr. dor. — 400 fr. 

Bonne édition. Joli exemplaire aux armes de la comtesse d* Artois. 

671. Le Diable boiteux, Porw, 1765, 3 vol, pet. in-i2, fig., 
mar. r. fil. tr. dor. — 700 fr. 

Exemplaire aux armes de la comtesse du Barry, provenant de la bi« 
bliotbè^ue de M. Double. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 179 

672. Histoire de Gil Blas de Santillane, par M. Le Sage. Paris ^ 
1747. 4 vol. in-i2, fig,, mar. r. dos ornés, fil. tr. dor. {Trautz- 
Bauzonnet), — 1120 fr. 

Dernière édition revue par Le Sage et la bonne sous cette date. 

674. Le Bachelier de' Salamanque, oa Mémoires de D. Ghémbin 
de la Ronda, par M. Le Sage. Paris, 1736 {Paris), 1738, 
2 vol. in-12, fig., mar. r. fil. dos ornés, tr. dor. [Trautz-Bau- 
zonnet), — 500. 

Éditions originales des deux volumes. 

676. Le Temple de Gnide, par Montesquieu. Paris^ P. Didot, 

1796, in-4, pap. vél. 7 fig. de Peyron mises en couleurs, rel. 
en vélin, doublé de*moire, tr. dor. — IbOl fr. 

Édition tirée à 100 exemplaires. On a ajouté à celui-ci dix dessins 
oRiGiiTAUx du peintre J.-B. Regnault. 

677. Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut 
(par l'abbé Prévost). Amsterdam [Paris ^ Didot)^ 1783, 2 vol. 
in-12, pap. de Holl., vignettes et fig. de Pasquier et Gravelot, 
mar. bl., dos ornés, fil. tr. dor. [Trautz- Bauzonnet), — 
1260 fr. 

Édition la plus recherchée de ce roman. 

678. Histoire de Manon Lescaut, Paris j Didot^ 1797, 2 vol.gr. 
in-18, fig. mar. tr. dor. [Trautz^ Bauzonnet). — 850 fr. 

Bel exemplaire en grand papier vélin, relié sur brochure et avec les 
figures avant la lettre. 

679. Lettres d'une Péruvienne, par madame de Graffigny, Paris^ 

1797, in-8, gr. pap. vél. fig., rel. en vél. blanc. {Courtevai), 
— 2300 fr. 

Exemplaire unique, avec le dessin du portrait, gravé par Gaucher 
d'après Delatour, et les sept dessos ohiginaux à la sépia des vignettes, 
par Le Barbier, les eaux-fortes, et les figures avant et avec la lettre. 

683. Paul et Virginie, J.-H. Bernardin de Saint-Pierre. Paris, 
Didot, 1789; in-18, pap. vél., fig, de Moreau avant la lettre, 
mar. bl. dos orné, dent. tr. dor. doublé de tabis [Bozérian), — 
400 fr. 
Première édition publiée séparément des Études de la nature, 

687. Les Amours d^Anne d'Autriche^ épouse de Louis XHI, avec 



180 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

le cardinal de Richelieu, le véritable père de Louis XIV, roi 
de France [HolL^ à laSphè/e)^ 4738, pet. ia-12, mar. r. fil. 
tr. dor. [Derome], — 345 fr. 

688. Histoire amoureuse des Gaules (par Bussy-Rabutin). A 
Liège (à la Croix de Malte) ^ s, d.^ ^ part, en 1 vol. pet. in-12, 
mar. bl. tr. dor. [Trautz-Bauzonnet). — 245 fr. 

695. Le Tombeau des amours de Louis le Grand {Hollande^ à la 
Sphère)^ 1695, pet. in-i2, front, gr., mar. r. fil. (Trautz-Sau- 
zonnet], — 290 fr. 

Exemplaire nom bogue. 

698. Les Cent Nouvelles nouvelles... Cologne^ P. Gaillard {HoU,)^ 
1701, 2 \ol. petit in-8, fig., mar. citron, tr. dor. {Trautz^ 
Bauzon/iet), — 480 fr. 

Figures tirées avec le texte, c'est-à-dire de premier tirage. 

700. Le Paragox de Nouvelles honnestes. Imprimez à Lyon par 
Denys de Harsy ^ pour Romain Morin (1531), pet. in-8, lettres 
rondes, vign. sur bois, mar. br. compart., doublé de mar. r., 
large dent. tr. dor. {Trautz-Bauzonnet), — 1060 fr. 

Volume des plus rares, orné d'un grand nombre de curieuses vignettes 
sur bois. C'est un recueil de quarante-sept nouvelles tirées de Boccaoe, 
du Pogge et autres auteurs du temps. 

701. Les Nouvelles Récréations et joyeux devis de feu Bonaven- 
ture des Periers. Lyon^ 1558, pet. in-4, mar. v. tr. dor (Dura). 
— 900 fr. 

Édition originale, imprimée en caractères de civilité. C'est un livre 
fort rare et Tuu des premiers imprimés avec ces caractères. 

702. Les Contes, ou les Nouvelles récréations et joyeux devis de 
Bon aventure des Periers, avec des notes critiques par M. de la 
Monnaie, y^m^^er^m, 1735, 3 vol. pet. in-12, mar. rouge, 

(Derome). — 1000 fr. 

Charmant exemplaire de Pixerécoubt et de Ch. Nodier. 

703. L'Heptaméron, ou Histoire des amans fortunez, des nouvel- 
les de très-illustre princesse Marguerite de Valois, royne de 
Navarre, Paris^ 1574; io-j6, mar. bleu, tr. dor. (Trautz-Bau- 
zonnet). — 250 fr. 

Édition rare. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 181 

70i. Contes et Nouvelles de Marguerite de Valois, reine de Na- 
varre. Amsterdam^ 1698, 2 vol. pet. in-8 , fig., mar. citr. 
[Trautz-Bauzonnet), — 510 fr. 

Première édition, avec les figures attribuées à Romain de Hooge. 

705. Heptaméron françois. Les Nouvelles de Marguerite, reine 
de Navarre. Berne ^ 1780-81, 3 vol. in 8, fig. de Freudenberg, 
front, gravés, vignettes et culs -de-lampe par Duncker, mar. or. 
{Cape), — 720 fr. 

707. Les Facétikusks Journées, par G. C. D. T. (Gabriel Chap- 
puis de Tours.) Paris^ Houzé^ 1584, pet. in-8, mar. or. {Trautz- 
Bauzonnet). — 660 fr. 

708. Les Contes et Discours d'Eulrapel. Rennes, 1585, in-8, mar. 
citron, tr dor. {Trautz^Bauzonnet), — 410 fr, 

Editiou originale. 

713. Serées de Guillaume Bouchet, sieur de Brocourt. Paris j 
Jérèmie Périer, 1608, 3 vol. in-12, mar. bl, do:> orné, fil. 
tr. dor. {Trautz-Bauzonnet). — 800 fr. 

Édition, la première complète, la plus belle et la plus estimée des 
Serées. 

715. Histoires, ou Contes du temps passé, avec des moralités, 
par M. Perrault. La Haye, 1742, in-12, front, gr. et 8 vign., 
mar. r. {Cape), — 380 fr. 

Édition imprimée à Paris par Coustelier, et ornée de vignettes pur 
de Sève. 

716. Contes des Fées, par Ch. Perrault (en prose): Griselidis, 
Peau d^âne, les Souhaits ridicules (en vers, et Peau d'âne en 
prose). Paris ^ chez Lamy, 1781, 2 tom. en 1 vol. in-12, 
frontisp., vign. de Martinet, mar. r. tr. dor. (Derome), — 
2400 fr. 

La plus complète et la plus belle des anciennes éditions des Contes de 
Perrault. 

Ce bel exemplaire, en grand papier de Hollande, provient de la pre- 
mière bibliothèque de M. A. de la BÉooTtRB (1837). 

717. Nouveaux Contes à rire. Cologne (HolL), 1722, 2 vol. pet. 
in-8, frontisp. gr. et fig., mar. citr. (Trautz-Bauzonnet), — 
460 fr. 



182 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

719. Contes et Nouvelles de Bocace. Amsterdam^ 1697, 2 vol. 
pet. in-8, mar. r. {Duru) . — 345 fr. 
Première édition avec ces figures. 

721 . Histoire de l'admirable Don Quixotte de la Manche, trad. 
par Filleau de Saint-Martin {Holl.)^ 1681, 4 vol. pet. in-12, 
frontisp. etfig., mar. bl. (Thibaron), — 300 fr. 

Jolie édition que Von joint à la collection des Elzeyiers. 

722. Histoire de Don Quichotte de la Manche, traduite (par 
Fillau de Saint-Martin), et enrichie de belles figures, dessinées 
par Coypel et gravées par Folkéma. Jmsterdam^ 1768, 6 vol. 
Nouvelles, 2 vol. : en tout, 8 vol. in-12, mar. bl. dos ornés, 
riche dent., doubl. de tabis, tr. dor. [Bozérian jeune), — 
1500 fr., à M. Gonzalès. 

Bel exemplaire, formé par les soins du bibliophile CaiUard. 
Des bibliothèques de MM. de Pixerécourt et de la Bsdotèrb. 

725. Voyages de Gulliver (trad. de Pangl. de Swift, par l'abbé 
Desfontaines). 1727, 2 tom. en 1 vol. in-12, fig., mar. vert. 
[Trautz-Bauzonnet] . 
Édition originale de cette traduction. 

— Le Nouveau Gulliver, ou Voyage du capitaine Gulliver, par 
M. L. D. F. (par Tabbé Des Fontaines). Paris^ 1730, 2 tom. en 
1 vol. in-12, mar. vert. {Trautz-Bauzonnet). — 680 fr. 
Première édition de cette suite. 

9 

727. Le Liure des Quenoilles. Cy finist le Liure des QuenoUles^ 
le quel traicte de plusieurs choses joyeuses {sans lieu ni daté) , 
très-pet. in-8, raar. rouge, fil. tr. dor. [Rel. anc). — 230 fr. 
Édition très-rare. Exemplaire R. Heber, Ch. Nodier et YsiOEiaz. 

736. BlEcueil des Caquets de l'accouchée {Paris y 1622), 12 pièces 
en 1 vol. in-8, mar. bl. fil. tr. dor. {Bauzonnet), — 670 fr. 
Exemplaire de M. Armiiid Bertin et de M. de Chapoitay. 

741 . L'Enfant sans soucy, divertissant son père Roger Bontenips 
et sa mère Boute-tout-cuire. A Fillefranche^ 1682 {Hollande)^ 
pet. in-1?, mar. r. [Hardy), — 215 fr. 

748. L'Introduction au Traité db la coNFORiirrÉ des mbrveilles 
ANCIENNES avcc Ics modcmes, par Henri Estienne. S. L {Ge- 
nève j H. Estienne)^ 156C, in-8, mar. bl. fil. dos orné, tr. dor. 
{Duru), —415 fr. 
Édition originale. Cet exemplaire ne contient pas le carton de la 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 183 

page 280 ; mais ,il s'y trouve Y Avertissement de Henri Estîenne potir son 
livre intitulé V Introduction au Traité^ etc., « touchant ceux qui, sans pren- 
dre garde à V argument^ en jugent et parlent à la volée : pareillement tou- 
chant ceux qui Pont corrompu et falcifié (sic\ depuis P impression faite par 
Uiy^mesme, Avec deux tables sur icelui {2k fî.).). 1 

757. Proscenium vitae humanae, sîve Emblematum sœcolarium...* 
décades septem.... sculptore J.-Th. de Bry. Francofurti^ im- 
prensis Guil, Fiizeri, anno 1627, in-4, fig., mar. bleu clair, 
comp. à la Du Seuil {Trautz-Bauzonnet). — 560 fr. , à 
Léon Techener. 

Ce volume très-rare contient 102 planches finement gravées, savoir : 
un frontisp., une planche intitulée : Tjrpus amicitiae, 72 emblèmes numé- 
rotés, représentant des scènes de la vie ; une planche non numérotée et 
28 autres planches non numérotées contenant des écussons on cartou- 
ches destinés à mettre des armoiries ou des noms, dont 14 avec sujets. 

759. Le Théat&b des bons engins (1539), in- 8, réglé, fig. sur 
bois, mar. r., fil. tr. dor. [Trautz-Bauzoïmet). — 400 fr. 

Cent jolies figures sur bois, avec encadrements. Première édition avec 
ces figures. 

Exemplaire, grand de marges, mais avec plusieurs raccommodages, 
de la bibliothèque de M. Yemeniz. 

760. La MoaosoPHiE de GcnixAnME de la Peb&ière, Tolosain. 
Lyon^ par Macé Bonhomme ^ 1553; in-8, mar. v. compart. — 
470 fr. 

Le volume contient cent gravures sur bois dans des encadrements 
variés, ;((• 

Exemplaire dans une belle reliure du xvi«. siècle, à riches comparti- 
ments, et bien conservée, mais dont le dos a été refait, et la tranche 
ciselée. 

764. DIOGENIS, Brûti, Ippoceitis medigi, epistole. Florentix, 
1487, in-4, v. f. a compart. tr. dor. — 2050 fr. 

Exemplaire de Grolter, avec titre, nom en abrégé : Jo. Ga. et ami- 
GORUM, et la défrise : Portio mea^ Domine, sit in terra viventium. 

Ce volume, dont les plats sont ornés en plein de dessins élégants^ est 
dans un très-bon état de conservation, il figure parmi les planchée de 
r Histoire de la Bibliophilie, 

770. Les Œuvres de M. de Voiture. Paris, 1650, in-4, front, 
gr. et portr. d'après Philippe de Champagne, gr. par Nanteuil, 
mar. citron. [Rel. anc,) — 356 fr. 
Exemplaire aux armes du marquis dexA Vieu ville. 



184 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

Cette deuxième édition contient 21 lettres de plus que la première et 
3 de moins. 

782. Lettres de Mme Rabutin-Chantal, marquise de SÉviGNÉy à 
Mme la comtesse de Grignan, sa fille. La Haye^ P. Gosse ^ 
/. TSenulme, 1726, 2 tomes en 4 vol. in-12, mar. r. tr. dor. 
(TrautZ'Bauzonnet). 400 fr. 

Édition rare et recherchée, offrant un meilleur texte et contenant 
43 lettres de plus que les précédentes. 

787. LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES, grecs et romains,... 
par Plutarque, translatées en françois par Jacques Amyol. Pa^ 
ris^ Vascosariy 1567, 7 vol. — Les OEuvres morales et meslées, 
en françois (par J. Amyol). Paris ^ Vascosan^ 1574, 6 vol. — 
Table de tous les opuscules de Plutarque, 1 vol. ; ensemble 
14 vol. in-8, réglés, mar. r. d. ornés, fil. tr. dor. [Deromé). 
— 41 00 fr. 

Superbe exemplaire, grand de marges et bien conservé, de ce livre 
qu*on trouve rarement en bon état. 

Reliure de Derome jeune, et de son premier temps, avec les dos i 
nerfs. 

788. Lucien, de la traduction de N. Pcrrot, sieur d'Ablancourt. 
Amsterdam^ 1709, 2 vol. pet. in-8, fig., mar. bl. lil. tr. dor. 
[Jnguerrandf). — 370 fr. 

789. M. TULLII CICERONIS Opéra. Lugduni Batavorum^ ex 
officina Elzeviriana, 1642, 10 vol. pet. in 12, mar. vert, fil. 
doublé de mar. r. dent. [Du Seuil). — 4910 fr. 

Exemplaire, dans une reliure parfaitement conservée, aux armes du 
comte D'HOYM. Hauteur : 126 mill. 

Le comte d^Hoym possédaitd eux exemplaires du Cicéron des Elzeviers : 
celui-ci, qui a été acheté 60 livres (1500 fr.) à la vente Libri, foite à 
Londres en 1859, et un autre exemplaire plus beau en maroquin rouge, 
relié par Padeloup, qui a été payé à la vente des livres de M. le baron 
J. Pichon, en 1869, 5008 fr. 

799. Les OEuvres de Mme Helisenne de Crenne, à sçavoir, les 
Angoisses douloureuses qui procèdent d'amours, les Épistres 
familières et invectives, le Songe de la dicte dame. Paris, par 
Estienne Grouleau^ 1551 , in-16, fig. sur bois, mar. bl. (Trautz- 
Sauznnnet). — 299 fr. 

Première édition de la révision qui a été faite de ces œuvres par 
Q. Collet, de.iRamilly en Champagne, à la prière de plusieurs dames, 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 185 

ainsi qu'il le dit dans une épître placée à la fin du volume. Celte révi- 
sion consistait à rendre plus intelligible le texte de Tauteiir écrit dans 
un style amphigourique et ressemblant au jargon de Técolier limousin 
de Rabelais. 

793. Les OEuvres de (Charles de) Lespine, à Madame chrestienne 
de France, princesse de Piémont, sœur du Roy (Louis XIII). In 
Torino^ 1627, in-4 de 271 p., mar. r. dos orné, fil. Ir. dor. 
[TrautZ'Baùzonnet). — 400 fr. 

Volume fort rare. C'est un rtcueil d'ouvrages en prose et en vers, 
parmi lesquels on remarque la Descente d'Orphée aux enfers, tragédie qui 
avait déjà été imprimée (voir le n* 533), et une Description de plusieurs 
royaumes et provinces étrangères. L'auteur, qui avait parcouru une grande 
partie de l'Europe, domie des détails curieux sur les pays où il a se- 
journé, les Pays-Bas, l'Angleterre, l'Ecosse, l'Autriche, la Pologne, etc. 

794. OEuvres de Balzac (J. -Louis Guez), Amsterdam et Leyde^ 
les Elzevier^ 1652-1664, 7 vol. pet. in-12, front, gr., mar. r., 
fil. Ir. dor. {Trautz-Bauzonnet). — ^.030 fr. 

795. Les OEuvres de M. (J.-L. Guez) de Balzac (publiées par 
Guill. Girard et Valenlin Conrart). 1665; 2 vol. in-folio, por- 
trait, mar. rouge {Cape). — 325 fr. 

Belle édition, la seule que Ton ait des œuvres complètes de cet écri- 
vain. 

796. OEuvres de M. Scarron. Amsterdam^ 1752, 7 v. pet. in-12, 
port., fig. gr. par Folkema, mar. r,, fil. tr. dor. {Trataz-Bau- 
zonnet), — 1100 fr. 

Exemplaire relié sur brochure. 

799. Les OEuvres de M. Sarasin. Paris^ 1696; in-12, fig., mar. 
r. {TrautZ'Bauzonnet). — 250 fr. 
Exemplaire hon bogké. 

805. OEuvres de Houdart de la Motte. PariSy 1753-54, 10 tomes 
en 11 vol. in-12, mar. v. {Bozérian), — 260 fr. 
Exemplaire en grand papier. De la bibliothèque de M. de i.a Bedotere. 

806. OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE, avec des notes, 
par M. Beuchot. Paris ^ Lefèvre^ 1829-1834, 70 vol. — Table 
analytique, rédigée par Miger. Paris y 1841, 2 vol.; ensemble 
72 vol. gr. in-8, demi-rel. dos et coins de mar. rouge, non 
rogné {Cape). — 3150 fr. 

Superbe exemplaire en très graud papier vélin, auquel on a ajouté la 
suite des figures de Moreau, publiée par Renouard^ épreuves avant la 

13 



k 



186 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

lettre sur papier de Chine, et avec la lettre sur papier blanc, et, 
outre les portraits gravés par Saint- Aubin, qui appartiennent à cette suite, 
divers portraits de Voltaire, dont celui gravé par Ficquet, et un grand 
nombre de portraits d'autres personnages. 

807. OEUVRES COMPLÈTES DE BERQUIN. Paris, Renouard^ 
1803, 47 tom. en 19 vol. (in-18, gr. pap. vélin, fig. de Borel 
et autres, cuir de Russie, n. rog. {Purgold). — 6999 fr. 
Exemplaire de Renouard. H est orné d*un très-grand nombre de des» 
siirs oRiGiiTAux, tant ceux de Tédition par Borel que ceux des autres 
éditions, par Montœt, Marillier et le Barbier, en tout près de trois 
CENTS. Les seules Idylles et Romances en contiennent trekts-six par Bo- 
rel, Marillier et Le Barbier. On a ajouté également beaucoup de gr a yures 
de Pédition d'après Marillier, Moreau, etc., avant et avec la lettre. 

811. Collection des classiques français imprimés pour rëducation 
du Dauphin. Paris, Ambr.-F. Didot et P. Didot tatné^ 1783- 
1788, 18 vol. in-18, pap. vél., mar. r. fil. dos ornés, tr. dor. 
{Irautz-Bauzonnet). — 1300 fr. 

812. COLLECTION DES CLASSSIQUES FRANÇAIS, avec les 
notes de tous les commentateurs. Paris, Lefèvre {impr. de Jules 
Didot)y 1821-28, 73 aoI, gr. in-8, demi-rel. dos et coins de 
mar. rouge, non rogné {Rel. Cape), — 7600 fr, 
EXEMPLAIRE EiT TRES-GRAicD PAPIER vELiK, provenant de la bibliothèque 

de Renouard. Relié depuis la vente. 

824. Discours sur l'histoire universelle, par Bossuet. Paris, 
Séb, Mahre-Cramoisy , 1681, in-4, mar. r., fil. tr. dor, {Ane. 
reL), — 1300 fr. 

Édition origihale. Exemplaire en grand papier, aux armes de la du- 
chesse d^ORLÉAifs (Charlotte-Elisabeth de Bavière, dite la princesse Pa- 
latine). 

825. Histoire des inaugurations des rois, empereurs et autres 
souverains de l'univers, par dom C -J. Bévy, bénédictin. Paris, 
Moutard, 1776, in-8, nombreuses figures, curieuses pour les 
costumes, mar. r. riches compart. {Rel. €inc,), — 425 fr. 
Exemplaire de dédicace, aux armes de Mme de Fitz-Jabces, princesse 

de Chimay. 

82 ë bis. Sulpitii Severi Opéra omnia. Lugduni Batavorum, ex of- 
ficina Elzeviriana, 1643, pet. in-12, mar. bl. dos orné, doublé 
de tabis. — 310 fr. 
Exemplaire très-grand de marges (137 mill. 1/2), provenant de la 

bililiothèque de Rskouard. Très-jolie reliure de Dbromb. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 187 

826. HuToiBK BccLisusTiquE , par M. Fleniy (jusqu'en 1414, 

arec la continuation jusqu'en 1995, par le P.-J. Cl. Favre et 

l'abbé Goujei). Paris, I. Mariette, 169S-1737, 36 vol. in-4. 

— Table générale des matières, parRondet. Paris, 1758, in-4, 
ensemble 37 vol. îd-4, mar. r. dos orné, fil. tr. dor. {Boyet). 

— 660 fr. 

Exemplaire provenant de la bibliothèque de M. E. Quatremère. 

830. Histoire des Ordres religieux de l'un et de l'autre sexe, auec 
11» figures de leurs habits, gravez par Adrien Schoonebeek. J 
Amsterdam, 1693, 2 tomes en I vol. in-8, fig. mar. br. tr. dor. 
{TrauU-Battionnei). — 370 fr, 

Enemplaire de la Vaixièhe, puis de ResotiAtin. Achetiàla vente Ye- 
meuiz et relié depuis. 

831. Courte Description des Ordres des femmes et filles reli- 
gieuses, avec les fig. de leurs babils, gravez par Adrien Scboo- 
nebeek. A Amsterdam, ïn-8, mar. vert. fil. tr. dor. [Ane. rel.), 

— 800 fr. 

Exemplaire en grand papier, de la bibliothtque de REnonABD. Acquis 
a la vente Yehemtz. 

832. Histoire du Clebcé sécuuek et régulier, des ordres religieux 
de l'un et l'autre sexe, etc., tirée deBonaan), de Schoonebeek, 
du P. Belyot, etc. Amsterd., 1716, 4 vol. in-8, figures, grand 
papier, mar. r, dos orné, fil. tr. dor. [Relié par Derome jeune 
en 1763). 3000 fr., à. M. Ed. Bocher. 

Superbe exemplaire de Bonoemet, de la ValUfere et depuis de Be- 
noiiard. 

833. HisTOUE DES OftDBxs MOKASTiQUBs, rcligieux et militaires, et 
des congrégations séculières de l'un et de l'autre sexe (par le 
P. Helyot). Parls^ 1721 ; 8 vol. in-4, mar. rouge, fil. dos omés, 
tr. dor. [Rel. anc). — 880 fr. 

Bel exemplaire dont les figures ont été coloriées avec soin. 
837. ViTA BEATi P. IcMATii LoioL«, societati Jesu fandatoris. 
Romx, 1609, in-4, mar. brun, tr. dor. (Trautt-Bataonnei). 

— 400 fr. 

Recuril de 81 figures, y compris le /^ ntispice et le portrait, parfaite- 
ment gravées par C. Galle d'après les d. ^ins de Rubeos. 

841. BlSTOIBË UKS CBBVALIBBS HOSriTALIEBS DB S. JeAN DE JtEIISA- 

LBM, appelés depuis les chevaliers de Rbodes, et aujourd'hui 



188 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

les chevaliers de Malte^ par l'abbé de Vei tôt. Paris ^ \ 726 ; 
4 vol. in-4, port., mar. bl. — 1920 fr. 

Exemplaire en grand papier, avec les portraits, relié par J.-A. Db- 
ROME père. 

De la bibliothèque de M. A.-A. Renouard et de celle de M. Bruhet. 

842. Les Vies des SS. Pères des déserts, et des Saintes Solitaires 
d'Orient et d'Occident, par Bourgoin de Villcfore. Amsterdam^ 
1714, 4 vol. in-8, fig., mar. br. tr. dor. (Traut^Bauzonnet). 
— 930 fr. 
Exemplaire en grand papier de la bibliothèque de Renouard. Relié 

depuis. 

845. Les Vrais Poiirtraits des hommes illustres en pitié et doc- 
trine, traduictz du latin de Théod. de Besze (par Simon Goulart), 
S. l. {Genève], Jeande Laon^ M.D.LXXXl; in-4, fig. sur bois, 
mar. vert, dos orné, fil. tr. dor. [Hardy), — 275 fr. 

Cette traduction contient 11 portraits de plus que l'édition latine. 
Exemplaire court de marges. 

846. JusTiNi HisTORiÀRUM ex Trogo Pompeio libri cum notis Is. 
Vossii. Lugd, Batav,^ ex officina Elzcpiriana^ 1640; pet. in-12, 
mar. rouge, doublé de mar. r. dent. (Boyet), — 1450 fr. 

Précieux exemplaire de la bibliothèque de Longepierre, avec les in- 
signes de la Toison-d'Or sur le dos, les plats et à Tintérieur; acquis à la 
vente Doubi^. 

848. LES MOEURS DES ISRAÉLITES, par Cl. Fleury, abbé 
du Loc-Dieu. Paris^ 4 690. — Les Mœurs des chrétiens, par le 
même. Paris^ 1694; ensemble 2 vol. in-12, réglés, mar, r, 
fil. doublé de mar. r. dent. tr. dor. (Du Seuil), — 4900 fr., à 
M. le baron J. de Rothschild. 

Précieux et très-bel exemplaire aux armes de la duchesse de Bour- 
gogne (Marie- Adél<iï(le de Savoie). 

L'abhé Fleury était, comme on sait, sous-précepteur du duc de Bour- 
gogne. Son portrait, gravé par Delvaux, a été ajouté au premier volume. 
Les dos des volumes sont ornés de fleurs de lis et de la croix de Savoie. 
Acquis à la vente Bruket. 

851. TiTi Lnrii Histoeiarum Libri. Venrtiis^ in xdibus Aldi et 
Andrem soceri^ 1518-19-20-21, et in xdihus heredum Aldi^ 
1533, 5 vol. in-8, mar. r. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet) . — 
600 fr. 

Suj)erbe exemplaire de cette première édition aldine, dont il est dif- 
ficile de trouver le» cinq volumes réunis. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 189 

Cet exemplaire a appartenu à Grolier, qui a écrit son nom, Grolierii 
et amicorum, k la fin des décades I, III et IV. Les nombreuses capitales 
des trois premiers volumes sont peintes avec soin eu or et couleur. 

8-)2. TITI LIVII HISTORIARUM LIBRI ex recensione Heîn- 

siana. Lugduni Batavorum^ ex officina Elzeviriana^ 1634, 3 tom. 

en 6 vol. pet, in-i2, front, gr., mar. r. doublé de mar. r. dent. 

tr. dor. {Boyet] . — 5800 fr. 

Charmant exemplaire de LONGËPIERRE, avec les insignes de la 
Toison -d'Or sur le dos, les plats et à Tintérieur. 

859. JoANNis CuspiNiANi DE Cjesaribus atque imperatoribus roma- 
nis opns insigne. S. l. [Argentorati]^ 1540, in-foh porlr. gravés 
sur bois dans des médaillons, mar. br. comp. à mosaïque, tr. 
dor. — 16T5 fr. 

Exemplaire de Demetrio Canevabi (dit CaneTarins), médecin du pape 
Urbain VII, avec sa marque ordinaire (Appollon gravissant le Parnasse 
sur son char], en relief, et peinte en or et en couleur, dans un grand 
médaillon au milieu des plats de la reliure, avec cette devise autour : 
OPeûS. KAI. MH. AOZIQS. 

861. Nouvel Abrégé chronologique de l'histo're de France, par 

le président Hénault. Paris^ 1768, 2 vol. in-4, front., vignet. 

et fleurons, réglé, mar. bl. fil. tr. dor. [Hardy). — 445 fr. 

Belle édition, contenant entre autres illustrations un portrait de la 

reine Marie Leczinska, gravé d'après Nattier par Gaucher, dans la vi- 

guette en léte de la dédicace; 3 vignettes par Cochin, gravées par Mo- 

reau ; 30 culs-de-lampe par Moreau, etc. 

C'est un des rares exemplaires tirés sur papier de Hollande. On y a 
ajouté un beau portrait du président Hénault, gravé par Gaucher, et la 
suite des 35 figures sur Thistoire de France gravées d'après Cochin par 
Aliamet. Delaunay, etc. 

872. Histoire de France sous les règnes de François I**", de 
Henri II, François II, Charles IX, Henri III, Henri IV et 
Louis XIII, par feu M. Pierre Matthieu. Paris, 1631, 2 vol. 
in-fol., mar. r. {ReL du temps,) — 720 fr. 

Exemplaire en grand papier, provenant de la biblioth. de Thou et de 
celle de Soubise. 

873. ToRTOREL et Perissin. Premier volume. Contenant quarante 
tableaux ou histoires diverses qui sont mémorables touchant 
les guerres, massacres et troubles advenus en France en ces 
dernières années (1559-1370). In-fol. mar. r. dent. int. tr. 
dor. [TrautZ'Bauzonnet), 1420 fr. 

Précieuse suite d'estampes historiques, gravées sur bois et sur cuivre 



190 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

par Tortorel et Périssin. a Premier et seul volume qui ait para de cette 
suite si curieuse sous le triple rapport de Thistoire, des costumes et de 
l'art.... » (Brunet, Manuel du libraire^ Y, 892). Les planches étaient pu- 
bliées et vendues pièce à pièce à mesure qu'elles étaient gravées : c*est 
ce qui explique la rareté de ces estampes populaires qui, tombant ainsi 
dans des mains peu conservatrices, ont fini par être entièrement dé- 
truites. 

874. La Vie de messibk Gaspar de Colligky, seigneur de Chas- 
tillon, admirai de France, à laquelle sont adjustés ses mémoires 
sur ce qui se passa au siège de Saint^Quentio. Leyde^ Bonav, 
et Ahr, Elzevier^ 4643, 2 part, en 4 vol. pet. in-42, mar. r. 
comp. tr. dor. [Trautz-Bauzonnet) . — 770 fr. 
Un des plus recherchés delà collection des Elzeviers. H. 134 mill. 1/2. 

878. Mémoires d'Estat, par de Villeroy, conseiller d'État, secré- 
taire des commandemens des rois Charles IX, Henry m, 
Henry IV et Louis XIII. Paris^ 1665, 4 vol. in-12, mar. v. 
fil. tr. dor. (Deromé). — 1120 fr., à M. Ed. Bocher. 
Joli exemplaire de la bibliothèque de M. Brunet. 

882. Sermons de la iimulée conversion et nullité de la prétendue 
absolution de Henry de Bourbon, prince de Béarn, à Saint- 
Denys en France, le dimanche 25 juillet 1593.... prononcez 
en Féglise S. Merry à Paris.... par M* Jean Boucher, 1594, 
in-8, mar. r. [Du Seuil), — 799 fr. 

Bel exemplaire de TÉDiTioif obigut ale. 

883. Cinq sermons du R. P. F.-J. Porthaise, de l'ordre de Saint- 
François, théologal de l'église de Poictiers, par luy prononcez 
en icelle. Paris^ 1594, 2 part, en 1 vol. in-8, v. fauve [Trautz-- 
Bauzonnet), — 470 fr. 

Volume très-rare. 

885. Les Avantures du baron de Fœneste, par Théod. Agr. d'Aubi- 
gné. S. /., 1630, in-8, mar. bl. (Trautz-Bauzonnet) . — 365 fr. 
Première édition où les quatre livres aient été réunis. Il y a au moins 
deux éditions sous la date de 1630, Tune mentionnée par M. Brunet 
sous la rubrique : Au Désert, imprimé aux dépens de Pautheur, 1630, et 
celle-ci, qui ne porte aucune indication de lieu ni de date. Toutes les 
deux ont 6 fî. prél. et 308 pages. 

894. Mémoires du maréchal de Bassompierre. Cologne ^ 1666 
(Holl.^ Elzev,)^ 2 vol. pet. in-12, portr., mar. r. dos ornés, 
fil. tr. dor. {Boyet). — 1200 fr., à M. Ed. Bocher. 
Exemplaire de la bibliothèque de M. Brunet. 






PÏOX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 191 

90d. Rbcueil de lettbes (CXX) qui peuvent servir à l'histoire 
(écrites de 1631 à 1656), et diverses poésies. Rouen, aux dé- 
pens de fauteur, par L, Maurry^ 1657, in-8 de 4 ff. prél. et 
302 pp. mar. v. [Duru), — 395 fr. 

c Ce livre est de la pins grande rareté, n'ayant été tiré qu*à un très- 
petit nombre d'exemplaires. L'auteur est Alexandre de Campion, frère 
de Henri de Campion, dont on a des mémoires. Il avait été attaché, en 
qualité de gentilhomme, au comte de Soissons, tué à la bataille de la 
Marfée, et ensuite à M. le duc de LongueviUe. Comme il s'est trouvé 
mêlé à toutes les affaires du temps (de 1631 à 1656), ses lettres sont 
d'un grand intérêt. Elles sont adreftséps à de Thou (il refuse de se jeter 
dans la conspiration de Cinq-Mars), aux ducs de Vendôme, de Bouillon, 
de la Valette, de Retz; à MM. de Harlay, de Saint-Ybalt, aux du- 
chesses de Chevreuse, de Montbazon, de LongueviUe, etc. > 

906. Mémoires du comte de Brienne. Amsterdam^ 1719, 3 vol. 
petit in-8, mar, v. fil. tr. àox,'{perome), 500 fr., à M. Ed. 
Rocher. 

909. Mémoires du cardinal de Retz, 1731. Mémoires de Guy 

Joly, 1738. — Mémoires de Mme la duchesse de Nemours. 

Amsterdam^ 1738; ensemble 7 vol. pet. in-8, mar. b, fil. tr. 

dor. {TrautZ'Bauzonnet) . — 1535 fr. 

Exemplaire relié sur brochure. C'est, comme on sait, la plus belle 
édition de ces Mémoires. 

915. Recueil de portraits et éloges en vers et en prose (par 
Mlle de Montpensier et autres), dédié à S. A. R. Mademoiselle. 
Paris, 1659; 2 part, en 2 vol. in-8; ens. de 912 pages, mar. 
v. compart. dos à petits fers, tr. dor. [Cape], — 600 fr. 

a: C'est le même ouvrage que le célèbre recueil de Mademoiselle, in- 
titulé: Divers jfortraUs (1659), mais avec des différences, quelques por- 
traits de moins et un très-grand nombre de plus. Cette édition, quoique 
faite pour le public, n'est guère moins rare aujourd'hui que l'édition 
originale dont Mademoiselle ne fit tirer que 30 exemplaires pour ses 
amis. » 

920. Courses de testes et de bagues faittes par le Roy et par les 
princes et seigneurs de la cour, l'année 1662 (texte par Ch. 
Perrault, avec une relarion en vers latins par Fléchier). 1670, 
gr. in-fol., mar. r. tr. dor. {Aux armes de Louis XIF.) — 
430 fr. 
Ce volume est orné de 96 planches gravées par Rousselet, Chauveau 

et Israël Silvestre^ représentant le fameux carrousel de 1662, les cinq 



192 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

quadrilles commandés par le Roy, le prince de Condé, etc., les costumes 
des cheyaliers qui y figuraient, les deirises, etc. 

9*21. Les Plaisirs de l'islb enchantée; courses de bague; faites 
par le Roy à Versailles, le 7 mai 4C64. PariSy 1673, gr. in-foL 
avec 9 planches ù*Isr. Silveslre, mar. r. (Armes de Louis XIF".) 

— 440 fr. 

La comédie de la Princesse d'Élide^ de Molière, qui fut faite pour les 
fêtes de Versailles, 1664, se trouve dans ce volume. 

925. MÉMOIRES POUR SERVIR A l'hISTOIRE DE MmB DE MaINTENON, 

par La Beaumelle. Amsterdam^ 1733-56, 6 tom. en 3 vol. — 
Lettres de Mme de Mainlenon à diverses personnes. Amsterdam^ 
1755, 9 tom. en 5 vol.; ensemble 15 tomes en 8 vol. in-12, 
mar. v. fil. tr. dor, — 480 fr. 

Exemplaire relié par Derome. Portrait de Mme de Maintenon gravé 
par Ficquet, ajouté au premier volume. 

929. Les Héros de la Ligue, ou la Procession monacale con*^ 
duitte par Louis XIV, pour la conversion des protestants de 
son royaume. A Paris ^ h V enseigne de Louis le Grand^ 1601 ; 
in-4, mar. r. tr. dor. [Trautz-Bauz/mnet) , — 430 fr. 

Recueil curieux se composant de 26 planches, 2 pour le titre et un 
sonnet gravé placé à la fin du volume, et 24 figures gravées en manière 
noire, donnant en caricature les portraits des personnes de la cour, 
laïques et ecclésiastiques, qui jouèrent les premiers rôles dans l'affaire 
de la révocation de Pédit de Nantes. 

950. Combat a la barrière, faict en cour de Lorraine, le 14 feb- 
vrier, en Tannée présente 1627. Représenté par les discours et 
poésies du sieur H. Humbert, accompagné des figures du sieur 
Jacques Gallot. Nancy ^ 1627, in-4, fig., mar. vert. {Diiru), 

— 400 fr. 

Ce volume rare contient un frontispice giavé, 9 grandes planches pliées 
en deux et une gravure tirée dans le texte, représentant un bras armé. 

965. Cornelii Nepotis Vitae excellentium imperatorum, cum iiotis 
variorum.... accurante Rob. Keuchenio. Lugdunl Batav,^ ex 
officina Hackiana^ 1667, in-8, front, gr., mar. r. compart. Ir. 
dor. {Rel. du xvii« siècle). — 2000 fr. 

Superbe exemplaire de du Fresnoy, amateur distingué, qui vivait 
vers le milieu du dix-septième siècle, et qui mérite d*étre mis à côté de 
Longcpierre et du comte d'Hoyiii. Ce volume, relié avec la plus grande 
perfection, porte sur les plats au milieu de riches et élégants com{)arti - 



CHRONIQUE. 193 

meuts les armes de Du Fresnoy, accompagnées de son chiffre composé 
de toutes les lettres de son nom. Ce chiffre décore également le dos du 
volome. Acquis à la vente Potier, en 1870, au prix de 700 francs. 
968. Œuvres du seigneur de Brantôme, édition corisidérablement 
augmentée et accompagnée de remarques historiques et cri- 
tiques (par Le Duchat). La Haye^ 1740, 15 vol. pet. in-12, 
fig. tr. dor. {Aux armes du marquis de Coisiin,) — 780 fr, 
971. Les Intrigues amoureuses de M. de M. (Molière) et de 
son épouse. Bombes^ 1690, pet. in-8, mar. rouge, tr. dor. 
Mme*** {Cape), 230 fr. 

Rare. Atcc le passage relatif à Baron, pages 33-39, qui ne se trouve 
pas dans toutes les éditions. 



CHRONIQUE 

Nécrologie. Le 1 7'janvier dernier est mort, à Paris, le mar- 
quis de la Grange, membre libre de TAcadëmie des Inscriptions 
et Belles-Lettres. Nous laisserons de côté le rôle politique de cet 
érudit et les services qu'il a rendus au pays comme député 
et comme sénateur, pour rappeler plus spécialement les nom- 
breuses et intéressantes publications auxquelles il a attaché son 
nom. Outre des traductions et des extraits d'ouvrages allemands, 
on lui doit des travaux de numismatique et d'archéologie. Il s'est 
occupé également de }>olitique et d'économie sociale dans des 
écrits dont l'actualité n'était pas le seul mérite. Pour nous et 
peut-être aussi poiu» nos lecteiu*s, son meilleur titre restera 
d'avoii* été l'éditeur des Mémoires du duc de la Force (1843, 
4 vol.), du Fqyaige doultremer du Seigneur de Caumont (1858), 
et de la Prophétie du Roy Charles VlIIy de Guilloche^ Bordelois 
(1869). Comme beaucoup d'esprits éminents (nous ne citerons 
que Cousin et Sainte-Beuve), le marquis de la Grange s'était 
senti attiré vers la littérature féminine, la plus exquise des littéra- 
tures quand elle n'en est pas la pire, et il a publié les Jeux dt es- 
prit ou la promenade de la princesse de Conti , de Mademoiselle 
de la Force {Jubry, 1854), de Nouvelles Lettres de Mme Swet- 
chine, ^l peut-être impeu aussi les Lettres de Laurette de Malbois- 
sière, dont Mme la marquise de la Grange a signé l'introduction. 
Il est peu de publications qui aient fait moins de bruit que ces 

\ 



194 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

lettres^ malgré leur charme incontestable. Qui dira les causes de 
la faveur d'un livre ou de sa défaveur? 

Nous donnerons également un souvenir à l'ancien conservateur 
de la bibliothèque de la rue de Richelieu, Pillon, décédé à Cler- 
mont (Oise), âgé de quatre-vingt-quatre ans. M. Pillon jouissait, 
comme helléniste, d'une grande notoriété ; il ne dédaignait cepen- 
dant pas d'aborder entre temps la littérature légère et nous avons 
souvenir d'une épître en vers classiques, intitulée : Plaintes de la 
Bibliothèque nationale au peuple français^ qui fut publiée par lui, 
vers 1849, sans nom d'auteur, et qui mit en Uesse rinoffensive po- 
pulation dont il contrôlait, en ce temps-là, les bulletins de demande 
de livres. Le temps n'est plusdeces joyeusetés. Nous mentionnerons 
enfin Arthur Ponroy, poète tragique, en dernier lieu journaliste voué 
à la défense des véritables intérêts sociaux ; Xavier Eyma, littéra- 
teur d'une nuance difficile à classer, qui a abordé tour à tour, 
sans grand retentissement, le roman, la politique , l'industrie, 
etc., etc.; Emile Péhan, qui fut poète et est mort bibliotliécaire 
de la ville de Nantes. Sa principale publication et la seule pro- 
bablement de nature à intéresser nos lecteurs est le Catalogue^ 
en 6 vol. gr. in-8 (1860-1872), de la bibliothèque qu'il dirigeait 
et qu'il a laissée, dit-on, augmentée de plus du double. C'est le 
])lus bel éloge qui puisse être fait d'un bibliothécaire. 

Bien que le Bulletin s'adresse à un public principalement 
recruté parmi * les bibliophiles français, nous ne saurions passer 
sous silence deux autres décès de bibliothécaires. M. Ad. Wolf, 
conservateur de la bibliotlrcque impériale de Vienne, est mort le 
16 octobre 1875, à l'âge de 50 ans, et, dans le mois de janvier 
dernier, est décédé, âgé de 75 ans, l'éminent directeur de la bi- 
l)liothèque publique de Saint-Pétersbourg, le baron de Korff 
(Modeste). Un oubli de notre pcirt serait d'autant moins excusable 
que nos lecteurs n\)nt peut-être [)as oublié d'intéressantes com- 
munications dont cet érudit n'a pas dédaigné d'honorer nos 
recherches bibliographiques (nous citerons, entre autres, une lettre 
sur le pamphlétaire Moreau de Brasey, qui figure dans l'année 
1861 de notre collection). Le baron dcKorfF s'était créé, comme 
bibHothécaire, une spécialité qui dénotait, de sa part, une science 
des langues étrangères presque égale à celle qui a rendu illustre 
le nom du cardinal Mezzofanti. Tout ce qui était publié, en quel- 
que pays que ce fût, sur la Russie, il le faisait entrer dans la 



CHRONIQUE. 195 

collection qu'il a fondée sous le titre de /Jw^wca, et qui forme main- 
tenant une importante section de la bibliothèque de Saint-Péters- 
bourg. C'est à cette recherche de tous les jours que nous devons 
la communication dont nous avons parlé. Il y a loin de cette ouver- 
ture de caractère et d'esprit à ce que l'on raconte habituellement 
du vieil esprit d'exclusivisme moscovite. Le baron de Korff s'est 
occupé également de jurisprudence et il a pris part, à ce titre 
aux réformes qui ont été introduites, depuis peu, dans la légis- 
lation russe. Il laisse enfin quelques écrits historiques {Avènement 
de t empereur Nicolas (1857), Vie du comte Spéranski (186i), 
etc., etc.), qui lui assurent une place de choix dans la bibliothèque 
qu'il dirigeait. 

Publications nouvelles. Nous n'avons guère coutume de parler 
des publications qui s'adressent à d'autres qu'aux bibliophiles, et 
les livres d'étrennes nous trouvent et nous laissent particulière- 
ment froid. Nous dirons cependant un mot de Y Imitation de 
Jésus^Christ, publiée par la librairie Glady à grand renfort d'il- 
lustrations et à non moins grand renfort de réclames ; un mot 
aussi de la traduction choisie pour cette réimpression, et qui est 
celle de Michel de Marillac. Dût le Bulletin être accusé de plaider 
pro domo sua, nous remarquerons sans amertume que parmi les 
journaux et les revues qui ont parlé de la nouvelle édition, bien 
peu ont consenti à se souvenir que la faveur maintenant acquise 
au texte de Michel de Marillac date de la publication faite par 
M. S. de Sacy, en 4854, dans la Bibliothèque spirituelle, éditée 
par la librairie Techener. Depuis cette époque, plusieurs éditeurs 
ont découvert et publié cette traduction jusque-là restée à peu 
près inconnue. Littérairement, nous ne pouvons que nous réjouir 
de voir le courant de l'opinion se porter de ce côté, mais il ne 
nous semble pas nécessaire, pour faire valoir la nouvelle réim- 
pression, de déprécier injustement celle de la Bibliothèque spiri- 
tuelle. On a été {voy. le Poljrbiblion d'avril d876) jusqu'à signaler 
cette édition comme trop souvent fautive. Or, sait-on le nombre des 
fautes d'impression qui existent dans les deux volumes de 4 854 ? 
Il en est jusqu'à quatre. Au point de vue typographique , cela 
peut passer pour un assez beau résultat, surtout si l'on fait atten- 
tion que ces quatre fautes ont disparu de la réimpression donnée 
en 1860. 

Ce qui appartient en propre à l'édition Glady, c'est Fadmirable 



196 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

préface de M. L. Veuillot; ce sont les savantes recherches de 
M, A. Loth, deux choses dont personne ne songera à contester 
le mérite. Pourquoi faut-il que ces merveilles d'éloquence et d'éru- 
dition s'étalent sur un papier de chiffons qui rappelle les plus 
mauvais jours de notre histoire... industrielle ? Beaucoup de choses 
seraient également à dire sur (ou contre) Y illustration de ce vo- 
lume, hiquelle manque absolument d'unité. Trop d'inspirations 
diverses s*y coudoient et trop d'écoles y sont représentées. Nous 
ne cesserons de protester contre la tendance moderne, qui con- 
siste à confier l'ornement artistique d'un texte à des crayons trop 
diversement taillés. C'est ce qui fait l'infériorité des éditions ac- 
tuelles comparées aux anciennes, à celles des dix-septième et 
dix-huitième siècles, où l'on n'admettait, à coté de l'écrivain, 
qu'un seul maître chargé de Tinterpréter, que ce maître fût Vierx 
ou Gravelot. 

La dédicace de cette nouvelle édition de V Imitation nous a donné 
l'explication d'un mystère bibliographique, la clef des mots : Collec- 
tion Galaup de C/iasteuil, inscrits sur le titre de la Manon Lescaut 
de la même librairie. Ce nom appartient, paraît-il, à l'ascendance 
maternelle des éditeurs. On trouvera un peu partout des renseigne- 
ments sur cette famille de Provence qui a donné au Liban un 
solitaire illustre, aux Jeux floraux des poètes et au parlement d'Aix 
des magistrats comme en savait produire le dix- septième siècle, 
mais dont le nom aurait été malheureusement compromis un peu 
plus lard dans l'affaire des Poisons^ à en croire les Archives de la 
Bastille de M. Ravaisson. Nous souhaitons vivement que cette 
collection réussisse et s'accroisse en s'épurant. Sous ce rapport, il 
faut constater dans la pubUcation nouvelle un progrès réel sur 
celle qui l'avait précédée, tant pour le choix du hvrc que pour 
celui des écrivains chargés de le présenter au public. Autant en 
dirons-nous des artistes chargés de l'illustrer, réserve faite de 
leur trop grand nombre — ut supra. 

Entre les autres publications récentes ou récemment venues à 
notre connaissance, nous signalerons encore les Divers jeux rus-' 
tiques de Joachim de Bellay^ Paris, Liseux, 1875, in-18. Rappro- 
chée de rédition fragmentaire de la collection Charpentier, cette 
publication nous fait espérer que J. de Bellay ne tardera pas enfin 
il prendre dans notre histoire poétique le rang qu'il mérite et qui 
lui a été jusqu'ici tant soit peu marchandé. Nous citerons aussi 



CHRONIQUE. 197 

une curieuse brochure de M. L. Jarry : Pierre Daniel^ avocat au 
parlement de Paris ^ et les érudits de son temps ^ dH après les docu- 
ments inédits de la bibliothèque de Berne ^ Orléans, Herluison, 
i876, gr. in -8**; enûn, les Contemporains de Molière^ recueil de co- 
médies rares ou peu connues^ jouées de 1650 à 1680, etc., par 
M. V. Foumel, Didot, 1863-1875, 3 vol. in-8». C'est un bon recueil 
dont le succès eût été plus vif s'il avait été présenté au public sous 
le patronage d'un éditeur spécialement voué à la mise en lumière 
des tr.ivaux d'érudition. Malheureusement pour ce livre, le pa- 
villon qui le recouvre a abrité bien des marchandises douteuses : 
de là une certaine hésitation dans le pubHc. Et pourtant^ que de 
découvertes à faire dans ces trois volumes, même pour ceux qui 
se croyaient en quelque familiarité avec le dix-septième siècle ! Il 
faut avoir le courage de Ta vouer et ne pas se montrjer plus fier 
que le Journal des Débats, qui, en annonçant récemment le 3* vo- 
lume du Molière de la collection Hachette, confessait avec une 
bonne grâce charmante que les comédies contenues dans ce volume 
lui étaient a peu près inconnues ; les Fâcheux, par exemple. Ces 
Débats ! 

Nous terminerons celte revue par une publication de la librairie 
Baur : la Querelle dtfs bouffons, 1875, in-8° (tir. à 100 exempL). 
Cest la réimpression d'un recueil de divers opuscules publiés vers 
1 750, tant par les partbans de la musique française que par ceux 
de la musique italienne. Ce qui fait le principal intérêt de ce re- 
cueil, c'est qu'il a été forojé par J.-J. Rousseau et annoté par lui 
en quelques endroits. L'éditeur de la réimpression, M. Poulet- 
Malassis, constate dans sa préface la rareté des livres ayant appar- 
tenu au philosophe genevois et l'explique par ce fait que sa biblio- 
thèque, composée d'un millier de volumes sans grande valeui*, 
aurait été cédée de son vivant à Louis Dutens, qui habitait l'An- 
gleterre et l'y aurait transportée. Les seuls exemplaires de cette 
provenance connus en France seraient, d'après M. Poulet-Ma- 
lassis, au nombre de quatre, dont un traité de trigonométrie et 
l'édition latine de l'Imitation que M. Tenant de Latour a citée 
dans ses Lettres d'un bibliophile. Il faudrait ajouter à cette liste, 
d'après le Polybiblion (numéro d'avril 1876), un volume : Disser- 
tation sur la musique moderne^ qui figurait à la vente Aimé 
Martin. 

Tous les manuscrits de J.-J. Rousseau n'ont pas absolument 



198 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

dispai'u. Celui de la Nouvelle Béloïse a été découvert, il y a une 
vingtaine d'années, par M. Techener père, et est entré depuis 
dans la collection Boutron-Charlart. Un recueil de musique, de la 
main de Rousseau, figurait également dans le catalogue de la 
vente Aimé Martin ; enfin MM. Dubrunfaut et L. Techener pos- 
sèdent plusieurs lettres autographes. Reste la bibliothèque, et 
doit-on renoncer à en poursuivre les épaves ? En tout cas et sauf 
vérification, nous proposons d'ajouter aux quatre volumes men- 
tionnés par M. Poulet-Malassis un cinquième qui est ouvert devant 
nous. Cest un recueil de onze pièces in-12, publiées de 4734 à 
1740 [Épttre de Clio à M. de ^***, etc., Paris, 1734; Minet^ 
poème ^ Amsterd., 1736; Lettre critique sur la comédie intitulée 
V Enfant prodigue^ Paris, 1737 ; le Code des amants y poëme^ 1739; 
la Nouvelle Astronomie de Parnasse , etc., 1740 ; C Astrologue dans 
le puits ^ etc. , 1 740 ; Lettre dtun pâtissier anglois au cuisinier fran- 
cois, s. 1. n. d., etc., etc.), qui contient une table et diverses anno- 
tations manuscrites. Deux possesseurs de ce volume, dont l'un 
signe Verdet (nous voudrions pouvoir lire Verdicre qui, comme 
éditeur de Rousseau, savait sans doute à quoi s'en tenir sur son 
écriture), ont cru devoir attester sur les feuillets de garde que 
cette table et ces annotations sont de la main même -de Rousseau. 
Voilà toutes nos autorités. Ces annotations offrent du reste peu 
d'intérêt ; quelques anonymes y sont dévoilés ; quelques dates 
absentes suppléées. Après Rousseau, ce volume a appartenu à 
M. Leconte (de Bièvre), dont les armes figurent sur un feuillet 
relié au commencement du volume. De ce côté, du moins, la pro- 
venance est incontestable. 

Périodiques. Evangelizo vobis gaudium magnum,.,. Une nou- 
velle revue bi-mensuelle, destinée aux amateurs de livres, a fait son 
entrée dans le monde le 1*' avril dernier. Cela s'appelle le Con~ 
seiller du Bibliophile et a pour directeur M. C. Grellet (?), biblio- 
phile (??). Cette date du l**" avril, qui sent d'une lieue la mystifica- 
tion, sera, nous l'espérons, sans influence fâcheuse sur les destinées 
de la publication nouvelle dont l'exécution matérielle ne laisse rien 
à désirer, en fait d'élégance. Quant au contenu, nous n'entrepren- 
drons pas de l'apprécier sur la foi d'un seul numéro. Il faut tenir 
compte d'ailleurs des t/itonnements et des bégayements insépa- 
rables de tout début de ce genre. Les adhésions ne tarderont pas 
sans doute à arriver et, avec elles, les communications qui sont 



CHRONIQUE. 199 

rame de ces sortes de publications. Il sera possible alors d'émettre 
un jugement. Disons seulement, pour satisfaire la curiosité de nos 
lecteurs, que le premier numéro du Conseiller contient une biblio- 
graphie du 101" régiment^ de J. Noriac, les noms des auteurs des 
diverses pièces anonymes du Parnassiculet contemporain et un 
fragment de portrait de M. J. Barbey d'Aurevilly extrait du jour- 
nal VJrt français. Le choix de ces sujets indique les tendances 
de la nouvelle i^evue, tendances toutes modernes ; mais, même 
dans cet ordre d'idées, nous espérons d'elle des révélations d'un 
intérêt plus vif. La Clé du Parnassiculet a ligure, si nous avons 
bonne mémoire, dans la Petite Revue ^ et le portrait de M. Barbey 
d'Aurevilly qui est, croyons-nous, de M. Th. Silvestre, n'a cessé 
de circuler, depuis dix ans, dans la presse légère. U faut que le 
Conseiller du Bibliophile se mette en quête de choses plus inédites 
que celles-là. Il y va de son existence.... et de nos encourage- 
ments. 

Varia. Nous avons eu plusieul'S fois occasion de parler de la 
Société des Bibliophiles françois; nous avons aussi, à son temps, 
annoncé la formation de la Nouvelle Société des Bibliophiles — 
DU minores^ et voici que Ton nous annonce une nouvelle agglo- 
mération d'amateurs protestants qui se réuniraient sous le titre de 
Société des Bibliophiles réformés. Quelque piquante que puisse 
paraître cette appellation, nous doutons que Ton s'y arrête défini- 
tivement, le mot de réformés accolé à celui de Bibliophiles n'ayant 
pas, conmie on semblerait le croire^ une signification confession- 
nelle, mais exprimant seulement l'idée de réforme dans le goût des 
livres. Nous tiendrons nos lecteurs au courant de cette grosse 
affaire et nous leur ferons part, le cas échéant, de la formation de 
cette Société, de ses agissements et vagissements. Il nous a plu, 
en présence de ces créations de nouveaux centres d'amateurs, de 
nous reporter en arrière et d'examiner où en était le goût des 
livres, principalement des beaux livres, il y a une centaine d'an- 
nées. Faut-il l'avouer ! L'apparente supériorité de notre époque 
ne résiste guère à cet examen. Prenons, par exemple, Tanné' 
1764, en laquelle a été publié le Théâtre de P. Corneille, avec * 
commentaires de Voltaire et les figures de Gravelot. 
volume de cette édition, faite, comme on sait, pour venir 
à d'obscurs descendants du grand poète, se termine 
des souscripteurs, et l'inspection de cette liste n'est 




200 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ser quelque ëblouissement. Lb Roi y figure pour 200 exemplaires; 
r Impératrice de Russie pour 250; TEmpereur d'Allemagne pour 
200. Viennent ensuite Mme de Pompadour (50 exemplaires), le 
duc de Parme (30), le margrave de Bareith (45), le prince de 
Saxe-Gotha (12), enfin le Roi de Prusse (6 seulement). La com- 
pagnie des fermiers généraux est portée pour 60 souscriptions, 
sans préjudice du concours individuel de chacun de ses membres ; 
ainsi, le fastueux Bouret s'adjuge 24 exemplaires, 12 de plus que 
le banquier de la cour, de la Borde. Tout le dix-huitième siècle 
gît dans cette liste : le cardinal de Remis et le marquis de Brunoy 
pour 12 exemplaires chacun; l'intendant des finances, de Bou- 
logne, pour 10 exemplaires; le prince de Beaufremont pour 10 
également; le duc de Lauraguais pour 15. Nous omettons les 
souscriptions de libraires, tels que Cazin, de Reims (ISexempî.), 
celle de Voltaire (100), de Mme Denis (t2), pour donner une place 
d'honneur aux étrangers. Plusieurs Danois et beaucoup d'Anglais; 
entre autres le Lord vicomte de Palmerston, le chevalier Jean 
Calcraft, un nom depuis très-mal porté à Londres, et « Mme la 
veuve Hérold, d'Hambourg ». Le chiure de sa souscription (30 
exempl.) nous donne à penser qu'il s'agit ici d'une commande de 
librairie. 

Pour revenir aux souscripteurs français, que de vieilles con- 
naissances qui défilent sous nos yeux î Nous citerons à l'aventure : 
toute ou presque toute l'Académie ; l'intendant Foulon , de tra- 
gique mémoire ; les encyclopédistes Helvétius et d'Holbach ; le 
comte de Hoym, nom cher aux bibhophiles ; le suicidé Pidansat 
de Mairobert (pour 5 ex.); le chevalier FoLird; Mlle Quinaut- 
Dufresne ; etc., etc. L'on nous excusera de puiser au hasard, sans 
marquer les catégories, dans ce livre d'or qui se résume en un 
total de trois mille souscriptions environ, réparties entre un peu 
plus de mille souscripteurs. Et remarquez qu'il s'agissait d'un 
ouvrage considérable, de douze volumes in-8°, publiés avec luxe, 
partant d'un prix élevé. Il est douteux que cette souscription, ou- 
verte de notre temps, eût atteint d'aussi beaux résultats, même 
en y employant la Société des Bibliophiles français^ la Nouvelle 
Société des Bibliophiles et celle des Bibliophiles réformés. 



\ 



LETTRE A M. SCHELER, 

ASSOCIÉ DE lUgADÉMIE ROTALB DE BELGIQUE. 

Sur le livre qu'il a publié : Les Trouifères belges du douzième 
an quatorzième siècle, Bruxelles y 1876. 



Monsieur et cher confrère, 

Je ne voudrais pas être des derniers à reconnaître Timpor- 
lance et la valeur du volume que vous venez de publier : le 
travail de comparaison auquel vous vous êtes livré, en rap- 
prochant des éditions précédentes la plupart des textes con- 
servés dans les anciens manuscrits ; les observations gram- 
maticales dont ces petits poèmes vous ont fourni l'occasion ; 
le soin minutieux que vous avez mis à indiquer les sources 
auxquelles vous aviez puisé, tout ici justifie ce qu'on pou- 
vait attendre du savant romaniste qui nous avait donné les 
OEuifres de Baudoin de Condé et le Glossaire de Froissart. 
Vos publications méritent assurément de partager la haute 
estime qu'on accorde aux travaux de MM. Littré, G. Paris, 
P. Meyer et Darmestetter. Mais ce n'est pas qu'on ne 
puisse trouver matière à critiquer dans votre nouveau vo- 
lume, et qu'on perde le droit de faire aux éloges qu'on aime 
à lui décerner des réserves assez nombreuses. 

Ainsi, pour commencer, votre titre ne promet-il pas plus 
qu'il n'a tenu.»* Les Trouvères belges ^ si nombreux au dou- 
zième siècle et au treizième, ne sont-ils pas ici en trop petit 
nombre? Quenes de Béthune, Gillebert de Bemeville, Jac- 
ques de Baisieux, Mathieu de Gand et Gauthier le Long: je 
laisse de côté cinq ou six médiocres auteurs d'une ou deux 
fades chansons. Puis, ne serait-il pas permis de contester la 
nationalité de vos trois meilleurs auteurs, Quenes, Gillebert 
et Jacques de Baisieux ? Gillebert é^it Artésien; on n'en 

peut douter d'après une chanson satirique publiée dans 

U 



202 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Y Histoire littéraire de la France : on y faît arriver du ciel 
Dieu le père, poyr entendre les beaux trouvères d'Arras, et 
Dieu s'y pâme d'admiration quand 

Gilebers canta 
De sa dame chiere. 

Queues de Béthune pourrait être aussi justement réclamé 
par notre province d'Artois. La ville dont il gardait le nom 
appartient à notre Pas-de-Calais, et, dans une chanson sur 
laquelle nous aurons à revenir, il dit : 

Ne cil ne sont bien apris ne cortois 
Qui m^ont repris se fai dit mot d'Artois ; 
Car je ne fui pas noms à Pontoise. 

Vous ne pensez pas, Monsieur, que T Artois soit mis ici 
pour la rime, comme vous Tavez supposé de Pon toise. 

Ainsi vous avez reproduit les trouvères belges en trop 
petit nombre y et les morceaux les plus intéressants que vous 
ayez admis avaient été souvent imprimés et réimprimés 
avant vous. Si les autres comptaient de plus rares éditeurs, 
c'est parce qu'ils avaient paru ne renfermer que des lieux 
communs de versification amoureuse. Mais enfin, sous le 
point de vue philologique, ils avaient encore une valeur que 
vous ne pouviez méconnaître. Vous en avez donné un bon 
texte et vous l'avez éclairé pour la première fois d'un com- 
mentaire pour ainsi dire perpétuel. Grâce à vous, nous 
sommes aujourd'hui assurés contre le danger d'attribuer à 
ces galants trouvères des défauts de mesure et de prosodie 
dont doivent être presque toujours responsables les an- 
ciens copistes ou les précédents éditeurs. 

Je vois aussi sur votre titre : publiés cT après les manU' 
scrits. Permettez-moi de le dire : cela n'est pas complè- 
tement exact ; car, pour les manuscrits du Vatican et de 
Berne, et vous en avertissez dans votre Introduction, il a 
fallu vous en rapporter aux extraits d'Emmanuel Relier et 
du docteur Jules Brakelmann. Bien plus : conmie le texte 



LETTRE A M. SCHELER. 203 

de Berne était écrit eu dialecte bourguignon (ou plutôt 
franco-lorrain), vous avez pensé, et je le regrette, que 
« c'eût été un excès de fidélité que de propager les pro- 
« duits de vos chansonniers dans une langue qui n'était pas 
« la leur — » Dans ce travail de transposition du texte 
bourguignon en langage proprement français, vous confes- 
sez a n'avoir pas procédé avec toute la rigueur systéma- 
« tique que comporterait un monument littéraire d'une 
« valeur supérieure.... » Le confesserai-je à mon tour, cette 
explication ne me paraît pas des plus satisfaisantes. Dans 
tous les cas, elle nous éloigne un peu de publiés cC après les 
manuscrits. 

Maintenant, mon cher confrère, en travaillant pour vos 
trouvères belges, avez- vous rendu complètement justice à 
tous les précédents éditeurs des mêmes poésies ? Avez-vous 
suffisamment exprimé le gré que vous deviez leur savoir, 
d'avoir les premiers attiré l'attention du public lettré sur 
cette mine féconde de la Chanson « légère à entendre » ? Il 
m'est avis que vous vous êtes plus volontiers préoccupé du 
soin de compter les faux pas que ces pionniers, comme on 
aime à les appeler, ont pu faire en frayant la voie dans la- 
quelle vous deviez après eux plus sûrement marcher. Ils 
étaient parvenus, entre autres Arthur Dinaux dont le sou- 
venir doit être cher à nos provinces du Nord, à réunir les 
premiers éle'ments de la biographie de ces charmants trou- 
vères, et ils avaient porté de ces œuvres nombreuses un pre- 
mier jugement littéraire que vous n'avez pas essayé de com- 
pléter. Était-ce vous acquitter suffisamment envers eux, de 
leur accorder une seule phrase dont l'élégance est d'ailleurs 
assez douteuse? La voici : « Un grand nombre des éléments 
« qui composent ce volume ont été déjà imprimés. Mais à 
« part quils se trouvent disséminés dans les recueils divers 
« et spéciaux^ la plupart d'entre eux ont été livrés à la pu- 
« blicité d'une manière si peu conforme aux conditions que 
« la science cC aujourcC hui impose aux éditeurs d'anciens 
a textes^ qu'il y avait utilité à en faire une édition nouvelle 



20k BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

« et critique» fondée sur les manuscrits -originaux. » Comme 
vous, Monsieur, nous avions suivi les manuscrits originaux; 
et permettez-moi d'ajouter ceci : la science cCaujourcChui 
diffère peut-être un peu de la science d'hier : maïs on ne 
doit pas confondre les importantes études récemment faites 
sur la formation des mots, sur leur accentuation et la 
phonétique des langues romanes (études inaugurées par 
l'illustre Raynouart, et poursuivies par les Diez, les Littré, 
G. Paris, Paul Meyer, Darmestetter et vous-même), avec 
la connaissance de la syntaxe et des formes régulières de 
ces langues romanes. Or cette connaissance n'avait pas at- 
tendu Tavénement de la science d'aujourd'hui : elle était 
déjà assez répandue avant 1833, quand fut publié le Roman- 
cero français^ et un peu plus tard, quand parurent l'excel- 
lente édition de la Chronique de Benoît de Sainte-Maure, les 
Chansons de Rollant, d'Antioche et de Guillaume d'Orange. 
Est-il nécessaire, d^ns les premières éditions d'un texte 
ancien, de faire l'histoire de tous les mots qui le compo- 
sent, d'en préciser l'origine, d'en noter les variétés de forme, 
enfin de ne reculer devant aucune application de ce que 
vous appelez avec assez de raison la science dC aujourcC hui ? 
Je ne le pense pas. L'éditeur peut se contenter de repro- 
duire exactement l'original, et de distinguer, signaler et 
redresser les fautes de copistes. C'est là ce cfahier nous nous 
contentions généralement de faire, du mieux que nous 
pouvions. Vous faites plus aujourd'hui, je me plais à le re- 
connaître : mais ce que vous avez fait ne s'impose pas à 
tout littérateur consciencieux. Un premier éditeur a sans 
cela trop à faire, pour avoir encore le temps d'éplucher' 
toutes les locutions employées dans l'œuvre qu'il met en 
lumière : cette peine, il la réserve aux savants critiques dont 
il espère éveiller la curiosité. Ainsi, pour ne parler que de 
mes modestes publications, si la Berte aux grans pieds, le 
Garin le Loherain^ le Romancero^ le nouveau texte de Fil'- 
ïe/iardouin^ les Chroniques de Saint-Denis et la Chanson 
d'Antioche contiennent des méprises grammaticales, il faut 



\ 



LETTRE A M. SCHELER. îiiOô 

les attribuer à mon inattention, non à mon ignorance de la 
science d'aujourd'hui. Mais pourquoi ne Tavouerai-je pas ? 
J'ai toujours ressenti moins d'attrait pour ce qui apparte- 
nait au domaine exclusif de la philologie que pour ce qui 
me semblait intéresser l'histoire, les mœurs et la littérature. 
Trahit sua quemque voluptas. Sans chercher à grossir le 
nombre des grammairiens, je n'ai voulu que reproduire 
mes auteurs dans la forme la plus régulière et la plus 
exacte. L'effet n'a pas toujours répondu à l'intention, j'en 
conviens; mais j'aurais pu mieux faire, même avant d'a- 
voir suivi les progrès obtenus récemment dans l'analyse 
philologique des langues romanes. 

J'avais besoin, mon cher confrère, de vous dire tout cela, 
avant de passer en revue les reproches que vous m'avez 
adressés avec une sévérité qui m'a semblé particulière. Vous 
n'avez pas toujours eu raison dans vos redressements, au 
moins ai -je l'espoir de vous en faire convenir. Quoi qu'il en 
soit, j'entends me borner à présenter ma défense person- 
nelle, laissant aux autres le soin de se dégager comme ils 
pourront « de vos serres cruelles »• Je commence. J'avais 
ainsi donné la première chanson de messire Quenes de Bé* 
thune : 

Ahi, amors, com dure départie 
Me convenra faire de la meiilour 
Qui onques fu amée ne servie! 
Dieus me ramaiue à li par sa douçour 
Si voirement, que m*en pars à dolour. 
Las ! qu'ai-je dit ? Jà ne m'en pars-je mie : 
Se li cors va servir noslre Signour, 
Li cuers remaiut del tout en sa baillie. 

Au lieu de mon second vers justifié par les cinq meilleurs 
manuscrits, vous avez préféré : 

Com dure départie. 
Me copient faire à perdre la millor.... 

C'est-à-dire : Comme il me convient faire dure départie 
à perdre la meilleure* Laissez*moi conjecturer que vous 



206 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

auriez donné la préférence à la première leçon, si je n'avais 
pris les devants. — Au quatrième vers j^avais choisi : Dieu 
me ramaine à li^ et j'avais naturellement entendu : Dieu me 
ramène (bien que j'eusse mieux fait de préférer ramainty 
que donnait un manuscrit; ramaint étant la meilleure 
forme de la 3* personne indicative). Vous avez préféré la 
forme subjonctive ramainst^ et vous avez en conséquence 
ainsi rendu ce vers et le suivant : « Que Dieu par sa bonté 
me ramène auprès d'elle aussi sûrement que je m'en sépare 
avec douleur ! » Je n'admets pas cette interprétation; mais 
en la préférant, vous deviez reconnaître qu'elle n'était pas 
possible avec mon présent ramène ou ramaint. Au lieu de 
cela, « M. P. P. (dites-vous) a mal saisi le sens de ce passage 
« en l'interprétant : Dieu ni attire si bien à lui par sa honte 
« que f ai résolu de partir^ tout en pleurant. Il a méconnu 
« le subjonctif ramai nst ou ramaint» » Qui peut vous avoir 
dit, Monsieur, que je l'avais méconnu, puisque j'avais choisi 
ramène ? Et, comment vous, un des coryphées de la science 
(TaujourcThui^ avez-vous pu regarder ramaint et ramainst 
comme synonymes ? La méprise est ici d'autant plus singu- 
lière que vous retrouviez l'indicatif présent remaint dans le 
dernier vers du même couplet : 

Tous li miens cuers remcdnt en sa baillie, 

sans parler du mauvais choix de ce Tous li miens cuers 
que vous substituez à ma leçon, bien autrement élégante : 

Se li cors va servir nostre Signour 

Li cuers remaint del tout en sa baillie. 

II. En revanche, vous avez bien fait de rendre à la prison 
Ombrage (dernier couplet de la même chanson) son accep- 
tion exacte. Ombrage est ici adjectif et signifie obscure^ 
ombragée^ ténébreuse. Je l'avais /weco/i/îM et j'avais moins 
exactement serré le sens, en traduisant k la prison des 
ombres »* 

III. Vous me retrouvez à la cinquième chanson du même 



rirv" 



LETTRE A M. SCHELER. ÎO 

Quenes (que vous auriez dû placer, comme j'avais fait, à 
la suite de la première) ; et vous ne manquez pas de me le 
faire sentir, dès le premier couplet : 

Bien me déusse targîer 
De chanson faire et de dis et de chans, 

Quant il m*estuet alougier 
De la millour de toutes les vaillans. 
Et si puis bien faire voire yentance 
Que je fais plus por Dieu que nus amans. 
Si en sui moult, endroit l'ame, joians, 
Mais el cors ai et pitiés et pesante. 

« P. P. (dites-vous) remarque que ce début prouve que le 
« poëte composait seul les paroles et la musique. Cette 
« preuve ne me parait pas péremptoire. Chançon^ mot^ 
« chant ne sont que synonymes. » Quoi ! Monsieur, ces 
trois mots auraient une égale valeur et devraient se dire 
Tun pour l'autre ? par conséquent, le poëte aurait entendu 
faire chansons^ de chansons et de chansons. Voilà ce qui 
vraiment ne me semble pas péremptoire. Auriez-vous égale- 
ment pensé que ^^ers et note étaient synonymes, dans ce 
début d'un lai de Marie de France : 

Dous en sont M ver à oir. 
Et les notes à retenir ? 

Mais pourquoi insister ? La cause est entendue. — Je 
veux bien passer condamnation, au second couplet, sur le 
verbe plagier y auquel vous avez -çvèîévè plaissier^ venant, 
dites-vous, àeplexare^ fréquentatif de /?/ec?^re. Cependant 
plagier y qui répond à plagiare enregistré par Du Cange, est 
pour le moins aussi régulièrement formé que plaissier de 
y oive plexare y qu'à mon tour je n'ai trouvé nulle part. 11 est 
assurément commode de supposer gratuitement l'usage d un 
mot latin qui répondrait exactement au mot roman ; mieux 
vaudrait cependant commencer par prouver la réalité de cet 
usage, et c'est là ce dont, à l'exemple de Ménage, les philo- 



208 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

logues d* aujourd'hui ne se préoccupent pas assez. Voici les 
vers où se trouve le mot en litige : 

Chascun se doit efTorcier 
De Dieu servir, jà nU soit li talens, 

Et la char vaincre et plagier,,,, 

IV. Puis vient le troisième couplet, où vous me faîtes une 
nouvelle querelle : 

Vous qui dismez les croisiés, 
Ne despendés mie l'avoir ainsi. 

Ânemis Dieu en sériés. 
Et que porront faire si anemi, 
Quant tout li saint tremhleront de doutance 
Devant celui qui onques ne menti? 

« Le poëte, dit ici M. Paris, apostrophe les gens d'armes 
« enrôlés par les chevaliers bannerets, parce qu'ils deman- 
« daient rigoureusement le prix de leur engagement, com- 
« me si' la flotte eût mis à la voile, sans retard. Je doute 
« que cette manière de voir réponde à la pensée de l'auteur, 
<c A la vérité, elle se fonde sur une autre leçon, son texte 
tt portant robez au lieu de dismez^ qui se trouve dans le nu- 
« méro 7222. Je suis porté à croire que ces vers ont plutôt 
« en vue des grands seigneurs qui continuaient à frapper 
« d'impôts même les croisés, en diminuant ainsi les ressour- 
« ces de ceux-ci au préjudice de leur sainte mission. » 

Si vous m'en croyez, Monsieur, nous nous exécuterons 
volontairement tous deux ; mon explication et la vôtre se 
valent ou plutôt sont également mauvaises. Il doit s'agir 
ici, comme dans les couplets suivants, des hauts barons, à 
commencer par le roi, qui, aussitôt après avoir pris la croix, 
consacraient, disaient-ils, une partie du produit de la 
dixme saladine à soudoyer de nouveaux hommes d'armes 
et à faciliter leur voyage. On était à la fin de 1189, et ce- 
pendant ils ne parlaient pas encore de partir. C'est pour 
stimuler leur indolence et accuser les motifs intéressés de 
leur prise de croix que notre Quenes faisait cette vigou- 



LETTRE A M. SCHELER. 209 

reuse sortie. Suivant toutes les apparences, il voulait sur- 
tout gourmander Hue, le châtelain d'Oisy, peut-être Tuu 
des derniers à partir, mais aussi Tun des derniers à revenir. 
Hue d'Oisy dut composer en Syrie la réplique qu'on peut 
lire dans le Romancero^ au moment où Philippe- Auguste 
donnait le signal du retour et ramenait avec lui Queues 
de Béthune. 

y. Nous avions aitisi donné le sixième et dernier couplet : 

Qui ces barons empiriés 
Sert sans aeur, jà tant n*ara servi 

Que leur en prenge pitiéi. 
Pour ce fait bien Dieu servir, je vos di ; 
Qu'en lui servir n*a aeur ne caance : 
Qui bien le sert et bien li est meri. 
Pléust à Dieu qu'Amors féist ainsi 
Envers tos ceaus qui en li ont fiance. 

« L'auteur (dites-vous) veut dire qu*en servant de tels 
tt mauvais barons sans succès^ il ne faut pas s'attendre à la 
« moindre indulgence de leur part, tandis que Dieu ne fait 
« pas dépendre sa récompense de la bonne ou mauifaise 
a chance. Les manuscrits portent les uns aeur^ les autres 
« eur. L'éditeur du Romancero s'est mépris en le traduisant 
« par gage, arrhes, » 

J'y consens, je me suis mépris ; mais, de votre côté, re- 
connaissez que votre succès n'est pas moins éloigné de la 
vraisemblance. Je crois aujourd'hui que aeur, bien préfé- 
rable à eiirj répond exactement à adjutor, protecteur, et 
qu'il faudrait entendre ainsi le passage : « Qui sert 
u sans protecteur ces barons pervertis, n'aura jamais assez 
« bien servi pour attirer leur pitié. Vaut mieux donc servir 
u Dieu, car on n'a besoin auprès de lui ni de patrons ni 
« de chevance : qui bien le sert est sûr d'être bien récom- 
« pensé, etc. » Je voudrais bien, mon cher confrère, que 
cette dernière explication eût votre assentiment. 

Dans la septième chanson de Quenes, les dames du vingt- 
deuxième vers peuvent être à l'accusatif, comme je l'ai 



210 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

pensé, ou au nominatif, comme vous aimez mieux le croire ; 
mais quand elles 

Ont tôt laissié por apenre à borser^ 

je pense qu'au lieu de ce dernier mot nous ne dirions 
pas aujourd'hui, même populairement^ « boursicoter »; car 
cette vilaine locution répond à : former sou à sou un petit 
pécule ; et ces dames avaient de plus hautes aspirations. 

VL Je vais citer le cinquième couplet de la huitième 
chanson, d'abord pour le plaisir de le reproduh-e, puis 
pour me défendre encore : 

Par Dieu, vassal, mar vos vint en pensé, 
Quant vos m'avés reprové mon éaige ; 
Se j 'a voie mon jouvent tôt usé, 
Si sui-je riche et de moût haut parage 
Qu'on m*ameroit à petit de biauté ; 
Certes encor n'a pas deux mois passé 
Ke ]i Marchis m'envoia son message. 
Et li Barrois a por m'amor josté. 

» D'après Paris (dites- vous), le marquis serait le marquis 
« de Montferrat, et le Barrois Thibaut P"", comte de Bar. Ces 
« interprétations sont faites dans l'hypothèse que notre 
« tançon s'applique à la comtesse de Champagne, ce qui 
« n'est nullement assuré. Je remarque toutefois que l'édi- 
« teur du Romancero^ dans Y Histoire littéraire de France ^ 
tt tome XXIII, p. 667, interprète le Barrois par Guil- 
« laume des Barres. » 

• Puisque vous vouliez me contredire, cher confrère, vous 
pouviez ne tenir compte que de ma dernière attribution, 
exprimée plus de dix ans après la première. En tout cas, la 
comtesse de Champagne n'avait rien à faire ici, je n'y avais 
pas pensé. Mais le marquis de Montferrat avait été du pre- 
mier voyage d'outre-mer; il avait été également du second; 
son importance avait été constamment des plus grandes 
en Grèce et en Syrie, si bien qu'on avait même parlé de 
le marier à la reine Sibile, héritière du roi Amaurv; enfin 



LETTRE A M. SCHELER, 211 

c'était assez Tusage de le désigner par excellence sous le seul 
nom de Marquis; je pensais donc être autorisé à conjecturer 
que c'est lui dont la grande dame voulait parler. Je persiste 
dans cette conjecture. Mieux encore, pour ce qui touche au 
Barrois, En effet, on désignait ainsi le preux chevalier 
Guillaume de Barres dont on célébrait tant les prouesses en 
Syrie, où, suivant toutes les apparences, cette chanson dut 
être composée. Vous avez lu dans la Chronique de Reims, 
publiée en 1837 par mon frère Louis Paris: « Si avint un 
« jour que messire Guillaume de Barres chevauçoit parmi 
« Acre, et li rois Ricars ausi, et s'entrerencontrèrent. Lî 
u rois Ricars tenoit en sa main un tronchon d'une lance, 
« et meut au Barrois^ et le cuida porter fors des arçons. 
« Li Barrois se tint bien, car il estoit chevaliers esmerés ; et 
« au passer que li rois engleis cuida faire, li Barrois le sai- 
a sit par le col et feri cheval des espérons et le traist, par 
« force de bras, des archons. Puis laska le bras et li rois chéî 
« sous le pavement si rudement que à poi li cuers ne li par- 
« list, etjutensi une grant pieche pasmés que on n'i senti 
« pous ne aleine. » L'historien anglais Jean Bromton a fait 
à peu près le même récit, tout en plaçant la rencontre à 
Messine. J'ai donc pu, quoi que vous en pensiez, Monsieur, 
conjecturer que le Barrois, qui avait jouté pour l'amour de 
cette grande dame, était le strenuus miles de Bromton, le 
chevalier esméré Guillaume de Barres. 

VIL Je n'avais pas donné le quatrième couplet de la 
dixième chanson de Queues, dans la conviction où je suis 
encore qu'il ne lui appartenait pas. J'avais pour penser ainsi 
plusieurs raisons : le couplet est mal versifié ; il contredit 
précisément ce qu'on venait de lire dans le précédent; enfin 
il n'est pas dans les mêmes rimes que les trois qui pré- 
cèdent. L'usage de Quenes varie, il est vrai. Le plus sou- 
vent, ses chansons ont six couplets, et les rimes alternent 
de deux en deux couplets : 1, 3, 5. Ou bien les rimes 
changent à chaque couplet ; ou bien enfin les six couplets 
sont faits sur les deux mêmes rimes. Ici, nous avons les 



212 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

trois premiers couplets rimes de même, puis le quatrième 
et dernier qui n^a pas de rimes correspondantes. C'est donc 
une octave ajoutée par un scribe négligent; elle manque 
dans plusieurs manuscrits. Gela posé, je suis en droit de 
soutenir, contre votre sentiment, Monsieur, que notre poëte 
a voulu déclarer, dans son troisième et dernier couplet, 
qu'il renonçait aux amours mondaines pour ne plus adres- 
ser ses vœux qu'à la reine du ciel. 

Dame, Ioqc tens ai fait vostre servise ; 
La merci Dieu, or o'en ai mais talent. 
Si m*est au cuer une autre amor emprise, 
Ke tous li cors m'en alume et esprent; 
Et me semont d'amer si hautement 
K*en li ne truis ne orgueil ne faintise ; 
Et j*amerai, ne peut estre autrement. 
Si me métrai del tout en sa franchise. 

Voyez un peu' comme le couplet suivant concorderait avec 
celui qu'on vient de lire : 

Mais ce me fait sovent estre en doutance 
Ke sa \alor ne me tiegne en viuté, 
Car tant redout Vorgueillome hiauté, etc. 

YIII. La dixième chanson, qu'à mon exemple vous au- 
riez dû placer en tête des œuvres de Quenes, puisqu'elle 
avait assurément été composée dans sa jeunesse, vous a 
suggéré d'autres critiques. En voici les deux premiers 
couplets, souvent cités depuis que je les ai publiés : 

Moût me semont Amours que je m'envoise, 
Quant je plus doi de chanter estre cois. 
Mais j'ai plus grant talent que je me coise, 
Por çou j*ai mis mon chanter en défois. 
Que mon langaige ont blasmé li François, 
Et mes chansons, oyant les Champenois, 
Et la contasse eacoir, dont plof me poise. 









LETTRE A M. SCHELER. 213 

La roïne ne fit pas que courtoise 

Qui m*en reprist, elle et ses fieos li rois ; 

Eucoir ne soit ma parole Françoise, 

Si la puet-on bien entendre eu François. 

Ne cil ne sont bien apris ne cortois 

Qui m'ont repris, se j'ai dit mot d'Artois ; 

Car je ne Fui pas norris à Pontoise. 

D'abord, Monsieur, vous me reprochez d'avoir donné, 
en 1833, au mot s^ençfoisier un sens que je ne maintiendrais 
pas en 1876. Vous avez trop compté sur le progrès de mon 
instruction grammaticale. Je connaissais en 1833 aussi bien 
qu'aujourd'hui la signification la plus ordinaire du verbe ré- 
ciproque s'envoisier^ c'est-à-dire se mettre en joie ; mais le 
sens ici m'avait semblé plutôt réclamer l'acception primi- 
tive. Rien n'empêche, en effet, d'admettre que le verbe 
s^envoisier dérive de i^ois^ se mettre en voix, rompre le 
silence. On aura plus tard un peu détourné la première 
acception, en supposant que se mettre en voix pouvait ré- 
pondre à se mettre en train, en bonne humeur. J'espère 
d'autant mieux vous convertir à mon sentiment, que tout en 
renvoyant les philologues au dictionnaire de Diez pour 
l'étymologie de ce mot, vous avouez que cette étymologie 
est encore « un peu nuageuse » . 

De plus ici, vous ne voulez pas que Tancien proverbe venir 
de Pontoise ou les ânes de Pontoise ait le moindre lien avec 
le dernier vers de cette chanson. « Selon moi (dites-vous), 
« Pontoise ne doit sa mention qu'à la rime. » Selon moi, 
répondrai-je, Pontoise a d'autres titres au rapprochement 
que j'avais proposé. 

IX. Enfin, mon cher confrère, votre sens critique vous 
a entraîné une dernière fois trop loin, dans une note de la 
chanson de Jean de la Fontaine de Tournai : « M. Paulin 
a Paris, dans l'article consacré à notre auj^ur dans YNis- 
u foire littéraire de France^ tome XXniy^»42, reproduit 
A le dernier couplet comme ayant été/ .^^Bectement pu- 
ce blié par M. Relier. Cependant je n'i^^^Amarqué qu'il 



214 BULLETm DU BIBLIOPHILE. 

<c ait redressé autre chose que les mauvaises divisions sain 
« si^ con ifiegnCy en si (pour s^ainsi^ conviegne^ ensi\ à des- 
« sein imitées par le premier éditeur. Par contre^ il y a 
« commis, de son côté, une erreur étrangère au manuscrit 
(c et au texte de la Romvart, savoir au vers 37 : doit pour 
« doi. » 

J'ai du moins remarqué, Monsieur, que cette chanson , 
vous l'aviez «t trouvée dans la Romi>art de Keller », et que 
dans votre Introduction, parlant du manuscrit du Vatican que 
Keller avait transcrit, « nous ne Vavons (dites-vous) utilisé 
« que d après les extraits donnés dans la Romuart, » Ainsi, 
rien de mieux établi, vous n'avez pas vu le manuscrit du 
Vatican. Comment donc avez-vous pu dire que le mot doit^ 
au lieu du doi de Keller, était étranger au manuscrit comme 
au texte de la Romvart ? Je ne veux pas appuyer sur ce 
point; mais vous aussi, plus d'une fois, avez été forcé de 
corriger les copies de Keller : je devais donc être, à vos 
yeux, assez excusable en présumant avec justice qu'il 
fallait ajouter une lettre au mot doi de ce couplet maussade : 

En merci voel souffrir et resgardcr; 
Del départir ne mi doinst Dieus loisir ; 
Car s'ainsi est que jusqu'au defîner 
Ne mi fait mius fors del doue souvenir 
Que j'ai de li, si ne mi doit merir, etc. 

Grâce à Dieu, je ne vous ai pas donné d'autres sujets de 
dissentiment. Mais si j'ai relevé scrupuleusement ceux que 
vous avez exprimés, croyez-le bien, cher confrère, c'est en 
considération de la haute estime que m'ont inspirée tous vos 
travaux de critique et de véritable érudition. Je n'ai pas 
oublié que la sévérité dont vous êtes armé dans vos Trow- 
çères belges aurait eu pour le moins autant d'occasions de 
s'exercer, dans l'édition que vous avez donnée delà Berte 
ans grans piésj quarante ans après la première. C'est 
avec la Berte que j 'avais inauguré la série des Chansons de 
geste dont on connaissait alors à peine le nom, et dont on 



LETTïUE A M. SCHELER. 215 

ignorait complètement le caractère. Depuis ce temps, la 
critique, appliquée aux œuvres du douzième siècle et du 
treizième, a fait de grands progrès ; Thistoire littéraire a 
découvert de nouveaux horizons qu'on ne soupçonnait guère 
auparavant ; et c'est à la génération à laquelle vous appar- 
tenez qu'il convient de suivre la même voie d'un pas mieux 
assuré, sans méconnaître pourtant ceux qui les premiers 
s'y sont aventurés , tels que le vieux Méon, le regrettable 
Arthur Dinaux, 'l'infatigable Francisque Michel. Ceux-ci 
n'avaient pas attendu plus que moi, pour faire de bonnes 
éditions de nos trouvères, l'avènement de la science (Tau-' 
joureThui. 

Mais au lieu d'appuyer sur ce point, permettez-moi, cher 
confrère, de prendre congé en vous soumettant, à vous dont 
j'aime à reconnaître l'autorité en matière de grammaire, 
une conjecture que je voudrais voir prendre désormais en 
considération. Dans les manuscrits du treizième siècle, il me 
semble que la lettre finale x^ qui nous fait encore aujour- 
d'hui prononcer en ex et en ax la syllabe qu'elle termine, 
était la forme abrégée des deux lettres us. J'ai lu peut- 
être autant d'anciens textes que personne, en raison des 
fonctions que j'ai remplies durant quarante ans dans le 
cabinet des manuscrits de notre Bibliothèque nationale, et 
j'ai constamment trouvé la justification de ma conjecture 
dans tous les mots où cet x final était employé. Il en résul- 
terait qu'il faudrait lire Dieus^ trtwaus^ biaus^ maus^ fieus^ 
ieus, liqueus, etc., partout où le scribe aura écrit Diex, trai^ax^ 
biaXj max^ fieXj ieXj liquex^ etc. Je soupçonne même que 
vous n'êtes pas fort éloigné de le penser, en retrouvant un 
très-petit nombre de ces x dans vos Troui^ères belges. Au 
moins aurez-vous remarqué comme moi l'antipathie de 
notre ancienne langue pour Vx des Grecs et des Latins. 
ly Alexandre^ à^ exemple^ à^exitus, maxilla^ nexusj rex^ 
etc., ils ont fait Alessandre ^ essample^ eissue^ maisselle. 
neus^ reiSy etc. Se peut-il qu'ils aient laissé à Yx le droit de 
prendre sa revanche à la fin des mots? Je ne le pense pas. 



216 BULLETIN DU BIBLIOPHILE, 

Mais dans quel gouffre me suis-je jeté ? Ou bien les ré- 
cents philologues ont déjà fait cette observation, qui serait 
aujourd'hui surannée ; ou, si vous ne Tavez pas faite, tout 
doit me donner à craindre qu'elle ne repose sur un fonde- 
ment chimérique. Lisez toutefois, jugez, et conservez-moi, 
cher confrère, quelque chose des sentiments de haute estime 
que je vous ai voués. 

P. Paris, de V Académie de Belgique. 

Avcnay, 22 juin 1876. 



NOUVELLES RECHERCHES 

SUR MATHURIN REGNIER 



La biographie de Mathurin Régnier présente de grandes 
lacunes auxquelles les éditeurs du poëte se sont efforcés de 
suppléer par des hypothèses plus ou moins fondées. Nous 
n'entreprendrons point de faire ici la part des vérités et 
des conjectures récemment exposées; il nous parait préfé- 
rable de grossir le contingent des informations exactes qui 
devront quelque jour être consultées pour une histoire de 
la vie de Régnier. Les diverses indications qui vont être 
offertes aux lecteurs ont été tirées de documents d'une 
irrécusable authenticité. Elles sont dues, en outre, à Tobli- 
geance de M. Ad. Lecocq, érudit chartrain, honorablement 
connu pour ses travaux archéologiques. 

Ces communications jettent quelque lumière sur la jeu- 
nesse et sur les dernières années de Régnier. Elles révèlent 
d'abord en lui un ami, sinon un disciple de* l'helléniste Jean 
Sursin. Plus tard, elles nous montrent le poëte malade chez 




NOUVELLES RECHERCHES SUR M. REGNIER. 217 

sa mère, qui se refuse à recevoir Tarchidiacre de Poissy. 
Enfin, en précisant le moment de Tinstallation du chanoine, 
successeur de Régnier à Notre-Dame de Chartres, elles 
viennent confirmer une date que les archives de Rouen ne 
permettent pas d'établir, celle de la mort de notre premier 
satirique. 

Jean Sursin, de Nogent-le-Rotrou, principal du collège 
de la Formagerie d*Ângers, a publié en 1595 une gram- 
maire grecque dont on trouve trois exemplaires à la 
Bibliothèque nationale (1). Entête de cet ouvrage figurent 
une trentaine de pièces de vers tant latines que grecques, à 
la louange du livre et de son auteur. Parmi les savants 
professeurs royaux et les simples amis des lettres qui ont 
ainsi donné la bienvenue à Jean Sursin, on remarque 
Mathurin Régnier, qui avait alors vingt-deux ans. Voici en 
quels termes est conçu le salut du jeune poète : 

Moyanti lapides gaudent Amphione Thebœ ? 

Francia Sursino Grseca traheate suo. 
Âmphion traxit Thebanus Carminé saxa : 

Grscia Suisino mota canente Yenit. 

M. Régnier Carnutis. 

Ce minuscule poème n^ajoutera rien à la gloire de 
Régnier; mais par les relations qu'il atteste entre son auteur 
et le principal du collège d'Angers, il fournit un indice 
extrêmement précieux, et il s'impose aux futurs biographes 
de Régnier, comme point de départ de leurs recherches sur 
les humanités du poëte. 

(1) X, 317. In-4« de 8 ff. liminaires non chiffrées et de 338 pp., 
plus 44 pp. pour le lexique terminant le Tolume. Voici du reste le titre 
de cet ouYrage : c Joannis Sursini Camntis nogentini grammaticas grse- 
es libri sex, ad serenissimura principem Garolum Borbonium. suenonum 
comitem, magnum Franciae magistrum. Accessit brève lexicon primiti- 
varam omnium totius grœcss Linguœ dictionum. Andegayi, apud An- 
tboninum Hemauli typographum regium M.D.XCV. Cum gratiaet pri- 
vilegio régis. 9 

Le lexique est dédié à Henri d*Ângenne. 

15 



"jLletin du bibliophile. 

is qui vont saivre ont été recneilties sur 
ilaires de l'Eglise de Chartres, à la date 
1 1612. Quatre ans auparavant, Regoier 
Qoioe, et dans ce loDg espace de temps 3 
■ le loisir de faire le stage (1) auquel était 
lioe entrant en fonctions, pour être admis 
on nouveau titre. L'humeur vagabonde et 
! de Ke^îcr contribuèrent, selon toute 
accomplissement d'une règle profitable, 
t un droit aux revenus capitulaires, 
>tt, dans la matinée du 25 juin 1612, tout 
passa au chapitre général de Chartres, 
re de Poissy vint faire rapport qu'il 
iter M. Renier malade, et que sa mère 
ermettre. " 

: Simone Desportes, trop rigide gardienne 
Sb, émut l'assemblée, qui résolut d'avoir 
lison de l'impolitesse grave commise à 
:hîdiacre. Séance tenante, le chévecler du 
capiceratus) et M. Robert furent commis 
:r le jour même, et dans l'après-midi, à 
lion, les deux délégués rendirent compte 
Is avaient tronvé le poëte fort malade, et 
priés d'obtenir du chapitre qu'il lui ÎÙX 
e son stage par procuration, attendu ses 

ouci par le rapport de ses deux membres, 
!nt en considération la demande de 
cision, consignée sur les registres capitu- 
-ièvement libellée : ■ Permis de grâces et 
m des médecins. ■ 
tard, le 27 juin 1612, . M. Tullone (2), 

ait CD lix moii de réaidence t Chartr«». U ue p*- 
I aux réuaioD» du chapilre fût imposée, 
neveu de Oespoitea, était devenu chanoine d* 
ion de ton oncle, le 11 janvier 1S95. V. Sonchci, 



NOUVELLES RECHERCHES SUR M. REGNIER. 219 

comme fondé deprocoratioii de M. Régnier, malade, déclara 
sou stage estre faict et parfaict, et vu l'attestation des mé- 
decins accordée sans déroger par la coustume de TÉglise. d 

Après nous avoir appris comment Régnier accomplit son 
stage, les registres capitulaires vont nous faire connaître 
quels profits en nature assurait une prébende au cœur de la 
Beauce. Nos renseignements ne sont pas variés. Ils ne 
portent que çur une part de blé ; mais de ce cas particulier 
on peut préjuger Fensemble des contributions. 

Voici donc ce qu'on lit sur les registres du chapitre, à la 
date du 15 juin 1613: 

« M. Tullone soy faisant fort de M. Renier, chanoine, a 
accepté les trois muys (1) portés par les partaiges attendant 
coUoction, attendu qu'iln'y enaàprésent de vacquantes. » 

Dans la même année, Régnier mourut à Rouen, le 16 oc- 
tobre. Cette date ne peut être déterminée, comme celle de 
la naissance du poëte, à l'aide d^un acte authentique, 
puisque les archives de Tétat civil conservées au greffe du 
tribunal de Rouen présentent une lacune de 1603 à 1619. 
Néanmoins, à défaut de documents certains, on a quelque 
raison de s^en déférer au registre de réception des chanoines 
de Chartres. En marge de Tacte relatif à Mathurin Régnier 
est écrite cette mention: Obiit 16 octobre 1613. Enfin, comme 
complément de preuves, il convient d'invoquer cette der- 
nière déclaration: « 14 novembre 1613. Charles Bondot 
Lecen, chanoine, au lieu et par décès de Mathurin Renier, 
vacquant par mort. » 

Tels sont les résultats des recherches nouvellement en- 
treprises au sujet de notre premier satirique. Ils ne consti- 
tuent assurémer^t point de grandes conquêtes sur Finconnu; 
mais par leur indiscutable valeur, et par les éclaircissements 



Sutoire de Charirés^ t. Il, dans les Mémoires de la Société archéolo- 
gique d*£ure-et*Loir« 

(1) Lé muid de blé était de douze setiers, et dana chaque setier on 
comptait cent vingt-sept litres. 



\ 



V 

\ 



216 BULLETIN DU BIBLIOPHILE, 

Mais dans quel gouffre me suis-je jeté ? Ou bien les ré- 
cents philologues ont déjà fait cette observation, qui serait 
aujourd'hui surannée ; ou, si vous ne Tavez pas faite, tout 
doit me donner à craindre qu'elle ne repose sur un fonde- 
ment chimérique. Lisez toutefois, jugez, et conservez-moi, 
cher confrère, quelque chose des sentiments de haute estime 
que je vous ai voués. 

P. Paris, de V Académie de Belgique. 

Avcnay, 22 juin 1876. 



NOUVELLES RECHERCHES 

SUR MATHURIN REGNIER 



La biographie de Mathurin Régnier présente de grandes 
lacunes auxquelles les éditeurs du poëte se sont efforcés de 
suppléer par des hypothèses plus ou moins fondées. Nous 
n'entreprendrons point de faire ici la part des vérités et 
(les conjectures récemment exposées; il nous paraît préfé- 
rable de grossir le contingent des informations exactes qui 
devront quelque jour être consultées pour une histoire de 
la vie de Régnier. Les diverses indications qui vont être 
offertes aux lecteurs ont été tirées de documents d'une 
irrécusable authenticité. Elles sont dues, en outre, à l'obli- 
geance de M. Ad. Lecocq, érudit chartrain, honorablement 
connu pour ses travaux archéologiques. 

Ces communications jettent quelque lumière sur la jeu- 
nesse et sur les dernières années de Régnier. Elles révèlent 
d'abord en lui un ami, sinon un disciple de l'helléniste Jean 
Sursin. Plus tard, elles nous montrent le poète malade chez 



NOUVELLES RECHERCHES SUR M. REGNIER. 217 

sa mère, qui se refuse à recevoir l'archidiacre de Poissy. 
Enfin, en précisant le moment de l'installation du chanoine, 
successeur de Régnier à Notre-Dame de Chartres, elles 
viennent confirmer une date que les archives de Rouen ne 
permettent pas d'établir, celle de la mort de notre premier 
satirique. 

Jean Sursin, de Nogent-le-Rotrou, principal du collège 
de la Formagerie d'Angers, a publié en 1595 une gram- 
maire grecque dont on trouve trois exemplaires à la 
Bibliothèque nationale (1). Entête de cet ouvrage figurent 
une trentaine de pièces de vers tant latines que grecques, à 
la louange du livre et de son auteur. Parmi les savants 
professeurs royaux et les simples amis des lettres qui ont 
ainsi donné la bienvenue à Jean Sursin, on remarque 
Mathurin Régnier, qui avait alors vingt-deux ans. Voici en 
quels termes est conçu le salut du jeune poète : 

MoTanti lapides gaadent Âmphione Thebœ ? 

Francia Sursino Grseca trahente suo. 
Amphion traxit Thebanus Carminé saxa : 

Grsecia Sunino mota canente Tenit. 

M. Régnier Garnntis. 

Ce minuscule poëme n^ajoutera rien à la gloire de 
Régnier; mais par les relations qu'il atteste entre son auteur 
et le principal du collège d* Angers, il fournit un indice 
extrêmement précieux, et il s'impose aux futurs biographes 
de Régnier, comme point de départ de leurs recherches sur 
les humanités du poète. 

(1) X, 317. In-40 de 8 ff. liminaires non chiffrées et de 338 pp., 
plus kk pp. ponr le lexique terminant le volume. Voici du reste le titre 
de cet ouTrage : c Joannis Sursini Camntis nogentini grammatic» grae- 
ce libri sex, ad serenissimum principem Carolum Borbonium suenonum 
comitem, magnum Francis magistrum. Accessit brève lexicon primiti- 
varum omnium totius grscœ Linguœ dictionum. AndegaTi, apud An- 
tboninum Hemaull typographum regiom M.D.XCV. Cum gratia et pri- 
YÎlegio régis. 9 

Le lexique est dédié à Henri d*Angeime. 

15 



218 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Les informations qui vont suivre ont été recueillies sur 

les registres capitulaires de TÉglise de Chartres, à la date 
des 25 et 27 juin 1612. Quatre ans auparavant, Régnier 
avait été reçu chanoine, et dans ce long espace de temps il 
n^avait pu trouver le loisir de faire le stage (1) auquel était 
astreint tout chanoine entrant en fonctions, pour être admis 
aux bénéfices de son nouveau titre. L'humeur vagabonde et 
la mauvaise santé de Régnier contribuèrent, selon toute 
probabilité, à Tinaccomplissement d'une règle profitable, 
puisqu'elle donnait un droit aux revenus capitulaires. 

Quoi qu^il en soit, dans la matinée du 25 juin 1612, tout 
un petit drame se passa au chapitre général de ChartreSi 
« M. l'archidiacre de Poîssy vint faire rapport qu'il 
avait été pour visiter M. Renier malade, et que sa mère 
en a refusé de le permettre. » 

La résistance de Simone Desportes, trop rigide gardienne 
du chevet de son fils, émut l'assemblée, qui résolut d'avoir 
immédiatement raison de l'impolitesse grave commise à 
l'égard de M. l'archidiacre. Séance tenante, le chevecier du 
chapitre {dominus capfceratus) et M. Robert furent commis 
pour visiter Régnier le jour même, et dans l'après-midi, à 
une nouvelle réunion, les deux délégués rendirent compte 
de leur mission. Ils avaient trouvé le poëte fort malade, et 
celui-ci les avait priés d'obtenir du chapitre qu'il lui fût 
promis « de rendre son stage par procuration, attendu ses 
infirmités. » 

Le chapitre, adouci par le rapport de ses deux membres, 
prit immédiatement en considération la demande de 
Régnier, et sa décision, consignée sur les registres capitu- 
laires, est ainsi brièvement libellée : « Permis de grâces et 
apporter attestation des médecins. » 

Deux jours plus tard, le 27 juin 1612, « M. TuUone (2), 

(1) Le stage consistait en six mois de résidence À Chartres. Il ne pa- 
rait pas que Tassiduité aux réunions du chapitre fut imposée. 

(2) Jean Tullone, neyeu de Desportes, était devenu chanoine de 
Chartres, sur résignation de son oncle, le 11 janvier 1595. V. Soochet, 



^kA 



NOUVELLES RECHERCHES SUR M. REGNIER. 219 

comme fondé deprocaration de M. Régnier, malade, déclara 
sou stage estre faict et parfaict, et vu l'attestation des mé- 
decins accordée sans déroger par la coustume de TÉglise. » 

Après nous avoir appris comment Régnier accomplit son 
stage, les registres capitulaires vont nous faire connaître 
quels profits en nature assurait une prébende au cœur de la 
Beauce. Nos renseignements ne sont pas variés. Ils ne 
portent que sur une part de blé ; mais de ce cas particulier 
on peut préjuger l'ensemble des contributions. 

Voici donc ce qu'on lit sur les registres du chapitre, à la 
date du 15 juin 1613: 

« M. TuFlone soy faisant fort de M. Renier, chanoine, a 
accepté les trois muys (1) portés par les partaiges attendant 
coUoctiou, attendu qu'il n'y enaàprésent de vacquantes. » 

Dans la même année, Régnier mourut à Rouen, le 16 oc- 
tobre. Cette date ne peut être déterminée, comme celle de 
la naissance du poëte, à l'aide d'un acte authentique, 
puisque les archives de l'état civil conservées au greffe du 
tribunal de Rouen présentent une lacune de 1603 à 1610. 
Néanmoins, à défaut de documents certains, on a quelque 
raison de s'en déférer au registre de réception des chanoines 
de Chartres. En marge de l'acte relatif à Mathurin Régnier 
est écrite cette mention: Obiit 16 octobre 1613. Enfin, comme 
complément de preuves, il convient d'invoquer cette der- 
nière déclaration: « 14 novembre 1613. Charles Bondot 
Lecen, chanoine, au lieu et par décès de Mathurin Renier, 
vacquant par mort. » 

Tels sont les résultats des recherches nouvellement en- 
treprises au sujet de notre premier satirique. Ils ne consti- 
tuent assurément point de grandes conquêtes sur l'inconnu; 
mais par leur indiscutable valeur, et par les éclaircissements 



Histoire de Chartres 4^ t. Il, dans les Mémoires de la Société archéolo-' 
gique d'Eure-et-Loir. 

(1) Le muid de blé était de douze setiers, et dam chaque setier on 
comptait cent viiigt-sept litres. 



220 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

qu'ils apportent dans une existence obscure, ils méritent 
d^étre conununiqués aux bibliophiles. 

Ernest Courbet. 



INVENTAIRES ET DOCUMENTS 

PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION OU DIREGTBUB GENÏBiL 
DES ARCHIVES NATIONALES. 

Paris, 1863-1875, 13 vol. în-4^ 



I. Inventaire sommaire. — M. le marquis de Laborde avait 
fait commencer, en 1867, un inventaire général des documents 
conservés aux Archives de TEmpire. Ce travail fournissait, sui- 
vant Tordre des trente-neuf série sdont se composent les Archives, 
l'indication de chaque matière, en observant la succession des 
numéros et des cotes; il était donc d'une grande utilité pour les 
fonctionnaires attachés à TétabUssement, mais ne pouvait guère 
rendre de services au pubhc. M. Alfred Maury, successeur de 
M. le marquis de Laborde, entreprit de refaire cette œuvre, en 
adoptant non plus l'ordre des séries spéciales aux Archives, mais 
Tordre logique des matières. C'est de cette pensée qu'est né Vln^ 
ventaire aommaire rédigé par MM. Edgar Boutaric et Jules Tardif. 

M. H. Lot y a ajouté le catalogue de la riche collection d'im- 
primés conservée aux Archives, collection composée en majeure 
partie de pièces qui n'ont pas été mises dans le commerce. 

Ce volume est la préface naturelle des publications faites par 
Tadministration des Archives, mais elle n'est pas la première en 
date. 

II. Layettes du trésor des chartes. — Pendant la période 
mérovingienne, les actes qu'il importait au souverain de conser- 
ver étaient déposés dans son trésor, parmi les objets les plus pré- 
cieux. De nombreux capitulaires attestent les soins que les rois 
de la seconde race prenaient de leurs archives, dont la garde 



À 



INVENTAIRES ET DOCUMENTS DE M. FRANCKLÏN. 221 

était confiée aux chaoceliers. Ces soins, que continuèrent sans 
doute les premiers rois capétiens, n'ont pu préserver de la des- 
truction nos archives politiques antérieures au règne de Philippe- 
Auguste. Des témoignages contemporains permettent d'attribuer à 
ce prince la formation du trésor des chartes, qui, depuis la fin 
du douzième siècle, a constitué les archives de l'Etat. On y dé- 
posait non-seulement les actes qui intéressaient la personne du 
souverain, mais encore toutes les pièces qui constataient ses rap- 
ports avec les puissances étrangères, FÉglise, les villes et les 
grands feudataires, ainsi que les archives des provinces succes- 
sivement réunies à la couronne. 

Dès le principe, les archives royales se composèrent de deux 
séries très^istinctes : 1* les Registres^ dont M. Douét-d'Arcq 
prépare l'inventaire; 2® les pièces originales et autres, qui sont 
depuis longtemps désignées sous le nom de Layettes du trésor^ 
parce qu'elles étaient conservées dans des cofires bu layettes; 
celles-ci renferment aujourd'hui dix-sept mille pièces, dont quatre 
mille six cent soixante -trois sont publiées ou analysées dans les 
trois volumes de MM. Alexandre Teulet et Joseph de Laborde. 

III. MONUMENIS HISTOEIQUES. CaRTONS DES ROIS. La Se- 

conde série de la section historique des Archives, appelée Série 
des monuments historiques^ est un autre Trésor des chartes qu'on 
s'est abstenu de fondre dans le premier. Elle se compose de pièces 
enlevées aux archives de plusieurs établissements supprimés par 
la Révolution. Qassées en i796 par le Bureau du triage des 
titres^ une division arbitraire les répartit en dix sections dont la 
première, qui comprend les actes émanés de l'autorité royale, fut 
désignée sous le nom de Cartons des rois. Le bénédictin doih Jou- 
bert fit l'analyse de toutes les pièces qu'elle renferme, et ce tra- 
vail a servi de base à l'inventaire publié par M. Jules Tardif. 

Ce volume embrasse toute la première section des Monuments 
historiques^ et fait connaître environ quatre mille cinq cents 
pièces, dont la plus ancienne remonte à l'année 528, et dont la 
plus récente est datée du 27 novembre 4789. En tête de l'ou- 
vrage on trouve une longue préface de M. de Laborde sur la 
situation des Archives pendant la Révolution, étude qui a été 
l'objet d'un tirage à part. 

IV. Collection de sceaux. — Quelque considérable que pa- 
raisse cet inventaire, où l'on trouve décrits onze mille huit cent 



232 BULLETIN DU BIBUOPHILB. 

quarante sceaux, il ne comprend encore qu'une faible partie de 
la riche collection rassemblée aux Archives nationales, où elle est 
depuis trente ans l'objet de soins spéciaux. Outre les sceaux 
extraits des pièces conser\'ées dans rétablissement, elle doit réunir 
les empreintes de tous les spécimens possédés par les autres dé* 
pots de Paris et de la province. Or les Archives nationales pos« 
sèdent plus de cinquante mille sceaux de cire encore plaqués sur 
les actes ou appendus par des attaches, et M. le marquis de La- 
borde évaluait à quatre cent mille environ ceux qui existent ea 
province. M. Demay a déjà exploré les archives de la Flandre et 
de la Picardie, et en a rapporté près de quinze mille empreintes, 
dont l'inventaire a été publié. 

Dans celui de M. Douêt-d'Arcq on trouve la description de 
chaque sceau, ses dimensions, la reproduction figurée de la lé- 
gende, et la cote du document d'où il a été tiré. La préface est 
du marquis de Laborde, et contient une intéressante histoire du 
moulage des sceaux et un exposé des résultats obtenus aux Ar- 
chives nationales. Elle est suivie d'un savant traité de sillogra- 
phie rédigé par M. Douêt-d'Arcq avec les éléments que lui a 
fournis la riche collection inventoriée par lui. 

y. Actes du parlement db Pabis. — L'histoire de notre droit 
national, de nofre constitution politique, de nos mœurs et de nos 
usages, écrite jour par jour par les greffiers chargés d'enregis- 
trer les actes du Parlement, se trouve enfouie dans la riche col- 
lection des décisions rendues depuis l'année 1254 jusqu'au ik 
octobre 1790. Cette collection, déposée aux Archives en 1847, se 
compose de dix mille cent quatre-vingts registres, qui peuvent 
être portés au chiffre de dix mille cinq cents environ, si l'on y 
ajoute des liasses de minutes et plus de vingt-cinq mille rouleaux. 
Chaque volume renferme en moyenne cinq cents actes, ce qui 
donne un ensemble d'environ cinq millions deux cent cinquante 
mille actes à analyser. On comprend donc quel dut être l'embar- 
ras de M. Boutaric au moment de préparer une publication qui 
promettait d'exiger cinq cent vingt-cinq volumes in-quarto à deux 
colonnes et de durer plus de six cents ans. 

Cependant, loin de la réduire, il a encore trouvé le moyen d'y 
ajouter. En effet, les Oit m, les plus anciens registres du Parle- 
ment, ne commencent qu'à Tannée 1254, et de patientes recher- 
ches ont permis à M. Boutaric de retrouver quarante actes anté- 



INVENTAIRES ET DOCUMENTS DE M, FRANCKLIN. 223 

rieurs à cette date. Enfin, M. Delisle a joint au premier volume 
neuf cent trente-cinq actes, essai de reconstitution d'une lacune 
depuis longtemps constatée dans les OUm. 

Malgré tout, la préface insérée en tète de Touvrage nous pro- 
met la publication complète des registres du Parlement, au moins 
pour tout ce qui concerne la période du moyen âge. 

VI. TiTBES DE LA uAisoN DB BouRBON. — Ccst l'inveutaire du 
trésor des chartes des ducs de Bourbon, provenant de la Chambre 
des comptes de Moulins, d*oii les titres furent transférés à la 
Chambre des comptes de Paris après la célèbre trahison du con« 
nétable. Ces actes font aujourd'hui partie de la section administra- 
tive des Archives nationales. 

Le premier volume renferme l'analyse détaillée de trois mille 
cinq cent huit actes, et, comme les autres inventaires, la copie 
intégrale d'un certain nombre de pièces* importantes et inédites. 
Il s'arrête à la prise de possession du Forez par les ducs de Bour- 
bon en 1382. 

Le second volume, resté imparfait par suite de la mort de 
M. Huillard-Breholles, a été achevé par M. Lecoy de la Marche. 
Il comprend environ neuf mille pièces et finit quelques années 
après la confiscation des biens du connétable de Bourbon. Ce 
second volume devait être suivi d'une table générale alphabétique, 
qui n'a point encore paru. 

VIL MusÉB DES AficBivES. — On doit à M. le marquis de La- 
borde la création du Musée des Archives, qui a été ouvert le 
19 juillet 1867. Le choix des pièces qu'on y a exposées fut ar- 
rêté par une commission d'archivistes, après un examen attentif 
des diverses catégories de pièces conservées à T hôtel Soubise. 
Une double considération a dicté ce choix : faire connaître au 
public les documents historiques les plus intéressants, et mettre 
sous ses yeux un ensemble d'actes propres à indiquer les diffé- 
rentes phases de l'écriture. Ainsi, d'june part, une série de pièces 
curieuses à raison des grands événements qu'elles relatent, tels que 
fondations d'abbayes, traités de paix, contrats de mariage appor- 
tant à la couronne des provinces nouvelles, correspondances di- 
plomatiques, édlts célèbres, autographes des derniers siècles, etc.; 
de l'autre, diplômes, chartes, rôles, registres, parfois ornés de 
muiiatures ou de dessins à la plume, lettres historiées, papyrus, 
tablettes de cire, papier de coton, etc., par conséquent une suite 



224 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

de documents chirographiques indiquant les transformations suc- 
cessives qu'a subies l'écriture et les formes jadis imposées aux 
arts. 

Pour que le public appréciât et comprît la valeur du Musée, 
un simple livret énonçant la nature de chaque pièce et renvoyant 
à son numéro d'ordre ne pouvait suffire ; une description détaillée 
était indispensable. Il fallait analyser le contenu de chacun des 
actes placés dans les vitrines, en faire ressortir l'importance et 
le caractère, donner dès lors des renseignements sur les faits his- 
onques auxquels ils se rattachent, sur les personnages dont ils 
émanent, et compléter par des indications sommaires les ensei- 
gnements paléographiques qui ressortent des pièces mêmes. 

C'est le plan qui a été adopté. Les mille quatre cent quarante- 
quatre documents exposés sont distribués en sept sections, corres- 
pondant aux sept grandes périodes de nos annales, et en tète de 
chacune on a placé une introduction qui résume le caractère de 
la paléographie durant l'époque qu'elle représente. De nombreux 
fac-similé mettent sous les yeux du lecteur des spécimens d'écri- 
tures et des passages curieux extraits des actes cités. 

La rédaction de ces notices est l'œuvre des archivistes qui ont 
présidé à la constitution du Musée. 

Alfred Faankun. 



REVUE CRITIQUE 

DBS 

PUBUCAnONS NOUVELLES. 



L'Empereur Claude, par Lucien Double. Paris j 
Sandoz et Fischbacher^ 1 876 ; in-1 2. 

En s'efforçant de réhabiliter la mémoire de l'empereur Claude, 
le successeur de Caligula et le prédécesseur de Néron, je crain 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 225 

que M. Double n'ait entrepris une tâche plus généreuse qu'op- 
portune. Il se fera traiter d'esprit paradoxal par tous ceux qui, 
en fait d'histoire romaine, en sont restés aux études du collège, 
et qui préfèrent les opinions toutes faites aux jugements person* 
nels. C'est l'immense majorité. 

En vain l'auteur s' appuyant sur des textes précis et des docu* 
mcnts irrécusables fait-il valoir en faveur de son client l'aban- 
don et les douleurs de son enfance, en vain invoque-t-il la du- 
reté de Tibère contre celui qu'Auguste appelait « le pauvre petit », 
ses efforts pour s'élever lui-même, et plus tard, quand il fut 
empereur, ses admirables édits contre l'esclavage qui semblent 
dictés par l'esprit du chnstianisme, ou sa générosité en faveur de 
Charactachus si étonnante chez un païen, « deux faits qui suffi- 
raient à immortaliser un règne »; rien ne saurait prévaloir contre 
des traditions séculaires ou l'éloquence de Tacite. 

Chose singulière et qui démontre la puissance et le danger du 
talent ! Voici un écrivain qui, aveuglé par Tesprit de parti poussé 
jusqu'à la haine, ramasse contre les institutions de son pays les 
assertions les plus hasardées, les contes les plus improbables, les 
cancans les plus absurdes, qui les couvre d'un style incompara- 
ble, et qui grâce à cet art donne depuis dix-huit cents ans à sa 
haine la postérité pour complice. Niez donc après cela la puis- 
sance du talent. Brid'oison a bien raison : la forme ! la forme I ! ! 

Eh bien , malgré le talent de Tacite, malgré l'opinion de dix- 
huit siècles , il est un fait acquis et que je défie à qui que ce soit 
de contester : c'est que les Césars, je dis ceux dont la réputation 
est la plus mauvaise : Tibère, Claude, Néron, Caligula, jouissaient 
dans le monde romain d'une immense popularité. Donnera-t-on 
pour motif à cette popularité le Panem et circences ? Persuadera- 
t-on que l'on captive des générations pendant plusieurs siècles 
par de pareils moyens? Allons donc! Cette popularité avait des 
causes autrement profondes et bien plus sérieuses. Les Césars 
étaient les représentants légitimes de la démocratie latine; ils 
personnifiaient son triomphe sur le patriciat sabin, contre lequel 
elle luttait depuis huit cents ans. Le cœur de la race romaine 
battait dans leur poitrine. Elle ne s'y trompa pas et se couronna 
elle-même en leur décernant la dignité impériale. Le génie de 
Romulus avait triomphé avec eux de celui de Numa Pompilius. 

M. Ampère, qui n'était pas tendre pour les Césars, a écrit sur 



226 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Claude une phrase qui donne à rêver et que M. Double a eu rai* 
son de prendre pour épigraphe : « La tète de Gaude est noble, 
intelligente et triste. » Je doute que le panégyrique de M. Double 
eût modifié son mauvais vouloir, mais je suis certain que tout en 
réservant ses antipathies politiques il eût applaudi à l'originale 
tentative de l'historien. Je ne puis mieux faire que de l'imiter, 

C. R. 



Ghampfleury. — Balzac propriéraîre^ 1*' fascicule, Paris, 
Baur, in- 18 de 32 pages, pap. vergé, tiré à 150 exem- 
plaires. — Histoire de la caricature au moyen âge et 
sous la renaissance^ 2^ édition augmentée. Paris, Dentu, 
in-12 de 351 pages. 

Balzac propriétaire inaugure une série de notes et récits sur 
Balzac, tirés à petit nombre, avec vignettes, portraits et fac^ 
simile d'autographes, et qui paraîtront par intervalles irréguliers. 

Ce premier fascicule contient des renseignements curieux et 
inédits sur l'acquisition faite en 1838, de ce terrain légendaire 
des Jardies, où allait s'élever ce que Ghampfleury nomme si jus* 
tement la Folie-Balzac. Ces détails sont authentiques dans la 
plus stricte acception du mot, car ils viennent de l'officier minis* 
tériel qui rédigea l'acte de la vente faite par le sieur Varlet, tis* 
serand, au sieur Honoré de Balzac. Il y eut, lors de la signature, 
une scène du plus haut comique. Au dernier moment, l'acquë- 
reur déclara qu'il ne voulait plus acheter qu'une parcelle du ter* 
rain désigné dans l'acte, tout en payant intégralement le prix 
stipulé pour la totalité. Par cette restriction, Balzac s'imaginait 
économiser pour Tavenir, en s' abstenant de créer un jardin trop 
vaste et d'un entretien ruineux. De son côté, Varlet s'obstinait à 
vendre tout ou rien. Balzac lui-même prit la peine de lui démon- 
trer que ce changement était tout à son avantage ; quil tenait 
son acheteur, ayant la chance de lui revendre plus tard ce sur- 
plus du terrain. C'est ce qui arriva en effet moins d'un an après, 
ainsi que tout le monde, sauf Balzac, aurait pu le prévoir. Abju- 
rant ses beaux projets d'économie, non-seulement il reprit, moyen- 
nant finance, l'excédant de terrain dont il avait fait cadeau à son 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 227 

vendeur, mais il y joignit successivement cinq autres parcelles 
limitrophes, dont on lui fit payer la convenance...» d'une façon 
inconvenante. 

Il y a des gens qu'on a interdits pour moins que cela, comme 
le remarque avec raison Champfleury. Il prétend, il est vrai, en 
disciple dévoué, que celte conduite de Balzac, absurde au point 
de vue pratique et bourgeois^ était une rouerie d'artiste; que, loin 
d'être tenu^ c'était lui qui tenait son vendeur, dont les finasseries 
pour arriver à la seconde vente devaient fournir un ample sujet 
d'éludés à celui qu'il croyait sa dupe. En d'autres termes, Balzac 
(c se serait payé un modèle ». L'explication est ingénieuse, mais 
par trop subtile, Entraîné par son admiration pour Balzac, Champ- 
fleury s'éloigne de la réalité, qui lui est si chère. Nous admet- 
tons volontiers que Balzac aura trouvé dans l'étude de ce manège 
de paysan madré une distraction, une consolation de ses folies de 
propriétaire, mais non pas que le tout fût prémédité. 

Il paraît que Balzac était rayonnant le jour de cette acquisition. 
Il passait propriétaire avec le même enthousiasme que son Mer- 
cadet passe créancier au dénoûment de la fameuse comédie. « Sa 
signature au bas de l'acte est une fanfare, dit Champfleury qui 
en parle de visu. Je lis Hosannak aussi bien que B. de Balzac 
dans ce paraphe triomphant. » Celles qui figurent au bas des 
autres actes d'acquisition de parcelles, et dont l'une est repro- 
duite dans ce fascicule, sont tracées avec moins d'élan. On devine 
que Balzac est déjà blasé sur ses jouissances de propriétaire. 
Peut-être commençait-il à trouver que ses modèles de paysan 
lui revenaient un peu cher. Grâce à ce que son ingénieux bio- 
graphe nomme sa logique d'artiste, Balzac avait payé vingt et un 
ares de terrain plus de huit mille francs ! I 

La nouvelle édition de Y Histoire de la caricature au moyen âge 
et sous la renaissance^ du même et infatigable Champfleury, se 
recommande par plusieurs additions importantes. Dans le chapitre 
relatif aux célèbres Thienbilder de la cathédrale de Strasbourg, 
il a inséré les curieux détails que nous avions donnés dans notre 
étude sur Fischart, d'après les textes originaux, sur la dispute 
qui s'éleva au treizième siècle entre ce poète satirique de la Ré- 
forme et le franciscain Nas, Tun de ses plus ardents adversaires. 
Dans ces bas-reliefs du treizième siècle, représentant des cérémo- 
nies rehgieuses célébrées par des animaux, l'un voyait une mo- 



228 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

querie anticipée de la messe et des ofBces catholiques ; l'antre, une 
parodie prophétique du prêche luthérien. En nous emprun- 
tant les principaux traits de cette controverse, Champfleury s'est 
empressé de nous citer. Nous connaissons plus d'un écrivain 
moins scrupuleux, et ce ne sont pas toujours les plus éminents 
qui donnent le meilleur exemple sous ce rapport. Ainsi M. Thiers, 
dans le dernier volume du Consulat et de V Empire^ nous a fait 
l'honneur de nous emprunter textuellement un long passage de 
notre Histoire de la dernière capitulation de Paris ^ sans dire où 
il l'avait pris. Règle générale : l'illustre historien ne nomme ja- 
mais ses contemporains quand il les copie, ce qui lui arrive encore 
assez souvent, mais seulement quand il les prend en faute. 

Nous recommandons encore, dans cette nouvelle édition de 
l'ouvrage de Champfleury, un très-intéressant chapitre, tout à 
fait nouveau, sur Rabelais caricaturiste. On sait que, suivant des 
témoignages contemporains, Rabelais aurait été non*seulement 
écrivain, mais dessinateur et architecte. Cette opinion a été main- 
tenue de nos jours par deux hommes éminents : par M. Ch. Le- 
normant, dans son curieux opuscule sur Tabbaye de Thélème; 
puis, par M. Paul Lacroix, dans sa notice bien connue sur Ra- 
belais. 

L'argument le plus fort en faveur de cette opinion c'est l'inti- 
tulé de l'édition originale des Songes drolatiques : les sovges 
DROLATIQUES DE PANTAORUEL, OÙ sont contenues plusieurs figures de 
t invention de maistre François Rabelais ' et dernière œuvre éCice^ 
lujr pour la récréation des bons esprits. Paris, Richard Breton. 
M. D. LXY. Reimprimés d'abord en 1823 pour le Rabelais de 
Dalibon, où ils furent l'objet de commentaires des plus fantaisistes, 
les Songes ont eu tout récemment les honneurs de quatre nou- 
velles éditions, l'une à Genève et trois à Paris. 

L'attribution de ces figures par l'éditeur de 156S à Rabelais, 
mort depuis douze ans, n'est nullement équivoque ; mais Champ- 
fleury en conteste la sincérité, et n'y voit qu'une spéculation de 
librairie. Il invoque, à l'appui de son système, la similitude sin- 
guhère qu'il a constatée le premier entre plusieurs de ces figures 
et une série de compositions du célèbre artiste néerlandais Breu- 
ghel le Drôle, parue cinq ans auparavant. Les figures des Songes 
ne sont pas des copies serviles, mais il est évident que le second 
artiste s'est inspiré du premier. C'est ce que Champfleury s'efibrce 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 229 

de démontrer, en plaçant en regard dans son livre plusieurs de 
ces figures entre lesquelles T analogie est frappante. Ainsi on re- 
trouve dans Tune de celles de 1565, en plus grand format, avec 
des variantes d'ajustement, l'un des grotesques de 1558, dont 
la te le est formée par un pot placé horizontalement et duquel sort 
un bâton servant de perchoir à des oiseaux. La ressemblance est 
encore plus frappante entre les deux figures reproduites pp. 330 
et 331 du livre de Champfleury, fusion hybride d'alchimiste et de 
creuset, ayant Tune et l'autre le soufflet accolé à la panse, et ne 
différant que par des accessoires insignifiants. La dérivation est 
pleinement évidente, et il n'est pas moins évident que Rabelais, 
mort en 1553, n'a pu s'inspirer des figures de Breughel qui n'ont 
paru que cinq ans après. 

C'est à Champfleury que revient l'initiative de ce rapproche- 
ment ingénieux entre les figures de Breughel et celles des Songes 
ilrôlatiques^ et des inductions au moins très-vraisemblables qu'il 
autorise. 

Baron E, 



Les grandes nuits de Sceaux. — Le Théâtre de la duchesse 
du Maine, par M. Ad. Jullien. Baur; br. m-8<> de 75 p., 
tirée à 275 exemplaires, dont 25 sur papier vergé. 

L'auteur a puisé une partie de ses renseignements dans deux 
volumes fort rares de l'imprimerie établie à Trévoux par le duc 
du Maine. Le premier, les Divertissements de Sceaux^ fut publié 
en 1712, par les soins de l'abbé Genest, l'un des familiers de la 
duchesse, qui lui donnait dans l'intimité le sobriquet d'abbé Rhi^ 
nocéroSj à cause de la dimension exceptionnelle de son nez. L'autre 
volume, encore plus rare, Suite des Divertissements de Sceaux^ 
mis en ordre par la fidèle suivante et confidente de la duchesse, 
Mlle de Launay, parut en 1725. Avec ces deux volumes, com- 
plétés par d'autres documents contemporains en partie inédit^ 
M. Jullien a pu recomposer l'historique complet des divertisse-' 
ments de Sceaux, ainsi que de ceux de Châtenay et de Clagny, qui 
en avaient été le prélude, ce L'agréable manie des grandes nuits » 
dura depuis le printemps de 1714 jusqu'au mois de mai suivant 



230 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Pendant cette période, il y eut en tout seize de ces fameuses nuits. 
La maladie, la mort de Louis XIV et les incidents qui suivirent, 
incidents fort peu divertissants, comme on sait, pour le châtelain 
et la châtelaine de Sceaux, vinrent interrompre pendant bien des 
années cette longue carrière de plaisirs, cette vie mythologique 
que Sainte-Beuve appelle ingénieusement « une vie entre deux 
charmilles » . Mais, en dépit des déceptions les plus amères et 
d'un long exil, la duchesse ne fut pas plutôt réinstallée à Sceaux, 
que <c cette incorrigible nature, comme dit M. Jullien, retrouva 
sans trop d'effort le même orgueil, le même enivrement, le même 
entêtement de soi, la même faculté d'illusion active et bruyante »• 
Les jeux dramatiques ne tardèrent pas à réprendre, et conti- 
nuèrent, sauf de rares intermittences, jusqu'à la mort de la 
duchesse (1753). Voltaire fut un de ses principaux protégés pen* 
dant cette deuxième période, et le théâtre de Sceaux eut la pri- 
meur de plusieurs de ses pièces, notamment de la médiocre corné* 
die du Comte de Boursoufle ^ dont il renia depuis la paternité avec 
emportement, comme il a renié celle de la Pucelle et de Candide. 
Cette nouvelle publication, fruit de recherches intelligenteS| 
met bien en relief la physionomie de la duchesse du Maine, l'une 
des plus originales, sinon des plus sympathiques du dix -huitième 
siècle. 

B. E. 



Catalogue descriptif et raisonné des manuscrits de 
la bibliothèque de Tours, par M. Dorange, conser- 
vateur. Tours j Jules Bouserez^ 1875. 

Il n'est jamais trop tard pour parler d'un beau et bon livre» 
Celui-ci n'a pas attendu mon avis pour faire un assez joli chemin 
dans le monde des archéologues et des bibliophiles auquel il a été 
présenté par le grand maître en ces matières : M. Léopold Delisle. 
Dans un article inséré, je crois, dans la Bibliothèque de f École des 
Chartes, M. Delisle, avec sa haute compétence, a rendu justice à 
la science, au zèle, aux efforts moraux et matériels qui ont per- 
mis à M. Dorange de conduire son- entreprise à bonne fin. Le 
prédécesseur de M. Delisle à la Bibliothèque nationale, M. Tas- 



\ 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 231 

chereau, qui savait mieux que personne les difficultés inhérentes 
à la rédaction d'un semblable livre, avait précédemment, dans 
une lettre rendue publique, encouragé M. Dorange dans son pro- 
jet, et l'avait félicité de son exécution. Sous des auspices aussi sé- 
rieux et aussi compétents, un livre peut se passer de félicitations 
obscures. Si je lui adresse les miennes, c'est par acquit de 
conscience et pour régler mes comptes avec moi-même. 

Des difficultés matérielles î Ce n'est pas un mot en Tair et je 
tiens à l'expliquer. Le travail de M. Dorange était en cours d'exé- 
cution quand éclata la guerre allemande. En prévision de mal- 
heurs que la réalité n'a que trop justifiés, le maire, M. Eugène 
Gouin, fit emballer les principales richesses de la Bibhothèque et 
les envoya à Rayonne, sous la garde du bibliothécaire, qui y 
passa l'hiver de J870 à 1871. C'est loin de tout secours littéraire 
et scientifique, au milieu des privations d'une installation provi- 
soire, que M. Dorange continua la rédaction de ses fiches. En 
juin 1 871 , quand les livres transportés à Rayonne eurent repris 
leur place sur les rayons de la bibliothèque, M. Dorange dut re- 
commencer ce premier travail et jeter au feu les fiches écrites à 
Rayonne. Son livre y a certainement gagné ; mais je laisse le fait 
à apprécier à quiconque a été forcé de recommencer un tra- 
vail. 

La bibliothèque de Tours est exceptionnellement riche en ma- 
nuscrits. M. Dorange en a relevé quinze cents parmi lesquels 
cent au moins sont de premier ordre, soit au point de vue des 
miniatures, soit à celui de l'histoire de la Touraine. Cette richesse 
se comprend quand on songe aux puissantes et nombreuses ab- 
bayes qui s'élevaient sur le sol de la Touraine pendant le moyen 
âge. Il ne faut pas oublier non plus que les compositeurs de 
manuscrits par excellence, les bénédictins, avaient à Tours leur 
double métropole : Saint-Martin et Marmoutiers. Le contingent 
de ces deux grandes librairies se compose de quatre cents volu- 
mes. Le reste a été fourni par les couvents des Augustins, des 
Carmes, de l'Oratoire, par Saint-Julien, Cormery, le Liget, 
Plessis-lez-Tours. Des contemporains ont à leur tour augmenté ce 
dépôt. Il faut citer en première ligne trois savants collectionneurs 
dont le nom est bien connu des Tourangeaux : MM. André Sal- 
mon, Lambron de Lignim et cet excellent abbé Bourassé, qui a 
joué en Toiuraine le rôle de M. de Caumont en Normandie. 



232 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

La description des manuscrits est précédée d'une notice racon- 
tant les diverses phases par lesquelles a passé la bibliothèque, 
de 1 794 à nos jours. Cette notice est pénible à lire. C'est un vé- 
ritable martyrologe des livres. On est confondu de l'incurie des 
divers administrateurs qui se sont succédé à Tours depuis cin- 
quante ans, à regard de la bibliothèque, et du désordre dans 
lequel ils laissaient les inestimables documents confiés à leur 
garde. Hélas ! moi qui parle, j'ai vu pleurer de rage mon ancien 
maître de pension, M. Miton, devenu bibliothécaire sur ses vieux 
jours, en me conduisant dans les hangars délabrés ou moisissaient 
des antiphonaires du onzième siècle à côté des missels du quinzième. 
Je crois même que mes larmes se sont mêlées aux siennes. « Les 
livres, dit M. Dorange, les manuscrits même, se promenaient 
dans les divers bureaux de la préfecture. Deux de nos plus char- 
mants manuscrits : les Heures de Anne de Bretagne et les Heures 
de Charles V ^ se trouvèrent, par mégarde^ parmi les meubles de 
M. de Kergariou, préfet d'Indre-et-Loire en 1815. » Et cepen- 
dant M. de Kergariou était un parfait honnête homme. Mais de 
son temps les notions sur la propriété de l'État étaient encore 
bien confuses. Je me hâte d'ajouter que grâce au zèle de M. Do- 
range, à la bonne volonté, à l'excellent esprit de maires comme 
MM . Mame et Gouin, à la libéralité des conseils municipaux qui 
n'ont jamais marchandé quand on leur a demandé des fonds pour 
la bibliothèque, le mal est réparé et la conservation des livres as- 
surée. Désormais la bibliothèque de Tours est non-seulement à 
Tabri de la destruction, mais elle est installée dans des conditions 
exceptionnellement favorables à la sécurité et au travail. Elle 
n'aura pas perdu pour attendre. 

Après les encouragements de MM. Taschereau et Léopold 
Delisle, l'ouvrage de M. Dorange peut donc se passer des miens. 
Si peu qu'ils vaillent, je les lui adresse cependant et de très-grand 
cœur. Ma tâche sera complète quand j'aurai dit que ce volume, 
parfaitement imprimé en caractères nets et très-lisibles, d'une 
justification commode et agréable à l'œil, fait le plus grand hon- 
neur aux presses de M. Bouserez. 

Il me reste à exprimer un vœu : c'est que le modeste et savant" 
bibliothécaire de Tours rencontre beaucoup d'imitateurs chez ses 
confrères des autres départements. Si son exemple devenait conta- 
gieux, le travail de la commission de V Inventaire des richesses 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 233 

€tart de la France serait singulièrement simplifié. On me dira que 
mes éloges sont intéressés. Hélas! on n'est pas parfait, 

C. R. 



PRIX COURANT DES LIVRES ANCfENS. 

REVUE DES VErVTES. 

Vente de livres anciens et modernes, rares et curieux, 

PROVENANT DE LA BIBLIOTHEQUE DE M. F***; IcS 9 et 

10 mai. — Léon Techener^ expert. 

Le catalogue comprenait 462 numéros. Cette collection de livres 
curieux et souvent très-rares aurait eu autrefois un grand succès 
d'attention ; les amateurs de livres étaient plus instruits et s'atta- 
chaient beaucoup plus à la réunion de livres vraiment curieux 
par leurs textes, les figures sur bois et les particularités typogra- 
phiques. Les reliures venaient ajouter au prix des exemplaires; 
mais les idées bibliophiliques étaient p^us larges dans leurs concep- 
tions et formaient des bibliothèques qui présentaient la plupart du 
temps un ensemble important. Les divisions bibliographiques 
des anciens catalogues bien classés sont très-nourries et parfois 
très-inléressantes. Déplorons enfin le délaissement lamentable des 
amateurs français pour les anciens manuscrits, les anciens textes, 
les véritables origines delà science des livres... ! — Nous citerons 
seulement de cette vente les adjudications suivantes : 

i. La Biblia que si Chiama il Vecchio Testamento nuovamente 
tradutto in lingua volgare seconda la veritta del testo hebreo. 
Stampato appresso Francesco Durone^ ^562, in-4, v. f. comp. 
or et argent et mosaïques noires, semé de fleurs de lis. [Belle 
reliure du seizième siècle,) — 1200 fr. 

4. Icônes || Historia || Rum Veteris || Testamenti. Lugduni^ 1S47,' 
petit in-4, vel. — 350 fr. 

Exemplaire dans un parfait état de conservation. 

16 



234 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

45. Prières gothiques en français. Manuscrit pet. in-4, mar. br., 
fers à froid, tr. dor. {Belz-Niédrée.) — 320 fr. 

Curieux manuscrit du quinzième siècle. 

16. Livre d'heures du quinzième siècle. Manuscrit sur vélin, pet. 
in-4, vel. viol., ferm. en verra, ciselé, tr. dor. — 600 fr. 

Manuscrit enrichi de 16 rainiatiu^s, composé de 155 feuillets de 
texte. 

48. Preces Piae. Manuscrit du quinzième siècle, sur vélin, vel. 
viol., ferm. en arg. ciselé, tr. dor, — 600 fr. 

Charmant manuscrit composé de 224 feuillets de texte, de 31 miniatu- 
res et 15 pages avec ornements et lettres ornées. 

97. Les Caractères de Théophraste, traduits du grec avec les Ca- 
ractères ou les mœurs de ce siècle. Paris^ 1688, in-12, mar. 
viol., tr. dor. [Duru.) — 126 fr. 

Seconde édition originale, aussi rare que la première, publiée par la 
Bruyère, la même année, et qui contient quelques augmentations. 

122. Trois dialogues de l'exercice de sauter et voltiger en 
Tair, par Archange Tuccaro. Paris ^ 4599, in-4, fig. sur bois, 
cuir de Russie. [Thouvenin,) —450 fr. 

423. Instruction du Roy en Texercice de monter à cheval, par 
Antoine de Pluvinel, enrichy de figures gravées par Crispian 
de Pas le jeune. Paris^ 4627, in-fol., v. br. [Aux armes.) — 
206 fr. 

Édition rare qui renferme 4 portraits et 57 planches. 

424. IlBallarino di Fabritio Caroso da sermoneta. 4584, in -4, 
fig. et musique, vélin. — 440 fr. 

Volume rare. Il renferme un grand nombre de gravures à l'ëau-forte 
très-curieuses pour les costumes de l'époque. 

136. Musée Filhol. Cours de peinture ou galerie du musée Napo- 
léon, Paris\ Filhol^ 4804-45, 40 vol. gr. in-8, cart. non rog. 
— 336 fr. 

Magnifique ouvrage composé de 720 belles gravures à l'eau-forte. Il 
manque à cet exemplaire la planche 260. 

134. W. Dietterlin Architectura. Norimbergx^ 4598, in-folio, 
mar. noir, tr. dor. — 280 fr. 

Ce recueil est très-ourieux, en ce qu'il nous représente nombre de mo* 



PRIX COURANT DE LIMtES ANCŒNS. SU 

dtles nmhaigës d'omanents compliqaéi M biiatn», ksqixls n'ont pro- 
bablemcDl ni d'antre cxMatiaD qoe crile de la graTurr. La plandw ^09 
et donlèn rcjnêMiite tons les emblèmes de la mort. L'exanpUiie est 



158. Oweo Jones. Grammar of onument. Loiidon, 1836, grand 

în-fol,, dos et coins de mu. br., ir. dor. — 220 fr. 
160. ActiiUiits Borchins. Symbolicarom libri quiogae, Bonoiùae, 

ISSo, in-4, mar. br. fil, comp, de couleur, tr. dor. et ciselée. 

yAnc.rei.) — \^\ fr. 

Première édidoo d'un Une icchercbé à came des 1 50 figores graTée* 
sur cuJTTe dont il ett orné. Le prïrïl^e accordé par Henri It à Achille 
Bocchii de Boologoe-la-Giaise est en &»ii;aù. 

226. CoUeciioD des anciens poètes fi-anrois, pobliée par Coosle- 
lîer. Paru, Jia. Urb. CoiuUUa; 1723-24, 10 toI. pet. in-8, 
mar. r. fil., tr. dor. [Ckambolle-Duru.) — 250 fr. 

227. Le roman de Brat, par Wace, poète dn doiizîèma siècle. 
Rouen, 1336-38, 2 vol. gr. ia-8, maroq. r. compart., dosom., 
dent, inlér. ir. dor. {Kfslher.) —■ 200 fr. 

Bel exemplaire en papier de Hollande, btcc double fac-tinûle rar vélin 
en or et en coaleuis. 
231 . Romant de la Rose. MamucrU dn treizième siècle, sur peau 

de lélin, pet. in-fol., v. m. — ISOO fr. 

Très-précieax maniiicrit dn Roman d» la S<ue, sor pean de vélin, éorit 
au treizième siècle à deux colonnes. U est enrichi de 3k miniatures à 
fonds d*or ou quadrillé». 
236. Les OEnvres de Clément Marot de Cahors. La Haye, Atott- 

Jens, 1700; 2 vol. in-12, mar. r. tr. dor. {Bardj-Mesnil.) — 

120 fr. 

238. La parfaicte amie, poème [par Antmne Heroëi], pet. in-8, 

vel. née dans im étui. — 150 fr. 

ManuMrit de 58 feuilleti rar vélin, dont la première page e*i ornée 
d'an encadrement en or et en couleurs, composé de fleurs. Ce manu- 
■crii nous paraii antérieur au]( éditioiu imprimées de ce petit poëne. An* 
toine Heroët, dit La Maison Neufve, poële fran^ii, évéqne de Digne, 
pîrent du chanceliiT CHivier, composa le poëoie de la Parfaieit oaua, 
divisé en trois livres, en vers de dix syllabes, n'étant pas enoore élevé à 
la dignité épiscopale. 



236 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

26^. Fables choisies, mises en vers par M. de la Fontaine, nouv. 
édit., gravée en taille-douce, les figures par le sieur Montulay. 
Paris ^ chez t auteur^ 1765-76, 6 vol. in-8, fig., mar. vert, fil. 
tr. dor. (Derome.) — 410 fr. 
Livre rare et recherché dans cette condition. 

267. Description de la ville d'Amsterdam, envers burlesques, par 
Pierre le Jolie. Amsterdauiy 1666, in-12, lit. gr., br. non 
rogné. — 400 fr. 
Joli volume imprimé par les Elzeviers. Rare et précieux dans cette 

condition. 

313. La Paysane pervertie, ou les Dangers de la ville (par Rélif de 
la Bretonne). Paris^ 1784, 4 vol. in-12, fig., d.-rel. — 141 fr. 

317. Rétif de la Bretonne. L'Année des dames nationales. Paris^ 
1794, 12 vol., fig., dos et coins de mar. r., dor. en tête, non 
rog. — 200 fr. 

327. Il Decameron di messer Giovani Boccacci. Amsterdamo 
{Elzévir à la Sphère)^ 166S, in-12, mar. cit., fil.comp. à petits 
fers, tr. dor. — 160 fr. 

Belle reliure (haut. 146 mill.). 

328. Les Mille et une Nuits, PariSy 1822-25, 6 vol. gr. in-8, 
d.-rel.,dos et coins de mar. r.,dor. en tête, non rog. (iCa?/^r.) 
— 260 fr. 

Exemplaire en grand papier vélin, avec les figures de Chasselat, sur 
chine avant la lettre. 

353. OEuvres de J. L. Guez de Balzac. 6 vol. pet. in-12, mar. 
r., fil. tr. dor. {Thibaron,) — 300 fr. 

402. Histoire ecclésiastique du diocèse de Lyon, par la Mure. 
Lyon^ Marcelin Gauthier^ 1670, in-4, mar. r., fil. tr. dor. 
{Belz^Niédrée.) — 150 fr. 

405. Histoire généalogique des Païs-Bas, ou Histoire de Cambray 
et du Cambresis, par Jean le Garpentier. Leide^ 1664, 3 voL 
in-4, V. br. — 112 fr. 

Exemplaire complet, avec la grande planche des États. Cet excellent 
ouvrage, devenu rare, est enrichi des généalogies, éloges [et armes des 
comtes, ducs, évêques et archevêques, et près de quatre mille familles 
nobles, tant des XYII provinces que de France, qui y ont possédé des 
terres, des bénéfices et des charges, y ont été alliées par mariages ou y 
ont laissé des marques de leur piété dans les églises ou hôpitaux. 



A 



y 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 237 

41 i. Chronica regni aragonum. 200 pag. sur véliii, iu-fol , rel. 
du temps à compart., ferm. {Très-remarq, reL) — 500 fr. 

Manuscrit «ur peau de vélin, du quinzième siècle, avec la première 
page miniaturée et de nombreuses lettres capitales. Dans Tcncadrement 
orné du premier feuillet de texte, on remarque les armes des ducs de 
Calabre, supportées par deux anges. 

416. Las Obras de Bartholomeo de las Casas. Seuilla en Casa de 
Seb. Trugilla^ 1552, iii-4, goth., mouton vert, fil. tr. dor. — 
300 fr. 



NOUVELLES ET VARIÉTÉS. 



LE MONUMENT DE PAUL-LOUIS COURIER. 

Le village de Verelz, en ïouraine, a vu, dimanche 16 juillet, 
l'inauguration du monument-médaillon consacré à Paul-Louis 
Courier. 

I\trange destinée que celle de ce coin de terre, qui apparaît, à 
trois reprises, dans notre histoire. 

La première fois, c'est en plein dix- septième siècle, Rancé, ras- 
sasié du monde, y vient mûrir son projet de retraite à la Trappe. 
Il en fait une étape entre le cercueil de Mme de Montbazon et la 
couche de cendres où s'endormiront ses longs repentirs. 

Un peu plus tard, et au déclin du siècle suivant, le duc d'Ai- 
guillon installe dans le château de Rancé Télégante corruption de 
la cour de Louis XV. Ce ne sera pas assez pour la société raffinée 
qui se presse autour de lui d'avoir épuisé tous les plaisirs. Il leur 
faudra démoraliser jusqu'à l'imprimerie , et des presses du châ- 
teau de Veretz sortira un livre , le Cosmopolite , qui étonnera le 
monde par l'audace de ses gravelures. 

La Révolution passe sur celte orgie : l'épopée impériale clôt 
son dernier chant, et, la Restauration venue, Veretz reparait une 
troisième fois. Il est devenu le quartier général d'un pamphlé- 



238 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

taire qui a repris , sans le vouloir ou sans le savoir , la tradition 
du duc d'Aiguillon. Même absence de moralité, même enragement, 
conscient ou non, contre les principes constitutifs de tout ordre so- 
cial. Seulement la question littéraire a fait un pas énorme ; aux 
collaborateurs , bommes et femmes y du duc d'Aiguillon , assez à 
court de style et d'érudition , a succédé un écrivain de premier 
ordre y un lettré à outrance , familiarisé par de patients travaux 
avec toutes les ressources de la langue, et qui réalisera ce type in- 
supportable de « l'accord d'un beau talent et d'un odieux carac- 
tère. » • 

Grand talent assurément, et qui s'impose à l'admiration par la 
plénitude de ses moyens et l'harmonieux emploi de ses forces ; esprit 
amoureux de l'antiquité jusqu'à en renverser son encrier sur un 
manuscrit de Longus ; érudition armée de toutes pièces , sachant 
sur le bout du doigt ou de la plume tout ce qu'on peut demander 
à la langue et en obtenir ; écrivant par jeu le français d'Amyot, 
de manière à dérouter les juges les plus clairvoyants ; mais grand 
surtout, au point de vue du style, pour avoir définitivement loca- 
lisé son admiration et son étude dans la plus belle période de 
notre histoire littéraire, dans ce grand dix-septième siècle^ dont 
il a dit qu'une femmelette était , comme écrivain, supérieure à tous 
les Voltaire et tous les Rousseau. 

Voilà l'homme, en tant que faiseur de livres. On relira ses pam- 
phlets et ses lettres, ses lettres surtout, toute^ les fois qu'on yon- 
dra se procurer une exquise sensation littéraire. Nous ne nous 
donnerons pas le tort d'insister , après Sainte-Beuve, sur les qua- 
lités de ce rare esprit , dont on pourrait , en cherchant bien , re- 
trouver plus près de nous la monnaie. Pour ne citer qu'un nom, 
nous prendrons Mérimée. Il a eu, comme lui, sinon de lui, sur- 
tout dans ses Lettres à une inconnue, le don de voir dans une 
scène passée sous ses yeux ce qui était à voir, et d'en fixer ce qui 
était à fixer. Ce n'est pas un petit talent que de faire aller son ob- 
servation où elle doit aller et de faire prendre le même chemin à 
sa plume. Il y a, dans les lettres de P.-L. Courier, tel tableau de 
halte de soldats dans une ville forcée, qui est, dans ce genre, un 
modèle achevé. A beaucoup d'endroits de ces lettres , on sent ce 
frisson que donne la présence du génie. Deus^ ecce Deus ! c Un 
esprit, dit Job, a passé devant ma face, et le poil de ma chair s'est 
hérissé ! » 



^ 



NOUVELLES ET VARIÉTÉS. 230 

Pourquoi faut-il que ces éminentes qualités aient reçu un si 
triste emploi ? Esprit absolument faux et affolé par un égoïsme à 
courte vue, P.-L. Courier appartient, par ses tendances, à la 
queue de l'école de Voltaire, et Tordre de pensées dans lequel il 
se yautre est un pur bourbier. Hostile à TEmpire, dès que l'Em- 
pire a tendu à devenir , ne fût-ce que dans son propre intérêt, le 
symbole de la reconstitution sociale, il a fait contre la Restau- 
ration et les principes de salut qu'elle représentait le serment 
d'Annibal ; et ce serment, il l'a merveilleusement et désastreuse- 
ment tenu. Où chercher le secret de cette vendetta ? Faut-il s'en 
prendre aux difficultés de sa carrière militaire, et ne serait-ce 
qu'une question ^annuaire? Ou bien, issu d'une union troublée 
et destiné aux mêmes déceptions, lui a-t-il manqué les en^igne- 
ments de la famille et Tapaiisement qui ressort d'un milieu hon- 
nête ? Mystère que nous éviterons de sonder. De l'homme privé, 
nous dirons peu de chose. A propos de son monument et déjà bien 
avant, sa vie a été sévèrement étudiée et justement condamnée. 
Nous ne réagirons pas contre cette condamnation. Toutefois il est 
un point sur lequel nous nous séparerons de ses derniers bio- 
graphes. On a été jusqu'à mettre en doute son courage militaire : 
en quoi il semble qu'on a dépassé le but. Qu'on se rappelle Cou- 
rier s' oubliant, le jour de l'évacuation de Rome par les Français, 
à copier un texte à la bibliothèque du Vatican, et obligé de tra- 
verser seul la ville en uniforme, au milieu des cris de mort, même 
de quelques coups de fusil adressés au giaccobino. En tout cas, 
ce jour-là, le goût de l'érudition l'aurait largement emporté sur le 
sentiment de la conservation. C'est bien le même homme qui , au 
milieu des horreurs de la guerre, s'apitoie sur la statue antique 
dont le bras a été atteint par un biscaïen ! 

Ce qui est malheureusement plus à sa charge et échappe à toute 
justification, c'est que dans sa guerre à la Restauration, Courier 
ne peut se laver du reproche de mauvaise foi. Adversaire déclaré 
de l'Empire , il a été jusqu'à oublier qu'il en avait constamment 
fait litière, et à s'en servir comme d'un engin de guerre contre 
le gouvernement qui lui avait succédé. Ce sont de ces procédés à 
la Béranger pour lesquels on n'est pas assez sévère, et il était le 
dernier à pouvoir s'écrier, à propos de villageois quon empé" 
chait de danser : « Qui l'eût dit à Austerlitz? » lui qui s'était 
montré moins que médiocrement soucieux des gloires de Tépoque 



240 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

impériale 1 Dans uu ordre d'idées analogue, cette mauvaise foi 
éclate au sujet des souvenirs qu'il évoque de Tancienne monarchie 
Il n'a pas craint, dans son Simple discours contre la souscription 
de Chambord, en parlant de la plus brillante époque du grand 
siècle, de montrer « la porte par laquelle entrait, le soir, la maî- 
tresse du roi, et le matin, son confesseur. » Ces ignorances sont 
jusqu'à un certain point pardonnables à un journaliste de plus de 
parti que de science ; mais de la part de Courier, il y a, pour ap- 
peler les choses par leur nom, calomnie préméditée. Il sufiit 
d'avoir lu , même légèrement , Saint-Simon , pour savoir que 
Louis XIV s'abstint toujours de pratiques religieuses durant le 
cours de ses liaisons irrégulières, adultères si Ton veut. Pressé 
par ses ministres d'accomplir des actes publics de dévotion dans 
lesquels ils ne voyaient qu'un moyen de gouvernement , il recula 
constamment devant le sacrilège. Les Souvenirs de Mme de 
Caylus sont là, et bien d'autres mémoires du temps. Comment ad- 
mettre que Courier ait ignoré ces choses élémentaires, et n'est-il 
])as plutôt supposable que, pour les besoins de sa thèse, il a créé 
un dix-septième siècle de fantaisie? Délibérément il s'est dit : 
Calomnions ! et il en est resté quelque chose, à savoir : un certain 
nombre de pages exquises comme forme , et qui appelaient , en 
etiet , une statue , mais une statue à élever , comme celle que Jo- 
seph de Maistre proposait pour Voltaire, par la main du bouf' 
reau» 

ËDÛn, voilà Courier pourvu d'un médaillon, et de longtemps, 
sans doute, il ne sera plus parlé de Veretz. Dans le concert d'ap- 
préciations diverses qui s'est élevé à Toccasion de cette petite fête, ' 
nous avons voulu fixer une impression à la fois morale et litté- 
raire, en restant , à ces deux points de vue , en dehors de la cri- 
tique proprement dite. On remarquera, en effet, si l'on veut s'en 
donner la peme , que nous nous sommes tenu en deçà de la fonc- 
tion du critique, en évitant de relever, ne fût-ce que pour les ré- 
futer, les arguments qui pourraient être invoqués contte nos 
conclusions morales d'une part, et, d'autre part, les objections 
que pourrait soulever notre admiration littéraire. Ces objections 
se rencontrent d'ailleurs dans les Causeries du lundi ^où. Sciinte- 
Beuve a signalé le plus grand grief que l'on puisse imputer à la 
prose de Courier, la tendance qu'ont les membres de sa phrase 
à prendre, principalement dans ses pamphlets, la forme d'un 



NOUVELLES ET VARIÉTÉS. 2^1 

alexandrin. Cette dispositiou poétique n'est rien quand elle abou- 
tit au vers brisé, et la prose de Molière en fournirait de nombreux 
exemples ; mais il n'en est pas de même quand il s'agit de 
Talexandrin, et nous avertirons ceux de nos lecteurs qui voudraient 
relire Courier ^ d'éviter soigneusement de remettre sur ses pieds 
le premier vers qu'ils y rencontreront, à peine d'être obsédés par 
l'attente des autres et de voir disparaître sous cette préoccupation 
le charme purement littéraire qu'ils pourraient retirer à cette lec- 
ture. 

W. O. 



CHRONIQUE 



\i:cROLOciE. Mme George Sand est morte le 8 juin dernier. 
C'est affaire à la presse quotidienne et aux revues qui vivent 
intellectuellement au jour le jour d'exalter à l'infini l'artiste et 
l'œuvre. Le Bulletin sera plus réservé. Question de goût et d'ha- 
bitudes littéraires. Nos lecteurs ont pu, à un moment donné, 
subir la fascination de cet incontestable talent, mais à coup sûr 
ils ne se sont jamais abusés sur sa valeur réelle, non plus que sur 
ses tendances. Nous espérons donc qu'ils nous sauront gré de 
n'avoir pas perdu la tête dans ce débordement d'éloges, et qu'ils 
retrouveront dans nos réserves une interprétation telle quelle de 
leur pensée. 

Ces réserves ne vont point jusqu'à contester à l'écrivain tout 
droit au succès qui a accueilli l'ensemble de son œuvre. Pendant 
plus de quarante ans, à^Indiana (1833) à Flamarande (1875), 
G. Sand a tenu en haleine un public de lecteurs qui s'est plu- 
sieurs fois renouvelé. Jusqu'au dernier moment, et sauf quelques 
lacunes, elle a su attirer et retenir ce public ; mais, il faut bien 
le dire, c'est moins par l'effort littéraire qu'elle l'avait conquis 
que par un attrait moins, relevé qui relie entre elles toutes les 
classes de lecteurs à quelque catégorie intellectuelle qu'elles ap- 
partiennent. Elle a su amuser^ et il faut d'autant plus y voir un 
don personnel que, maintes fois, elle a fait tout son possible pour 



2k2 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

tuer en elle celte précieuse faculté, engagée qu'elle était à la 
poursuite d'une thèse sociale — ou antisociale. 

On trouvera peut-être que nous faisons bon marché du talent 
de G. Sand, et Ton aurait raison si l'on se plaçait exclusivement 
au point de vue du roman moderne; mais pour peu que l'on 
consente à étendre son horizon et à se demander quelles sont les 
conditions du grand art, on reconnaîtra sans peine que G. Sand 
reste loin, bien loin des maîtres. De Taveu de tous, elle procède 
littérairement de J. J. Rousseau : or, étant admis que Fart de 
Rousseau est déjà un art de décadence, il est facile de pressentir 
les résultats insufHsants de cette ûUation. £n vain y a-t-elle 
ajouté quelques éléments empruntés à Bernardin de Saint-Pierre 
et à Chateaubriand : tout cela n'arrive encore à constituer qu'un 
actif discutable. Pour laisser une trace dans les lettres, il faut, 
surtout au point de vue du style, avoir vécu dans la familiarité 
des maîtres, principalement dans celle des grands écrivains du 
dix-septième siècle, et rien dans Freuvre de G. Sand n'en vient 
évoquer le souvenir. Elle a beau, dans l'histoire de sa vie, parler 
de ses lectures, rien ne semble exister pour elle avant Rousseau. 
Ce n'est qu'aux époques de pensées élevées et de noble langage 
qu'il est possible d* arriver au chef-d'œuvre en dehors d'un grand 
fonds de lumières acquises. On conçoit Mme de la Fayette 
écrivant la Princesse de Clèi^es avec les seules forces que donne 
la grande conversation et le bel usage poussé jusqu'à l'héroïsme 
(et encore se tromperait-on, car Mme de la Fayette était, comme 
Mme de Sévigné, armée de toute espèce d'études); mais dans une 
société aussi affaissée, littérairement parlant, que la nôtre, il faut, 
avant toutes choses, un certain fonds d'érudition correspondant 
à une main exercée, et c'est ce qui a souvent manqué à G. Sand, 
dont Tœuvre saisit plus par son abondance que par toute autre 
qualité. Elle a ignoré ce qui fait l'œuvre achevée dans le genre 
qu'elle cultivait, la concentration. On lira ses romans (jusqu'à 
quand ?) pour occuper les heures oisives, mais on n'y cherchera 
jamais cette jouissance élevée que donne la lecture d'un chef- 
d'œuvre. Aussi assistons-nous déjà à la désagrégation de l'édifice 
littéraire sorti de ses mains. Imliana^ Valentine^ Jacques^ Lélia 
[Lélia surtout) commencent à toïçbcr en poussière. Ainsi est-il 
arrivé des œuvres de Rousseau, et qui Ht aujourd'hui la Nouvelle 
Héloïse ? Que dire après cela des romans-thèses qui ont rem* 



CHRONIQUE. 2W 

pli la plus grande partie de l'existence laborieuse de G. Sand? 
L'ennui qui s'en dégage aura encore servi à hâter leur dëcona- 
position. 

Il est impossible de parler de G. Sand sans dire un mot de ses 
tendances. Elle n'a pas écrit comme l'oiseau chante, ni pour faire 
face aux nécessités matérielles de la vie. On ne pourrait peut-être 
citer d'elle qu'un seul roman écrit absolument dans ces condi- 
tions : c'est son premier, Rose et Blanche, où elle a essayé, en 
collaboration avec M. J. Sandeau, de saisir le faire de Pigault- 
Lebrun, moins encore, celui de Raban (i). Tous le reste de son 
œuvre a été plus ou moins consacré à la poursuite d'un but phi- 
losophique. La donnée fondamentale, c'est la justification inces- 
sante de la femme émancipée, justification affectant le plus sou- 
vent le caractère d'une plaidoirie personnelle. Tel a été le thème 
constant de l'œuvre de G. Sand, depuis les romans dont nous 
avons cité les titres. Dans cet ordre d'idées, le plus excentrique 
aura été assurément Lucrezia Floriani, qui n'est autre chose que 
l'épopée d'une Samaritaine quatre fois mère dans des associations 
diverses, et dont on ne cesse de nous Vanter la chasteté. Parallè- 
lement à cette préoccupation, G. Sand a, sous l'influence de ses 
relations du moment, j'entends les plus intimes, abordé successi- 
vement l'apologie de divers systèmes philosophiques. Ici le roman- 
thèse se double du roman- reflet. Elle a, sous le passe-port de son 
talent, célébré les idées socialistes dont l'aventure de 1 848 aurait 
dû suffire à démontrer l'impuissance pratique. C'est à cette épo- 
que également qu'il faut faire remonter les divagations politiques 
dont elle a consigné la quintessence naïve dans le fameux «Se/z/^/ne 
bulletin de la République, L'impression qui se dégage de cet en- 
semble, la résultante morale de ce constant effort a été résumée 
ainsi par Chateaubriand (2) : « L'insulte à la rectitude de la vie ne 
saurait aller plus loin, il est vrai, mais Mme Sand fait descen- 
dre sur l'abîme son talent, conmie j'ai vu la rosée descendre sur 
la mer Morte. » Paroles sévères! 

Nous n'entreprendrons pas de dénombrer tous les romans pu- 
bliés par G. Sand. On aurait déjà assez à faire de catégoriser les 
préoccupations auxquelles ils correspondent. Roman religieux, 

(1) On trouvera le début ultra-réaliste de ce roman dans le Dielion^ 
naire des pseudonymes (2« édition), de M. d'Heylli. 
(1) rîe de Rancé, 



24(1 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

roman social , esthélique , musical , dramatique , entomologie 
que, etc., etc. Sous chacune de ces formules, on pourrait réunir 
plusieurs titres. Nous citerons encore le roman autobiographique 
[Elle et lui), qui est une pire date dans la vie littéraire de 
G. Sand. 

Et son théâtre ! Plus volontiers nous nous y arrêterions, car, 
ainsi que l'a remarqué M. L. Veuillot (1), autant G. Sand s'est 
donné carrière dans ses romans pour prêcher les plus funestes 
doctrines, autant son théâtre présente de pensées honnêtes et de 
mœurs pures, « preuve d'un très-grand sens littéraire » (2); mais 
l'espace qui nous est concédé est déjà outre-passé, et il ne nous en 
reste que ce qu'il faut pour recommander à nos lecteurs V Histoire 
de ma vie. C'est, au point de vue de l'histoire littéraire contem- 
poraine, une mine précieuse où nous aurons plus d'une fois oc- 
casion de puiser. 

Sociétés savantes. La Société de l! histoire de Paris et de V Ile- 
de-France a publié le deuxième volume de ses Mémoires, Entre 
autres articles, nous signalerons une Histoire de la seigneurie de 
Bures, Dans ce résumé des vicissitudes d'un coin de terre, et en 
passant en revue les diverses familles qui en ont porté le nom, 
l'auteur a quelquefois trouvé une note émue. Bien que le « Il me 
reste d'avoir pleuré » d'Alfr. de Musset ne soit guère de mise en 
érudition, cela repose un peu des dissertations sur la Monnaie 
Parisis, Nous recommanderons encore des Conjectures sur t au- 
teur du Journal Parisien, de 1409 à 1449, plus connu sous le 
titre de « Journal d'un Bourgeois de Paris. » Grâce à M. A. 
Longnon, c'est maintenant chose acquise pour la science histori- 
que que l'auteur de ce journal est Jean Beaurigout, curé de Saint- 
Nicolas des Champs. 

La dernière livraison du Bulletin de cette Société (mars- 
avril 187(5) revient sur l'interminable question du genre de mort 
de J. J. Rousseau, que nous avons effleurée dans une de nos 
dernières chroniques, en parlant de la Revue de France. On 
produit des procès-verbaux de chirurgiens de village qui ten- 
draient à faire accepter pour authentique la version qui attribue 
;\ une apoplexie céreuse (comme ils écrivent) la mort de Rous- 



(1) Çàet là, t. II. 

(2) )bid. 



\« 



CHRONIQUE. 2kb 

seau. Nous ne rentrerons pas dans rénumëralion des motifs que 
nous avons déjà donnés en faveur de l'opinion contraire, celle du 
suicide. Tant que n'aura pas été établie l'inexactitude des récits 
qui s'accordent à nous montrer Rousseau faisant, dès le matin 
du jour fatal, pressentir la catastrophe qui approchait, nous per- 
sisterons à l'en croire complice. Ce dénoûment est d'ailleurs tel- 
lement en harmonie avec son dérangement d'esprit toujours crois- 
sant, qu'il saisit par sa vraisemblance. Sur la question du suicide, 
Corancez se résumait ainsi, en dernière analyse : « Je n'en sais rien, 
mais je le crois. » Pour un peu, nous serions disposé à dire : « Je 
n'en sais rien, mais j'en suis sûr. » Nous avouons, du reste, nous être 
inutilement creusé la tête pour saisir le sens de cette croisade res- 
pectable en faveur de la mort naturelle de Rousseau. A-t-on voulu 
simplement,' et par pure admiration littéraire, éviter à sa mémoire 
une contradiction entre ses écrits et ses actes? Ce serait un bien mai- 
gre but, et sa tirade prétentieuse contre le suicide ne comportait 
pas tant de soins. Rousseau n'est pas tellement parmi les bienfai- 
teurs de l'humanité qu'il faille, dès à présent, nettoyer sa légende 
d'une conclusion si bien d'accord , en résumé, avec l'incertitude 
de ses principes. Et ici nous ne parlons qu*à un point de vue 
général, et sans faire entrer en compte les autres actes de sa vie, 
qui ne prêtent pas davantage à un panégyrique absolu. En un 
certain sens, on lui fait tort de vouloir le rejeter rétrospectivement 
dans la règle morale commune, et nous ofiFrons à parier que les 
encomiastes qui se préparent pour le futur centenaire repousse- 
ront, comme elle le mérite, cette ingérence des esprits arriérés 
qui voudraient assujettir à la règle morale commune un des 
pionniers du chaos moderne. On toastera à Rousseau suicidé et 
l'on sera conséquent. 11 serait temps de l'être dans tous les camps : 
Iliacos intra muros,,,, et extra. 

Varia. Voici les ventes finies pour cette année. Nous avons tenu 
nos lecteurs au courant des plus importantes, et le Bulletin a cru 
devoir, en donnant les principaux prix de la collection Lebœuf, 
émettre sur le goût moderne quelques considérations dont nous 
n'avons rien à retrancher. Il ne faut pas se dissimuler que les 
points de vue se sont tant soit peu déplacés depuis quelques an- 
nées et que la vogue est actuellement acquise à des cmnosités 
d'un ordre secondaire qui eussent été médiocrement prisées par 
les grands amateurs qui ont tenu, pour ainsi parler, sur les fonts. 



246 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

le Bulletin du Bibliophile, N'essayez pas de parler d'incuna- 
bles, de gothiques, d'Aides à une génération de bibliophiles intel- 
lectuellement nés d'hier et dont la vocation est le plus souvent 
venue par la grâce d'un coup de Bourse. Encore leur faut-il sa- 
voir gré du goût qu'ils témoignent pour les éditions originales de 
nos grands et petits classiques. Sous ce rapport, ils sont dans une 
excellente voie. En revanche, nous n'en saurions dire autant de 
l'importance attribuée aux publications à estampes galantes^ du 
dix-huitième siècle. On ne peut faire avec cela un fonds de biblio- 
thèque. Mais, quel mot venons-nous de prononcer ? II n'y a plus 
de bibliothèques. Ce qui passe maintenant en vente, ce sont des 
cabinets d'amateurs : des collections sans ordre ni méthode, qui 
attestent par les lacunes de leurs cadres la frivolité (nous n'osons 
dire l'ignorance) de leurs heureux possesseurs. Dans un ordre 
d'idées plus relevées, et en nous mettant au point de vue du mo- 
raliste, ce goût excessif pour le dix-huitième siècle « ne nous dit 
rien qui vaille. » Il revient à la pensée que de la société des 
fermiers généraux qui ont fait les frais de l'édition célèbre des 
Contes de la Fontaine^ quarante membres ont, en un même jour 
de l'an II, porté leur tête sur l'échafaud. Il nous fâcherait d'assis- 
ter à une pareille fin d'orgie. 

Nous aurions bien aussi un mot à dire des prix exorbitants 
donnés en vente publique pour tels ou tels livres, mais nous avons 
présente à la mémoire la réponse faite par un amateur des ventes 
au directeur même du Bulletin, lequel lui faisait observer, avec 
bienveillance, qu'il trouverait en librairie les mêmes livres à un 
prix inférieur, de moitié au moins, à celui des enchères. « Je fe 
sais, a répondu cet amateur. Mais en achetant ainsi, je n^aurais 
pas le plaisir de pousser. » Et notez que cet amateur s'appelle 
légion. Puisqu'il en est ainsi, « Messieurs, faites votre jeu ; » et 
puissiez-vous ne pas éprouver trop de déceptions, car dans l'oreani- 
sationdes ventes publiques, tout n'est pas parfait. Comme exemple, 
voici un petit fait qui nous a été rapporté. Vous êtes bibliophile, 
et vous savez qu'il doit être vendu tel jour un livre, objet de vos 
désirs. Vous allez le voir à V exposition et vous assurer qu'il est 
d'une conservation parfaite. Là-dessus commission de l'acheter à 
t out prixy et le soir même vous tenez entre vos mains cette pré- 
cieuse conquête, mn\s en constatant au titre une déchirure qui 
n'existait pas quelques heures auparavant. Que faire ? Rendre le 



CHRONIQUE. 247 

livre et rentrer dans sod argent? Mais il s'agit d'un exemplaire 
unique, ardemment désiré depuis nombre d'années. On voit d'id 
la situation qui se r^smne en un peu de bonheur largement mé- 
langé d'amertume. Nous avons vu la victime d'un incident de ce 
genre ; nous avons tenté de la réconforter ; mais, comme Rachel, 
elle ne voulait pas être consolée. Vous en souvenez-vous, cher 
monsieur^Tecliencr ? 

Pour quitter ce sujet pénible et pour ramener la sérénité dans 
rSme de nos lecteurs, nous terminerons cette chrouique par quel- 
ques mois sur une très-riche collection dont tout Paris (j'entends 
le Paris artiste et bibliophile) a entendu parler. Au risque d'être 
indiscret, nous essayerons, sans trop espérer réussir, de traduire 
les impressions d'un amateur fervent qui a été admis à franchir le 
seuil de ce cabinet. Notre plume a laissé, tout à l'heure, échapper 
le nom de cet amateur : un peu plus loin nous dirons celui du 
cuneux, que dis-je, de l'érudit, bien plus, de l'écrivain qui a con- 
s:icré un demi-sîèclc à former cette merveilleuse collection. La 
première chose qui a frappé l'heureux visiteur, lorsque a été dis- 
sipé l'éhlouissement du début, c'est un inappréciable recueil d'au- 
tographes en plusieiu's volumes superbement reliés et enrichis de 
tables écrites par le collectionneur (ou collecteur). Il y a là, pa- 
raît-il, des lettres de toutes les illustrations anciennes et modernes 
parmi lesquelles l'élément féminin est largement rc|)rcsenté. Des . 
portraits choisis avec ungi'and goût accompagnent ces lettres dont 
plusieurs ont un intérêt historique que le public des lecteurs a déjà 
été, ou sera bientôt, espérons-le, à même d'apprécier. 

Après s'être arrachée à cette contemplation, l'attention admira- 
tive de notre informateur s'est portée sw un volume des Saisons 
de Thompson, édition anglaise, ornée à chaque page d'illustra- 
tion d'ungoât exquis. Cest, nous assure-t-il (et il s'y connaît), 
mieux réussi qu'aucun de nos livres modernes français. L'exem- 
plaire est sur papier de Chine, mais ce qui en fait un volume uni- 
que, c'est que l'on y a réuni une grande quantité de figures (près 
de 200), dues à des artistes de tout pays, entre autres des eaux- 
fortes de Ch. Jacques, qui s'adaptent merveilleusement à la pensée 
du poète. Le tout a été relié en un volume, maroquin vert den- 
telles, par les successeurs de Cape, Masson et Dehonnelle, qui ont 
parfaitement triomphé des diflicultcs que présentait le réenmar- 
gement des diverses estampes. 



2kS BULLETIN DU BIBLIOPHILP:. 

Un autre volume précieux est celui des Poésies de Mme Tastu, 
édition encadrée, publiée sous la Restauration par Mme Tastu elle- 
même. Notre époque ne tient peut-être pas assez compte du ta- 
lent de Mme Tastu, dont d'excellents esprits comme Ch. Nodier et 
Aimé-Martin étaient grands admirateurs; mais, quelque opinion 
littéraire que Ton professe, il faut, pour peu que Ton soit biblio- 
phile, s'incliner, que dis-je, s* extasier devant l'exemplaire qui nous 
a été décrit, car il contient, outre une dédicace en vers écrite par 
Mme Tastu elle-même, sur doux feuillets de vélin, plus d'une cen- 
taine de figures dues à des artistes anglais et français, et tirées 
(bien entendu) sur papier de Chine et avant la lettre. Ce n'est 
rien encore; mais on a collé sur les blancs du volume laissés par 
l'impression une grande quantité de vignettes et de fleurons, et 
pour éviter une épaisseur anormale, on a pris soin de dédoubler 
préalablement le papier en ces endroits. Travail prodigieux et d'un 
surprenant résultat auquel ne nuit pas une reliure en maroquin 
Lavallière à larges dentelles à petits fers, i*eliure signée d'un 
excellent ouvrier, Hardy, tout seul !... 

La dernière merveille dont il nous ait été parlé est de deux vo- 
lumes in-(à** sur papier de Hollande, qui sont la transformation 
d'un in-d2, publiée en 1862 sur Léopold Robert. A cause de l'é- 
paisseur du papier, on en a fait deux volumes pour lesquels 
ont été tirés des titres. Cet exemplaire unique contient sur 
les marges des notes manuscrites de l'auteur en quantité suffi- 
sante pour augmenter du double le texte primitif, Outre cela, on 
y trouve une belle lettre autographe de L. Robert [deux feuillets), 
et, il chaque page, des estampes, des portraits et des eaux-fortes, 
parmi lesquelles la superbe gravure de Mercuri, les Moissonneurs^ 
épreuve sur papier de Chine, avant la lettre. C'est un musée où 
tout a été choisi avec le plus grand soin et qui se recommande en- 
core par une excellente reliure que Cape aurait signée et qui est 
de MM. Masson et Debonnelle. 

Ici s'arrêtent les intéressantes révélations dont nous avons été 
le confident. Quant au nom de l'intelligent possesseur de tant de 
merveilles, nos lecteurs auront sans doute été mis sur la voie par 
l'indication de l'ouvrage sur Léopold Robert, et nous ne leur ap- 
prendrons plus rien en leur disant que ce curieux, cet érudit, 
cet écrivain est M. le baron Feuillet de Couches. 



CHOIX DE LETTRES INÉDITES 



ATSC DES 



ÉCXAmÇISSEMENTS HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES 

Chabot db Brion. — Gharlbs IX. — Biron. — Guisb lb 
Balafré. — Bcsst. — M"* Mancini. — Princesse de 
CoNDB. — AirifB d'Autriche. — Montausibr. — Hcbt. 
— M"* de La Fayette. — Le père de Joyeuse. — 
CoiiTESSB DE Gramont. — SAii<rr-AiGNAif . — Duc d'Or- 
léans. — Duchesse de Berri. — Madame Louise db 
France. — Florian. — M"** Geoffrin. — M"* Duthb. 

BOUFFLERS (1). 

Nous ayons publié dans le dernier numéro de la Reuue 
des questions historiques^ une étude sur l'amiral Chabot de 
Brion, d'après ses lettres inédites, conservées à la Biblio- 
thèque nationale. Nous donnerons ici quelques courts et 
curieux passages qui n*ont pu trouver place dans ce travail : 
Chabot avait malheureusement la regrettable habitude de 
ne jamais dater ses lettres. 

Dijon, 24 juin. — Il a appris la chute du roi et sa 
prompte guérison : il prie Montmorency de presser la mise 
sur pied de la gendarmerie et la réparation des fortifications 
des villes, notamment de Chàlon, « car je crains et fais 
grand doubte qu'il en adviendra du mal difficile à rhabiller. 
Et en advisant au demeurant que M. le prince d'Orange est 
toujours à Noserey prenant le passe-temps de la chasse, et 
à ce qui m'a esté rapporté il a dit ces jours-ci que j^avois 
entreprins sur luy pour le prendre. A quoy j'ay fait rep- 

(1) Nous continaoDS notre sérié d'autographes inédits reoueiUîs deoi 
delà, et dont Tintéjrét nous semble réel en montrant comment grandes 
dames, grands seigneurs et hommes de lettres tournaient autrefois leurs 
billets. 

E. DE B. 

17 



250 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ponse que je n'y ay pensé oncques et qu'il ne falloit qu il 
fust en double, estant le roy et l'empereur en la bonne 
amytié qu'il sait Tung avec Taultre. Toutes fois il ne laisse 
pas pour cela d'avoir une bonae garde de hacquebusiers 
qu'il mène partout où il va. » 

La Fère, 2 août. — ^ « Je bien connu que ce porteur (le 
s*" de la Mothe envoyé vers le roi) s'est.... à Cambrai, car à 
son retour ne lui souvenoit point qui lui avoit baillé des 
fromages, de sorte qu'il na mangé dans ce souper, disant 
qui ne servira jamais de vivandier le roi et vêla que ce fust 
de cette ambassade que Ion appelle l'ambassade de fro- 
mages. » (Autographe.) 

De Paigny, 16 novembre. — Il va se rendre à Fontai- 
nebleau d'après l'ordre du roi. a J'espère à ce toumoy estre 
en eschafaulz si à propos que je pourray juger des coups et 
tenir si bon compte que rien de vostre honneur ne souf- 
frira. y> 

Sa correspondance renferme rarement des demandes de 
faveurs. Une fois , il prie Montmorency de lui procurer 
l'abbaye de Toumon, qui était à son oncle, l'évéque de 
Mâcon, qui voulait la faire donner à Robert de Lénoncourt, 
neveu de l'archevêque de Reims; « c'est un bien que je 
désire sur tous autres » , elle fut cependant accordée à Lé- 
noncourt (1598). Une autre fois, il avait prié la reine de 
donner l'évêché d'Auxerre à l'évéque de Màcon, et celui de 
Mâcon à son cousin, M. de Saint-Jean-d'Angely (18 août 
1538, de Dijon) : « Vous y aurez un très-bon et loyal ser- 
viteur au lieu d'un mauvais garçon.... » Le même jour il 
écrivait également au connétable : « Je ne saurois vous trop 
mereyer ny tant que je désire de ce qu'il vous a pieu faire 
pour M. de Mascon et pour moy , car s'est mieux et très plus 
avant que sy je y eusse esté présent >»; il le presse d'achever: 
« et pour le moing vous et moy pourront dire hardiment 
que auront poyres et poyriers de bon chrétien à nostre 
commandement. » Chabot ne réussit pas cependant : 
Charles Hemard de Neuville quitta en 1538 Mâcon pour 



CHOIX DE LETTRES INÉDITES. 351 

Amiens, et le siège demeura vacant jusqu'en 1541, qu'il 
fut donné à Guérin de Narbonne. 

Nous donnerons ce post-scriptum autographe d'une 
lettre de Charles IX à M. de Matignon, datée de Vincennes 
le 15 mai 1754 : 

a Matignon^ si vous me fêtes se servisse de prendre Mon 
, Gommery et Gitry en vie et me les amenés je lestimere au 
plus grand servisse que l'on me scauroit fei*e se que je vous 
mande de M. de Sansac nest que pour l'amour de sa vieil- 
lesse et ne pensez pas que je ne désire fere davantage pour 
vous estre bon mestre (1). » 

Le même dossier nous a fourni deux lettres du second 
maréchal de Biron ; elles sont adressées à Villeroy, et par- 
ticulièrement intéressantes, parce qu'elles sont peu anté- 
rieures à sa condamnation ; deux autres plus anciennes ont 
été copiées par nous parmi les pièces de la vente Gauthier : 

« De Dygeon, ce 29 may (1595). 

« Monsieur, nous sommes à Dygeon avec le contantement 
du peuple et je croy le grand déplaisir de M. du Mayne , 
voyla où l'un perd l'autre gaingne : je vous suplie que je 
scache des nouvelles du roy bien tost et vous diray que ça 
preçance est très requise icy : le plus que j'aurois besoin 
cera de poudre; il est très à propos que le roy envoyé à 
Langres pour en avoir afin que dih'gemmant on prenne le 
chasteau ; je ne vous écrys pas les détails de ce qui c'est 
passé, car j'ay mille et mille affaires sur les bras et suys 
vostre très humble et affectionné à vous faire cervice. » 

c Auxerre, 15 mai 1602 (!)• 

« Je vous suplye parler au Roy afin qu'il m'acorde la suply« 
catyon que je luy ay faite par ma lettre du s^ de Mongres 
touchant le château de Dygeon : j'espère ce bon efiect là de 

{]) Fonds, fr., 9199. 



252 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

< 

vous : S. M. doit croyre que nul ne la peut plus fidèlement 
servîr que moy. 

« Je suis en ce lieu d*Ausère où je courre les chevreuyls au 
plus beau lieu du monde et demain je vais à la court trouver 
le roy suyvant son comandement.... Il se bruit quon me 
veut envoyer en Suysse, ce que je ne désire guères. » 

« Mons. Lorsque j'arry vis ici le matin, le roy estoit parti 
pour aler au laisse-court qui feust occasion que je ne vous 
despeschys vostre laquay et aryvismes à neuf heures au soir. 
Les petits chiens prindrent bien leur cerf. Je feis entendre 
au roy tout ce qui s'est passé pour Tacort quo aves faict qui a 
trouvé fort bon que ne vous soyez laissé aler à ce qu^ils 
veulent. Le roy me dist hyer qu'il désyroit fort vous voyr 
avant qu^il vist ces messieurs, et que je vous mandasse vous 
randre demain vendredy à Yylaconble où est rassemblée 
etpouries dyrequeM.Dumayneet princeGenvyle s'en vont 
senmedy à Saint Germain. S'il survient quelque chose je 
vous en donneray advis tout soubdain, vous suplyant me 
conserver, etc. (2). ». 

Lettre du duc de Guise le Balafré à M. d'Entraigues : 

«c La perenyté de vostre mal ma tant donné de fâcherie, 
d'ennuy et de crainte que je ne puis moins, monsieur le 
gouverneur, que de me réjouir aveq vous de vostre bon 
portement. Je n'ay que faire de sermens , vous en croirez 
une simple parcelle où je ne seroys le gros lévrier et vous 
tontaigue, et mon amy; j'en loue Dieu de bon cœur et le 
supplie te le donner aussi longue qu'à moy et plus si tu 
veux. Je suis venu vysiter ses messieurs qui voulant troubler 
mon repos et de cette province sont réduits en tel terme 
qu'avez la permission du maître, je veus perdre la vie et 
rhoneur si je ne les luy amène la corde au cou pour rece- 
voir punition ou grâce de leur meschanceté , perfidie , 
exemple certes très utile pour le bien et repos des catho- 

(1) F. français, 9053. 

(2) Ihid.^ 90Ô3 . 



CHOIX DE LETTRES INÉDITES. 253 

liques. Enfin je puis dire que M. de Bouillon m'a pris 
comme M. de Montpensier fit la bonne ville d'Orléans. 1er 
jay pris le château de Rocour à une lieue et demie de sa 
place et je suis logé entre deux. Vous ririez de ma troupe, 
car je ii*ay que mille hommes de pied et trois cents lances ; 
ils en ont quinze cents et quatre cents chevaux, mais le 
respect du service du roy, la crainte de faire mal aux catho- 
liques et Tamour qu'ils me portent m'empêchent d'estre 
batu. Voila les termes où nous en sommes; toute la pro- 
vince et moi demandons justice au roi de leur meschanceté. 
Il n'y a ville sur quoy ces meschants n'aient eu entreprinse. 
Je me recommande , manquant de papier mille fois à vos 
bos bonnes grâces. Ce xv. Le Guisar. » 

Lettre inédite de Bussy-Rabutin au P. Bouhours : 

c A Batsy/oe 25 may 1692. 

« Vous estes trop bon, mon révérend père, d'avoir tant de 
regret à la privation de Lanchate pour moy. J'en suis con- 
solé avant que de savoir la disposition de cette abbaye pour 
un autre. Elle ne valoit pas grand chose et nous ne saurions 
avoir moins. * 

« Pour la brigue de M* de Bussy et de ses enfants, je n'en 
fais non plus d'estat que s'ils ne se remuoient pas. Je parle 
pour l'atnée pour qui le roi me promit un bénéfice en 1662, 
en me disant qu'elle estoit trop jeune, et j'en fais souvenir 
à S. M. Je parle pour une fille de vertu et de capacité, et 
quand ces deux aspirantes seroient d'un mérite égale 
trouvez nous de la compétence du crédit à la cour de 
M® de Bussy et de celuy de ses enfants avec le mien. 

« Pour repondre maintenant à ce que vous me dites que 
les vies de mes premiers héros vous paroissent un peu 
trop courtes, je vous diray que je me suis trouvé heureux 
moy de ne savoir pas plus de particularités de la vie de ces 
trois Messieurs que j'en scay, parce que j'eusse peut estre 
esté tenté de les écrire, et je ne veux qu'en dire assez pour 
faire voir leurs prospérités et leur bonne conduite. 



254 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

« Pour le roy, mon révérend père, c'est un abrégé de sa 
vie que je fais à mes enfants; tout abrégé qu'il est, je 
n'oublie rien des événemensni des louanges qu'ils méritent. 
Pay mesme l'avantage sur ceux qui écriront son histoire de 
dire mon sentiment sur des actions qu'il faut qu'ils laissent 
panser aux lecteurs, car vous savez que la louange ny le 
blâme ne sont pas permis aux historiens. Pour moy, je parle 
uniquement à mes enfants et sans paroitre songer à vouloir 
que ce discours soit veu d'autres gens que d'eux, je leur 
conte les faits de mon héros et je leur dis ce que j'en pense. 

« J'attens avec impatience vos reflexions et celles de nostre 
amy le P. Benier sur tout l'ouvrage avec tout le respect 
qu'on doit avoir pour elles et je vous supplie de croire que 
si je ne m'y rends d'abord, ce sera pas par le sot motif de 
penser qu'il est honteux de se dédire, de baisser le..., car 
je change d'avis aussitost que la pensée d'un amy me paroit 
meilleure que la mienne. 

tt Ma fille de Dalet est en Auvergne. J'ay mandé à son fai- 
seur de fables qu'il n'imprimast pas celle qui vous regarde, 
et je suis party dans ce temps là : je crois qu'il fera ce que 
je luy demande. Adieu, aymez moy bien toujours : pour 
moy je vous ayme de tout mon cœur. » 

Les lettres de Mme Mancini, sœur de Mayarin, sont très- 
rares, puisque voici la seule qui ait jusqu'à présent passé 
dans une vente : elle est adressée au P. Rapin, de Gom- 
piègne, le 18 septembre 1656 : 

« Mon Révérend père,j'ay receuvostre lettre par laquelle 
je vois comme mon fils est ailé à la maison de M. Le Tel- 
lier : il y a quelque tems qu'il m'avoit fort priée de luy 
laisser prendre ce divertissement et il ne le pouvoit en un 
lieu où il y soit receu de meilleur cœur. Je suis bien aise 
qu'il s'y soit trouvé avec un de vos pères auquel vous l'ayez 
recommandé, autrement jaurois bien souhaité voslre pré- 
sence, approuvant avec actions de grâces la manière que 
vous en avez usé. Je sais bien que vostre prudence et vostie 
affî^ction n'oublieront rien de ce qui luy sera plus néces- 



CHOIX DE LETTRES INÉDITES. 255 

saire : vous ne devez point clouter de celle que j'ay pour 
vostre ordre et de vous en vostre particulier, qui m'obligez 
continuellement à estre vostre très-humble servante. » 

Lettre de la princesse de Gondé, née Charlotte de Mont- 
morency, à la reine de Pologne. 

« A Paris, le 11 de juin (1646). 

Jay resu la plus grande joie du monde d'avoir apris de 
vos nouvelles du 15® de may et de me voir dans vostre sou- 
venir qui met plus cher que je ne vous le puis dire. V. M. 
ne se doit pas mestre an pêne du mal des chevos quelle ma 
envoyé, il sont les plus beaus et les meilleurs du monde ; 
seluy qui a .... est le meilleur de tous et seluy qui est ma- 
lade est fort près à guérir. Je les menere dans deus jours au 
Cours après que les amés que je leur ay fait faire seron 
achevés : Ion a fait for grosse bruit isy du retour de vos 
famés , jantans les personnes qui ne vous ement pas , 
M* de 0^9 pansa avoir 000121071012020102 avec 2*2 
sur ce subiet, mes sela se pasa, car 0^3 ne pouvet soufrir 
se que lotre an diset. Mandez moy je vous prie commans 
sete 1029620135 set passée et oomman sela se terminera. Il 
ni a rien du tout de nouveau : nous sonmies de retour de 
Picardie et nous partons dans huit jour pour aler à Fontai- 
nebleau. V. M. ne doutera pas du déplésir que joré de ne 
vous y voir pas , mes pour me consoler nous y orons 
M'' de 18 1001 140221022 qui nous assure qu'elle n'en bou- 
gera. Vous apprandrez par la lettre de ma fille comme elle 
s'an va an juin à Munster : elle est partie il y a deux jours. 
Je m*assure que vous m' an plaindrez un peu. Je crois que 
vous orez apriz la coucheman de M® vostre sœur et seluy 
de W de Rohan qui non eu que des filles, M® de Ne- 
mours aconcha d'un garson et d'une fille : la hâte que l'on 
me fait me contrain de finir ma lettre. Je les feré à l'avenir 
les plus longues que je pouré, puis qu'elles ne vous impor- 
tune poin. Vous creré que mon afecsion pour vous ne rese- 
vra jamais de changement. Je vous supplie de me mander 



\ 



256 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

se qui vous oblige à fere un si Ion voiage et can vous en 
reviendrez. » 

Anne d'Autriche écrit de Gicn, le 8 avril 1652, à Marie 
de Gonzagues, reine de Pologne : 

« Madame ma sœur, c'est avec beaucoup de déplaisir que 
je suis obligée de changer les témoignages de joye que je 
préparois pour la naissance du fils que Dieu vous avoit 
donné en offices de condoléance pour la perte que vous 
en avez faite. Il est impossible, quelque force d'esprit que 
vous ayez, qu'elle n'ayt esté esbranlée par un accident si 
fâcheux et que vostre douleur n'ait esté extrême , quelque 
résignation que vous ayez aux volontés de celui qui est 
maître de la mort, comme il est l'auteur de la vie. Mais il 
n'est pas moins impossible que cette affliction vous soit, 
arrivée et que je ne l'aye pas ressentie avec toute l'amertume 
imaginable puisque toute amitié nous rend communs toutes 
sortes d'événemens. Aussi est-il vrai que quant j'en appris 
la nouvelle j'en fus touchée comme si moy-mesme j'eusse 
perdu un fils et souhaittay déclarer comme je fais encore à 
présent qu'il pleust à Dieu de vous en redonner bientôt un 
autre qui puisse rappeler votre joie et la mienne, laquelle ne 
sera jamais plus parfaite que quand je vous scauray con- 
tente et que j'aurai moyen de vous témoigner à quel point 
je vous suis, etc. » 

Le duc de Montausier au cardinal de Mazarin, du l*** dé- 
cembre 1643, de Tubingue, où il était prisonnier : 

«< Après avoir reçu tant de témoignage de bonté deV.E., 
je lui pourrois encore demander de pareilles faveurs, mais 
l'accident où je suis tombé avec tous les autres officiers de 
ceste armée est tel, que je ne puis de bonne grâce demander 
votre protection si je ne la mérite par mon innocence. Je ne 
vous demande donc point de grâce d'abord jusques à ce que 
vous ayez veu si je suis coupable : si je le suis je veux estre 
châtié exemplairement, mais si je ne le suis pas, c'est là où 
j'implore la grâce et la faveur de V. E., que je supplie très 
humblement de me vouloir protéger et me tirer d'ici bien- 



s 



CHOIX DE LETTRES INÉDITES. 257 

toAt afin que je vous puisse aller rendre des preuves de ma 
recognoissance. S'il vous plait de doauer un peu d'audiance 
au s*" de la Coste qui vous rendra ceste lettre, il vous infor- 
mera de toutes les particularités de ce malheur, mesme par 
escrit. Après cela, si vous me jugez coupable, je consens 
d'estre éternellement prisonnier ou de servir d^exemple à 
tous ceux qui se pourront trouver en pareille place, si non 
je vous supplie de rendre témoignage de mon innocence à 
la Reine, et en revanche je demeureray toute ma vie avec 
respect et passion très-humblement, etc. 

Deux lettres de Huet à Ménage, l'une de Caen, le 9 juin 
1662: 

« Jay fait depuis peu une ballade, et quoique je n'aye 
guère fait ma cour aux Muses françoises, elles m'ont 
pourtant inspiré ce petit ouvrage : 

Pour estre ainsi vostre amour 
n ne faut pas grande accortise : 
Faut TOUS aborder seulement : 
Vous prenez toute marchandise, 
Le poil foiet, la barbe grise^ 
Le grand, le gros et le menu : 
Tout est pour vous de bonne prise : 
Trop aimez le nouveau yenu ! 

Quand je tous vis premièrement 
Mon âme aussitôt fut soumise : 
Poulets alloient journellement, 
Ballades, rébus et dévises. 
Je pensois tous avoir conquise, 
Mais à la fin j'ay reconnu 
Que contre Tostre foy promise. 
Trop aymez le nouveau venu! 

Pour mettre fin à mon tourment, 
Paurois consacré ma franchise 
Et jen aurois fait le serment 
Hardiment en face d'Église! 
A moy c'eut esté grande sottise 
Si tel cas me fut avenu 
Mieuz vaut moynerie ou prêtrise : 
Trop aimez le nouveau venu I 



258 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 



smroi : 



Beauté, qui par Tostre cointise 
M'avez si long tems retenu. 
Je renonce à Tostre maitrise : 
Trop aimez le nouveau venu I > 

c Du 9 novembre 1662. 

« Gomme nous sommes en obligation de nous faire part 
réciproque de tous les contes facétieux que nous appren- 
drons de nouveau, je veux vous en dire un de fraîche date : 
c'est d'un fort honnête et ignorant homme de cette ville, 
qui, estant l'autre jour malade à Textrémité, son curé dit à 
sa servante qu'il lui falloit donner Textréme onction , et 
comme cette servante respondit qu'elle ne savoit pas com- 
ment ou le luy pourroit donner, parcequ'il avoit une si 
furieuse aversion pour l'huile que l'odeur l'en faisoit éva- 
nouir, le malade entendit cela et s'écria : « Il n'importe^ 
« qu'on me la donne au beurre ! » Vous me direz que ce 
conte mérite estre mis avec celuy que je tiens de vous d'un 
capitaine moribond qui ne vouloit pas, disoit-il, qu'on lui 
parlât de ce sacrement de bourgeois-là ! » 

La comtesse de la Fayette, la spirituelle amie de Mme de 
Sévigné, écrit cet agréable billet à Mlle de la Tillaye, de 
Paris, le 9 septembre (sans date d'année) : 

« Jenussepas cru qu'un présent aussi peu considérable que 
celuy que j'ay fait à bon Coco put estre capable de luy 
troubler la raison. Je ne suis point fâchez que cela luy ay 
donné de la joye, mais je souhaiterois que la chose mérita 
que l'on en senty, et quelles valu les remersiman que vous 
me faittes de sa par, dont je suis la plus honteuse du monde. 
Je voudrois de tout mon cœur avoir aucation de luy témoi- 
gner lamitié que j'ay pour elle ; vous devez estre persuadée 
que je n'orais pas moing d'enpressement de vous faire 
conoitre celle que je sans pour vous : croiez que je vous- 
drois bien vous en dire davantage sur ce chapitre, mais Ion 
atant pour ma lettre et Ion me presse de la finir. Il faut 



CHOIX DE LETTRES INEDITES. 259 

pourtant que je vous prie d'assurer M"^ de Vandy que je 
suis sa tres-humble servante et que jay beaucoup d'impa- 
siance de lui aller dire de bouche ; mes complitnans sy 
vous plaist à M® vostre mère et à M"® Madeloue. » 

Nous passerons ensuite au duc de Joyeuse, connu sous ce 
nom comme vaillant soldat, et sous celui de Père Ange 
comme pieux capucin. Il écrit le 30 juin 1607 au duc 
d'Epernon : 

« Mons*" mon cher frère , Dieu vous donne la paix. Je 
receus ces jours passés la lettre qu'il vous a pieu me faire 
riionneur de m'escrire par Guillaumet , de quoy je vous 
remercie très humblement. Je m'atendois bien d'avoir Thon- 
neur de vous voir à Champigny où je me rendis au tems 
que je vous avois dit et où vous attendois. J'allay prescher 
les octaves du St-Sacrement à Loudun où je trouvay des 
gens qui en a voient bien besoin. J'ay laissé M*" de Mont- 
pensier, je ne scaurois dire en bonne santé, car je mentiray; 
il ne se porte trop bien, mais il a espérance que ce sera 
bientost; Dieu le veuille. Il est entre les mains d'un homme 
qui lui promet merveilles. J'en suis en crainte. Je prie Dieu 
qu'il l'aiisiste. W de M.... vous en dira des nouvelles et 
j'espère dans trois semaines au plus tard estre à Paris pour 
vous en dire encore qui m'occasionne de finir après avoir 
prié Dieu qu'il vous donne, monsieur mon cher frère, tout 
ce qu'il cognoit vous estre nécessaire. 

« Votre très humble et très obéissant frère et serviteur. » 

Nous recueillerons un billet d'Elfbabeth Hamilton, 
comtesse de Gramont, sœur de l'auteur des célèbres mé- 
moires : ses autographes sont très-rares : celui-ci est daté 
du 20 novembre 1679 : 

« Je vous prie, Monsieur, d'estre persuadé que je suis tou- 
chée de ce qui vous est arivé autant que je le dois, c'est à 
dire plus que qui que ce soit , puisque personne n'est plus 
sensible que moy aux obligations et que j'en ay beaucoup à 
toute vostre famille : c'est une vérité que j'ay esté bien aise 
de pubiier^ romiiie aussy l'attachement que j'auray toute 



300 BULLETIN DU BIBLIOPHILE, 

ma vîe pour tous vos intérêts. Vous voulez bien, Monsieur, 
que le comte de Gramont vous assure de la mesme 
chose* » 

La lettre suivante du duc de Guise, datée de Paris le 
18 juillet 1654, est intéressante au point de vue de son 
échauffourée de Naples : elle est adressée à Mazarin : 

« Monsieur, comme je vous lay desja mandé P. Paul a 
voulu s'aller justifier : j'en ay esté bien ayse, croyant q[ue 
il restera satisfait de ses soupsons, car je vous puis aseurer 
que je n'ay rien trouvé à dire à sa personne, qu'une vanité- 
napolitaine romanisée : que pour ses propositions j'en 
respondrois de ma teste, puis jay les mesmes avis par mes 
intelligences et veux estre deshonoré sy ce que nous entre- 
prenons ne réussit et m'offre à payer du reste de mon bien 
la despense que le Roy fait au cas que nos desseins ne réus- 
sissent pas et veux mesme me rendre garant de tous les 
événemens. Mais je vous advoue que quoique je des espé- 
rances de ne partir sans recevoir les damiers ordres et une 
embrassade de S. E. que je meurs de peur du passage de 
Sedan et donnerois de bon cœur 100,000 escus et en estre 
quite comme vous scaurez du s** de Taillade, et dirois 
volontiers « Transeat a me calix iste. » — Néanmoins sy Ion 
le veut jy suis prest, préférant la satisfaction de S. Ë. à mon 
bien, mon repos et ma vie mesme. Escoutez donc je vous 
conjure favorablement ce porteur sur toutes les choses qu'il 
a à vous dire. Je me contente donc de vous asseurer que je 
fais un solide fondement en vostre amitié, et que je seray 
toute ma vye vostre très affectionné et très obligé servi- 
teur. » 

On admirera le ton humble du duc de Saint-Aignan, 
adressant de Paris, le 5 avril 1672, ses condoléances au 
duc d'Orléans au sujet de la mort de sa femme : 

« Monseigneur, je n'estois pas bien d'accord avec moy- 
mesme de quelle manière j'en userois auprès de V. A. S. 
sur le sujet de la lettre dont il luy a plu de 'm'honorer. 
J'estois encore en doutte sy je prendrois la liberté de luj 



CHOIX DE LETTRES INEDITES, 261 

escrire ainsi qu'elle a bien voulu me Taccorder : ou si 
malgré sa faveur je demeurerois dans un respectueux 
silence. Je croy, Monseigneur, que je me serois tenu à ce 
dernier, expliquant plutôt ceste bonté comme un .ordre 
absolu, mais la perte que vient de faire Y. Â. S. de feu 
Madame n'est qu'un trop légitime sujet de me faire prendre 
la plume et bien que tout ce royaume en conçoive une juste 
douleur et que je regrette en mon particulier ceste grande 
princesse comme ayant eu Thonneur d'estre de sa maison, 
jsans doute le déplaisir qu'en recevra Y. Â. S. me touche 
encore plus sensiblement. Je prendrois toujours, Mon- 
seigneur, une très grande part à toutes les choses qui la 
regarderont, et rien ne me sera jamais plus considérable 
que de luy bien persuader à quel point je suis, etc. » 

Curieuse lettre du duc d'Orléans à Fleury, au sujet de sa 
sœur, Tabbesse de Chelles, en 1732 : 

« Je viens de faire une étourderie en permettant à M. d'Âr- 
genson de porter à Y. E. une lettre de Tabbesse de 
Chelles pour lui demander une conversation : c'est pour 
l'alSaire de sa démission, dont je suis fort d'accord, mais je 
n'y suis pas de la demande qu'elle fait au roi de l'abbaye de 
S. Eloy. Il me paroit fort dangereux de donner une teste 
comme la sienne. Je parle avec liberté avec Y. E. 
Une religieuse qui ne se trouve pas de quoi vivre avec 
30,000 livres de rente n'est pas religieuse, et l'on ne doit 
craindre les changemens les plus scandaleux pour le monde 
et les plus fâcheux pour une famille. J'avois pris le parti de 
ne me point mesler de cette affaire, mais comme Y. E. 
croiroit sans doute en voyant M« d'Argenson porteur de la 
lettre de ma sœur que je suis d'accord avec elle, j'ay esté 
bien aise de lui exposer mes sentimens. J'espère de son 
amitié qu'elle n'abusera pas de la con&ance avec laquelle je 
lui parle sur ma sœur, parce que cela feroit sûrement une 
tracasserie bien forte. La déclaration que je fais à Y. E. 
que je ne suis pas d'accord de sa demande en sera une suffi- 
sante , mais à laquelle je veux bien m'exposer parce que je 



262 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

crois agir pour le bien de son âme et pour ce qui est plus 
conforme aux règles ecclésiastiques (!)• » 

Voici maintenant un billet de Tabbesse au même car- 
dinal, daté du 27 novembre 1737 : 

« M® d'Orléans m' ayant mandé que mon frère ne nomoit 
ni ne demandoit Tabaïe de S. Denis de Yillers-Cotteret, je 
vous serois infiniment obligée si vous vouliez bien y faire 
nomer ma mère de Fretteville. Je serois ravie de trouver 
Toccasion de reconnoître ses soins et son amitié pour moy. 
Elle a de l'esprit, de la capacité, et la piété qui convient à 
son état. M® d'Orléans ma fait dire que je pouvois vous 
écrire sur ce sujet, et j'espère que vous ne me refuserez pas 
la première demande que je vous fais. Je vous prie d'estre 
persuadé de ma reconnoissance et de la vénération et sin- 
cère estime que j'ai pour vous. » 

Madame Louise, fille de Louis XV, la célèbre carmélite 
qui trouvait dans son couvent le temps de s'occuper acti- 
vement des affaires mondaines, parle en termes très-curieux 
du poëte Gilbert au comte de Vergennes, le 6 octobre 1776: 
nous conservons soigneusement l'orthographe de la prin 
cesse : 

« Je croît, Monsieur, que le parti le plus sûr est d'envoyer 
notre dévot paquet par M. le marquis de Noailles. Je remest 
cela à votre prudence : pour ce qui est du s*" Gilbert, je 
scait certainement qu*il a des talens, qu'il s'est affiché pour 
la religion, que les gens qui aiment la religion lui veulent 
du bien, que les philosophes le persécutent ou travaille à le 
gaigner et que la séduction est d'autant plus à craindre qu'il 
est dans la misère. Les personnes qui m'ont parlé pour luy, 
ne m'ont rien dit de plus et n*en savent pas davantage ainsi 
je n'ait rien à opposer, Monsieur, aux informations que vous 
en avez prises. Je vous prie seulement de les vérifier avec 
les plus grandes précautions, parceque les ennemis qu'on ce 
fait en deffendant la Religion ont une infinité de ressorts 

(1) Voir notre histoire de» Filles du Régent , 2 vol. iii-8, Didot, 1875. 



CHOIX DE LETTRES INÉDITES. 263 

cachés auprès même de ceux qui F aiment et la protégeut. 
Après tout cela je n'insiste plus, je ne peut que vous remer- 
cier, Monsieur, de votre franchise, et je vous demande en 
grâce de vouloir bien toujours en agir de même dans tout ce 
que je pourray avoir à traiter avec vous, et vous pouvez 
estre sûr que pour moy j'irai toujours directement. Je vous 
prie. Monsieur, d'estre également persuadé de la sincérité 
de mes sentimens pour vous. » 

Le billet suivant est d'une princesse toute différente, de 
la duchesse de Berri, fille du régent : elle est datée de 
a dimanche matin » et est adressée à Mlle de Charolais, qui 
n'était pas moins galante que sa cousine : 

« 11 me semble que le tems est fort propre pour la partie 
que nous avons projettée. Mendez moy je vous prie, ma 
chère cousine, si cela vous convient, mais sans piucune com- 
plaisance; je voudrois scavoir aussi si vous vous baignerez 
dans la rivière, si vous voulez vous baigner, je vous prie 
d'estre ici à 4 heures. Si vous ne vous baignez pas, je vous 
iray prendre où il vous plaira, sur les 7 heures, j'attens 
votre réponse pour aranger ma marche. Adieu^ ma chère 
cousine, je vous embrasse de tout mon cœur et je me fais 
un grand plaisir de passer ma soirée avec vous. 

« Marie Louise Elisabeth. » 

Yoici comme modèle une lettre de jour de l'an écrite le 
24 décembre 1779 au duc de Penthièvre par Florian : 

« Monseigneur, le respec, la reconaissance, l'amour le 
plus tendre pour votre altesse sérénissime, se metent à vos 
pieds pour vous rendre mes vœux au ciel pour votre con- 
servasion, a cet renouvelement d'année : ces sentiments, 
Monseigneur, veulent tous à la foi^yparler, je les contiens 
dans le silence comme l'expressiog^jl^plus forte du profond 
respec avec lequel, etc. » 

Une lettre de Mme Geoffrioi^SdH^s à dédaigner : elle 
est adressée le l®*" mai au conâMRnouvaloff : 

« Je me suis trouvée heureuse, Monsieur le comte, de 



264 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

pouvoir vous estre bonne à quelque chose. Les dépos que 
Ton m*a con&és de vostre part me sont précieux. Us me 
sont un sûr garant que j'orois Tfaonneur et le plaisir de vous 
revoir. Le départ du pauvre prince Galitzin m'a bien tou- 
chée, d'autant plus qu'il Tétoit luy-méme de nous quitter. U 
a été regretté : il me paroit contant des bontés de l'Impé- 
ratrice. Je suis bien aise, Monsieur le comte, que vous le 
soiez aussy des commissions qu'elle vous donne. Elles sont 
dans votre goût, puisse {sic) qu'elles ont raport aux arts que 
vous connoissé et que vous aimé. Étant à Rome, vous êtes 
dans le centre, Monsieur le comte. J'ay envoie montrer 
votre lettre à vos banquiers Dangiraud et Bouffé ; ils ont 
dit qu'ils alloient vous écrire et qu'ils ne savoient pas pour- 
quoy vous n^aviez pas reçu de leurs nouvelles. Je vous prie. 
Monsieur le comte, d'être persuadé que les vôtres mon {sic) 
fait grand plaisir et que je vous suis attachée pour ma vie : 
vos grâces, votre douceur, votre politesse, enfin votre mé- 
rite et vos excellentes qualités seront toujours profondément 
gravé [sic) dans mon cœur. » 

Mlle Dulbé adresse, le 12 avril 1786, à M. Perrégaux, 
une lettre vraiment très-curieuse, mais faiblement ortho- 
graphiée : 

« Vous ne me mandez pas, mon cher tuteur, qui a gagné 
la maison de M^^^ Guimard ; je voudrois bien que ce fîit 
M^^* Dutlié, elle le mérite par sa bonne conduite, car d'hon- 
neur elle mène une vie exemplaire : vous aie rire, mais je 
vous jure que c'est la pure vérité. D'abord elle n'a pas 
rabâché avec aucun de ses anciens amants, elle traite avec 
beaucoup de froideur les aspirans : il n'y a qu'un sertain 
Lee sur lequel elle se repose, mais motus ! Ma cour, maigre 
cela, est très brillante, et M. le prince de Galles, que j'ai 
vu très-souvent, ne contribue pas peu à la rendre fort 
agréable; il est toujours fort amoureaux de M"* F,... t. 
Adieu, mon véritable ami, je vous ambrasse de tout mon 
cœur : bien des choses de ma part à M** d'Espinchal, ainsi 
qu'à M' Morel. Manon est grâce, elle fait les beaux jours 



CHOIX DE LETTRES INÉDITES. 265 

de Londres el Tamusement du prince de Galles. Elle vous 
accorde sa protection. » 

Nous terminerons par une lettre assez importante du 
chevalier de Boufflers, dont la personnalité a été récem- 
ment et si curieusement mise en relief : nous Tavons 
trouvée dans son dossier aux archives du ministère de la 
marine. Des pièces qui y sont également contenues, il 
résulte que le chevalier reçut comme gouverneur du Sénégal 
24,000 livres de traitement, plus 12,000 livres pour frais 
de premier établissement, et 6,000 livres pour indemnité 
de séjour en France, en 1786. Il cessa de recevoir au mois 
d'octobre 1791 ses appointements d'officier général. Voici 
maintenant sa lettre adressée le 9 vendémiaire an IX au 
« citoyen ministre de la marine » : 

« Vous avez bien voulu m' engager à vous communiquer 
mes idées sur Tétat présent de la colonie du Sénégal et de 
Goréé prête à être privée d'un administrateur du premier 
mérite par le retour du citoyen Blanchot et à tomber à son 
départ entre les mains d'un homme qui ne seroit pas même 
digne d'y être soldat. Si la République veut conserver les 
restes de cet établissement plus intéressant peut-être qu'il 
ne paroît, il est essentiel d'y envoyer un homme qui par 
ses connoissances locales, ses qualités personnelles et son 
amour pour la patrie puisse remplacer le citoyen Blanchot; 
et le citoyen Bournart, que j'ay particulièrement connu et 
toujours employé sur les lieux, me parott remplir toutes ces 
conditions : il sembleroit donc à propos, citoyen ministre, 
dans un moment où cet officier utile donne une si belle 
preuve de son dévouement, de lui donner des lettres de 
chef de bataillon qui lui assurent le commandement de toute 
la colonie sous les ordres du citoyen Blanchot, tant qu'il y 
restera, et qui prévienne ensuite toute espèce de concur- 
rence de la part du citoyen Bécaria, que Tordre du tableau 
porteroit à la place du citoyen Blanchot. 

« Salut et respect. Boufflers. » 

18 



UNE PAYSANNERIE AU XVnP SIÈCLE (1) 



Messieurs, 

En voyant certains auteurs comiques adopter un langage 
singulier pour faire parler leurs personnages rustiques, j'avais 
toujours cru que ces expressions appartenaient plutôt à un 
vocabulaire de convention qu'à une classe réelle d'individus, 
et que ce qui était censé se dire au village ne s'était jamais, 
du moins, écrit sérieusement. 

Maintenant, après avoir lu la pièce originale et parfaite- 
ment authentique que je viens vous communiquer aujour- 
d'hui. Ton est forcé d'en convenir : les tableaux champêtres 
de Regnard, de Dancourt, de Destouches, les dialogues si 
gais et si vifs de Molière, n*avaient rien d'exagéré; c'est 
même pour moi une occasion de rendre justice à la fidélité 
de leur peinture dont j'admirais déjà la finesse et l'esprit. 

Je l'avouerai, cependant : ma première pensée en parcou- 
rant la page manuscrite nommée ici paysannerie ^ fut de 
supposer que j'avais sous les yeux une de ces bonnes plai- 
santeries si fort de mode au siècle dernier, et naturellement, 
alors, je songeai aux harangues des habitants de Sarcelles à 
V archevêque de Paris (2) y pastiches analogues composés avec 

(1) Lue par l'auteur au comité archéologique de Sentis, 

(2) On avait fini par les appeler des Sarcelles^ du lieu d'où elles sem- 
blaient venir. 

c La première, dit M. Charles Nisard, dans sou intéressante Étude sur le 
langage populaire^ page 364, fut prononcée ou plutôt est censée, comme 
toutes les autres, avoii été prononcée au mois de novembre 1730. » 

Elle commençait aiusi : 

Bonjour, Monseigneur Ventremille (Vintimille) . 

Je sommes venus à k Tille, 

Gaillards et dispos, Guieu marci. 

Vous TOUS portez fort bien aussi , 

Comme an Toit à votre frimouze 

Qu*an prendrait pour une talmouxe. 



UNE PAYSANNERIE. 267 

plus de verve que de convenance par Nicolas Jouin(l);mais 
un examen attentif, la présence des nombreuses souscriptions 
autographes qui terminent cette feuille et rappellent les noms 
de familles encore existantes, Taspect particulier, Tensemble, 
en un mot, qu'ont seules les choses véritables, détruisit bientôt 
mes doutes. 

D'ailleurs, ne devais-je pas trouver une garantie irrécu- 
sable dans la place qu'occupe ma supplique, car c'est une 
supplique, exposée ostensiblement aux archives départemen- 
tales de l'Oise ? 

On sait avec quel soin, quelle conscience elles sont classées 



Ça nous fjit un fort grand plaisir 
De Toùar comme ça réossir 
Ceux qu'ont soin de tous faire vivre. 
Que le bon Guien donc les dâivre 
De tout mal, de tout ennui^ 
Car au en a bian aujord'buJ.... 
Vous ne savez pas, palsanguiène. 
Monseigneur, ce qui nous amène? 
Je venons tretous en troupian, 
Pour vous ôter notre cfaapiau. 
Et pour vous dire, ne vous déplaise. 
Que vous nous avea fait bian aise 
En nous 6tant notre curé. 

(1) A la page 362 de l'ouvrage déjà cité, M. Charles Nisard donne de 
curieux renseignements sur ce singulier poëte : a En 1752, Jouiu, tou- 
jours épris de sa Muse, quoiqu'il fût d*un âge à n^avoir plus d'amours, 
s'avisa de faire une nouvelle harangue ou Sarcelle , adressée à M. de 
Beaumont, archevêque de Paris (successeur de M. de Vintimille) ; ce fut 
la dernière, et elle ]>aya pour toutes les autres. » 

a C*est ici que se place le détail inconnu de sa vie, dont j'ai parlé au 
commencement de cette notice ; je Tai trouvé dans un exemplaire conte- 
nant quatre Sarcelles seulement, et appartenant à la bibliothèque de 
TArsenal. Il est écrit de la main de Paulmv, et collé sur la feuille de 
garde dudit exemplaire ; le voici : L'auteur de toutes ces Sarcelades est 
un nommé Jouin, ancien banquier ruiné, et qui avoit toujours été ignoré 
jusqu'à la dernière (c'est en effet la dernière de ce petit recueil) qu*il fut 
dénoncé par son fils, et mis à la Bastille en 1754. La femme de cet au- 
teur, par mon conseil, ayant été se jeter aux pieds de M. de fieaumont, 
archevêque de Paris, pour lui demander la liberté de son mary, ce pré- 
lat lui donna de l'argent et lui accorda sa demande; et depuis ce temps, 
Jouin a été fort amy de Tarchevesque. C'étoit un nommé Descoutures qui 
avoit imprimé le tout dans une imprimerie à rouleau qu^il avoit. y 



268 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

àBeauvait), par M. Armand Readu, le studieux gardien de 
cet amas de richesses; aussi, et malgré la distance très-faible, 
à la vérité, qui sépare les limites de rarrondissemem de Sen- 
lis du territoire de MaFchémoret , hameau de Seine-et- 
]Vlame(1), comme le placet dout il s'agit est adressé par les 
naturels de ce lieu a un président du Metz qui résidait à 
Eve, village du canton de NaitteuîUle-Haudouin, je suis en 
droit, ce me semble, de vous dire quelques mots à ce sujet. 

Beaucoup d'entre vous ne l'ignorent pas, Messieurs, une 
assez grande partie des livres de la bibliothèque de Senlis 
prnvient de la famille du Metz de Kosnay qui les avait réunis 
au château d'Eve. 

h'ea: libris reproduit ici, et qu'on trouve encore coUé par- 
fois à l'intérieur de ces volumes, ne peut laisser un seuldonte 
à cet égard . 



( I } Marcbémoret, paroiuc du diocef« de M«aux, à trois lieues de celle 



UNE PAYSANNERIE. 269 

Dans Texemplaire de l'ouvrage intitulé ; Les hommes illus- 
très qui ont paru en France pendant ce siècle y avec leurs 
portraits au naturel ^ par M. Perrault^ de r Académie fran- 
çaiscy àParis^ MDCXCP^I{\)^ deux belles gravures ont été 
ajoutées au portrait, qui s'y trouve ordinairement, de Claude 
Berbier du Metz, Lieutenant-Général des Armées du Roy et 
de t Artillerie \ — Tortebat ^ pinxit; Edelinck^ sculpt., 
C. P. R. 

La première représente le monument de marbre élevé , 
dans l'église de Graveline, à la mémoire dudit général, tué 
a la bataille de Fleurus, le 1*"" juillet 1690, après y avoir 
donné de nouvelles preuves de sa grande bravoure. 

La seconde nous offre le portrait de Gédéon du Metz , 
Conseiller du Roy en ses conseils , Président en sa chambre 
des Comptes; — Hyacinthe Rigaultj pinxit; Edelinck^ 
eques Rom anus, sculpt,, C, P. R. (2) 

Tous ces livres ont sans doute été apportés au chef-lieu 
du district après le départ, comme émigrés, des seigneurs 
de la paroisse, quand leurs biens furent vendus et devinrent 
la propriété heureusement éphémère du citoyen Santerre. 

Chacun se rappelle qu'on disait alors , faisant allusion à 
sa profession de brasseur , que ce général improvisé n^avait 
de Mars que la bière. 

Vous me permettrez d'ajouter que depuis ce temps, déjà 
loin de nous, les honorables possesseurs du domaine d'Eve, 
MM. Bernier, ont avantageusement fait oublier leur devan- 
cier de sinistre mémoire. 



"ville; 50 feux. Patronne, la Vierge; seigneur, le président du Metz; 
curé, M. Rue. — (Description de la généralité de Paris^ JUDCCLIX.) 

Marchémoret, commune de 174 âmes, fait partie du canton de Dam- 
martin. 

(1) Bibliothèque de Senlis, no 8018. 

(2) Le Catalogue de la bibliothèque particulière de messire Claude-Gé' 
déon du Metz, président en la chambre des Comptes, fait en 1744, par 
Larchéy est conservé à la bibliothèque de Senlis ; il indique les nombreux 
ouvrages que ce bibliophile distingué possédait à Eve et ceux qu'il lais- 
sait à Paris. 



270 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Bien que l'écriture hardie et très -régulière de notre 
requête, qui révèle la main d'un magister, appartienne évi- 
demment au dix-huitième siècle, comme cette pièce ne porte 
aucune date et que plusieurs membres de la famille du Metz 
occupèrent successivement la charge de président à la 
chambre des Comptes de Paris (1), il aurait été difficile de 
savoir positivement à qui avaient écrit mes voisins de Mar- 
chémoret, si, parmi ceux pour lesquels ces adroits solliciteurs 
promettaient de prier Dieu , on ne voyait pas figurer un 
Marquis^ très-certainement à titre de gendre de leur bon 
seigneur. 

Or, grâce à ce détail, insignifiant au premier abord, nous 
savons d'une façon péremptoire que le personnage en ques- 
tion était Claude-Gédéon Berbier du Metz, comte de Rosnay, 
seigneur de Rance, de Crespy, d'Eve, de Montifaut et autres 
Ueux, né en 1682, reçu conseiller au parlement de Paris le 
16 août 1704, puis président à la chambre des Comptes le 
22 juin 1708 ; le seul de son nom dont la fille, Anne-Claude- 
Marie, ait épousé un marquis, Henri-Gabriel de Béry, mar- 
quis d'Essertaux, mestre de camp de cavalerie; et, de plus, 



(1) « Le 25 février 1759 est décédé, à Paris, messire Claude-Gédéou du 
Metz, âgé de soixante-seize ans et demy, seigneur de cette paroisse depuis 
quarante-quatre ans, et le lendemain a été inhumé chez les RR. Pères 
Augustins de la place de Victoire, lieu de sépulture de sa famille. > (Re- 
gistre de l'état civil de la commune d'Eve.) 

Pour rhistoire des noms et des différentes transformations qu'ils su- 
birent dans certaines maisons, je dirai que le quatrième aïeul de Claude- 
Gédéon s'appelait Jacques de la Motte, et qu'ayant épousé Marguerite 
Péret, le 10 novembre 1524, il fut obligé ensuite de prendre le nom et 
les armes de Berbier c à cause de la donation que Jacques Berbier, son 
oncle maternel, écuyer, lui fit de tous ses biens, sous ceste condition, 
par le contrat dudit mariage. » (D'Hozier, Armoriai général de France^ 
registre premier, page 62.) 

Ce Jacques de la Motte paraît même avoir substitué ce nom d^adop- 
tion au sien propre, qu'il mit complètement de c6té. Durant plusieurs 
générations, ses descendants le portèrent également, pour Tabandonner 
enfin, et ne plus s'appeler que du MetZy sans faire précéder ce nom, ve- 
nant sans doute d'un fief, de Berbier^ ainsi que le prouvait dernièrement 
une publication de mariage faite à la mairie de Senlis. 



*^>.. 



UNE PAYSANNERIE. 271 

en voyant que le mariage qui les unit n'eut lieu qu*en 1744, 
le 19 janvier, nous acquérons la preuve que le placet susdit 
n'a pu être remis avant cette époque ni après le 25 février 
1759, jour du décès de Claude-Gédéon. 

Les registres de la commune d'Eve apprennent qu'il mou- 
rut à Paris, où il fut inhumé; néanmoins, on peut sup- 
poser qu'un service religieux, célébré à l'occasion de la 
mort du président du Metz , vint honorer sa mémoire , à 
Eve ; car une litre (1) fut bien certainement peinte, au moins 
à l'extérieur de la jolie église de ce village. Les traces qui 
en subsistent encore ne laissent aucun doute à cet égard ; 
quelques écussons mal conservés : d'azur à trois colombes 
(t argent^ armoiries des Berbier du Metz, s'y découvrent 
aussi sur plusieurs contre-forts. 

Mais je m'oublie, au lieu de commencer la lecture de mon 
étrange document bien peu digne d'un Comité archéolo- 
gique ; malgré tout, en raison des mots patois dont il atteste 
l'usage, veuillez, Messieurs, l'écouter, je vous prie, avec 
votre bienveillante et très-encourageante attention. 

A Monseigneur le Président du Metz^ seigneur de 

Marchémoret, 

« Monseigneur, 

« Je prenons la libarté(2) de nous présenter aux pieds de 
vôtre Grandeur, pour vous prier d'Empêcher que je mour- 

(1) « Litre, lisière, ou ceinture funèbre, est une trace de peinture de 
couleur noire, large d'un pied et demy, ou de deux au plus, qui s'ap- 
plique contre les murailles d'une église ou chapelle, à la mémoire et en 
signe de deuil pour la mort du patron de l'église ou seigneur haut lusti- 
cier du lieu , sur laquelle trace, en divers endroits, sont peintes les 
armes du deffunt. » (P. Palliot, La vraie et parfaite science des armoiries^ 
page 416.) 

(2) Dans le patois populaire de Paris et de ses environs, la lettre a 
se substituait principalement à !'<;, lorsque celui-ci était suivi des sifflantes 
c, j ou X et d'une des liquides /, n ou r. On serait donc en droit, dit 
M. Nisard, d'en conclure que le changement a le caractère d'une règle. Il 
n'en est pas absolument ainsi ; mais la règle se manifeste impérieuse et 
sans exception, toutes les for " «uivi d'un r. 



272 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

rions trétous(l). La mortalité est à Marchémoret, Et j 'ont 
opinion qu'elle provient des Exhalaisons de rieau(2) de 
vostre Etang (3), qui sous vostre Respect pue comme de la 
charogne. Deffunt le père Clément nous a dit à queucun 
que du temps de monsieur Duprat qui étoit notre seigneur 
comme vous, Et grand Chandellier de France (4), les habitants 
mourrions a tas , que les médecins avons dit, tant qu'où (ô) 

(1) Tretout, trestous, trestos, tertous, trestoz, trestuit (tous en gé- 
néral, sans exception). 

Rabelais dit : a Je suis tout et très-tout à vous, » et aussi : < Nous 
somme très-tous à vous. 

Comme il est fort et raide, et qu'il sait battre et mordre, 
Il leur donne à tretous bien du fil à retordre. 

BOURSAULT. 

(2) U est plus aisé de constater Texistence de la prononciation iau^ à 
Paris, que de dire de qui il la lient. Selon M. Charles Nisard, c elle était 
commune à plusieurs dialectes ; mais la forme car, permutable en eaus^ 
étant la racine immédiate des mots en eau^ et al étant une forme picarde 
et normande, ces deux dialectes pourraient prétendre à l'honneur d*en 
avoir doté la capitale, n 

(3) Actuellement encore, ce lieu marécageux semble toujours aussi 
malsain. Il est peuplé d'une myriade de grenouilles dont la musique 
agaçante a tant de fois été remarquée, que si, en passant, vous paraissez 
surpris d'entendre de pareils coassements, on vous dira que ce sont les 
orgues de J^archémoret : leur réputation est faite. 

{k) Ce titre évidemment estropié oblige néanmoins à croire qu'il est 
ici question du chancelier du Prat, mort en 1535, et non de l'un de ses 
descendants. Comme le célèbre ministre de François I*' habitait Nan- 
touillet, où il avait fait construire un magnifique château, situé à peu de 
distance de Marchémoret, rien ne paraît plus naturel. Seulement, il est 
difficile d'admettre, malgré l'âge qu'on voudra bien lui donner, que 
deffunt le père Clément ait pu être témoin du fait invoqué par ses com- 
patriotes, et qui remontait au delà de deux siècles ; il ne faut voir en 
lui, conteur de village, faisant autorité dans son pays, qu'un anneau 
de la chaîne des temps. 

On peut aussi penser que ce mot de Grand Chandellier^ présentant un 
sens plus facile à saisir que celui de chancelier, ne devait pas paraître 
extraordinaire à des paysans habitués, sans doute, à entendre^ parler de 
Grands panetiers et de Grands bouteillers, par leuis voisins de Villeneuve- 
sous-Dammartin et de Moussy-lc-Vieux, vassaux des Brissac et des 
Bouteiller de Senlis. 

(5) Qu^ou poiu* que vous, contraction usitée surtout dans la poésie po- 
pulaire, afin de raccoiuxir un vers qui eut été trop long sans cda. 



UNE PAYSANNERIE. 273 

aurés un Etang, vous serés trétous malades Et pis vous 
mourrés , ils ont partis En bande ils Tavons dit à monsieur 
Duprat, qui étoit un bon seigneur comme vous, Et qui leur 
a dit mes enfants pis qu'ainsi est, je ne veux pas qu'où 
mourriés, Via de l'argent, comblés l'étang. 

« Vous devez Monseigneur trouver tout cela Ecrit dans 
vos papiers En parchemin, je vous prions de les lire, Et par 
après dire à Dupuit qu'il arrache La maudite Bombe qui 
arrêtte tout tes les y eaux. 

« J'ont souleur que monsieur nostre curé tombe malade 
Et pis qu'il meurt. Je perdrions nostre père. Je sommes 
bénaize(l) qu'and je le voyons, Et pis qu'and il va à Dam- 
martin ou il raspire un bon air, et ou mademoiselles ses 
sœurs le mitigeons, J'ons Espérance Monseigneur que vôtre 
grandeur qui est bonne comme le bon pain, Et bien chari- 
table nous octroyera nostre prière, je prierons le bon Dieu 
pour vous, pour monsieur vostre garçon , pour monsieur le 
Marquis, pour Mesdames leurs ménagères Et tous leurs 

biaux(2) Enfants. 

« Signé : 

« Pierre Mourette, Denis Guilleret, J.-P. Gobert, 

Joseph Bernar% "j" (marque de M. le Noir), N. Redon, 

Jean Germain, A. Clément, -j- (marque de M. Lavaux), 

Louis Hubert, -j" (marque de Marie- Anne Cotelle), 

A. Grandprez, Jean Dequeux, -j- (marque de M. L. Mei- 

gnan), Pierre Bernard, Dardel, Riblou, J. Prouillet, 

Macuuré, "j- (marque de M. A. Gatoire), Pierre Carré, 

J. Carré, Decan. » LONGPÉRIER-GRIMQARD. 

(1) La lettre * retranchée des mots bien et rien nous laisse en face de 
ben et ren, principalement dans les textes du milieu du dix-huitième 
siècle, taudis que les textes postérieurs offrent souvent les formes pincées 
rin et bin. 

(2) BiauXj biasy beax, biaulx, biax^ bieulx^ bieux^ biau, de bellits (heau, 
aimable, joli), suivant la règle de dérivation en vertu de laquelle la forme 
e//, dans les mots latins, devint successivement en français, el, ial, eaul^ 
quand aucune voyelle ne suit. Le peuple observe toujours cette règle 
quand il dit : batiau, de batellus^ diminutif de batus ; chapiauj de capel" 
lus, diminutif de capa^ etc. 



CURIOSITÉS MANUSCRITES 



LES MÉMOIRES D'UN SOLDAT DE L'ARMÉE D'ITALIE 

(1796-1798) 

Nous croyons devoir, en commençant, prévenir le lecteur, si 
lecteur il y a, qu'il perdrait son temps à chercher dans les dic- 
tionnaires biographiques, ou dans les historiens de la mémorable 
campagne d'Italie, des renseignements sur l'auteur des mémoires 
manuscrits dont nous allons donner quelques extraits. J.-P. Lan- 
don, auteur de ces mémoires, dont la carrière militaire, commen- 
cée en 1792, s'est terminée en 1798, par un congé de réforme, 
n'a pas dépassé le grade de sergent auquel l'insuffisance de son 
éducation première l'eût sans doute, en tout état de cause, fatale- 
ment limité. Condamné au repos en 1798, l'idée lui est venue, en 
1 855, de rassembler ses souvenirs et de les adresser à un sénateur 
de l'Empire, M. Larabit, dans le but d'obtenir la croix de la Lé- 
gion d'honneur. Nous ignorons quel a été le résultat de cette dé- 
marche. Le manuscrit de Landon trouvé par nous à un étalage 
des quais et qui débute par une lettre d'envoi à ce sénateur, ne 
contient aucun renseignement sur la suite dpnnée à sa demande. 
Nous supposons qu'elle aura été écartée, en raison du rôle très- 
secondaire joué par le pétitionnaire, et que son manuscrit, mis an 
panier, aura été vendu à la livre avec d'autres brochures, soit avant, 
soit après le décès de M. Larabit. Quoi qu'il en soit, ces mémoires 
nous ont paru contenir quelques faits curieux, naïvement rappor- 
tés. On en jugera par les extraits suivants dans lesquels nous 
avons rectifié, pour la commodité du lecteur, l'orthographe ab- 
solument défectueuse du narrateur. Quant aux incorrecticms de 
son style, nous avons dû les respecter, sous peine d'enlever son 
cachet à la narration. 

I 

J.-P. I^ndon, né à Montauban vers 1775, s'était enrôlé en 1792 
dans le bataillon des Chasseurs des montagnes^ en formation à Tou- 
louse. Il fit dans ce corps la campagne des Pyrénées-Orientales 



CURIOSITÉS MANUSCRITES. 275 

sous les ordres des généraux Puget , Barbantane-Dugommier, 
Pérignon et Schérer, du mois de juin 1 793 à la paix conclue 
avec l'Espagne en 1795. Successivement fourrier et vaguemestre, 
il avait acquis le grade de sergent qu'il conserva lorsque son ba- 
taillon fut incorporé d ins la légion des Allobroges, Au mois de 
décembre 1795, cette légion fut dirigée sur Nice et de là sur 
Loano, dans le littoral de Gênes. Ici commencent les Mémoires 
de Landon et le récit de la campagne d'Italie, telle qu'il l'a vue, 
car il se défend, dans sa lettre à M. Larabit, d'avoir voulu donner 
autre chose que des souvenirs personnels : « Je me suis borné, 
dit-il dans cette lettre, à rappeler les faits qui se passèrent devant 
notre régiment, attendu que mon peu de science ne me permet 
pas de parler de ce qui se passa à droite et à gauche. > 

La légion des Allobroges, qui avait pour colonel Desaix, ne 
resta pas longtemps dans ses cantonnements de Loano. Au mois 
de février 1796 elle se porta, sous les ordres du général Rusca, 
du côté de Bardinetto et de Vetria et alla bivouaquer sur la mon- 
tagne de la Sota : c L'armée était alors sans paye, sans habits ni 
souliers : il nous fut répondu que nous trouverions tous ces besoins 
en Piémont. » La première rencontre avec les Piémontaiseut lieu aux 
environs de St-Jean de Murialde, au commencement d'avril 1796. 
L'armée, sous les ordres de Napoléon, avait commencé son mouve- 
ment : les Allobroges attaquent les Piémontais et leur enlèvent 
cinq redoutes échelonnées : « La première fut défendue avec opi- 
niâtreté ; j'abordai le parapet : un sous-officier m'en défend l'en- 
trée ; nous sommes aux prises, mais la redoute se trouvant prise 
de tous côtés, il se rend prisonnier et me remet son sabre. Je le 
possède encore : il a la lame creusée, avec l'aigle piémontaise et 
la devise : Vive le roi. » 

Le lendemain on arrive en vue de Mondovi, et après quelques 
rencontres, on atteint Nice délia Paglia. 

Le 8 mai 1 796 a lieu le passage du Pô, à Plaisance : « Quand e 
passai le fleuve, je n'aurais jamais pensé qu'après cinquante-neuf 
ans. Son Exe. le duc de Plaisance fût dépositaire de cette pré- 
cieuse décoration que je convoite depuis le retour de l'empereur 
Napoléon III. » Le 10, au matin, les Allobroges attaquent le vil- 
lage de la Brouguète (Borghetto). « Dans ce moment, le canon se 
faisait entendre dans la direction de Lodi. C'était Napoléon qui 
forçait le général Beaulieu à se replier au delà de l'Adda où il 



276 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

prit position. » Le même jour, la légion reçut Tordre de se porter 
au pas de course sur Lodi : « Nous arrivons à la porte pleins de 
sueur et de poussière. Nous formons nos pelotons à la hâte. Je me 
trouve par mon rang de sergent à la première compagnie, en ser- 
refile au premier pe oton. » La ville traversée, on arrive à la 
tête du pont : « Napoléon et son état-major est placé au dedans 
de la porte, à droite. Un cheval qui venait d'être tué entrelaçait 
la porte et dérangeait nos pelotons : pour ma part, j'ai monté sur 
le ventre. Nous voilà sur le pont, Tennemi garde un instant le 
silence et nous sommes à quinze pas de leur front, quand tout à 
coup un feu croisé se fit entendre et un cliquetis semblable à la 
grêle résonna sur les canons de nos fusils et sur nos bayonnettes. 
Alors les plus avancés sautâmes en bas du pont à droite et faisons 
feu sur Tennemi à bout portant, car la fumée de leur feu les avait 
empêchés de voir notre mouvement. » Enfin le pont est enlevé et 
l'on fait un grand nonibfe de prisonniers du régiment de Belgio- 
gioso. Au delà du pont, on eut à supporter plusieurs charges vi- 
goureuses des hulans : < Nous apercevions au loin un corps de 
cavalerie habillé de blanc. C'était un régiment de cavalerie napo- 
litaine, mais ces Messieurs trouvèrent à propos de ne pas nous 
aborder. » 

L'ennemi s'était retiré sur Créma : « nous étions tous harassés 
de fatigue. J'ai passé la nuit dans un sillon jusqu'au jour sans 
m'éveiller. Le matin Napoléon vint nous visiter. Il trouva tous 
les camps approvisionnés de fromage de Lombardie. Chaque sol- 
dat en avait sa bonne part. » 

La division de Landon marcha sur Pavie et y fit son entrée le 
ik mai. Elle y resta huit jours. Landon visita l'Université et le 
théâtre « où l'on jouait ia morte di Cleopatra, » Le quatrième 
jour eut lieu une tentative d'insurrection : a les Italiens voulurent 
planter l'arbre de la liberté : ils amenèrent un arbre sur une 
place où il y avait la statue équestre de l'empereur d'Autriche. » 
(Arrêtons-nous pour remarquer que Landon est en avance sur les 
protocoles diplomatiques.) «Le général Augereau et son état-ma- 
jor se rendirent sur la dite place ; mais quand on voulut élever 
l'arbre, le général Augereau fil annoncer par le général Rusca 
aux Italiens que l'arbre de la liberté ne pouvait se placer devant 
l'Empereur. 

« Alors la foule fut chercher des barres de fer et renversa le 



CUKIOSITÉS MANUSCRITES. 277 

busie de l'Empereur qui me tomba tout près de moi-même. Dans 
cette expédition j'observai d^s figures qui me paraissaient bien 
sombres. Je dis à mes camarades : rentrons au quartier, car nous 
pourrions être assassinés ici sans défense. A peine avons-nous 
quitté la place, on crie : aux armes ! Nous sommes à nos compa- 
gnies : on nous dirige sur le pont duTessin. CVst un pont couvert : 
nous apercevons une infmité de birques couvertes, sans gouver- 
nail, qui venaient du baut de la rivière. Nous avons l'ordre de 
faire feu sur ces barques et nous les avons poursuivies dans la 
campagne. Au retour, je fus laissé de garde avec quinze hommes 
au bout du pont ; une plus forte s' établit au milieu, et une encore 
plus forte à la porte de la ville, et dans ces positions nous avons 
passé la nuit à bien surveiller. Il fut dit que ces barques étaient 
pleines d'insurgés qui venaient débarquer à Pavie. Le général 
Rosca vint cinq à six fois dans cette nuit, faire sa ronde, et il 
nous observait de bien surveiller, attendu, nous disait-il, que 
l'insurrection paraît être ém inente. Il m'apprit en même temps 
que j'avais l'honneur étant très-jeune de monter une garde dan- 
gereuse à Tendroit où jadis notre roi de France, Fiançois I«', avait 
été fait prisonnier. J'appris du général cette grande époque que 
je ne savais pas et je m'en suis toujours rappelé. » 

Cette tentative d'insurrection comprimée, on marche sur Milan, 
après avoir incendié au passage le village de Binasco qui avait 
voulu arrêter la marche des vainqueurs. On est à Milan : c la 
division traversa cette grande ville accompagnée d'une nombreuse 
population avide de voir les soldats de notre bel e France. » Ici 
un détail financier qui n'est pas sans importance : « l'on nous 
donna pour la première fois trois francs en gros sous. » Landon 
qui a un tempérament de touriste profite des deux jours passés 
à Milan pour aller visiter le Dôme. Il voit Napoléon et ses géné- 
raux arriver devant l'église : « Napoléon mit pied à terre et entra 
dans la cathédrale. Je le suivis avec mon camarade (1 s'arrêta 
devant une superbe balustrade qui renfermait un grand chande- 
lier, chef-d'œuvre. Il le faisait remarquer à ses généraux, puis 
prenant la droite derrière la nef, il s'arrêta devant une chapelle 
où il y avait une statue en marbre d'un travail infini qui portait 
sa peau sur son dos. Ayant fini son tour, Napoléon sortit et moi 
j'ai monté au Dôme. » 

De Milan, en passant par Treviglio, Urgnano et Chiari, l'on 



278 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

arrive à Brescîa, où Ton n'entre pas : « les pandours vénitiens 
nous voyaient passer de derrière la grille » et Ton se dirige sur 
Salo, au bord du lac de Garde, « où, dit Landon, nous baignâmes 
nos lauriers. » La légion des Allobroges campa sur le versant de . 
la montagne « en face du château de M. de Mardnengo, seignenr 
vénitien. Les domestiques de ce château m'apprirent que Mgr le 
comte d'Artois venait souvent s'y livrer au plaisir de la chasse. 
Nous établîmes nos avant* postes au village deSernigaetlecurëdu 
village m'apprit que ce prince, quand il habitait Vérone, venait 
souvent chasser dans cet heureux désert. Je fus charmé (Rappren- 
dre toutes ces particularités ». 

La division de Landon^ alors commandée par le général Sauret, 
était campée en vue du village de Sabbio, dans la vallée de ce 
nom, lorsque, le il thermidor an IV, elle fut attaquée par Wurm- 
ser : « J'avais été commandé de garde pour l'avant-poste. Dans 
la nuit, la sentinelle ramène à mon poste le curé du village de 
Sabbio qui vient nous avertir que l'ennemi était arrivé au village 
en grand nombre. Je lis conduire ce prêtre au colonel Desaix qui 
le fit conduire au général Rusca. A la pointe du jour du i^, je 
vois arriver les Autrichiens vers nous, et le chef brandissait son 
sabre vers nos soldats. Je l'attendis à quinze pas et avons fait no- 
tre feu et nous rentrons dans nos compagnies. Alors nous som- 
mes attaqués par une troupe énorme et obligés de nous replier. > 
La ville de Salo tombe au pouvoir de l'ennemi et la division Sau- 
ret se replie encore sur les hauteurs de Desenzano. Des troupes 
autrichiennes de débarquement paraissaient en même temps sur 
le lac : heureusement que Napoléon qui venait d'évacuer Vérone 
arrive à temps pour canonner les embarcations qui portaient ces 
troupes et leur faire prendre le large. Cette diversion permet à 
la division Saui*et de reprendre l'offensive et d'attaquer l'ennemi 
qui est refoulé dans Salo. Ce fut dans la journée du 13 thermidor 
an IV : «Cette journée ne fut qu'entrer et sortir de la ville.» Enfin, 
le général Rusca bloqué dans une maison de Salo est délivré et la 
division Saurct réoccupe ses positions de Desenzano. Dans une 
note, Landon nous apprend que « // fut dit (forme de langage qu'il 
emploie volontiers) après les affaires, que le curé de Sabbio avait 
été fusillé par les Autrichiens, à Salo, le 16. » 

Après cette journée du 13, on marche sur Lonato. Rencontre 
avec Tennemi dans un champ de maïs, La victoire reste aux 



\ 



\ 



CURIOSITÉS MANUSCRITES. 279 

Français, mais « peu de temps après l'action, un de nos grands cais- 
sons d^obus éclata dans la rue de Lonato et nous tua sept à huit 
de nos blessés qui étaient dessus. A ce moment, j'étais à contem- 
pler dans ce champ de maïs tant de cadavres restés sur le champ 
de bataille. Je courus vers l'explosion et je trouve un affreux 
carnage de nos blessés et autres qui venaient d'être tués par l'ex- 
plosion. » Après une pointe sur Brescia que l'on trouve aban- 
donnée par les Autrichiens, on revient sur Lonato et de là sur 
Salo. Nous sommes au 16 thermidor. Battue à Castiglione par 
Napoléon et Augereau, l'armée de Wurmser Test encore à Salo 
par Sauret. Desbusqués ' de leur camp, les Autrichiens en- 
gagent des combats de cavalerie. <c Dans une de leurs charges, 
un ofGcier d'housards vient à moi ne pouvant retenir son che- 
val. Je le tiens en joue. A deux pas, il saute à terre, me donne 
sa bourse et se rend prisonnier. Sa générosité fit que je ne l'ai 
pas dévalisé. Son cheval me fut payé la somme de cent francs. 
C'était l'ordre. » 

A la suite de tons ces échecs, le découragement s'était mis dans 
l'armée autrichienne qui se rendait en masse, et le i 7 thermidor, 
les Allobroges réuccupaient les positions qu'ils avaient dû évacuer 
le i 1 : «C'est dans ces mêmes endroits que nous en finîmes avec le 
reste de cette forte division autrichienne qui était sortie naguère 
si pleine d'espérance. Si celui qui commandait l'avant-garde et 
qui me menaçait de son sabre, le i 1 , avait été présent le 1 7, il au- 
rait reconnu que tout avait bien changé. » 

n 

A peine remise de ses fatigues, la division dont faisait partie 
Landon marche vers la vallée de Storo et arrive à La Rocca d'anfo : 
<c l'ennemi s*y était fortifié. Ils avaient levé un ancien pont-levis 
et nous avons été obligés, sept à huit de nous, de grimper sur le 
vieux mur qui soutenait les chaînes du pont* Au milieu d'une 
grêle de balles, avec nos crochets de carabines, nous avons fait 
tomber le pont. Le 22* régiment de chasseurs chargea et 800 
prisonniers mirent bas les armes. A la chute du pont-levis, le 
vieux mur chancela et peu s'en fallut qu'il ne tombât avec nous. » 
On se dirige de là sur Storo et par Riva et Torbole, l'on arrive à 
Roveredo oii, dit modestement Landon, « il se passa uik grande 



280 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

affaire. Je perdis mon capitaine Sicard et plusieurs soldats. » Na- 
poléon avait franchi l'Adige et atteint les Autrichiens à Roveredo 
pendant que la division de Landon gagnait le lieu de Taction par 
Fauire rive. Malgré rengagement pris par lui de ne rapporter que 
ce qui s'est passé « devant son régiment », le narrateur ouvre une 
parenthèse pour parler des guides du général Bonaparte formés 
nouvellement et qui se signalèrent dans cette bataille : « Il fût dit 
parmi nous que les guides durent leur formation à ceci. Napo- 
léon passant près du village de Castelnuovo près Peschiera fut 
assailli de quelques coups de feu venant d'une maison sur la roule, 
servant d*auberge, qui heureusement n'atteignirent personne. 
Alors Napoléon fit cerner la maison et la fit incendier, et c'est de 
cet accident qu'il se forma la compagnie des guides à cheval et à 
pied qui furent le noyau de la garde consulaire et impériale. » 
Après l'affaire de Roveredo, la division Sauret se dirige sur la 
ville de Trente qu'elle trouve déjà occupée par les Français et va, 
avec l'armée de Napoléon, attaquer le village de Lavis (Avisio) 
où s'étaient cantonnés les Autrichiens : on y est reçu par une vive 
fusillade, «un mur improvisé nou.s mettait un peu à couvert. Cela 
n'empêche que nous étions décimés. Napoléon à cheval courut de 
grands risques. Nous lui disions : général, descendez de cheval, 
vous allez être tué, et nous craignions plus pour sa vie que pour 
la notre tant la perte de nos camarades nous était devenue familière, » 
Avisio pris et réduit en cendres, la division Sauret va camper sur 
les hauteurs de Presano. 

Ici un fait important dans la vie d'un soldat : la légion des Al- 
lobroges perd son nom et est embrigadée avec la 27® légère sous 
les ordres du général de division Vaubois; cette division devait 
être composée de trois brigades, 'mais faute de les tenir réunies 
sous sa main, Vaubois éprouve quelques échecs dans les gorges du 
Tyrol et est forcé de rétrograder de Presano sur Trente et de 
Trente sur Roveredo, lorsque arrive « cette grande et belle jour- 
née où l'armée autrichienne fut totalement défaite et qui donna 
son nom à cette grande et belle rue qui fait aujourd'hui l'ornement 
de la capitale de l'empire français. » Il s'agit de la bataille de 
Rivoli, fatale à l'armée d'Alvinzi. La division de Landon i rit 
part à l'action, mais non sans ris'^ues pour lui, car sa brigade fut 
enveloppée et plus de trois cents soldats tombèrent au pouvoir de 
l'ennemi. « Je ne dus mon salut, dit-il, qu'en sautant un fossé 



\ 



CURIOSITÉS MANUSCRITES. 281 

très-large ». La bataille gagnée et après avoir conduit deux mille 
prisonniers jusqu'à Peschiera, « où ils furent déposés dans les fos- 
sés des remparts, » Landon est achemine sur Goïto, quartier gé- 
néral de Serrurier arrêté au blocus de Mantoue dont il salue un 
peu prématurément la reddition par cette tentative pseudo-poéti- 
quç: 

€ La superbe Mantoue 
En nous ouvrant ses portes, 
Wurmser consterné 
Vit entrer nos cohortes. » 

Tous ces combats n'étaient pas sans avoir entamé fortement 
Teffectif de la division Vaubois ; mais une fois reconstituée par 
l'adjonction d'une demi-brigade, elle se remit en marche et 
« le jour de Noël d766, sous la conduite du général Lan- 
nés, nous vînmes, dit Landon, passer le fleuve du Pô à Borgo- 
forte. » Par Novellara, Guastalla et Carpi, l'on arrive à Mo- 
dène où les Français sont reçus avec enthousiasme : « L'on 
nous donna un beau feu d'artifice et spectacle gratis. Le palais de 
Duc nous fut ouvert. Je le visitai de partout, et j'y ai vu des ta- 
bleaux des plus grands maîtres. » Puis on part par Bologne et 
Ferrare : « Dans la route, dit notre narrateur, je me suis entre- 
tenu longtemps avec le général Lannes de la campagne des Py- 
rénées-Orientales en 93, 94 et 9S, que nous avons faite ensemble. » 
Arrivés à minuit à Ferrare, on en part à quatre heures du matin 
et Ton va passer le Pô à /'o/2/e^^co{/r/(Pontelagoscuro). Rencontre 
à Occhiobello avec les Autrichiens qui sont battus et se mettent 
en retraite sur Mantoue. Wurmser, pour leur porter secouts, tente 
une sortie, mais il est refoulé par les divisions Baraguey-d'Illiers. 
Masséna et Victor « et douze à quinze mille hommes venus de 
Vienne rendirent leurs armes entre le faubourg Saint- Georges et la 
Favorite. » Le général Lannes est remplacé à ce moment par le 
général Duphot et l'avant-garde dont faisait partie Landon va bi- 
vouaquer près de Bassano où l'on tombe en pleine nuit dans une 
division autrichienne. On venait de forcer un parti ennemi à se 
barricader dans une ferme où on le tenait bloqué, ce lorsque un 
peu plus loin, nous entendons parler allemand. Nous dîmes au 
capitaine: ce sont les Autrichiens. Impossible, nous répondit-il; 
mais^ tout à coup, un feu de l'ennemi^ à douze ou quinze pas, 

19 



282 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

nous tua plusieurs de notre compagnie. Le capitaine Michel en 
fut du nombre. Je vois encore, à la lueur de leur feu, toutes leurs 
figures et leurs jambes se lancer vers nous. Je ne dus mon salut 
qu'en sautant dans un fossé profond. > C'est au moins le deuxiè- 
me fossé qui apparaît dans Thistoire de Landon, et nous n'esti- 
mons pas que sa valeur en doive être, pour ce a, suspectée. C'est 
le propre de la vraie bravoure de ne pas faire mystère de ses dé- 
faillances : < Je sentis, a dit un grand capitaine, certain mouve- 
ment qui pouvait être de la peur. » 

Landon fut d'ailleurs bientôt hors de son fossé, et les Autri- 
chiens ayant été repoussés, la division entre dans Bassano. La 
première compagnie s'établit dans un des châteaux qui dominaient 
la ville. Tous ne furent pas occupés comme en témoigne l'aventure 
suivante : « Un jour, le général D phot vint, avec son aide de 
camp, nous visiter. Il fut au delà, à un autre château, en prome- 
nade. Quand il arriva aux portes, il fui reçu par un feu de mous 
queterie qui venait du donjon. Heureusement ils ne furent pas at- 
teints. Le général vient vers nous, nous ordonne de le suivre et 
nous ordonne le pillage et l'incendie du château. Nous y arrivons: 
tout est enfoncé. La première personne que je trouve est une 
vieille femme qui me demande : la vita per caritaî Au lieu de lui 
faire du mal, je la console : cependant, je fouille son armoire et je 
fais ma bonne part. » Les Itdiens n'auraient pas manqué de 
jouer, à cet endroit, sur le mot Bonaparte, Rendons la parole à 
Landon : ce Mes camarades étaient montés au donjon : ils ramènent 
cinq hommes dont il y en avait deux très-jeunes. Le général après 
avoir examiné leurs mains noircies de poudre renvoya les deux 
plus jeunes et 6t fusiller sur-le-ch«'imp les trois autres. Après cela, 
tout fut mis au pillage. » C'est la guerre 1 

Le même soir arrive l'ordre de partir pour Trévise. Ces mou- 
vements sont bien de la campagne d'Italie; ils reportent le sou- 
venir sur l'opérette du Maître de chapelle : 

Ce sont les Français, je gage, 
Qui profitent de la nuit 
Pour commencer leur tapage. 

Onniarche doncsur Trévise que l'on trouve évacuée par l'ennemi. 
La division fut cantonnée entre la ville et la rivière de la Piive. 
(c Le général Augereau passa un jour la division en revue. Il avait 




CURIOSITES BIANUSCRITES. 283 

invité les dames de Trévise. Elles vinrent jouir de notre bel en- 
semble et se retirèrent fort satisfaites. » 

Nous passons légèrement sor quelques engagements, entre au- 
tres sur un combat de cavalerie où l'ennemi fut repoussé avec per- 
tes, car il y eut, dit Landon, « une grande marmelade », et nous 
arrivons à un des faits les plus importants de la campagne, au 
passage de la Piave et à la prise de Gonegliano. Ce fut le 22 ven- 
tôse an y qu'eut lieu ce fait d'armes. L'infanterie française passa 
la Piave, moitié à gué, moitié en croupe de la cavalerie : Landon 
fut parmi les premiers* Entre la Piave et Coneglianoil y a une dis- 
tance de trois quarts de lieue qui furent franchis en chargeant et 
en étant chargés ; puis ou entra la baïonnette en avant dans la 
ville où la division du général Bemadotte, nouvellement arrivé à 
l'armée d'Italie, vint à propos soutenir les assaillants* La même nuit. 
Napoléon paraiseait, et après deux heures de combat, les Autrichiens 
étaient en retraite sur la route de Pordenone. Pendant ce temps se 
passait un petit fait que Landon enregistre précieusement : « A notre 
entrée dans Conegliano et poursuivant Tennena dans les rues, une 
de nos cantinières qui toujours partageait avec nous le danger, le 
mal d'enfant la prit dans cette bagarre : une porte s'ouvrit et la 
recueillit, et elle donna à son mari une jolie petite fille. 3» 

L'armée ne s'attarde pas à Conegliano et se lance à la pour- 
suite de l'ennemi. Le 26 ventôse, on arrive en vue dn vilUge de 
Valvasone où &e trouvait l'arhère-garde du prince Charles. Elle 
est rejetée par le capitaine Bessières an delà du Tagliamento, et 
l'on pas>se cette rivière sons un ouragan de boulets dont l'un meur- 
trit la jambe de Landon : < Le lieutenant Carbucda (père du gé- 
néral), qui se trouvait près de moi, m'invita à rester en arrière; 
mais me sentant assez de force, j'ai continué à combattre jusqu'à 
la nuit. » L'armée dn prince Charles effectue sa retraite, et le len- 
demain les Français campent sur la route de Palma-Nnova où 
vient les visiter le général Bonaparte* « Après bien des éloges, il 
nous montra de son doigi les Alpes Noriques ou Juliennes, et nous 
dit que nous avions beaucoup fait, mais qa'il nous restait encore 
beaucoup à faire. » Quant à la blessure de Landon, elle était heu- 
reusement sans gravité : c A Palma-Nuova, dit-il, on officier de 
santé autrichien qui avait resté pour soigner les blessés, me donna 
une certaine ponunade que je posai sor la peau de mon jarret ipl 
ie cicatrisa incessamment, » 



284 BULLETIN DU BŒLlOPfflLE. 

Poursuivie la baïonnette dans les reins, l'armée autrichienne 
entre dans le Frioul. Les Français y pénètrent après elle et la sui- 
vent jusqu'en Garinthie en livrant des combats journaliers dont le 
plus important fut l'enlèvement de la forteresse de Ghiusa et de 
la redoute qui la défendait. Les généraux Bon et Bourcier, qui 
avaient remplacé Duphot, y font mettre bas les armes à huit cents 
Autrichiens et marchent ensuite sur Mascleriano. Près de cette 
ville on s'empare d'un convoi de farine, de sucre et de citrons, 
a Avec la farine^ dit Landon, nous avons fait des crêpes et force 
limonade. » On poursuit l'ennemi sur la route de Klagenfurth et 
l'on arrive à Matindorf où l'on reçoit la nouvelle d'une suspension 
d'armes. 

U faut croire que les termes de cette suspension d'armes ne sti- 
pulaient pas, comme cela est de règle, l'immobilisation des divers 
corps d'armée, car la division de Landon, alors commandée par 
le général Verdier, s'en alla camper au quartier général de Léoben. 
Ici se place un incident qui, bien que présenté d'une manière as- 
sez vague par notre narrateur, nous a paru mériter d'être re- 
cueilli : (c Nous avions à notre gauche le 43* de ligne. Un jour nos chefs 
s'aperçurent que ce régiment se traitait du mot monsieur. De là il 
s'ensuivit des duels entre eux et nous, et les bords de la Mur re- 
tentirent du cliquetis de nos armes, hd sabre piémontais que j'ai 
encore sortit malheureusement du fourreau dans cette pénible cir- 
constance. Averti de ce fait, Napoléon arrive avec son état-major, 
se place au milieu de la route et fait appeler les chefs des deux 
demi-brigades ainsi que les soldats, et après avoir fait l'éloge de la 
conduite que nous avions tous tenue dans tant de rencontres, dans 
la mémorable campagne que nous venions de faire, il nous repro- 
cha amèrement notre conduite. Il fit tant par ses paroles véhé- 
mentes qu'il ramena la paix parmi nous, et après son discours 
nous avons tous fraternisé et tout fut fini. 

« Ainsi finit cette mémorable campagne, par les paroles du 
grand Napoléon qu'il nous répéta à Léoben : « Heureux ceux 
« d'entre vous qui pourront se vanter, dans le temps j d'avoir été, 
« en l'an IV, de Tarmée d'Italie! » 

Ce qui suit de la narration de Landon est le récit du retour de 
l'armée triomphante. Elle rentra en Italie et, par Trévise, Bas- 
sano et Montebello, elle revit Vérone, c Ici^ nous sommes habillés 
de pied en cap, toute la division Augereau, et après avoir changé 



CURIOSITÉS MANUSCRITES. 285 

d'habits et de chemises, nous jetâmes le tout dans TAdige, et bien 
certainement nos vieilles hardes voyagèrent en grande compa- 
gnie. Ensuite il y eut une grande revue suivie d'un banquet où 
toute la division assista. C'était au village de Saint-Michel, à un 
kilomètre de Vérone, où les tables furent dressées. C'était beau à 
voir tous ces marmitons, chacun leur plat, sortant de la ville et 
les apporter sur la table. Après le repas il y eut assaut d'armes. 
Le général Augereau fit des armes avec un de nos maîtres. Après 
cela nous signâmes une pétition ayant pour but d'accompagner 
Napoléon à Paris lorsque la Convention l'appellerait à sa barre. 
Si cela avait eu lieu, bien sûr que nous aurions fait un Deux^ 
Décembre. » 

Dans ce banquet furent naturellement chantés force couplets , 
dont voici Tun d'eux, « de M. Bosquet, lieutenant à la 27* lé- 
gère » : 

c Le Pô mugit, TAdda »'agite 
Croyant arrêter nos guerriers; 
Vains efforts ! tout est mis en fuite, 
L'Adige baigna nos lauriers. x 
Plaisance, Lodi, vos arènes 
Offrent des spectacles sanglants I 
Lonato, Rivoli, vos plaines 
I*- as élèvent des monuments ! 

Refrain : 

« Gloire aux braves Français armés ponr la patrie. 
Gloire à Napoléon, le vainqueur d'Italie I » 

La division alla ensuite prendre garnison à Coni ; mais voici 
venir pour Landon le revers de la médaille : « les bivouacs con- 
tinuels de l'armée des Pyrénées-Orientales, en 93, 94 et 95, et 
de celle d'Italie en 96 et 97, avaient si bien affaibli ma santé, que 
je fus contraint d'entrer à l'hôpital de Coni. Il me survint une 
hémorrhagie dont je perdis tout mon sang par le nez, et je me suis 
trouvé près du tombeau. Un capucin venait nous visiter et il of- 
frait son saint ministère à ceux qui voulaient bien l'appeler. Me 
trouvant dans une position dangereuse, je le prie de venir vers 
moi. Il le fit avec grand plaisir. Il me fit faire ma première com- 
munion et me soulagea de son mieux par ses douces paroles 
évangéliques. Enfin quand il eut sauvé mon âme, il s'attacha à 



286 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

sauver mon corps. Il Tenait très-souvent dans la ournée m'appor- 
ter du confortable, comme vin de Chypre et autres aliments. Il 
fit si bien que, dans quelques jours, je fus en pleine convales- 
cence et je suis sorti de l'hôpital. » 

La guérison de Landon n^était pas telle qu'il ne sendt le besoin 
du repos : « Bientôt arriva un ordre du ministre de 'la guerre, 
Scherer, qui accordait deux permissions à deux sous-officiers par 
compagnie. Le colonel Desaix m'en accorda une et il eut la com- 
plaisance de m'avancer un mois de solde, 19 francs, sur son ar- 
gent, car il nous était dû alors cinq mois de solde, et avec mes 
trois sous par lieue je repassai les Alpes par le col de Tende, 
et j'arrivai à Montauban, mon lieu de naissance, le 6 mars 
4 798. » 

Ce dut être un vif chagrin pour Landon quand retombé quel- 
que temps après malade, il dut, pour toujours, renoncer à l'état 
militaire ou il s'était porté avec tant d'entrain. Pendant trois ans 
il fut, dit-il, entre la vie et la mort « et dans la position de ne 
pouvoir rejoindre ». Il se décida donc à demander un congé de 
réforme qui lui fut expédié de la Haye, le deuxième jour complé- 
mentaire an IK, et qui était, à ce qu'il paraît, conçu dans les ter- 
mes les plus honorables. Comment vécut, depuis lors, l'infortuné 
sergent? C est ce qu'il a négligé de nous faire connaître, il s'est 
contenté de nous dire qu'il passa cinq ou six anr ^-es difficiles. On 
aime à penser que l'énergie dont il avait fait prei* . 3 dans ses cam- 
pagnes ne l'aura pas abandonné dans la bataille de la vie, et ses 
souvenirs, images de la quatre- vingtième année, attesteraient, au 
besoin, que son moral s'était remarquablement conservé. Aujour- 
d'hui, sans doute, à plus de cent ans de sa naissance, tout est fini 
pour lui en ce monde, Landon ne figurera plus que dans : 

cr .... la grande revue 
Qu'aux Champs Élysées, 
A rheure de minuit. 
Tient César décédé (1). » 

Séparons-nous donc de lui. Du jour où nous avons rencontré 
son manuscrit, il nous est apparu comme un type qui nous solli- 
citait de le mcfttre en lumière, et nous avons cédé à celte obses- 

(1) Voy. la ballade de Sedlitz. 



^ 'A 



VINDICIifL BIBLIOGRAPHIC/t. 287 

sion, croyant voir en lui une figure nationale. En effet, des deux 
qualités qui distinguent (ou distinguaient) la race gauloise, rem 
militarem et ar^ute laqui^ on ne peut lui contester la première 
quant à la seconde, nous désirons qu'on ne se soit pas trop aperçu 
de sou absence. 

W. O. 



VINDICIM BIBLIOGRAPHICjE. 



Recueil concernant les estais tenus sous plusieurs roys de 
France, avec figure, harangues, ordres et cérémonies 
observées en iceux. A Paris ^ chez Martin Gobert, au 
Palais^ en la gai 1er ie des prisonniers^ 1614, pet. in-8. 

Voici un petit livre tout de circonstance. Paru a une époque 
de minorité et pnbableinent pour servir de document dans Pé- 
ventualité d'une tenue des Etats généraux, il contient sur les bases 
de notre ancienne constitition et spé« ialeinent sur la pa»tie céré- 
monielle de notre vieux droit public des renseignements qui ne 
sont pas sans intérêt. Ce Recueil a été remplacé sans doute depuis 
par des com|)ilations plus étendues et plus savantes, mais il a 
pour soi, de plus qu'elles, deux qualités qui manquent aux tra- 
vaux modernes de ce genre, la vie et la couleur, toutes deux cho- 
ses incompatibles avec la critique et l'érudition. Un coup d'œil 
rapide sur les cent trois feuillets dont se compose ce volume, 
accompagné de quelques extraits, mettra nos lecteurs en mesure 
de vérifit^r la valeur de cette appréciation. 

La j)remière pièce du Recueil est des Plaintes et Doléances faites au 
roi Clmrles FI* fhtr C Université de Paris (extraites du chap. xciK 
do MoTïsirelet). L'Univeisité s'adressant au roi, son souverain 
seigneur et père^ iignale les malversations commises dans l'admi- 



288 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

nistration des fînanc<»s et les pertes qne les officiers du roi font 
subir aux fournisseurs. Il ne s'agit de rien moins que de banque^ 
route, si Ton doit prendre dans le sens figuré et étymologique la 
phrase suivante : « Et souvent advient que vos hostels, les hos- 
tels de la royne et du duc d'Acquitaine (fils du roi) sont rom- 
pus (1). » Parmi les mal versa teurs les plus audacieux, T Université 
signale le trésorier Adrien Guifiart ce lequel.... a esté tellement 
remply de deniers qu'il est maintenant plein de rubis et de dya- 
mans, de saphirs et d'autres pierres précieuses, de vestures, de 
chevaux; et tient un excessif estât remply de yaisselle, c'est à 
sçavoir de plats, d'escuelles, de pots, de tasses et de hanaps. » 

Autre coupable, Maurice de Rully (Reuilly) qui comme garde 
des coffres reçoit chaque jour dix écus d'or qui '-'oivent être bail- 
lés en la main du roi pour ses dépenses courantes, « mais il n'y 
a croix », c'est-à-dire que le roi ne voit aucune de ces pièces mar- 
quées d'une croix. Le système des imputations sur les budgets à 
venir n'est que trop pratiqué : « En quoy vostre finance est déga$« 
tée devant que le terme soit venu : et par ainsi benvez vos vins 
en verjust. » Aussi, quand il y a un ambassadeur à expédier oa 
même c un simple chanoyne à envoyer dehors, > force est d'avoir 
recours aux usuriers. Pendant ce temps-là, les employés des finan- 
ces s'enrichissent. < Et voit-on communément que quand un 
jeune homme vient au service d'un général receveur ou grenetier^ 
jaçoit ce qu'il fust du petit estât et de peu de science, en peu de 
temps il est fait riche, et racine un grand et excessif estât. » Tout 
cela au préjudice du peuple, car les gens d'armes non payés 
« vivent sur le pays ». Et si l'on veut remonter à la source de ces 
voleries, ne voilà-t-il pas que les trésoriers se disent prêts à mon- 
trer leurs comptes et réclament des commissaires, c Mais qui 
voudroit sçavoir qui mangea le lard, il faudroit enquerre quelle 
substance ils pouvoient avoir quand ils entrèrent esdites offices. » 
Donc, dit l'Université au roi, c toutes les finances cheent en une 
bourse trouée à vostre regard. » 

Le Parlement aussi appelle des réformes : son ancienne re- 

(1) L'édition de Monstrelet, publiée par la Société de P Histoire de France^ 
donne ce texte : a .... et souvent advient que vos hosteU. . . . cheent en 
ruines, » Il ne s'agirait dans cette version que d'une rupture matérielle. 
Cela est hien possible. 






VINDICI^ BIBLIOGRAPHIC.E. 289 

nommée décline. « Et pour le grand nom du droit qui estoit 
gardé en icelle court, sans faveur d'aucune personne, non pas 
seulement les chrestiens, mais les Sarrazins y sont venus recevoir 
jugement aucunes fois. » Il n'en va plus ainsi depuis qu'on y a in- 
troduit des jeunes gens « ignorans le fait de justice. » Et la 
vénalité ! « Item et en le court sont plusieurs causes des pauvres 
gens comme mortes. » La Chambre des comptes laisse encore 
plus à désirer. < Là sont trouvez tous mauvais accidens, car ils 
sont tous ensevelis. » Les officiers des monnaies prévariquent 
aussi en diminuant le poids et la valeur des espèces. La bonne 
monnaie disparaît, « car les changes et les Lombards (monts-de- 
piété) cueillent tout le bon or. » Enfin, il y a nécessité de mettre 
dans les mains du roi le produit des Aides. « Et sur ce vueillez 
avoir en mémoire le bon gouvernement de votre père ]e roi 
Charles à qui Dieu fasse mercy, qui noblement employa lesdictes 
Aydes, en tant qu'il chassa les Anglois ses adversaires de son 
royaume, et recouvra les forteresses qui estoient hors de son 
gouvernement. » Il faudrait donc c qu'à recevoir vos finances, 
tant du Demaine que des Aydes, fussent ordonnez notables per- 
sonnes preud'hommes, craignans Dieu, sans avarice. » Le péril 
presse : « Yostre royaume est en si grand dangier que plus ne peut.v 

Cette remarquable harangue est suivie des Ordonnances royaux 
des 25, 26 et 27 mai 1413, qui forment un code où toutes les 
matières de finances et de police sont traitées. Nous relevons à 
Particle des Eaux et Forêts ^ des dispositions qui jurent avec les 
croyances communes : c CCXLI. Comment chacun pourra prendre 
loups et loutres, » et un peu plus loin: cCCXLlIl. Que chacun 
puisse prendre lièvres, connins, perdrix, alloues, oyseauxou au- 
tres menues sauvagines hors garennes. » Au paragraphe des Gens 
darmes^ on voit que les remontrances de l'Université ont porté : 
« CCLI. Que les gens d'armes ne pillent, ne robent, * y est-il dit : 
<c CCLIIII. Que aucunes lettres de vivre sur le pays ne soient 
baillées à quelconques personnes. CCLV. Que les baîllifs et senes- 
chaux ne souffrent faire guerre es mectes (bornes, du latin meta) 
de leurs jurisdictions. » 

Les deux derniers articles sont ceux-ei : CCLVI. Que on face 
labourer les caymans (mendiants, quémandeurs) et gens vacabon- 
des, puissans d'ouvrer (pouvant travailler). CCLVII. Que les mé- 
seaulx (ladres) ne soient receus es bonnes villes. » 



290 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

La deuxième pièce du Recueil est des noms et surnoms des 
membres de l'Assemblée des États de Tours sous le roi Char- 
les Vin. 

Dans le dénombrement des villes et provinces qui ont envoyé 
des représentants nous remarquons, après Parpignian (Perpi- 
gnan), une contrée devenue espagnole, « la ville de Puissardan 
(Puycerda) et la terre de Sardaigne (Cerdagne). » 

La troisième pièce est « Tordre des estats tenus à Orléans, l'an 
1560, soubs le roy Charles neu6esme, » en trois pages consa- 
crées à la distribution des places dans l'Assemblée. 

La quatrième pièce est sur la forme et l'ordre des Etats tenus 
à Blois,ran 1576, sous Henri IIl. Le compilateur s'est borné à un 
simple dénombrement des députés et passe de suite aux Etats de 
Blois, de 1 588, célèbres par la fin tragique du duc de Guise. Cette 
cinquif»me pièce débute par un historique de l'arrivée du roi 
et des cérémonies religieuses qui précédèrent la tenue des Etats. 
Le roi fait ses dévotions. « En tous ces actes de piété et dévotion, 
il (w accompagné et suyvy par la royne sa mère, la royne sa 
femme, monsieur s<»n frère et autres princes et seigneurs qui 
firent, chacun en leur particulier, tout acte de gens de bien et 
vertueux. » Puis vient le dénombrement des élus parmi lesquels 
nous relèverons seulement pour le tiers état du « bailliage du 
Vellay et senescbaussée du Puy » le nom de Guy Bourdel, dit Irai], 
sans doute un ancêtre de l'écrivain du dix-huitième siècle, l'abbé 
Ira il, auteur des Querelles littf^raires^ dont le véritable nom pa- 
tronymique, nom d'une décence douteuse, se trouve ainsi révélé. 
INous trouvons également dans le tiers t tat du « bailliage de Ni- 
verniois et Douziois » maître Guy Coquille. Tous ces membres 
du tiers ne portent pas d'indication de profession, sauf un seul 
du « bailliage de Montfort et Houdan, » Kicolas Guyet qui est 
qualifié laboureur ^ et qui nous parait jouer dans cette assemblée 
le rôle du P. Gérard dans le Versailles de 1789. 

Nous passons à la description de la salle. « Derrière la chaire 
du Roy estoii une barrière par delà laquelle estoientl^'S deux cens 
gentilshommes tenans leurs haches ou becs de cnrbin. » Le roi 
fait son entrée et « les places doncques estant ordonnées el prises 
selon la grandeur, l'onlre et lo rang, tous le» députez estant 
debout) il Commença sa harangue par im grave choix de beaux 
mots, comme il m void cy après. » 



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VINDICIiE BIBLIOGRAPHIC^. 291 

Cette haransue est, de fait, très-belle. Il le faut reconnaître, si 
décrié que soit le monarque. Elle débute ainsi : « Messieurs, je 
commenceray par une supplication à nostre bon Dieu duquel 
parlent toutes les bonnes et saintes opérations, qu'il luy plaise 
m'assister de son Saint-Esprit, etc. » Ainsi parlait le paysan da 
Danube : 

Romains et vous Sénat, assis pour m'écouter. 
Je supplie avant tout les Dieux de m'assister. 
Fassent les Immortels, conducteurs de ma langue. 
Que je ne dise rien qui doive être repris ; 
Sans leur aide il ne peut entrer dans les esprits 
Que tout mal et toute injustice. 



Et dit V aveugle de Chénier : 

Commençons par les Dieux. Souverain Jupiter, 
Soleil qui vois, entends, connais tout, et toi, Mer, 
Fleuve, Terre, et noirs Dieux des vengeances trop lentes, 
Salut! 



Ce qui distingue cette harangue de Henri III, c'est la majes- 
tueuse simplicité de sa forme, exclusive de toute réminiscence, 
pédantesque. Il parle au nom de la raison et décline tout soup- 
çon de vouloir excéder sa légitime action de « souverain Roy 
donné de Dieu ». Il fait l'éloge de la forme monarchique, mais, 
dit-il, « je ne veux estreen ceste monarchie, que ce que j'y suis, n'y 
pouvant souhaiter aussi plus d'honneur ou plus d'authorité. » Il 
constate les désordres du présent, a Ce que la malice du temps 
a enraciné de mal en mes provinces ne me doit estre tant attri- 
bué, non que je m'en vueille du tout excuser. » Il invoque les 
services qu il a rendus, avec l'aide de Dieu : « Non-seulement les 
batailles que j'ay gagnées, mais cette grande armée de Reistres, de 
laquelle sa divine bonté m'a choisi, à l'honneur de son saint nom 
et de son église, pour en rabbatre la gloire. » Tout cela pour 
aboutir à VÉr/ii d'Uffion^ mais cette harangue n'en est pas moina 
très-remarquabU et l'on comprend que Claude Binet, « lieotenànt» 
général en là tene^chaussée et siège préudial d'AuvergiM, «ttably 



292 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

à Riom 9 y y ait trouvé matière à deux sonnets rapportés dans le 
livre que nous extrayons et dont le premier débute ainsi : 

c Mon Dieu, quel fleuve d'or s^escoule de vous, Sire! 
Quel bruvage cbarmeur des hommes et des Dieux I 
Je croy que vous tirez ce doux nectar des cieux : 
La langue d'un mortel ne sçauroit si bien dire. » 

Les harangues en réponse au discours de Henri III ne se 
maintiennent pas au ton de cette sobriété royale — imperatoria 
brevitas, — Voici venir d'abord le garde des sceaux, M. de 
Monthelon (plus tard Montholon], qui parait disposé à reprendre 
les choses de loin. « Il se trouve qu'en la suitte de l'antiquité, il y 
a en quatre monarchies tenues pour les premières, que les his- 
toires nomment empires, celle des Assyriens, des Perses, des 
Grecs et des Romains, etc. » Il s'étend sur cette dernière mo- 
narchie qui lui offre matière à citations, et à citations choisies, car 
il laissera de côté Virgile et Horace pour citer préférablement 
Ennius : 

« Moribus antiquis stat res Romana, virisque. :» 

Après Rome, la France. < Le roy pour remettre le tout de ceste 
monarchie en son ancienne beauté s'est conformé à ce grand et 
canonizé Roy S. Loys. » L'orateur examine les causes d'affaiblis- 
sement du royaume et les moyens de les combattre. Il fait appel 
aux prières des bons religieux : « Eux doncques qui par la per- 
fection de leur vie et mœurs ont surmonté les obscuritez et brouil- 
lars de ce monde, voires pénétré par-dessus les nuages et appro- 
ché si près du Ciel, et qui sont, comme dict sainct Bernard, in 
susurro cum Deo, » Ceux-là obtiendront sans doute l'aide de 
Dieu, dans celte œuvre de régénération (l'on dirait'maintenant, de 
relèvement), mais pour cela il faut mettre un frein aux mauvaises 
coutumes. Le blasphème doit être réprimé. < La Saincte Ecriture 
nous tesmoigne que tel crime et débet, outre la peine qui le suit 
après la mort, reçoit sa punition en ce monde. Vir multum jurons 
replebitur iniquitate et non recedet adomo ejus plaga, d II en est 
de même des « duels et combats privez desquels le nom seul est 
en horreur à tous chrétiens, punis et sévèrement interdits par 
les sainctes loiz. » L'administration de la justice doit être égale- 



VINDICLE BIBLIOGRAPHIC^. 293 

ment l'objet d'un examen attentif, et cite le garde des sceaux cette 
grande et indépendante parole de saint Augustin : « Quidy remota 
justitia, aliud sunt régna quam magna latrocinia ? » 

L'archevêque de Bourges qui vient ensuite et qui commence 
ainsi : « Sire, vostre pauvre France..., » insiste à nouveau sur la 
nécessité de faire respecter la loi de Dieu. Il invoque les rois 
Cyrus, Darius et Artaxerce qui c statuèrent et ordonnèrent que 
qui n'adoreroit le Roy du Ciel, ainsi et en la forme qu'il estoit 
adoré par Daniel et Esdras, il seroit attaché à un arbre qui 
seroit coupé de son propre jardin et sa maison réduite en latrine 
ou cloaque publique. » Il adjure le roi de marcher résolument 
dans cette voie, lui qui « a dissipé et confondu, par l'œil de sa 
présence et vertu, une grande et puissante armée d'estrangers^ 
Reistres et Suisses, venus jusques au milieu de ce royaume avec 
un si grand elTroy qu'il sembloit qu'ils le deussent tout d'un coup 
engloutir et anéantir. » Que le roi agisse et la prospérité maté- 
rielle et morale s'ensuivra, a Le pauvre rustique pourra en toute 
liberté, sans aucune crainte et peur par tout ce royaume, comme 
jadis au temps de Salomon, manger son pain et ses fruicts en 
patience, soubs son figuier et soubs sa treille ; veoir le service de 
Dieu restably partout, les églises et temples restaurez et réédi- 
fiez; les villes libres sans harqnebuzes ni tambours, etc. » Tels 
sont les bienfaits que l'on attend de l'initiative royale et le cri de 
la reconnaissance publique sera celui-ci : « Vivez Roy, vivez éter- 
nellement. Vivez ça bas les ans de Nestor ; voire ceux de Argan- 
thonius, roi des Gades qui vescut neuf vingts ans, etc., etc. » 

Moins longs sont les remerclments faits au nom de la noblesse 
par le baron de Bauffremont-Senecey, et la harangue du Prévôt 
des marchands, président du tiers état, qui sont suivis des Actes 
de la seconde séance (18 octobre 1588) où fut lu VÉdit ^ Union. 
Nouvelle allocution de l'archevêque de Bourges qui promet de 
ne pas s'étendre « philosophalement » sur les bienfaits de l'union. 
Il prêche encore la conciliation des esprits sur le terrain reli- 
gieux : ic Nous ne cornons pas la guerre, comme l'on dit, nous 
autres de l'Église, non, non, TEglise ne cherche, ne demande le 
sang: nous désirons plutost que les desvoyez se retournent et 
vivent. » Ce prélat paraît avoir été le seul porte-parole de son 
ordre, car après la prestation par le roi du serment de maintenir 
VÉdit dUnion^ le livre que nous analysons rapporte encore deux 



294 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

nouvelles requêtes de monseigneur de Bourges, toutes deux c pour 
le soulagement du peuple. » L^on y malmène les gens du Conseil 
des Finances qui (est-il dit au roi) « auroient tellement continué, 
accreu et augmenté les tailles et inventé t<<utes sortes d'imfio«^i- 
tioiis nouvelles sur vostre pauvre peuple qu'il ne leur reste que la 
langue toute seiche pour crier à Dieu, et les yeux pitoyables pour 
pleurer; il n'y a eu espèce ni moyen de tirer argent qu'ils n'ayent 
excogité et inventé..,. Que si les Turcs, Mores ou Barbares fussent 
entrez en France par force et l'eussent tenue et possédée deux 
ans, n'eussent pu faire pis, ny apporté plus grande destruction. » 
Ces harangues furent couronnées de succès; elles sont suivies des 
descharges accordées par le roy a ses subjects qui terminent le 
volume, car nous tenons pour pur remplissage la déclaration des 
bailliages^ sénesc haussées^ etc., qui vient après, ainsi que \ ordre 
et forme de marcher en la procession qui clôt définitivement le 
recueil^ et où Ton voit marcher entre autres, après les Suisses de 
la garde du roi « ceux de la Saincte Chapelle du Palais, avec ceux 
de la chapelle du Roi, les haulxbois et sacquebutes devant. » C'est 
sans doute cette procession que reproduit la figure pliée que, 
d'après le catalogue Leber (supplément n** 440), Ton doit trouver 
dans ce volume, figure malheureusement absente de notre exem 
plaire. 

W. O. 



ANALECTA-BIBLION 

Notice sur le Thésaurus novus anecdotorum, et sur 
VÀmplissinia collectio de Martène et Duraod. — 
Paris, 1717-1732; 14 vol. in-folio. 

Lors de la refonte et de la réédition du Gallia ChristianUy 
le chapitre généi ai de la congrégation de Saiat-BIanr char- 
gea (1708) dom Martène, alors reUgieux à Marmoutiers, de 
visiter les archives des ^iises et des abbayes de France, afin 
d'y recueillir tous les monuments qui pouvaient servir à 
compléter cet ouvrage. Le P. Martèoe parcourut seul les 
diocèses de Tours, Poitiers, Bourges, Nevers, Auxerre et 
Sens, et partout il fit une ample récolte. L'année suivante, 
il s'associa dom Ursin Durand, religieux de la même ab- 
baye, et ils consacrèrent ensemble six années à visiter le 
reste de la France. Ils explorèrent successivement les prin- 
cipaux monastères, les archives des plus importants chapi- 
tres, et même certaines collections particulières, celle du 
président Bouhier par exemple Presque partout ils reçurent 
un accueil empressé, et on leur communiqua avec libéralité 
les documents et les manuscrits les plus précieux. 

Ils réunirent ainsi plus de deux mille pièces. Les unes 
servirent de preuves au nouveau Gallia Christiana; les au- 
tres composèrent l'important recueil que ces religieux pu- 
blièrent en cinq volumes in-folio, sous le titre Thésaurus 
noifus anecdotorum. Chacun des tomes porte un titre spécial 
indiquant les précieux documents qu'il renferme. 

L'ouvrage est dédié au cardinal de Rohan-Soubise, évé- 
que et prince de Strasboui^, qui avait (ait aux deux religieux 
une réception magnifique, lors de leur passage dans sa ville 
épiscopale. Cette dédicace est accompagnée du portrait du 
cardinal gravé par Mlle Marie Hortemels, et saivie d'une 
préface où les auteurs passent en revue les savants qui ont 



296 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

publié avant eux des collections de pièces inédites. En ter- 
minant, ils avertissent qu'ils ont refondu dans ce Nouveau 
Trésor dC anecdotes le recueil d'anciens monuments imprimé 
à Rouen (l), parce qu'on n'en trouvait plus d'exemplaires 
chez les libraires. 

Le premier volume, publié en 1717, renferme de nom- 
breuses lettres émanées de papes et de rois, et le procès de 
Jean XXII. 

Dans la préface du second tome, les PP. Martène et Du- 
rand font connaître les personnes et les bibliothèques qui 
leur ont fourni le plus de documents. Ils marquent en par- 
ticulier les obligations qu'ils doivent à Colbert, évéque de 
Montpellier ; ils ont trouvé dans sa bibliothèque les letti'es 
des papes Urbain IV et Clément IV, qui remplissent plus 
du tiers de ce second volume. 

La préface du tome troisième est fort courte, mais les 
avertissements placés en tète des opuscules qui le compo- 
sent y suppléent (2). Ces opuscules sont d'anciennes chroni- 
ques et divers documents concernant l'histoire ecclésiastique 
et civile. 

Dans le tome quatrième, la préface est étendue. Elle 
contient l'histoire abrégée des anciens chapitres généraux 
des ordres religieux d'Occident, depuis l'assemblée des ab- 
bés à Aix-la-Chapelle, en 817. Les deux auteurs distinguent 
les conciles des synodes (3), quoique dans les anciens monu- 
ments ces termes soient souvent pris l'un pour l'autre. On 

(1) Veterum script or um et monumentorum, ColUctio nova, RoueD, 1700, 

(2) <( Prsefationem exigere non ridetur tertius hic anecdotorum tomus, 
nam prsemisss a nobis singulis opusculis admonitioues pruevise, in qui- 
bus rationem omnium reddimus, prsfationum vicem référant. » 

(3) a Ëtsi vero concilium et synodus passim ad idem significandum pro- 
miscue nsurpeiitur, illud tanem inter uirumque est discriminis ; quod 
proprie concilium sit congregatio epiâcoporum ad asserenda iidei sacra 
dogmata, ad reforniandos mores, ad disciplinam Ecclesiae stabiliendam 
in unum coeuntium ; synodus vero conventus presbyterorum seu paro- 
chorum una cum proprio episcopo, singulis annis, ad recipiendas ab eo 
leges ad eum confluentium. v 






ANALECTA-BIBLION. 297 

trouve parmi les pièces de ce volume les actes de deux con- 
ciles tenus sous le roi Robert, Tun à Poitiers, en 1030, 
contre ceux qui s'emparent des biens des églises et des 
monastères ; l'autre est un concile réuni à Narbonne Tan- 
née suivante, par Farchevéque Wilfrède, pour confirmer les 
privilèges de Tabbaye de Ganigou. 

Le cinquième volume se compose de plusieurs ouvrages 
écrits par les auteurs ecclésiastiques qui ont vécu entre le 
quatrième et le quartorzième siècle. La plus grande partie 
de la préface est consacrée à examiner la doctrine d'Abé- 
lard, et à défendre saint Bernard contre les théologiens qui 
l'ont accusé d'avoir condamné trop légèrement son adver- 
saire. On y trouve également une discussion sur Fàge de 
saint Orient, dont le Comtnonitorium est réimprimé dans le 
volume, d'après un manuscrit de l'église de Saint-Martin de 
Tours. Une autre pièce remarquable est VArUiquus Ordo 
Romanus ad usum monasteriorum ab annis circiter mille 
accomodatusj dont les auteurs du Thésaurus noçus anecdo- 
torum prouvent l'antiquité. 

Tels sont les principaux monuments publiés dans cet im- 
portant recueil, que Bernard de Monfaucon (1) déclare supé- 
rieur même à celui de dom Luc d'Achery. Outre les notices 
qui accompagnent la plupart des opuscules, DD. Martène et 
Durand ont placé au bas des pages de nombreuses notes. 
Chaque volume de leur collection possède en outre une table 
chronologique de toutes les pièces qui y sont rapportées, 
et une table alphabétique des matières et des noms. De 
plus, le dernier volume est terminé par uu dictionnaire des 
mots barbares et étrangers que Ton rencontre dans le cours 
de l'ouvrage. 

Quand les PP. Martène et Durand publièrent leur Thé- 
saurus Anecdotorum^ ils se proposaient de lui donner pour 
supplément une nouvelle édition des anciennes Leçons de 



(1) Lettre à Jf. Masson^ Tauteur de VHUtoif critique de ta répubCique 
des lettres. 



298 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

Canisius, du Spicilegium de d'Acbery, des Analecta de 
Mabillon et des Miscellanea de Baluze, revus sur les manu- 
scrits, avec des dissertations, des remaniements et une nou- 
velle distribution des pièces. Les occupations dont ils fu- 
rent chargés dans la suite les empêchèrent de réaliser ce 
projet. 

Une autre collection bien plus importante, sinon par la 
valeur du moins par le nombre des documents, fut, quel- 
ques années après, Fœuvre des deux mêmes religieux, dont 
Tassociation littéraire dura près de trente ans. Ce nouveau 
recueil, qui comprend neuf volumes in-folio, imprimés de 
1724 à 1733, porte le titre général de F'eterum scriptorum 
et monumentorum historicorum^ dogmaticorum^ moralium 
amplissima collectio. Un sous-titre indique pour chaque 
tome les principaux monuments qu'il renferme. Comme le 
Thésaurus noçus anecdotorum^ Y Amplissima collectio est Je 
résultat d'un voyage littéraire, entrepris cette fois à Tétran- 
ger, par les PP« Martène et Durand, sous les auspices et 
aux dépens de la congrégation de Saint-Maur. 

En 1717, le chancelier d'Aguesseau, s'intéressant à une 
nouvelle édition des Historiens de France^ que lui avait pro- 
posée domMaur AudrendeKerdrel, avait invité DD. Martène 
et Durand à une conférence qui se tint sous sa présidence, 
et à laquelle assistèrent Baluze, Tabbé Renaudot, de Lau- 
rière, le P. Lelong et plusieurs autres savants. Martène, 
désigné pour dresser le plan de ce grand travail, présenta 
un rapport qui obtint tous les suffrages, et il fut chargé du 
soin de la nouvelle édition. Mais ce projet fut presque aus- 
sitôt interrompu par les changements survenus dans le mi- 
nistère. Ce n'était qu'un ajournement, et en attendant la 
reprise de l'impression, les supérieurs de la congrégation 
de Saint-Maur, désireux de seconder les intentions du chan- 
celier, jugèrent nécessaire de faire explorer les Pays-Bas et 
l'Allemagne, pour y rechercher les monuments susceptibles 
de figurer dans la collection des Historiens de France. Mar^ 
tène et Durand partii^ui le 30 mai 1718, et allèrent jus- 



.■i 



ANALECTA-BIBLION. 299 

(ju'en Saxe, à l'abbaye de Corvey, la nouvelle Corbie. Leur 
absence dura près d'une année, et à leur retour ils publièrent 
un résumé de leurs découvertes, sous le titre de Voyage lit 
ter aire de deux Bénédictins de la congrégation de Sainte 
Maur^ auxquels ils joignirent trois anciennes relations de 
voyages i V Le ifoyage de Nicolas de Bosc^ éi^éque de 
Bayeux^ pour négocier la paix entre les couronnes de 
France et d'Angleterre^ en 1381 ; 2® lier indicum Baltha- 
saris Spinger [1507] ; 3® Descriptio apparatus bellici régis 
Francise Caroli intrantis civitates Italise^ Florentiam ac 
deinde Romam^ pro recuperando régna Siciliœ siçe Napoli- 
tano [1494]. 

Ce volunie n'était que la préface de rimmense collection 
qu'ils furent bientôt en état de livrer à rimpicssion. 

Le premier volume de YAmplissima collectio vil le jour 
en 1724. On y trouve plus de treize cents diplômes et let- 
tres de rois, princes et autres personnages. Une introduc- 
tion très-développée expose Toccasion, les motifs et le but 
du nouveau recueil, et ce qu'il contient. Elle renferme aussi 
des observations intéressantes sur les premiers rois, et si- 
gnale les noms de plusieurs notaires ou chanceliers dont il 
n'est point parlé dans la Diplomatique de Mabillon. Il y est 
question aussi des conciles, des papes, de certains évéques 
et monastères, en particulier de l'abbaye de Saint- Victor de 
Marseille. 

Le tome second renferme plus de quatre cents lettres 
écrites par Wibaud, abbé de Coi'vey, le registre du pape 
Alexandre III pour la province de Beims, comprenant 
quatre cent quatre-vingt-quinze lettres tirées de l'abbaye 
de Saint-Waast d'Arras; plusieurs lettres de l'empereur 
Frédéric, de Sixte IV, de Jean de Montreuil, prévôt de Lille, 
qui avait été secrétaire de Charles VI, roi de France, et qui 
fut tué à Paris par les partisans du duc de Bourgogne, en 
1418. La préface est consacrée au monastère de Stavelot ; à 
la croisade de l'empereur Conrad et de Louis le Jeune; aux 
conciles de Trêves et de Reims tenus par le pape Eugène II i ; 



300 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

à l'archevêque de Reims Henri, frère de Louis VU, et eafîn 
à la déposition des trois abbés de Cluny, de Clairvaux et de 
Prémontré sous Alexandre III. 

Le troisième volume est tout entier de Mabillon, qui avait 
rapporté d'Italie les documents énoncés dans le titre. U est 
principalement consacré à l'histoire des Camaldules. L'é* 
loge d'Ambroise, religieux, et de Pietro Delfino, général de 
cet ordre, se trouve dans l'introduction, qui a été rédigée 
par les éditeurs. 

Parmi les pièces les plus importantes du tome lY, on 
peut citer celles qui concernent la déposition de Tempereur 
Wenceslas et T élection de Robert, toutes tirées d'un manu- 
scrit que dom Martène acheta à un libraire de Metz; les 
actes des archevêques de Trêves, de 884 à 1445; les annales 
de Nuys ; des extraits de la Vie de Louis XI, roi de France, 
par Amelgard, prêtre de Liège; les actes des évéques de 
Liège, depuis saint Remacle jusqu'à Wason; l'histoire des 
abbayes de Saint-Hubert et de Saint-Laurent. 

Dans le cinquième volume, on remar'jue trois chroniques, 
composées par des religieux de Saint-Jacques de Liège : 
Lambert le Petit, Reinier son continuateur, et Corneille 
Zanfliet; un écrit d'Ekkehard sur les guerres de la Terre- 
Sainte; la chronique de la Terre-Sainte, de Ralph de Cog<- 
geshal; une continuation de Guillaume de Tyr, écrite en 
français par un auteur contemporain, etc. Citons encore la 
chronique d'Angleterre de 1066 à 1200, rédigée par le 
même Ralph de Coggeshal, la chronique de Saint-Martin de 
Tours, celle de Richard de Poitiers ; les commentaires de 
Francesco Carpesano, relatifs aux. guerres d'Italie sous Char^ 
les VIII, Louis XII et François P**, ainsi que les commen- 
taires de Prosper de Santa Croce, légat en France, relation 
des guerres civiles sous Charles IX. Une préface commune 
aux tomes IV et V renferme des observations sur l'histoire 
des rois de France, sur les évêques de Liège et sur diverses 
questions ecclésiastiques et liturgiques. 

Le sixième volume est consacré à Thistoire de divers or- 



.-à 



ANALECTA-BIBLION. 301 

dres religieux, à certains martyrologes et à d'autres pièces 
analogues. Eu tête du volume, les éditeurs traitent assez au 
long de Torigine des ordres et congrégations institués aux 
onzième et douzième siècles, tels que les Camaldules, les 
moines de Yallombreuse et de Grandmont, les chanoines 
réguliers, les chartreux, les ordres de Ctteaux, de Fonte- 
vrault, de Tiron, de Savigny, de Saint-Sulpice, Prémontré, 
le Val-des- Choux, la congrégation de Saint-Victor, de Pa- 
ris, etc., etc. 

Le tome VII intéresse aussi particulièrement F histoire 
ecclésiastique. On y trouve beaucoup d*actes de conciles, 
entre autres celui de Pise, et des pièces qui figurent déjà dans 
la collection de Luc d'Achery. Quelques capitulaires de nos 
rois y ont été également insérés. La préface présente une 
histoire du fameux schisme de TÉglise, nommé le grand 
schisme d'Occident, depuis la mort de Grégoire XI jusqu'à 
Jean XXIII et au concile de Constance. 

Le tome VIII est également consacré à des actes de con- 
ciles et à des statuts synodaux. Le concile de Bàle en occupe 
la plus grande partie et donne lieu à d'importantes observa- 
tions des éditeurs. 

Le neuvième et dernier volume renferme divers opuscules 
des Pères et autres auteurs ecclésiastiques, un poème sur la 
résurrection des morts attribué à saint Cyprien; un autre 
sur la Genèse, par le poëte Aquilinus Juvencus; des com- 
mentaires de saint Hilaire de Poitiers sur trois psaumes, 
quinze sermons de saint Boni face ; les traités de Paschase 
Radbert, abbé de Corbie, sur Teucharistie, la foi, l'espé- 
rance et la charité, les six livres de Rathier, évêque de Vé- 
rone, intitulés : Praeloquîorum libri scx^ etc. Il se termine 
par un ouvrage qui porte le nom de Kicolas Oresme, évêque 
de Lisieux, et qui traite de l'Antéchrist et de ses ministres. 
Ce traité, qui a donné lieu à beaucoup de controverses, a 
été attribué avec assez de raison à Guillaume de Saint- 
Amour. Dans la préface de ce volume, DD. Martène et Du- 
rand reviennent sur leur dernier voyage littéraire, parlent 



302 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

des lieux qu'ils ont visités et des recherches qu'ils ont 
faites; ils finissent par un éloge historique de D. Charles 
Petey de l'Hostalerie, général de Saint-Maur, par Tordre de 
qui ils avaient entrepris leur excui-sion bibliographique. 

Tels sont les principaux documents publiés et les princi- 
pales questions historiques traitées dans cette grande collec- 
tion. Quant à la disposition matérielle, aux notes et aux 
tables de Touvrage, les deux Bénédictins se sont conformés 
exactement au plan de leur premier recueil, le Thésaurus 
noi^us anecdotorum. Alfred Franklin. 



BIBLIOGRAPHIE RETROSPECTIVE 



Le Paradis reconquis, poëme imité de Milton, par 
Ij. R. Lafaye, gradué en FUniversité de Paris, 
maître de langue françoise. Londres^ impr, aux 
frais de C auteur ^ chez /. Bell^ etc., 1789, in-12 
(xii-l4i pp.)- 

Ce poème en vers blancs doit compter parmi les tentatives lit- 
téraires les plus singulières, les plus excentriques, comme on dit 
maintenant, non pas par son sujet qui est simplement imité de 
Milton, mais par le système pseudo-métrique et le langage vérita- 
blement barbaVe que Pauteur a mis au service de ses conceptions 
poétiques. Nous sommes, selon toute probabilité, en présence 
d un Français établi depuis plus ou moins de temps à Pétranger, 
et qui, à force d'enseigner sa langue aux Anglais, a fini par la 
désapprendre complètement. Quant aux raibons qui Font déter- 
niiné à courir la carrière épique, on les verra «affleurées par lui 
dans sa dédicace « à M. de Galonné » alors réfugié à Londres. 

Nous sautons par-dessus les politesses inévitables à l'adresse 
du ministre atteint d'une disgiace qui, dans la pensée du poete^ 



BIBLIOGRAPHIE RÉTROSPECTIVE. 303 

n'est sans doute que momentanée, ce qui expliquerait Tentrain 
avec lequel il se place sous son patronage, et nous arrivons de 
suite à la profession de foi littéraire de l'auteur : c Les savants, 
dit-il, les plus distingués de la république des lettres en Angle- 
terre accusent notre langue de débilité, de monotonie, et pré- 
tendent qu'un poëte français ne peut rendre avec feu et perspi- 
cuite (?) cette chaleur sublime des productions anglaises. J'ai osé 
être d'une autre opinion, malgré le ridicule jeté par Voltaire sur 
le sujet de Paradis perdu et regagné ; je n'examinerai pas si le 
Shaftesbury français fut un profond philosophe, mais il est accusé 
ici, nonobstant le brillant de sa diction, d'avoir été un génie trop 
souvent superficiel : n'allez pas de là inférer, monsieur, que je 
cherche à insinuer que mon poëme possède à un degré éminent la 
profondeur anglaise, peut-être dédaignée par le plus bel esprit de 
la France ; je n'ai point la hardiesse d'oser espérer de réunir l'élé- 
gance française à F énergie de mon original pour lequel j'ai la plus 
profonde vénération, et si je ne soumets point à votre jugement 
un ouvrage aussi parfait que celui de Milton, il ne faut pas s'en 
prendre à la pauvreté de notre langue, mais à ce manque de feu 
divin, d'enthousiasme poétique, caractéristiques du prince de* 
poètes anglais ; si votre goût exercé remarque avec sévérité mes 
fautes, de votre philanthropie j'ose attendre cette indulgence qu'un 
eune auteur a raisonnablement droit d'espérer, etc., etc. » 

Voilà pour la raison d'être du poëme; quant au procédé mé- 
trique, Pauleur s'en explique ainsi dans sa préface : « Plusieurs 
auteurs ont été et sont d'opinion qu'il n'est pas possible d'écrire en 
vers blancs en notre langue. Il est vrai que notre manière d'épe- 
1er les féminines, douce ^ charme^ illustre^ faisant son et demi, tan- 
dis que l'anglais n'a qu'un son pour les mots de cette espèce, 
monosyllabes et autres, a présenté à bien des gens une difficulté 
insurmontable ; mais sans prétendre adopter entièrement d'abord 
la méthode anglaise, je m'en sers parfois, ayant remarqué que la 
prononciation rapide du français ne fait presque jamais sentir à 
l'oreille cette chute des finales dans les muettes. 

c Le fameux Shakspere {sic)^ comme on sait, ne voulut s'as- 
servir à aucune mesure réglée; il met plus ou moins de sons dans 
la ligne, selon le sens, mais j'ai suivi la méthode généralement 
adoptée pour le vers héroïque anglais qui est dix et onze sons dans 



A* ■■'■'■ t 



304 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

la ligne, d'après Milton, Thompson et les tragiques moder- 
nes, etc., etc. » 

Voyons maintenant le résultat de ce système. Nous citons le dé- 
but du poëme : 

f Moi qui chantai ce fortuné jardin, 

Perdu pour nous, par désobéissance 

D'Adam : montant la harpe sacrée 

Sur un ton ni moins noble ni moins haut, 

Je célébrerai l'obéissance, 

Absolue, entièrement à l'épreuTC, 

Du Christ, vainement assailli, tenté. 

Le tentateur déconcerté, yaincu, 

Ses traits émoussés, ses ruses défaites. 

Et le juste empire de l'Étemel 

Sur des ruines, éleré dans le désert. » 

Les six chants du poème sont écrits dans ce goût : nous nous 
contenterons donc d'an petit nombre d'extraits ; voici par exemple 
le passage où Satan, repoussé par le Christ, vient retrouver sa 
cour infernale : 

c Lui (Satan) qui n'avait quitté le champ qu'afin 

De revenir plus frais à la charge, 

En hâte vers la moyenne région 

De l'air remonte, y rejoint ses pairs 

Assemblés en conseil : à sa vue. 

Tous sont siUns : son port majestueux 

Non moins terrible qu'à nous fut dépeint 

Jupiter, ce tyran de l'Olympe, 

Ainsi paraît Satan au milieu d'eux. 

Salue et sur son trAne se jetant 

D'un ton de fureur, sans préambule. 

Ni vanterie, entre en matière : > 

Nous noos arrêterons à cet endroit du poème qui offre, U faut 
bien le dire, quelque gaieté. Satan vient de raconter sa défaite ; 
un de ses conseillers, Bélial, lui dit qu'il n'a pas su s'y prendre, 
faute d'avoir fait appel à la volupté : 

c Je vais 



BIBLIOGRAPHIE RÉTROSPECTIVE. 305 

dit-il, 

Préparer nos batteries 
Parmi ces figures enchanteresses. 
Attractives, embrasant les plus mâles, 
Énervant, dissolvant en voluptés. 
Enchaînant par nœuds de roses, non moins 
Qu'aimant maîtrisant l'inflexible acier, 
Parbleu ! comme je fis dégringoler 
Toute la famille sans oublier 
Roi Salomon, avec sa sagesse 
Si gentiment le menant par le nez, 
Sacrifier à vos autels sublimes. 
Oh ! les femmes ! Parlez-moi des femmes ! n 

Ainsi s'exprime, sur cette note tonte moderne, Bélial : 

« De tout côté, sans relâche â TafFût 
Pour dévoyer quelque inconséquente. » 

Le poëte rentre heureusement, à la suite de cette boutade, 
dans la majesté de son sujet, et après une nouvelle série d'échecs 
hyperphysiqnes et hyperphysiqnement racontés, Satan est défini- 
tivement vaincu, et le poème se termine par un concert des 
anges : 

« Ainsi résonna la voix céleste : 
Le chœur brillant disparut : se levant. 
L'esprit tout rempli de son grand deisseîn^ 
Le Sauveur rafraîchi s'achemina 
Méditant, vers le lac Génézareth. » 

Nous ignorons si le poëme de Lafaye a déjà été signalé par 
les bibliophiles qui se sont consacrés à l'histoire littéraire des 
fous. M. Delepierre n'en fait pas mention dans son Essai, L'exem- 
plaire sur lequel nous avons pris ces extraits provient de la vente 
de Viollet le Duc, dans le catalogue de qui il figurait sous le 
n"* 1142. C'est un in- 12 d'une jolie impression anglaise, sur pa- 
pier vélin. Et penser que les élèves de l'auteur ont peut-être pris 
cela pour des vers français I que cette croyance s'est peut-être 
perpétuée à l'ombre du grand nom de Milton ! Si cela était, puisse 
notre article contribuer à dissiper ce malentendu. 

W. G. 



PRIX COURANT DES IJVRES ANCIENS. 

KEVUE DES TESTES. 

BIBLIOTHÈQUE DE M. LE BABON J. TAYLOR. 

Nous n'avons rien à dire de ces collections de livres réunies 
depuis longues années et comprenant toutes les classes de la bi- 
bliugraphie. Les préfaces de M. Paul Lacroix, en tête de la pre-- 
mière et de la seconde partie des catalogues, sont des pages 
d'histoire littéraire et elles resteront comme les témoignages écla- 
tants d'une amitié cimentée par l'amour des lettres et des livres. 

La première vente a eu lien le iO avril et comprenait 846 nu- 
méros. 

4. Horae; manuscrit du xiv* siècle, in-S carré de 172 feuillets, 
veau fauve, fi] à comp. tr. dor. (anc. rel.). — 410 fr. Acheté 
par M. le baron Pichon. 

Manuscrit sur vélin orné de neuf miniatures, de jolies bordures, et 
d*ane quantité d^nitiales en or et en couleur. Le calendrier complet au 
commencement et des prières françaises à la fin. Belle reliure du seizième 
siècle d'une conservation parfaite. Peut-être faudrait-il voir dans la 
dernière miniature le portrait de la Dame pour laquelle ce manuscrit a 
été fait (?) 

5. Heur^ Ju XV* siècle, petit in-4, mar. noir fil, tr. dor. (rel. 
anc,).^ 300 fr. """^ --^^ ---— w^_^^ 

f Ce manuscrit, écrit sur un vélin fin, est très-beaU.de marges et de 
la plus grande fraîcheur. Il se compose de vingt-quatre ^^ pour le 
calendrier et de quinze pour le reste du livre. Il est orné de ~Çiatorze 
miniatures, de toute la grandeur des pages. Chacune d'elles joiut au 
mérite de la peinture celui d'une parfaite conservation. Toutes les pages 
sans exception sont ornées d'encadrements à fonds d'or sur lesqueliy^ 
détachent des fleurs ^ des fruits, des papillons et des animaux fantasti^ 
ques. C'est un fort joli type de nos livres d'heures au xvi« siècle, i 

36. Mémoires pour servir à l'histoire de l'Académie royale de 
peintuie et de sculpture, depuis 1G64, publiés pour la première 
fois par Anatole de Montaiglon. Paris^ 1853; 2 vol. p. in*12, \ 
pap. vtrgé, demi-rel. mar. rouge. — 37 fr. \ 

Intéressante publication devenue rare. 



^J 



prix: courant de livres anciens. 307 

37. L'art au dix-huitième siècle, par Ed. et Jules de Concourt. 
Paris, 4839 à 1868; iO fascicules in-4, br. -- 200 fr. 

Très-rare; chaque livraison est imprimée à Lyon par Louis Perria et 
est accompagnée d*eaux-fortes par les auteurs. Ces études comprennent : 
Saint- Aubin — Watteau — Prudhon — Boucher — Greuze — Char- 
din — Fragonard — Debucourt — Latour; — les vignettistes : Grave- 
lot, Cochin, etc. 

r)3. Petture del salon impériale del palazzo di Firenze : opéra di 
varii celehri pittori fiorentini, in tavole xxvi. Firenze, 1751; 
très-grand in-fol. mar. rouge, fil. à riches comp. tr. dor. — 

280 fr. 

Superbe exemplaire pour les épreuves et la condition de la reliure. 

Oo. Livre d'architecture de Jacques Androuet du Cerceau, conte- 
nant les plans et dessaings de cinquante bastimens tous diffé- 
rents : pour instruire ceux qui désirent bastir, soient de petit, 
moyen, ou de grand estât. Paris, Benoisi Prévost, 1559; in-fol. 
cart. — 310 fr. 

Exempl. grand de marges et en bon état d'un volume rare compre- 
nant seize feuillets de texte et soixante-neuf planches gravées à l'eau- 
forte par du Cerceau. 

106. Emblèmes d'AIciat, de nouveau translatez en françois vers 
pour vers iouzte les latins (par Barth. Aneau). ji Lyon, chez 
GuilL Roville, 1549; in-8, veau fauve, fil. — 140 fr. 

Exemplaire très-bien conservé sans être lavé de ce beau livre ; chaque 
page contient une figure et nu encadrement gravés sur bois et des vers 
pour expliquer le sujet de l'emblème. {De la bibliothèque Coulon,) 

108. Emblèmes ou devises chrestiennes composées par damoiselle 
Georgette de Monte nay. Lyon, Jean Marcorelle, 1571; in-4, 
d.-rel. mar. — 60 fr. Acheté par le prince d'Ëssling. 

Livre rare précédé d'une longue dédicace en vers è la reine Jeanne 
dWlbret, dont le portrait se trouve à la première figure. Ce volume 
dont le texte est en vers contient cent figures gravées sur cuivre par 
Pierre Voeriot, sculpteur du duc de Lorraine. 

\M Rembrandt. Medea, Treuspel. Amsterdam, hy Abraham de 
V ces, en Jacob Lescaille, 1648; in-4, vél. fig. tr, dor. — 255 fr. 

Bel exemplaire [de M. Charles Blanc et de M. Solar) de la première 
édition de cette tragédie célèbre faite par le bourgmestre Six, l'ami de 
Rembrandt, avec l'estampe de Rembrandt intitulée le 3tariage de Jason, 



308 BULLEXm DU BIBLIOPHILE. 

Belle épreuve du deuxième état. Ce Tolume a été vendu 200 fr. (vente 
du 6 avril 1860). 

i2i . Abraham Bosse. Recueil factice d'estampes relatives à la vie 
privée de la société française sous Louis XIII; in-fol. demi-rel. 
veau f. — 605 fr. 

Série intéressante de pièces parmi lesquelles quelques-unes sont fort 
rares. 

i 26. Les Métamorphoses d'Ovide en latin, traduites en français 
avec des remarques et des explications historiques, par l'abbé 
Banier. Amsterdam^ 1732; 2 vol. in-fol. v. gr. fil., figures d'a- 
près B. Picart, Lebrun et autres. — 210 fr. 

Bel exemplaire de l'édition la plus recherchée, avec les six planches 
imprimées sur trois feuillets séparés à la page 264; représentant six ma- 
gnifiques tableaux de C. Lebrun, gravés par Folkema. 

127. Suites d'estampes gravées par Mme la marquise de Pompa- 
dour, d'après les pierres gravées de Guay. Paris (1782); pet. 
in-fol. V. m. — 395 fr. 

Beau recueil de cinquante-deux planches d'après Boucher, et un re- 
marquable frontispice gravé : la première représente un superbe portrait 
de Louis XV. 

132. Bléry (Eugène-Stanislas-Alexandre). Quarante-trois eanx- 
fortes. 1 vol. très-gr. in-fol. demi^rel. v. br. — 365 fr. Acheté 
par M. Destailleurs. 

Recueil formé par M. Defer, d'épreuves de premier état et signées 
par l'artiste. 

133. Les généalogies et anciennes descentes des Forestiers et Com- 
tes de Flandres, par Corneille Martin, et ornées de portraits, 
figures et habitz selon les façons de leurs temps, ainsi qu'elles ont 
esté trouvées es plus anciens tableaux, par P. Balthasar, pein- 
tre. Amers j 1578; pet. in-fol. cart. — 80 fr. Acheté par M. Dé- 
licourt. 

Volume rare, orné de trente-quatre planches gravées sur cuivre, d'une 
belle exécution, représentant les portraits en pied, avec leurs costumes, 
armures et blasons, des anciens comtes de Flandre. Exenipl. grand de 
marges et bien conservé ; il porte sur le titre la signature de Daniel 
Elzevir, 1682. 

136. Vecellio (C). De gli Habiti anticbi et modemi di diverse 
paru del mondo libri due, fatti da Cesare Vecellio^ et con dis- 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 309 

corsi da lui dichiarati. Venetia pressa Damian Cenaro^ iî590; 
in-8, mar. bleu, tr. dor. (Lortic) — 140 fr. Acheté par M. Dé- 
licourt. 

Première édition, fort rare. Superbe exemplaire, malgré de légers 
raccommodages aux premiers ff. Les 420 figures sur bois dont ce liyre 
est enrichi sont très-bonnes d*épreuye. — La marque de Pimprimeur 
ne se trouve pas à la fin du volume. 

137. Collection des costumes, armes et meubles pour servir à 
rhistoire de France depuis le commencement du v* siècle jus- 
qu'à nos jours, par le comte Horace de Vieil-Castel. Paris ^ 
1827 à 1832; 3 vol. gr. in-4, figures, demi-rel. dos et coins 
de mar. bleu^ non rognés. — 1 53 fr. Acheté par M. Délicourt. 

Belle publication imprimée sur papier vélin et ornée de trois cents 
planches qui sont, dans cet exemplaire, coloriées au pinceau avec soin 
et rehaussées d'or et d'argent. 

138. Costumes des xiu*, xiv* et xv* siècles, extraits des monu- 
ments les plus authentiques de peinture et de sculpture, avec 
un texte historique et descriptif, par Camille Bonnard. Paris, 
1829-30; 2 vol.gr. in-4, demi-rel. mar. bleu, non rognés.— 
230 fr. 

Deux cents planches dessinées et gravées par Paul Mercuri. Superbe 
exemplaire en papier vélin et dont les planches ont été coloriées avec le 
plus grand soin. 

139. Costumes historiques de la France d'après les monuments 
les plus authentiques, statues, bas-reliefs, tombeaux, sceaux, 
monnaies, peintures à fresques, tableaux, vitraux, miniatures, 
dessins, estampes, etc., avec un texte descriptif — précédé de 
FHistoire de la vie privée des Français, depuis Porigine de la 
monarchie jusqu'à nos jours, — et suivi d'un Recueil des pièces 
originales, rares ou inédites, en prose et en vers, sur le cos- 
tume et les révolutions de la mode en France ; par le bibliophile 
Jacob (Paul Lacroix) . Paris, 1852; 8 vol. gr. in-8, demi-rel. 
dos et coins de mar. bleu, tête dor. non rognés. — 195 fr. 

Bel exemplaire d*un recueil illustré de quatre cent quatre-vingts cos- 
tumes dessinés et gravés par Massard et coloriés avec soin. 

140. Les Arts somptuaires, histoire du costume, de Pamenble- 
ment et des arts et industries qui s'y rattachent, sous la direc- 
tion de Hangard-Maugé, dessins de Cl. Ciappori; introduction 



310 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

générale et texte explicatif, par Ch. Loaandre. Paris ^ Hangard- 
Maugé^ 1857; 4 vol. in-4 dont 2 de texte et 2 de planches, en 
or et en couleur, demi-rel. mar. bleu, non rognés, — 365 fr. 
Acheté par M. Henri Leroy. 

Superbe exemplaire de souscription. 

i43. Les incroyables et les merveilleuses à Paris, par Horace 
Vernet; in-fol. demi-rel. — 300 fr. 

Trente-trois planches gravées par Gatine et coloriées avec le plus grand 
soin. 

144. Quadrille de Marie Stuart, 2 mars 1829; in-fol. demi-rel. 
[Aux armes de la duchesse de Berry,) — 210 fr. 

Vingt-sept planches, dont le titre, dessinées, lithographiées par 
Eugène Lami et coloriées avec soin sous sa direction. Ce quadrille a été 
exécuté dans un haï donné par Mme la duchesse de Berry, qui re- 
présentait Marie Stuart. T^s autres personnages sont également repré- 
sentés dans leur costume. 

Cette publication privée, tirée à petit nombre, n'a pas été mise dans 
le commerce. 

157. Principes de caricatures, suivis d'an essai sur la peinture 
comique, par François Grose; trad. en franc., avec des aug- 
mentations. Paris ^ Ant,-Aug, Hcnouardy 1802; un vol. gr. in-8, 
pap. vél., veau viol. fil. tr. dor. — 67 fr. 

Ce volume est orné de 29 planches gravées à l'eau-forte qui se dé- 
ploient ; il n'a été imprimé qu'à deux cents exemplaires. 

254. Les OEuvres de Clément Marot. La Haye^ Ad. Moetjens^ 
1700, 2 vol. pet. in-12, veau marbré. — 101 fr. 

Bel exemplaire aux armes du duc de La Rochefoucauld-Liaucourt et 
grand de marges ; de la bonne édition sous cette date. 

25"). MicropœHio de Jean Parradin de Louhac. A Ly^n ^ par Jenn 
de Tournes^ 1546; pet. in-8, mar. brun, fil. tr. dor. [Durit.) — 
132 fr. 

Livre très-rare ; l'auteur dit au commencement que c'est avec le con- 
cours d'Estienn'' Pasquier qu'il publie ce recueil. H manquait à la riche 
collection de M. de Soleinne. 

256. Mai puériles de la Margneiitc des princesses, très- illustre 
RoynodeNdvarre (publié par S. Sylvius,dit de la Haye]. Lyon^ 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 311 

Jean de Tournes ^ 1547; 2 vol. in-8, fig. en bois, mar. rouge, 
fiJ. Ir. dor. {anc, rel.). — 400 fr. 

Exemplaire bien complet, avec les yi dieux des Dames de chez la Roy ne 
de Navarre allant en Gascogne; quatre derniers feuillets du second 
tome. — Mouillure. 

258. Le Siècle d'or et aatres vers divers (de Berenger de la Tour 
d'Albenas). Lyon, Jean de Tournes^ 1551; pet. in-8, vél. — 
485 fr. 

Volume fort rare, dont il n'y a pas d'autre édition. Belle impression 
eu caractères italiques. 

260. Le Tombeau de messire Jeaa de Voyer, vicomte de Paulroy, 
en plusieurs langues. Luteti«y Jo, Bienné^ 157i; pet. in-4 de 
48 pag., mar. bruif, comp., milieux, fil., tr. dor. — 3^0 fr. 

Très-rare. Exemplaire du poëte Qaude Nouvellet, qui a écrit et si- 
gné, sur la garde du volume, une épiiaphe inédite de la mère de Jean 
de Paulmy. — Les armes de la famille de Voyer sont gravées sur le 
verso du titre. 

261. Les Passetems de Jan- Antoine de Baïf. Paris^ 1573; in-8, 
car. — 400 fr. Acheté par le baron James de Rothschild. 

Superbe exemplaire à toutes marges et d'une parfaite conservation. 
On pourrait le croire en grand papier. 

26:2. Les Jeux de Jean-Antoine de Baïf. Paris, Imcos Breyery 
1572; in-8, v. mar. — 480 fr. Acheté par M. Edouard Bocher. 

Très-bel exemplaire. On remarque dans ce vol. Aniigone, tragédie ; 
le Brave, comédie; tEunuque^ comédie. 

265. La Jeunesse d'Estienne Pasqnier, et sa suite. Paris, Jean 
Petit-Pas, 1610; pet. in-8 de 8 ff. lim. et 799 p., veau fauve. 
— 120 fr. 

Très-bel exemplaire de ce recueil publié par André Ducbesue et 
conforme à la description de Brunet Manuel ; c'est-à-dire qu'il contient 
la Puce, les Jeux poétiques, la Main et autres poésies, plus le Monophile, les 
Lettres amoureuses, 

282. Contes et nouvelles en vers, par M. de la FonUioe. Àntster^, 
dam {Paris, Barbou), 1762; 2 vol. pet. in-8, mar. rouge, fil., 
tr. dor.— 610 fr. 

Edition faite aux frais des fermiers généraux; figures d'Eij>en, vi- 
gnettes de ChoiTard; bel exemplaire. 



312 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

292. Fables de La Fontaine. Paris [Crapelet)^ 1797; 6 vol. pet. 
in-8, V. marb. fil. tr. dor. — 240 fr. 

Exemplaire en papier Télin et en bonne reliure. 
Belles épreuves des 276 jolies figures de Simon et Coiny cpii accom- 
pagnent chaque fable. 

299. Les Chansons de Gaultier Garguiile ; nouvelle édition sui- 
vant la copie imprimée en 1631. Londres (Paris) ^ 1758; petit 
in-12, frontispice gravé, mar. rouge, fil. tr. dor. {Derome). — 
305 fr. 

Joli exemplaire de la bibliothèque de Pixérécourt. 

301 . Œuvres complètes de Béranger ; édition revue par Fauteur. 
Paris (Perrotin), 1856; dernières chansons; — ma biographie, 
1857; — musique, 1857; ensemble, 5*vol. gr. in-8, mar. r. 
fil, comp. tr. dor. — 150 fr. 

Superbe exemplaire. Édition illustrée de 53 gravures sur acier d'après 
Cb. Johannot, RafTet, portraits, fac-similé, etc. On a ajouté au yoI. de la 
Musique la suite des figures de Grandyille pour les chansons de Bé- 
ranger. 

308. (ouvres de maître François Rabelais, avec des remarques 
historiques et critiques de le Duchat; édition augmentée de 
nouvelles remarques et de plusieurs pièces curieuses. Amster-' 
dam^ 174i; 3 vol. in-4, v. marb. — 385 fr. 

Édition fort recherchée; elle est ornée de très-belles figures par Ber- 
nard Picard. 

310. Songes drolatiques de Pantagruel, par M* François Rabelais, 
suite de 61 planches gravées par Malapeau; in-4, cart. non 
rogné. — 21 6 fr. 

Volume devenu rare ; les planches ont été coloriées au pinceau en or 
et couleurs. 

314. Théâtre d'histoire, où avec les grandes prouesses et aventu* 
res étranges du noble et vaillant chevalier Polimantes, prince 
d'Arfine, se représentent au vrai, plusieurs concurrences fort 
rares et merveilleuses.... (par Ch. de Belleville). Bruxelles^ 
1610; in-4, veau fauve (anc, rel.). — 150 fr. 

Exemplaire proyenant de la bibliothèque de Guyon de Sardière, grand 
de marges. 

315. Les Amours de Psyché et de Cupidon,avec le poëine d'Ado*- 



:À 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 313 

nis, par La Fontaine. Paw, Didotjeune^sji III, gr. in-4, mar. 
r. fil. comp. doublé de moire {Bradel-Derome), —280 fr. 

Exempl. en grand papier Télin ; beau portrait de la Fontaine d'après 
Rigault et figures de Moreau en bonnes épreures. 

317. Mémoires da comte de Grammont, par Hamilton (avec des 
notes d*Horace Walpole), édition ornée de 72 portraits d'après 
les tableaux orignaux. Londres^ EdwardSy 1793; un vol. gr. 
în-4, mar, vert. fil. dent. tr. dor. {rel. anglaisé). — 549 fr. 

Bel exemplaire en grand papier Télin, avec 78 portraits et les notes et 
éclaircissements qui manquent souvent. On y a ajouté douze antres por- 
traits de Saint-Aubin (publ. par Renouard). 

322. Ingénue Saxancour, ou la femme séparée : histoire propre à 
démontrer combien il est dangereux pour les filles de se ma- 
rier avec entêtement et avec précipitation, malgré leurs pa- 
rents ; écrite par elle-même (par Rétif de la Bretonne). IJége 
et Paris ^ Maradan^MSd'j 3 vol. in-i2, demi-rel. v. fauve, non 
rognés. — 270 fr. 

Superbe exemplaire avec les pages 249-252 du tome III qui manquent 
souvent. « Cet ouvrage est le plus rare de tons ceux de Tauteur, dit 
M. Paul Lacroix ; Rétif, en effet, a dépassé dans ce roman toutes les 
bornes du cynisme le plus audacieux, puisqu'il y étale au grand jour 
rbistoire vraie ou supposée de sa fille ainée, qui avait épousé, malgré 
lui, cet assez vilain personnage nonuné Auge, qu'il a flétri dans tous ses 
ouvrages sous le nom de TEccbiné. > Voyez la Bibliographie des ou- 
vrages de Rétif de la Bretonne, par Paul Lacroix, page 313. 

32o. L'Année des Dames nationales, ou l'histoire jour par jour 
d'une femme de France; par Rétif de la Bretonne. Genève 
et Paris, 1791-1794; 12 vol. in-i2, demi-rel. mar. r. dos orné, 
doré en tête, non rognés. — 321 fr. 

Ouvrage curieux au sujet duquel il faut consulter la longue et inté- 
ressante notice de M. Paul Lacroix dans sa Bibliographie et iconogra- 
phie de tous les ouvrages de Rétif de la Bretonne, page 344. Il contient 
610 nouvelles et anecdotes toutes extraordinaires. — Cet exemplaire, 
en très-bon état, est entièrement conforme à la description qa*en donne 
M. Paul Lacroix, même avec la figure de la page 2861, représentant 
Texécution de Charlotte Corday (planche rare). O y a en tout 32 figures 
(costumes et sujets). 

335. Collections de romans et contes, imités de l'anglois, corrigés 
et revus de nouveau, par M. de la Place. Paris, CussaCj^l%%; 

2] 



314 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

8 vol. gr. m-8, mar. bl., lil. d. tr. dor. (Bozérian), — 
i 85 fr. 

Très-bel exemplaire en papier yélin relié sur brochure et proyenant 
de la bibliothèque de Pixérécourt. Belle suite de figures d'après Borel. 

347. Le décaméron de Jean Bocace (trad. en franc, par le Ma- 
çon). Londres [Paris)^ 1757j 5 vol, gr. in-8, mar. vert, fil. tr. 
dor. (Derome), — 605 fr. 

Édition fort recherchée pour les 110 figures, frontispices, cul»-de- 
lampe, etc., d*Essen, de Boucher, de Gravelot, dont elle est ornée. 

Cet exemplaire, bien conser-vé, est très-grand de marges, et avec les 
figures de premier tirage, avec un parafe imprimé au Terso. 

373. OEuvres de Scarron, Jmstfrdam, fFetsteirty 1752; 7 vol. 
pet. in-12, portr. et fig., brochés non rognés. — 180 fr. 

La plus complète des éditions de Scarron . 

376. OEuvres complètes de Tabbé de Voisen-in. Paris ^ Moutard, 
i78i; 5 vol. în-8, pap, fin, mar. rouge, fil. tr. dor., portrait. 
— 163fr. 

Exempl. de Pixérécourt. « Cet exemplaire, qui provient de la vente 
Duriez, avait appartenu à Naigeon. On n'en connaît pas d'autre sur pa- 
pier fin. » (Catalogue Pixérécourt.) 

382. OEuvres de Denis Diderot, publiées sur les manuscrits de 
Fauteur, par Jacq. André Naigeon, Paris^ imp. de Crapelet, 
1798; 15 vol. gr. in-8, veau fauve, fil. tr. dor. {Bozérian). — 
250 fr. 

Très-bel exemplaire en grand papier vélin; portrait d'après Greuze 
avant la lettre ; magnifique impression. 

390. Fables nouvelles, dédiées au Roy, par H. de La Motte. Paris ^ 

1719; 1 vol. gr. in-4, v. niarb. — 210 fr. 

Exemplaire en grand papier d'un volume auquel cent trois figures, 
dont il est orné, donnent un grand prix. La plupart de ces figures sont 
dessinées et gravées à l'eau-forte, |jar Gillot : quelques-unes sont gra- 
vées par N. Tardieu, d'après les dessins de C. A. Coypel; d'autres, des- 
sinées et gravées au burin par Bem. Picard. 

403. Fables nouvelles (par Dorât). Paris, 1773; 2 part, enl vol. 
gr. in-8, demi-rel. veau. — 405 fr. 

Bel exemplaire relié sur brochure de ce volume recherché pour les 
figures et vignettes d'Eisen et de Marillier dont il est orné. Frontispice 
de l'édition 1772 ajouté. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS 315 

425. Balzac. Physiologie da mariage ou méditations de philoso- 
phie éclectique, sur le bonheur et le malheur conjugal (par H. 
de Balzac). Paris ^ Levavasseur^ 1830, 2 tom. en 1 vol. in-8, 
demi-rel. — 105 fr. 

Première édition rare. ExempL imprimé sur papier jaune. 

463. Drouinean. Le manuscrit vert, par Gustave Dronîneau. 
Paris ^ Ch, Gosselin, 1832; 2 vol. in-8, demi-rel. y« rouge« — 
61 fr. 

Deux beaux frontispices d'après Tony Johannot gravés par Porret; 
épreuves sur chine. On lit sur le faux titre : A M. le baron Taylor de la 
part de Tauteur. G. Drouineau, 

485. Hugo. Odes et poésies diverses, par Victor-M. Hugo. Paris ^ 
1822; in-16, demi-rel. mar. rouge non rogné. — 69 fr. 

Édition originale, avec envoi à Ch. Nodier. On a relié à la snite : A 
ta colonne Vendôme^ ode par Victor Hugo. Paris, 1827; 15 pages (avec 
envoi de l'auteur à son ami le baron Taylor). 

487. V. Hugo. Les Orientales. Paris, 1829; in-12 de 365 pages, 
demi-rel. v. r., fig. sur papier de Chine. — 51 fr. 

Seconde édition originale, publiée la même année que la première 
avec une seconde préface datée en février 1829; on lit sur le faux titre : 
«r A mon ami Taylor. V. H. » 

488. V. Hugo. Marion Delornoe, drame (en vers). Paris, Eug. 
Rcnduel, 1831; in-8, demi-rel. v. f. — 68 fr. 

Première édition (sans frontispice gravé); sur le faux titre :(ir ATaylor, 
son ami quand même. V. H. » 

491 . V. Hugo. Les feuilles d'automne, par Victor Hugo, Paris ^ 
Renduel, 1832; in-8, demi-rel. v. f. — 102 fr. 

Édition originale, bel exemplaire avec le second titre où se trouve la 
figiu*e gravée sur bois par Porret, d*après le dessin de Tony Johannot. 
Sur le faux titre on lit : c A Taylor, son ami Y. H. i 

494. V. Hugo. Marie Tudor. Paris, Eug. Renduel, 1833; in-8, 
demi-rel. mar. — 41 fr. 

Edition originale (quatrième édition du titre), avec le superbe frontis- 
pice de Célestin Nanteuil et Tintitulé : Marie d^ Angleterre (voyez Asseli- 
neau, Biblioth, romantique), — Sur le faux titre : c A mon bon et ancien 
ami Tavlor. V. H. » 



316 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

495. V. Hugo. Lncrèce Borgia, Paris^ Eug. Rendael^ 1833; în-8, 
demi-rel. v. — 125 fr. 

Première édition très-rare. Éxempl. avec les figures, sur chine, dessi- 
nées et gravées à Teau-forte, par Célestln Nanteuil (royez Asselineau, 
Biil. ronumtique)» 

497. V. Hugo. Angelo, tyran de Padoue. Paris ^ Eug. Renduel^ 
1835; in-8, demi-rel, mar. — 80 fr. 

Première édition. Sur le titre : c A M. Taylor, son ami. V. H. » 

505. Jules Janin. Debureau. Histoire du Théâtre à qaatre sols, 
pour faire suite à Thistoire du Théâtre français (par Jules Ja- 
nin). Paris, Gosselin, 1832; in-12, tiré in-8, papier jonquille, 
figures gravées sur bois, par Porret et Cherrier, d'après les 
dessins de Cbenavart, Tony Johannot et Bouquet, cart. rogné. 
180 fr. 

Exemplaire unique de ce papier. Cette édition in-8 n'a été tirée qu'à 
25 exempl. (Elxemplaire de Pixérécourt, vendu 60 fr.) 

554. Martin (Henri). Ia vieille Fronde, Paris^ 1832; in-8, v. f. 
fil., non rogné [Bauzonnet). — 32 fr. 

Volume rare; sur le titre une gravure sur bois représentant le cardi- 
nal de Retz apaisant la populace ameutée. 

571. Nodier. OEuvres de Charles Nodier. Paris^ Renduel^ 1832- 
1834; 12 vol. in-8, demi-rel., v. fauve. — 100 fr. 

Première édition devenue rare, de ce recueil qui contient les ouvrages 
suivants : Jean Sbogar, 3^ édit. augmentée, corrigée et précédée d*une 
longue et intéressante notice préliminaire. — Le peintre de Salzbourg ; 
Adèle ; Thérèse Aubert, avec des préfaces nouvelles ; — Smarra, Trilby, 
Mélanges, Hélène Gillet. — La Fée aux miettes. — Le dernier chapitre 
de mon roman. — Mademoiselle de Marsan. Le nouveau Faust et la 
nouvelle Marguerite. L^ Songe d'or. — Rêveries. — Le dernier banquet 
des Girondins. — Souvenirs et Portraits, 2 vol. — Souvenirs de jeu- 
nesse. •— Contes en prose et en vers. - Inès de Las sieras. 

581 . Nodier. Journal de l'expédition des Portes de Fer, rédige par 
Charles Nodier, de rAcadémie française. Paris^ Imprimerie 
royale^ 1844; 1 vol. gr. in-8, cart., non rogné. — 145 fr. 

Superbe impression accompagnée de 193 figures sur papier de Chine, 
avant la lettre, et de vignettes dans le texte d'après Raffet, Decamp», 
Dauzat ; ce beau volume, rédigé sur les notes de S. A. H. le duo d'Or- 



I 
1 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 317 

léanSy n*a été imprimé qu'à cent exemplaires donnés en présent par la 
famille royale. — U est rare aujourd'hui. 

624. Thierry. Les enfants et les anges, poésies par Edouard 
Thierry. Paris, 1833; in-itf, avec 4 eaux-fortes, demi-rel. dos 
et coins de maroq. vert, tète dor. non rogné. — 200 fr. 

Très-rare rolume. 

648. Journal de Henri III, ou Mémoires pour servir à Thistoire 
de France, par Pierre de TEstoile. J la Haye (Parts) ^\lkk\ 5 
vol. in-8, portr. — Journal de Henri IV, publié par Lenglet 
de fvesnoj.A la Haye^ i74i; 4 voL in-8, port. Ensemble 9 
vol. pet. in-8, v. f. — 470 fr. 

Très-bel exemplaire dans sa reliure ancienne et avec tous les cartons, 
(^'^oy. le Manuel du libraire^) 

649. Recueil factice de huit pièces sur Henri III, roi de Ft*ance, 
en un \ol. pet. in-8, mar. rouge, fil. tr. dor. {Kœhler), — 
149 fr. 

Réunion précieuse de pièces rares et d'un grand intérêt historique. 
Savoir : 1 <> Advertissement aux catholiques sur la huile de nostre Saint- 
Père, touchant l'excommunication de Henrj* de Valois, Paris ^ Chaudière, 
1589. — 2o Arrestz et résolution des docteurs de la Faculté de Paris, 
sur la question, sçavoir s'il falloit prier pour le roy au canon de la 
messe. Paris, Binet, 1589. — 3° Responce du P. Dom fiernard à une 
lettre que luy a escrite Henry de Valois, en laquelle responce il luv re- 
raonstre chrestiennement et charitablement ses fautes, et l'exhorte à pé- 
nitence. 5. L, 1589. — 4* Remonstrances faictes par les officiers de Henrj- 
de Valois, aux lettres patentes qu'il a décernées portant mandement de 
l'aller trouver. S. L, 1589. — 5* Remonsirances d'un gentilhomme de 
Dauphiné, à Henry de Valois, pour le soulagement du pauvre peuple du 
dit païs. S. L. 1589. — 6* Lettre d'un gentilhomme françois envoyée à 
uiig seigneur catholique de la ville de Paris contenant au vray, Testât et 
succez des entreprises de Henry de Valois, contre l'Eglise catholique. 
Paris, 1589. — 7* La harangue prononcée à Henry de Valois, par un 
marchant de la ville de Tours. Paris^ 1589. — 8<^ Harangue faicte au 
roy, par un député particulier de la yille de Rouen dans son cahinet à 
Bloys. Paris, Vve Dalier^ 1588. 

656. Mémoires de M. d'Artagnan, capitaine-lieutenant de la pre- 
mière compagnie des mousquetaires du Roi, contenant quaniitc 
de choses particulières et secrètes qui se sont passées sous le 



318 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

règne de Louis le Grand. Cologne [à la sphère), 1701; 3 vol. 
in-12, vélin bl. — 125 fr. 

Bel exemplaire de ces mémoires très-curieax et rares. 

657. Recueil de pièces choisies satiriques, facétieuses et burles- 
ques relatives «^ la Frond*? et publiées en 1649, 1650; 62 pièces 
en 1 vol. in-4, veau niarb. fil. [Raparlier). — 210 fr. 

Ce recueil lavé et encolé contient plusieurs des pièces rares et singuliè- 
res signalées dans les mémoires, tellesque : Le pour et le contre delà c6ur 
(en vers). — La passion de la cour (parodie en vers d'un passage de la 
Passion et très- vive contre Mazarin). — Remonstrance à la reine sur la 
disette des bleds à Paris. — Les impiétés sanglantes du duc de Coudé. 
(Pamphlet odieux; on n'y voit que meurtres et viols attribués au prince; 
très-rare.) — Icon ou le tableau du tyran Mazarin. — L'amende honorable 
de Jules Mazarin des crimes qu'il a commis.... (2^> 000 personnes jetées 
en prison, dont 6000 seraient mortes de faim). — Les trahisons des- 
couvertes et le peuple vendu. — Ballade (de Marigny). — La nouvelle 
courante à la reine. — Contribution d'un bourgeois de Paris, etc., etc. 

713. Description historique de Paris et de ses plus beaux monn- 
raents, gravés en taille-douce par F. N. Martinet ; par Béguillet. 
Paris^ 1779; 3 vol. in-4^ demi-rel. v. fauve. — 215 fr. 

Bel exemplaire en grand papier. ^- Collection remarquable des met 
de Paris et surtout des monuments, édifices, palais, hôtels, etc., qui y 
sont représentés avec une fidélité singulière et joliment gravés. 

725. Histoire des chevaliers hospitaliers de S. Jean de Jérusa- 
lem, appelés depuis chevaliers de Rhodes et aujourd'hui de 
Malte; par Fabbé de Vertot. Paris^ 1786; 5 vol. in-4, v. fauve 
{anc. rel,). — 196 fr. 

Très-bel exemplaire en grand papier avec 70 portraits, 4 vignettes et 
8 cartes géographiques. 

766. L'illustre théâtre de Corneille. [Leyde^ Elzevir^ à la sphère); 
pet. in-12, d.-relié.— 300 fr. 

Ce volume, très-rare, se compose des pièces suivantes : Le Cui, 1644; 
— Horace, 1645; — Poljreucte^ 1644; — Cinna, 1644; — La mort de 
Pompée^ 164'»; — le Menteur, 1645; — La suite du Menteur^ 1645. 

776. Les satyres et autres œuvres du sieur Régnier. A Leyden^ 
chezJean et Daniel Elzevier, 1652; pet. in-12, mar. bleu, lil. 
tr. dor. {rel. angl,), — 335 fr. 

Kxeraplaire de M. Utterson, grandes marges. Hauteur, 4 p. 8 lignes. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 319 

785. OEuvres satyriques (sic) de P. Corneille Bifssebois. Leide 
{Elzev.)y 1676; sept parties en i vol., pet. in-12, mar., v., fil. 
dent, doublé de tabis, ir. dor. [Simier). — 3250 fr. 

Exemplaire provenant de la bibliothèque de Pixérécourt; il n^est pas 
seulement un des plus complets, mais il est un des plus grands de mar- 
ges connus ( à Tétat d'exempl.) la hauteur est de 129 millim. (il y a 
des témoins). 

786. L'Eugénie, tragédie, dédié à S. A. le prince d'Orange, par 
Pierre Corneille Blessebois. Leyde^ Jean Elzevier^ 1676; pet, 
in-i2, mar. rouge, fil. tr. dor. - - 200 fr. 

Petit volume très-rare. — Exempl. de M. de Soleinne. 

794. Les Essais de Michel seigneur de Montaigne, avec la Vie de 
l'auteur (écrite par Mlle de Gournay). Bruxelles^ Fr. Foppem 
{Elzevir)y 16fi9; ?* vol. in-i2, maroq. citr. fil. tr, dor. — 
160 fr. 

Édition recherchée ; le frontispice présente un portrait de Montaigne. 
Reliure d'Anguerrand. 

795. De la Sagesse, trois livres, par Pierre Charron. Leide^ chez 
Jeun Elzevier (sans date); pet. in-12, titre gravé, mar. orange, 
tr. dor. {reL anc, de Jjewis). — 155 fr. 

Bel exemplaire très-grand de marges de Tédition elzévîrienne la plus 
recherchée. Haut. 135 millim. Exempl. de la bibliothèque de M. Ar 
mand fiertin. 

798. Pierre Corneille. Son théâtre, suivant la copie imprimée à 
Paris [Amsterd,^ Abr, fVolfgang)^ 1663 à 1669; 13 pièces re- 
liées en maroq. rouge, fil. (Kxhler). — 48! fr. 

Superbes exemplaires non rognés. Savoir : La Toison étor^ 1662; •— 
Nicomède, 1663; — Rodogiine, 1663; — Héraclius^ 1663; — Andromède^ 
1663; — Pertharite^ 1663; — OEdipe^ 1663; — Sophonishe, 1663; — 
Don Sanche d:' Aragon, 1663; — Sertorius^ 1664; — Othon^ 1665; — 
Âgésilas^ 1666; — Attila, 1667. 

803. Le cabinet saiyrique ou recueil parfait des vers piquans et 

gaillards de ce temps (HolL^ à la sphère)^ 1066; 2 vol. pet. 

in-12, mar. rouge, fil. tr. dor. {anc. rel,). — 399 fr. A M. le 

coiute Foy. 

Joli exemplaire de l'édition elzévirienne recherchée. H. 4 p. 7 lign. 
796. Le moyen de parvenir, œuvre contenant la raison de ce qui 



320 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

a été, est et sera (par Beroalde de Verville). Imprimé cette 
année (sans date); pet. in-12, mar. rouge, fil. tr. dor. [Simier). 
— 150 fr. 

Édition elzéririenne de 348 pages, très-rare et recVierchée. Exempl. 
bien consenré et grand de marges. Haut. 132 millim. (4 p. 11 lign.). 

819. Les Œuvres de Monsieur Molière. Amsterdam^ Jacques le 
jeune [Elzewir, à la sphère) y 1679; 5 vol. — Les OEuvres pos- 
thumes de Monsieur de Molière. Âmsterd,^ Guill, le jeune [à la 
sphère) y 1689. 1 vol.; ensemble, 6 vol. pet. in-lâ, veau fauve, 
fil. tr. dor. — 250 fr. 

• Joli exemplaire, auquel on a ajouté la suite de figures gravées par 
Punt, d'après les grandes compositions de Boucher, en épreuves de toute 
beauté. 

828. Les conseils d'Ariste à Célimène, sur les moyens de conser- 
ver sa réputation, pièce très-curiense. La Haye^ 1687; pet. 
in-12, mar. citr. fil., non rogné [Thibaron], — 110 fr. 

Petit volume de la collection elzévirienne, rare dans cette condition. 
Dissertations singulières et galantes, dans le genre de P Académie galoRte, 

859. Maistre Pierre Pathelin restitue à son naturel : le Grant 
Blason des faulses amours (par Guill. Alexis); le Loyer des 
amours (par Guill. Crétin). Paris^ Galliot du Pré, 1532; in-16, 
lettres rondes, mar. orange, tr. dor. — 1420 fr. 

Une des plus rares éditions de Pathelin et un des volumes les plus re- 
cherchés de la série des livres imprimés en lettres rondes par Galliot 
du Pré. Cet exemplaire, grand de marges, est chargé de notes manu- 
scrites de Beauchamps et provient des bibliothèques de Pixéréconrt et de 
Soleinne ; tel qu'il doit être conservé. C'est un des volumes les plus rares 
et les plus curieux qu'on puisse désirer. 

863. Le Brave, comédie de Jan Antoine de Baïf, jouée devant le 
Roy en Thostel de Guise, à Paris, le XXXVIII de janvier 
MDLXVII. Paris y chez Robert Estienne, 1567; in-8, vél. 
— 655 fr. 

Très-bel exemplaire d'un volume fort rare. 

866. Essais de Hierosme d^Avost, de Laval, sur les sonets du di- 
vin Pétrarque, avec quelques autres poésies de son invention. 
Aux illustres sœurs Philippe et Anne du Prat et de Tiert. A 
Paris y pour Abel CAngelier^ 1584. — Poésies de Hierosm 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 321 

d^Avost, de Laval, en faveur de plusieurs illustres et nobles 
personnes, 1 583; 2 part, en 1 vol. in-8, mar. vert, tr. dor. 
{Duru), — 210 fr. 

Très -bel exemplaire d'un yolume fort rare, ainsi complet des deux 
parties et avec le feuillet qui contient le portrait gravé de Fauteur ; il 
provient de la bibliothèque de M. Cigongne. 

873. Jepbtéy ou le Vœu, tragédie traduite du latin de George 
Buchanan Escossois, par Florent Chrestian. Paris ^ Mamert Pâ- 
tisson^ 1587; — David combattant. David triomphant. David 
fugitif; tragédies sainctes par Loys Des Masures Toumisien; 
2 part, en 1 vol. pet. in-12y mar. vert, fil. dent, tr. dor. (De" 
rome). — 245 fr. 

Joli yolume provenant de la bibliothèque dePixérécourt. 

878. Les royales couches ou les naissances de Monsieur le Dau- 
phin et de Madame, composées en vers françois, par Claude 
Gamier parisien. Paris ^ Jbel fjàngelier^ 1604; pet. in-8, cart. 
— 265 fr. 

Bel exemplaire, grand Je marges^ d'un livre rare et un de ceux qui 
ne finissent pas à la page 212; il contient, de 213 à 226, le Chant de 
réjouissance en la neuviesme année de la réduction de Paris sous V obéissance 
du roy Henry III, 

885. Le Parnasse des plus excellents poètes de ce temps. Paris ^ 
Mathieu Guillemot^ 1618; 2 vol. in-12, mar. rouge, fil tr. 

{Lortic), — 205 fr. 

Bel exemplaire d'un recueil rare et très-difficile à trouver bien con - 
serve. Les deux volumes ont chacun un joli frontispice gravé par Léo- 
nard Gaultier et représentant le Parnasse. A la fin du second volume, 
après la table, il se trouve dix feuillets paginés séparément, précédés d'un 
avis de Timprimeur et qui comprennent des sonnets, épigrammes, stances 
par le sieur Brun ; par les intitulés de ces pièces de poésie, il semblerait 
que ce poëteest un Lyonnais. Ces 10 feuillets manquent ordinairement. 

886. Le théâtre d'Alexandre Hardy, parisien. Paris, 1626-1628; 
6 vol. in-8, V. marb. — 255 fr. 

Il est fort difficile de trouver des exemplaires complets du Théâtre de 
Hardy et il serait encore plus difficile d'en trouver un exemplaire dont 
tous les volumes soient grands de marges et en bon état. Cet exem- 
plaire, qui provient de la bibliothèque de Soleinne, est ainsi composé : 
Tome !•', Paru, Quesnei, 1626; — Tome H, 1632; — Tome IH, 1626; 



322 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

— Tome IV, de C imprimerie de David du Petit Val^ à Rouen ^ 1626; — 
Tome V, Paris, Fr, Targa, 1628; — Tome VI, Les chastes et loyales 
amours de Theagcnes et Chariclée, en hitict poèmes dramatiques ; Paris^ 
Quesnel, 1628. — En somme, cet exemplaire complet des frontispices 
gravés, des titres et des Tolumes, est également aussi bien conservé que 
possible. 

887. Les œuvres de N. Frenîcle, conseiller du Roy et gênerai en 
sa cour des nionnoyes. Paris^ 1629; gr. în-8, vél. dor. fil. tr. 
dor. [première reliure), — 299 fr. 

Superbe exemplaire en grand papier. On lit sur le titre : Pour la plus 
belle fille du monde et la plus ajmable, évidemment envoi autographe du 
poëte. M. Brunet annonce par erreur qu'il faudrait deux portraits à oe 
volume; c*est dans un autre livre du même auteur intitulé : Entretiens 
des illustres bergers que doivent se trouver ces deux portraits. Le volume 
ne se compose pas de \to\% parties, mais de deux seulement, et une table 
imprimée à la fin du volume le prouve : la première de 268 pages, la 
seconde de 172 et une table. 

888. Poésies de Malherbe, rangées par ordre chronologique , 
avec un discours sur les obli^^ations que la langue et la poésie 
ont à Malherbe et quelques remarques historiques et critiques 
(par Le Fevre de Saint-Marc). A Paris ^ de Vimpr, de Jos. 
Barbouj 1757; in-8, mar. bl., fil. tr. dor [Duru). — 135 fr. 

Bel exemplaire en papier de Hollande d'une édition très-estimée et 
bien imprimée. Joli portrait de Malherbe gravé par Fessard. 

905. Rodogune, princesse des Parîhes, tragédie par Pierre Cor- 
neille. Au Nord (Fersailles)^ 1760; in-4, mar. rouge, fil. tr. 
dor. dent, doublé de tabis. — 35i fr. 

Bel exemplaire de M. de Soleinne dans une bonne reliure ancienne. 
Cette pièce a été imprimée sous les yeux et dans l'appartement de Mme 
de Pompadour, situé au nord, dans le château de Versailles. La figure, 
d'après Boucher, a été gravée à Teau-forte par la marquise et terminée 
au burin par C.-N. Cochin. Ce volume a été tiré à uu petit nombre 
d'exemplaires pour être offerts en présent, 

918. Les œuvres de J.-B. Poquelinde Molière. Paris^ impr, de JP. 
Didot fatncy 1791; 8 vol. gr. in-4, papier vélin, cart. non 
rognés. — :210 fr. 

Magnifique édition, tirée à 250 exemplaires et très-rare aujourd'hui 
dans cette condition. Elle fait f>artie de la Collection des auteurs clossi- 
ques imprimés poivr C éducation du Dauphin, 



ÇRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 323 

927. Les Femmes sçavantes, comédie par J. B. P. Molière. Et se 
vend pour Vautheur h Paris ^ au Palais et chez Pierre Promé ^ 
1673; in-i2, cuir de Russie, (il. — 2500 fr. 

Édition originale. — Superbe exemplaire et dans une condition excep- 
tionnelle ; il est non rogné. 

928. L'Escole des femmes, comédie par J. B. P. Molière. Paris, 
Gabriel Quinety i663; in-12, figure, mar. rouge, tr. dor. — 
1205 fr. 

Édition originale de 6 feuillets prélimin, et 93 pages. 

935. Andromaque, tragédie (par J. Racine). Paris^ Théodore Gi- 
rard, 4668; in-42, v. fauve, fil. — 800 fr. 

Edition originale. 

936. Alexandre le Grand, tragédie. Paris, 4666; in-42, v. fauve, 
fil. (Kœlher), —200 fr. 

Edition originale. Taches et mouillures (laid). 

937. Les Plaideurs, comédie. Paris, Christ. Dapid^ 4869; in-42 
de 4 If. et 88 pages, veau fauve, fil. (Kœlher), — 200 fr. 

Édition originale fort rare. Un peu court de marges et les derniers 
feuillets refaits (laid). 

938. La Thebayde ou les frères ennemis, tragédie. Paris, Claude 
Barhin, 4664; in-42 de 4 ff. et 70 pages et le privilège, v. f., 
fil. [Kœlhr),— 400 fr. 

Édition originale. Médiocre exemplaire. 

939. Eslher, tragédie tirée de l'Écriture sainte (par Racine). Pa- 
ris, Denis Thierry, 4689; in-4, v. br. — 205 fr. 

Édition originale. — Figure par C. Le Brun, gravée par Sébastien 
Leclerc. 

940. Athalie, tragédie tirée de l'Ecriture sainte (par Racine). Pn-» 
ris^ Claude Bnrbin, 169i , in-4, v. br. — 205 fr. 

Edition originale. — Figure par J.-B. Corneille, gravée par J. Ma- 
riette. 

941. OEuvres diverses d'un auteur de sept ans (le duc du Maine) 
(publié par Mme de Maintenon, vers 4 686), s. 1. n. d., 2 part, 
en 4 vol. in-4, br. — 420 fr. A M. Bancel. 

Volume très- rare, imprimé à un petit nombre d'exemplaires. — i Ce 
recueil uVsl pas seulement précieux par sa rareté; il peut ajouter une 



324 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

page à l'histoire de Mme de Maîntenon, qui le dédiait, sous le nom de 
petit prince, à sa rivale, Mme de Montespan. Cette dédicace est de Ra- 
cine, » — Exemplaire de Pîxérécourt. Voyez les Mélanges tirés £unc 
petite biblioth, pàt" Ch. Nodier, 

943. Théâtre d'Edme Boursault; 1662 à 1694; 3 vol. in-12, mar. 

rouge, tr. dor., dont un anx armes du duc de Luynes et un 

antre aux armes de la comtesse de Verrue, — 300 fr. A M. le 

comte de Brissac. 

Recueil factice des éditions originales (et publiées par Tauteur); il 
provient de la bibliothèqne de M. deSoIeinneet contient dix'Sept pièces, 
savoir: 1* le Jaloux endormy, 1662; — 2* le Mort vivant, 1662; — 
3* le Portrait du peintre, 1663; — 4* les Nicandres, 1665; — 5* Les deux 
frères gémeaux, 1665; — 6* la Métamorphose des yeux de Philis, 1665; 
— V le Médecin volant, 1666; — 8* la Satire des satires, 1669;— 9* les 
Fables d'Ésope, 1690; — 10* Marie Stuart, 1691; — 11* la Feste de la 
Seine, 1693; — 12* Germanicus, 1694; — 13* la Comédie sans titre, 
1694; — 14» Phaéton, comédie, 1694; — 15» Méléagre, 1694; — 
16* les Mots à la mode, 1694; — 17° Ésope à la cour, 1708. 

948. Œuvres diverses de M. (J.-B.) Rousseau, nouvelle édition 
revue, corrigée et augmentée par lui-même. Amsterd.^ Fr, 
Changuion^ 1729; 3 vol. in-i2, mar. rouge, dent., fil. tr. dor. 

— Pièces dramatiques choisies et restituées par M*** (Rous- 
seau). Amsterd,^ Changuion^ 1734; in-12, front, gravé; i vol. 

— Comme deuxième tome de pièces dramatiques se trouve un 
volume dans lequel se trouve : Jasnn^ comédie; Vénus et Ado '^ 
nis^ tragédie ; le Flatteur^ comédie j sous la date de Rotterdam^ 
1712 (le frontispice est doublé). — (Théâtre de J. B. Rous- 
seau, tome III). Nouvelles œuvres de M. Rousseau, pour servir 
de supplément aux différentes éditions des ouvrages de cet au- 
teur. Amsterd,, Changuion^ 1735; 1 vol. ; ensemble 6 vol. in- 
12, mar. rouge, fil. dent. tr. dor. (Z)^A>/we). — 180 fr. A M. le 
comte de Brissac. 

Cette collection des oeuvres de J.-J. Rousseau est ornée de jolies figu- 
res de De Brie, et provient de la bibliothèque de M. de Soleinne. 

950. OEuvres de Regnard, nouvelle édition, revue, exactement 
corrigée, et conforme à la représentation. Paris, Muradan^ 
1790; 4 vol. gr. in-8, mar. vert, fil. comp. tr. dor. {rel. du 
temps). — 149 fr. 

Bel exemplaire ; bonnes épreuves des figures de Borel et Monsiau ; 
joli portrait. 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 325 

931 . OEuvres complètes de J. F. Regnard ; noayelle édition avec 
des variantes et des notes, et une notice (par G.-A. Crapelet), 
Paris [impr, de Crapelet)y Renouard^ 1822; 6 vol. gr. in-8, d.- 
rel. mar. bleu, non rognés. — 260 fr. 

Exemplaire sur grand papier Télin, dont il n*a ëté tiré que quatre- 
vingts exemplaires ; portrait gravé par Tardieu d'après Rigaud. On a 
joint à cette belle édition : !<> la suite des figures de Desenne, sur papier 
de Chine, avec lettres grises; 2° un portrait de Ficquet, avec marges; 
3^ un fragment autographe de Técriture de Regnard ; k^ la suite des 
figures de masques et bouffons de la Comédie italienne, 18 pièces gra- 
vées par Joullain, belles épreuves à toutes marges. 

952. La Sérénade, comédie (par Regnard). Paris^ Th, GuiUain^ 
1695; in-12, mar. ronge, tr. dor. — 153 fr. 

Édition originale. 

953. Les Folies amoureuses, comédie par M. R... (Regnard). 
Paris ^ Pierre Ribou^ 1694; in-12, mar. rouge, fil. tr. dor. — 
361 fr. 

Edition originale. 

955. Le Retour imprévu, comédie (par Regnard). Par/x,JP.i{/^ii 
1709; in-i2, demi-rel. — 150 fr. 

Édition originale ; bel exemplaire grand de marges. 

956. Le Légataire universel, comédie (par Regnard). Paris, Pierre 
Ribouj 4708; in-12, parch. {rel, originale) ; on pouvait, on de- 
vait y ajouter une figure. — 410 fr. 

Édition originale ; bel exemplaire à toutes marges. Il ne faut certaine- 
ment pas de figure à cette édition. Qu'on en trouve des exemplaires 
avec une figure, c'est facile à comprendre, puisqu'à la même année il a 
paru une édition collective avec des figures à chaque pièce. 

961. OEuvres de Crébillon. Paris^ Jnt.^Jug, Renouard^ 1818; 
2 vol. gr. in-8, portrait par A. St-Aubin, br. non rognés. — 
275 fr. 

Exemplaire imprimé sur papier vélin, avec doubles figures gravées 
à Teau-forte et avant la lettre, d*après Moreau. 

963. Œuvres de théâtre de M. de Marivaux, de l'Acadéniie 
françoise. Par/>, 1758; 5 vol. —Les comédies de Marivaux, 
jouées sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, par les comédiens 



326 BULLETIN OU BIBLIOPHILE. 

italiens ordinaires du Roy. Paris ^ 1732; 2 voL Knsemb. 7 voL 
in-12, mar. vert, fil. tr. dor. {anc, rel.), — 255 fr. 

Exemplaire relié aux armes de Laborde de Mér^ ville. Chaqae pièce 
est paginée séparément. En tôte du premier volume du théâtre se trouve 
un joli portrait. 

966. Œuvres de M. (Fenouillot) de Falhaire; in-8, mar. rouge, 
fil. tr. dor. (anc, rel.), — 250 fr. 

Ce volume contient : L^hounéte cripainel, drame en prose. Paris ^ 
1768 (5 fig.); — les Deux avares, comédie en prose, mêlée d^ariettes, 
représentée à Fontainebleau devant Sa Majesté les 27 octobre et 7 no- 
vembre 1770; la musique est de M. Grétry, Paris^ 1770 (une fig.); — 
le Fabricant de Londres, drame en cinq actes et en prose, représenté à 
la Comédie-Française. Paris ^ 1771 (5 fig.). 

Ce bel exemplaire en papier de Hollande provient de la bibliothèque 
de M. de Soleinne. Les onze charmantes figures qui ornent ce volume 
ont été gravées sur les dessins de Gravelot, par Delaunay, Binet, Levas- 
•eur, de Longueil et Simonet. 

967. Œuvres de théâtre de M. de Boissy, de rAcadémie française. 
Paris ^ 1766; 9 vol. in-8, mar. vert, fiL tr. dor. {anc, rel,). — 
\ 85 fr. 

Exemplaire de Pixérécourt.On lit au catalogue de cette bibliothèque : 
c Exemplaire de la princesse de Lamballe, acheté à la vente de Florian.» 

969. Œuvres anonymes (de Mme la comtesse de Montesson). 
Paris, Didoty 1782; 7 voL gr. in-8, veau écail, fil. tr. dor, 
(Derome), — 150 fr. 

Tiré à très-petit nombre. Le Théâtre ^ contenant cinq volumes, est 
complet ; les Mélanges, ne formant qu^un volume quoiqu*il soit tome I^', 
sont également complets; vignette sur le titre. Cet exemplaire provient 
de la bibliothèque de Pixérécourt. 

977. La Folle journée, ou le Mariage de Figaro, comédie en cinq 
actes, en prose, jiar M. de Beaumarchais, représentée pour la 
prcojière fois par les comédiens français ordinaires du Roi, le 
27 avril 1784. (Kehl^ de fimpr. de la Société littéraire typo- 
graphique et se trouve h Paris rkez Jiuault)^ il SH-y gr. in-8, de- 
mi-rel. mar. rouge, non rogné. — 238 fr. 

Très-bel exemplaire en grand papier vélin ; les cinq figures de Saint- 
Quentin sont en très-bonnes épreuves. On y a ajouté ciuq figures gra- 
vées par Naudet. 



PRLX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 327 

1023. The dramatic works of Shakespeare, revised by Georges 
Steevens. London^ printed by Bulmer for Btyydell (1791), 1804; 
18 lom. en 9 vol. gr, in-fol., cuir de Russie, fil. {rel, angl,). 
— 501 fr. 

Magnifique édition dédiée au roi Georges III, ornée de 97 belles gra- 
vures d*après Westall, Hamilton, Smirke, Stothard et autres. C'est un 
monument typographique élevé à la gloire de Shakespeare, comme Ta 
été en France le Racine de P. Didot. 

1063. Ballet comique de la Royne, fait aux nopces de Monsieur 
le duc de Joyeuse et madamoyselle de Vandemont sa sœur, par 
Balthasar de Beaujoyeulx, valet de chambre du Roy et de la 
Royne sa mère. Paris ^ par Adrien Le Roj^ Robert Ballard et 
Marner t Pâtisson^ 1382; in-4, veau marb. [Aux armes du comte 
de Roche fort'Brancas.) — 393 fr. 

Exemplaire bien conservé et complet de ce livre curieux et fort re- 
cherché. Ce volume est orné de 27 planches è Teau-forte, dont quelques- 
unes, plus grandes que le format du livre, sont toujours plus ou moins 
atteintes par le ciseau du relieur. 

1075. Théorie et pratique de la danse en général; de la compo- 
sition des ballets, de la musique, du costume et des décorations 
qui leur sont propres, par M. Noverre; in-fol. de 73 S.j dos 
de mar. rouge, non rogné. — 80 fr. A M. Nuitter. 

Beau manuscrit inédit, entièrement écrit par le chevalier de Bemy, 
sous la direction de M. Noverre; enrichi d'une quantité d'ornements 
calligraphiques de la plus remarquahle exécution et précédé d'une 
lettre autographe signée de M. Noverre, datée du 20 février 1790; on y 
a ajouté un très-joli portrait de l'auteur gravé par Imbert de Champ 
Real. 

1080. La magninca et triumphale entrata del christianiss. Rei di 
Francia Henrico secondo, fatta nella nobile et antiqua citta di 
LyoTie à luy et à la sua sereniss. consorte Chaterina alli 25 di 
sept. 1548 : mlla particulare descritione délia comedia che 
fece recitare la Nacioue Fiorentina à richiesta di Sua Maesta 
Christianissima. In Lyone^ appresso Gulielmo Rouillio^ 1549; 
in-4 de 58 ff., cart. ital. fig. sur bois, vél. bl. — 260 fr. A 
M. Délicourt. 

Très -bel exemplaire d^un livre curieux et rare. Cette traduction ita- 
lienne fut publiée ftar G. Rnnil*e, en mémo temps que la relation fran- 



328 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

çaise, composée par Maurice Scèye. Les 15 figures sur bois, dont le to- 
lume est orné, sont les mêmes que celles de Tédition française, exécutées 
par le petit Bernard. Le traducteur ne s*est fait connaître que par les 
initiales de son nom F. M., imprimées en date de la dédicace à Franc. 
Vissino de Padoue, datée du 1*' mars 1549. Le catalogue de M. Âmb.- 
Firm. Didot ne donne à ce liyre que 57 feuillets, au lieu de 58 qu'il 
contient réellement : ce qui ferait croire que la dédicace manque, dans 
Pexemplaire cité n^ 496 de ce catalogue. 

i087. Le Bouquet royal, ou le parterre des riches inventions qui 
ont servy à Fentrée du roy Louys le Juste en la ville de Reims, 
par M. Bcrgier, augmenté des cérémonies gardées et observées 
en son sacre, fait le 17 octobre 1610, et de plusieurs autres 
recherches curieuses, par P. de la Salle. Reims^ chez Simon de 
Joigny^ 1637; in-4, v. fauve, fil. tr. dor. — 220 fr. 

On trouve à la fin du volume un poëmc intitulé : la Nymphe rémoise^ 
qui fut composé à l'occasion de l'entrée de Louis XIII à Reims, par J. 
Dorât, chanoine de Téglise de Reims. Exemplaire de la bibliothèque de 
Cb. Sauvageot. 

1088. Les réjouissances de la paix faite dans la ville de Lyon, 
le 20 mars 1660. Lyon^ G, Barbier et Jacq, Justet^ 1669; in- 
fol. de 3 ff. et 59 pag., planches, v. marbr. fil. {Aux armes 
de la ville de Lyon.) — 140 fr. 

Cette relation rare des fêtes célébrées k Lyon, à l'occasion de la paix 
des Pyrénées, est ornée d*armoiries sur le titre et de dix-huit belles plan- 
ches représentant la cavalcade faite pour la publication de la paix, et les 
feux d'artifice tirés dans les divers quartiers de la ville. On y trouve la 
liste des magistrats de Lyon, des capitaines et autres officiers de la milice 
bourgeoise, ainsi que des gentilshommes qui coururent la bague. Les 
derniers feuillets contiennent des Advis nécessaires pour la conduite des 
feux d'artifice. Cette partie, de 1 6 pages, est fort curieuse. 

1091. Sacre et couronnement de Louis XVI, roi de France et de 
Navarre à Reims, le 11 juin 1775; enrichi d*un grand nombre 
de figures en taille-douce, gravées par le sieur Patas. Paris^ 
i775; in-4, mar. rooge, fil. tr. dor. {Aux armes du Roi.) — 
300 fr. 
Exemplaire parfaitement conservé dans sa bonne reliure ancienne avec 

fleurs de lis. Belles épreuves. 

1186. Décorations de l'Opéra; 1 vol. gr. in-fol. deni-reK v. f. 
— 200 fr. 
Recueil factice de 25 dessins ou d'estampes ; dont les dessins de Caron 



PRIX COURANT DE LIVRES ANCIENS. 329 

pour le ballet de Joconde et pour Moise •— plusieurs estampes coloriées 
pour Topera italien des Derniers jours de Pompéi^ — quatre beaux des- 
sins pour le Siège de Corinthe^ etc. 

1188. Scènes de théâtre, i44 pièces montées en 1 vol. très-gr. 
in-fol. demi-rel, v. f. — 1005 fr. 

Recueil factice d*une grande importance; il se compose alternativement 
de dessins originaux (32), de croquis, d'estampes, d*eaux-fortes et de li- 
thographies d'après les dessins des grands artistes contemporains. Il 
serait bien difficile dans une simple note de catalogue de mentionner 
tout ce que ce recueil renferme de curieux et même de précieux ; toutes 
les pièces qui s'y trouvent ont été recueillies avec soin et proviennent 
pour la plupart de la collection deM.deSoleinne, où elles étaient portées 
au catalogue sous des numéros séparés. 

1191. Costumes et annales des grands théâtres de Paris, accompa- 
gnés de notices intéressantes et curieuses (rédigé par M.Hilliard 
d'Auberteuil jusqu'au 27, numéro de la première année et con- 
tinué par Le Vacher de Charnob). Paris^ 1786 à 1789; 7 vol. 
in-8, demi-rel. v. fig. et musique. — 420 fr. 

Bel exemplaire complet, contenant les 176 figures en très-bonnes 
épreuves. Cet ouvrage, qui paraissait tous les samedis par numéros, pu- 
bliait chaque année ^8 numéros, chacun d'une demi-feuille d^impression, 
et 36 planches de musique. La collection (il n*a été publié que 32 numé- 
ros de la quatrième année) est difficile à trouver complète. Les portraits 
et les costumes gravés en couleur d*après Dutertre, Duplessis-Bertaux et 
Chéri^ par Janinet, Alix, etc., sont d'une remarquable exécution. 

1192. Petite Galerie dramatique, ou Recueil de différents costu- 
mes d*acteurs des théâtres de Paris. Paris ^ Martinet (environ 
1810-1842); 14 vol. in- 4, dos et coins de mar. rouge, dent, 
non rognés. — 1226 fr. C'est M. Albert Vizentini qui Fa 
acheté. 

Superbe exemplaire pour le choix des épreuves et le coloris; il pro- 
vient de la bibliothèque de M. de Soleinne. Cette collection compiend 
1400 gravures coloriées; est fort rare ainsi complète. Il faut répéter 
ainsi complète^ parce que c'est le seul exemplaire connu aussi complet. 
Qu'on y ajoute les 2 volumes suivants, d'un autre format, publiés par le 
même éditeur, tout est pour le mieux ; mais la collection en 14 volumes 
in-4 ne figure nulle part, et est ainsi complète, 

1 193. Recueil des costumes des divers théâtres de Paris, dessinés 
par Joly^ Horace Verne t. Carie (le baron Taylor et autres), 

22 



330 BULLETIN DU BEBLIOPfflLE. 

publiés par Martinet; 400 figures en pied, reliées en 2 vol. gr. 
in-8, dos et coins de maroq. br. dent. fil. — 440 fr. Acheté par 
M* Délicourt. 

Cette superbe collection, dont les planches ont été coloriées avec le 
plus grand soin et rehaussées d*or et d'argent , provient de la bibliothè- 
que de M. de Soleinne. 

1197. Musée des costumes par Gavarni et Gh. Vemier; 302 figu- 
res coloriées, représentant les acteurs et les actrices des théâtres 
de Paris dans leurs rôles principaux. Paris ^ Auber et de Junéa; 
2. vol. in-4, demi-rel. v. fauve, non rognés. — 230 fr. 

Collection complète; c*est une des plus soignées qui aient été £Eiites, 
tant pour le dessin que pour le coloriage. Exemplaire provenant de la 
bibliothèque de M. de Soleinne. 

1198. Galerie théâtrale, ou collection de portraits en pied des 
principaux acteurs qui ont figuré ou qui figurent sur les trois 
théâtres de la capitale (texte attribué à de Saignes). Paris ^ 
Bance^ 4 812-1823; 2 vol. (Le même), tome troisième. Paris ^ 
Bance^ 1834. Ensemble 3 vol» gr. in-4, demi-rel. mar. rouge, 
non rognés. — 201 fr. 

Exemplaire de M. de Soleinne en papier vélin et dont les 96 plan- 
ches qui ornent les deux premiers volumes ont été coloriées avec le plus 
grand soin au pinceau en or et couleur; la continuation n*est pas colo» 
riée. Il y a en tout 144 planches. Il serait fort difficile de trouver un 
aussi bel exemplaire et ainsi complet. 

1201. Fantaisies du chapeau de Tabarin. Ouvrage rare et non- 
veau, contenant plusieurs dessins de merveilleuse récréation, 
sous divers caprices et gentillesses, représentés en Tindustrieuse 
découpure d'un chapeau, inventé par D. Boutemie, orfèvre du 
Roy pour les inventions de son cabinet. Dédié au Roy. Paris ^ 
Moncornet^ 1636; in-4 obi., dos et coins de mar. r. tète dor.— - 
250 fr. 

Suite complète très-rare de vingt pièces gravées sur cuiyre, parfaite- 
ment conservées et de premières épreuves. Ces figures fantastiques, 
hommes et femmes coiffés du chapeau multiforme de Boutemie, sont 
d'un excellent goût de composition, et la pureté des tailles de la gra- 
vure rappelle la manière ferme et large de Callot. 

1208. Costumes de l'Opéra au xvui* siècle; 5 vol. gr. in-folio, 
demi-rel. v. — 5500 fr. Acheté par M. Nuitter pour la biblio- 



PRIX COURANT DE LIVRES AKCIESS. 331 

thèque de l'Opéra. Plnsienrs amalenrs se sont retirés devant le 
vcea formé par le directear de l'Opéra d'acqnérir cette collec- 

Précieuse collection de 438 desnns originanx d'habillementi de thél- 
Ire pour rOp^ et mrtuDt pour le* spectacles de la cour. Elle a dii faire 
partie des archives dt^ mennt plaisirs du rot. Une grande quantité de 
ers dessins portent les noms des danseurs et danseuses, les indications 
des couleurs etdes difTérentes parties du coslome et de* accessoires néces- 
saires, écrites par les tnaitre» costumiers. Ces dessins au trait, à l'encre 
de Chine et en copieurs, sont dus aux grands artistes du lègne de 
Louis XV et de Louis XVI, de l'école de Boucher, de Watleau, de 
Gillol, de Lancret, d'Eisen, etc., quelques-uns même portent la signa- 
ture de Boucher. On remarque les dates de 1765, 1766, 1772 et 1772 
sur plusieurs de ces dessins, avec l'indication de Foutatnebleau. 
1S34. Collection of prints from pictures painied for tbe purpose 

of illustratiug the dramatic worts of Shakspeare by the arlist 

of Great Britain. london, i803; i vols ia-fol. loax. rel. — 

2500 fr. 

Collection de cent plancbet, gradée» d'après les dessins et tableaux de 
Fuseli, Northcote, Augrlica KaufTuiann, W^ilt Peters, B. Westall, Th. 
Slothard, etc. Ces superbes estampes sont accompagnées ici de leurs 
eaux-fortea, ce qui fait deux cents planches en tout. Cette collection est 
surtout précieuse par la qtialité des épreuTes de ce picnuer tirage et U 
série des eaux-fortes qui y eu aussi complète que celles de Boydell lui- 
mcmc li'jjuée au Britisli Muséuui, 



CHRONIQUE 



Mecbologib. — Les décès les plus importants survenus depuis 
notre dernière chronique sont ceux de M. Edouard d'Anglemont, 
poëte et auteur dramatique, né à Pont-Audemer en 1 798 ; Eudore 
Soulié, né en 1817 à Toulouse, mort conservateur du Musée 
de Versailles. Ëud. Soalié a publié divers travaux historiques, 
entre autres un volume de Recherches sur Molière et sa famille 
(1863) qui a fait faire un pas à la question mol i éresque (c'est kcon" 
tre-cœur que nous nous servons de cet adjectif, mais Ton nous 
affirme qu4l est adopté et il se faut soumettre) . Nous citerons en- 
core A. de Cailleux, artiste et écrivain, mort âgé de quatre-vingt- 
huit ans, après avoir été directeur général des Beaux-Arts, de 1 8(àl à 
1848. Nos lecteurs se souviennent sans doute de quelles invectives 
son administration a été l'objet, principalement en ce qui touche 
l'organisation des expositions annuelles de peinture, et il n'a pas 
fallu moins que Tabandon aux artistes eux-mêmes de cette orga- 
nisation pour réhabiliter et au delà, auprès des observateurs et 
même des intéressés, l'administration de M, de Cailleux. 

Nous mettrons sous la même étiquette deux littérateurs (est-ce 
bien littérateurs qu'il faut dire ?) qui avaient « fondé leur cuisine » 
sur le fanatisme antireligieux, Alph. Esquiros et J. Assézat. Es- 
quiros, prôné comme homme politique par les gens de lettres 
et comme écrivain par les hommes politiques de son parti, a 
publié un nombre considérable de brochures que l'oubli réclame 
déjà, bien que plusieurs d'entre elles aient été faites en colla- 
boration avec Mme Esquiros, née Battanchon. Nous ferons pour- 
tant une exception en faveur des travaux d' Esquiros sur la F'ie 
anglaise et hollandaise, publiés sous TEmpire dans la Revue des 
Deux Mondes et qui donnent la mesure de ce que cet écrivain 
aurait pu faire, s'il était parvenu à se dépouiller de ses préoccu- 
pations haineuses. L'autre littérateur dont nous annonçons le dé- 
cès cbt Jules Assézat, mort avant d'avoir terminé l'édition en cours 
de publication des Œuvres de Diderot, Asaézaii s'était, comme l'in- 
dique cette édition, voué au culte du dix-huitième siècle, à la 
propagation et à la défense de ses doctrines. Admirateur d'Helvé- 



CHRONIQUE. 333 

tius, d'ITolbach et de Condorcet, il était né ou s'était fait voltigeur 
de la philosophie matérialiste et son séide rétrospectif, au point 
de prendre au sérieux des fantaisies (le seizième siècle appelait 
cela declamatio) comme \ homme-machine de La Mettrie. 

Nous avons gardé pour la fin de notre liste nécrologique, 
Théoph. Silvestre, qui avait, lui, un véritable tempérament d'é- 
crivain. £n attendant la notice promise par IM. H. Babou (n® du 
29 juin de la Vie littéraire) sur « ce singulier Polyeucte trop 
souvent hanté par un petit Machiavel », nous rassemblons sur lui 
quelques notes prises çà et là. Th. Silvestre était né dans l'Ariégc 
en 1823. Après un commencement de carrière politique (1848- 
i85i), il se consacra à la littérature et publia en 1835 une His- 
toire des artistes vivants qui le mit de plein saut au meilleur rang 
des critiques d'art. De 1857 à 1860, nous le trouvons à l'étranger, 
chargé de missions concernant les beaux-arts et dont il parait 
s'être acquitté d'une manière remarquable. Mais c'est en 1861 
seulement qu'il commença à être connu du public des lecteurs par 
l'apparition dans le Figaro de ses Portraits critiques. Celui de 
ces portraits consacrés à Ingres, et qui n'est autre chose qu'une 
satire passionnée, accuse déjà les qualités d'écrivain qui se re- 
trouvent un peu plus tard dans le portrait célèbre et éternellement 
cité de M. Barbey d'Aurevilly. 

Pour revenir au principal ouvrage de Th. Silvestre, V Histoire 
des artistes vivants^ en onze livraisons, dont la dernière est consa- 
crée à Horace Vernet, doit être complétée, à ce que nous apprend 
\di Revue anecdotique du 1*' semestre 1862, par un Mémoire de 
M. Th. Silvestre^ inspecteur des beaux-arts en mission, appelant y 
contre Horace Vernet^ peintre de V Institut, intimé^ in-(i® de 24 
pages, imprimé par Pillet fils aîné, lequel mémoire se trouve dif- 
ficilement, ayant été supprimé par autorité de justice. En outre, 
il faut, d'après la même Revue, vérifier si la page 262 de V His- 
toire des artistes vivants a échappé à un carton rendu nécessaire 
par des détails au moins inutiles sur les relations de l'auteur avec 
la célèbre Bais^neuse de Courbet. 

Au moment de clore cette liste funèbre, nous apprenons la mort 
d'Eug. Fromentin, décédé à Saint-Maurice, près de la Rochelle, 
dans sa cinquante-septième année. Fromentin, qui nous appartient 
comme homme de lettres, a sollicité, d'autre part, l'attention du 
public comme peintre, et il serait difficile d'apprécier sa valeur en 



• 334 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

isolant chacun de ces deux aspects, tant cette double aptitude 
marchait en lui d*un pas égal et arrivait à des résultats quasi 
identiques, sinon quant au succès qui a été plus vif pour son pin- 
ceau que pour sa plume. Il serait intéressant de jeter un coup 
d'oeil rétrospectif sur les peintres qui ont cherché, comme lui, un 
second déversoir à leur inspiration. La forme poétique a été leur 
plus ordinaire refuge, et Michel-Ânge dans ses Sonnets^ Salvator 
Rosa dans ses Satires^ n'ont pas été trop an-dessous d'eux-mêmes. 
D'autres se sont essayés dans la critique d'art et nous avons en- 
core présent à la pensée le contraste peut-être plus apparent que 
réel qui existe entre la peinture d'aspect tourmenté d'Eug. Dela- 
croix et la placidité de ses jugements et de son style. Rien de pa- 
reil assurément chez Fromentin , qui a constamment procédé du 
même pas et qui est parti des mêmes qualités pour arriver, il faut 
bien le dire, aux mêmes défauts. 

Nous avons prévenu nos lecteurs qu'il était impossible de scin- 
der la personnalité de Fromentin et que ses œuvres littéraires n« 
pouvaient être appréciées indépendamment de ses œuvres pitto- 
resques — ou picturales. Nous aurons donc à parler de ces der- 
nières, et elles nous expliqueront, au besoin, ses livres. Prenons, 
par exemple, le début de sa carrière de peintre. C'est, si nous ne 
nous trompons, au Salon de 1850 et dans les années suivantes que 
l'artiste apprend son nom au public par une abondante production 
de très-petits tableaux étincelants de verve et qui reproduisent 
avec un rare bonheur des vues et des scènes d'Afrique. Là est la 
meilleure époque de Fromentin. A cette production correspond 
son premier livre, Un été dans le Sahara^ qui se distingue par les 
mêmes qualités de légèreté de touche et de fidélité de rendu. 

Quelques années se passent et l'ambition du peintre se hausse. 
Aux petites figures de ses premiers tableaux , à ses bonshommes^ 
il tente de substituer des personnages plus importants; il étend les 
dimensions de ses cadres, mais à ce moment il se trouve arrêté 
par un obstacle invincible , le manque d*ëtudes sérieuses. L'ana- 
tomie, le modelé et bien d'autres choses encore laissent à désirer. 
Ainsi en est-il de son second livre. Une année dans le Sahel, Ce 
ne sont déjà plus les qualités primesautières du précédent volume. 
Il y a effort de composition, recherche de style , mais on sent ce 
qui manque à l'écrivain improvisé, et cet effort n'est pas toujours 
couronné de succès. 



CHRONIQUE. 335 

romentin poursuit son escalade désespérée. Il grandit encore 
les dimensions de ses figures {Berger arabe à cheval y portant un 
agneau) ; il se retourne vers l'antiquité [Centaures et Centauresses) : 
peines perdues ! Il ne vit plus, pour ceux qui n'acceptent pas les 
jugements tout faits, que sur son ancienne renommée. Presque pa- 
rallèlement éclate son grand avorlement littéraire, le roman de 
Dominiqu€y insuffisant à tous les points de vue, rare principa- 
lement par Tennui. 

De ce moment, il a dû vivre pour une double revanche. L'a- 
t-il prise ? C'est ce que nous n'oserions affirmer ; mais on voit 
poindre encore dans ses nouvelles productions les dispositions 
qu'ont ses qualités et ses défauts à passer de ses tableanx dans ses 
livres et çice versa. Les paysages hollandais de son gros dernier 
volume , les Maures et autrefois , rappellent , par leur indécision , 
leur absence ôi' empâtement et d^effet , les deux Vues de Venise du 
Salon de J874. Quant à la partie critique du livre , elle appelle, 
pour être réfutée, une compétence qui n'est pas de notre fait. 
Tout au plus pourrait-on avancer que ses conclusions générales 
sont pénibles à dégager et qu'il semble avoir traité d'un peu haut 
des maîtres comme Rembrandt , dont il aurait dû se borner 
à dire, comme Stace de Virgile : 

Sed longe sequere et vestigîa semper adora. 

Quoi qu'il en soit, et pour nous en tenir rigoureusement (il n'est 
que temps I) à l'appréciation littéraire^ nous ne terminerons pas cette 
courte notice sans tenir compte à l'écrivain de ses qualités aima- 
bles, de son style qui dénote l'honnête homme, et de l'effort con- 
stant qui s'y manifeste, l'effort, chose honorable entre toutes, quel 
que soit le résultat obtenu ! Son premier livre a une place assurée 
dans toutes les bibliothèques. Peut-être que l'auteur, éclairé par 
un travail qui n'a été que trop assidu, <eût repris ses premiers er- 
rements et retrouvé son incontestable talent en rentrant dans un 
ordre de sujets moins ambitieux , mais plus en rapport avec ses 
forces naturelles et acquises. Il est pénible de penser que la mort, 
et une mort prématurée, nous a privés de ce regain. Au moins le 
peintre-écrivain qui s'en va a-t-il eu le suprême honneur et bon- 
heur de n'avoir jamais prostitué son pinceau ni sa plume et d'être 
aussi pur de tableaux lascifs que de livres malsains. C'est quelque 
chose ! 



836 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Publications noutelles. Une réimpression récente vient de 
mettre en lumière une des plus charmantes figures de femme da 
dix-septième siècle. Il s'agit de Charlotte-Amélie- (ou Emilie) 
Henriette de la Trémoille, dont les Mémoires manquaient au 
musée féminin de cette grande époque. Mlle de la Trémoille, née 
le 28 juillet 1652, n'a pas laissé de traces dans l'histoire officielle, 
dans celle que Monteil appelait l'histoire-bataille, mais son souve- 
nir se rattache à une des plus délicates tentatives qui aient mar- 
qué dans notre littérature : nous voulons parler de la publication 
des Portraits àe Mademoiselle de Montpensier. On sait qu'en 1659 
la Grande Mademoiselle publia, aidée par Tévêque d'Avranches, 
Huet, un recueil in-4®. Divers portraits^ qui reparut la même 
année, considérablement augmenté, chez les libraires Barbin et 
Sercy, avec le titre de : Galerie de peintures, ou recueil de por^^ 
traits et éloges, en vers et ^n prose, 2 parties in-12. Or, au nom- 
bre de ces portraits^ figure celui de Mlle de la Trémoille, peinte 
par elle-même au mois de juin 1658, c'est-à-dire à l'âge de six 
ans moins un mois. Nous avons pensé que nos lecteurs retrouve-, 
raient avec plaisir ici cette courte page d'histoire littéraire et 
morale. La voici : 

ce J'ay les yeux noirs, un peu trop petits; le tour du visage 
rond; le front trop grand; le nez un peu camus; les sourcib 
bien faits ; la bouche fort jolie ; le menton fourchu, un peu carré ; 
le teint bien blanc, quand je me suis décrassée ; la teste un petit 
bien grosse, mais qui s'apetisse peu à peu ; les cheveux d'une belle 
couleur, bien déliez; la taille un peu trop grosse. J'ay plus d'es- 
prit que de jugement. J'aime mieux donner que de recevoir. J'ay 
l'humeur bien douce; mais je suis pourtant quelquefois un peu 
dépite. J'aime fort à lire et principalement la parole de Dieu. 
J'aime fort mes parens. Je ne suis point gourmande. Je n'aime 
point qu'on se moque de moy. J'ay l'humeur fort gaye. Je ne suis 
plus opiniastre. Pour dire le vray, je suis un peu poltronne. 
J'aime bien à jouer, à me divertir, à courir. J'aime fort à voir 
faire quelque chose, et je hais fort de ne rien faire. Je suis tout à 
fait secrette. J'aime fort ceux qui me servent. Je n'aime point 
ceux qui mentent et je me hais quand j'ay menty. J'aime les ra- 
retez. La compagnie que j'aime le mieux, c'est d'estre avec mes 
parens. Je ne suis point glorieuse. Je ne seray jamais coquette. 
Te n'aime point à battre ni à estre battue. Je ne suis pas colère. 



CHRONIQUE. 337 

mais je suis un peu promte. Je suis fort craignant Dieu ; j'aime fort 
à faire sa volonté, et j'espère qu'il me bénira. » 

Hélas! les dons délicats de l'esprit qu'atteste cette peinture ne 
devaient rien faire pour le bonheur de Mlle de la Trémoille. Nous 
la retrouvons vingt-deux ans plus tard mariée en Allemagne à un 
comte d'Altenbourg, qu'elle perdit après quelques mois d'union. 
Mme de Sévigné a lu ses lettres de cette époque ; « lettres, dit- 
elle, pleines de passion pour son mari, de raison, de générosité, 
de dévotion et de justice. » Avec de tels sentiments, c'est mer- 
veille si Ion se tire sans blessures du combat de la vie ; et en 
effet, celle de la comtesse d'Altembourg paraît n'avoir été qu'une 
série d'infortunes dont nous n'assombrirons pas la pensée de nos 
lecteurs. Nous n'avons voulu que fixer une impression littéraire et 
non commenter Taxiome antique : « Ceux que les Dieux aiment 
meurent jeunes. » 

Sociétés savantes. L'Académie française a, le 9 mai dernier, 
décerné le premier prix Gobert à l'ouvrage de M. Gaillardin : 
Histoire du règne de Louis XI K^ 5 vol. in-8; le deuxième prix 
à l'ouvrage de M. Tabbé Houssaye : Le cardinal de Bérulle (\ 575 
à 1629), 3 vol. in-8. Le prix du concours Théronanne (3000 fr.) a 
été décerné à M. Marius Topin {Louis XIII et Richelieu^ in-8), et 
un prix de 1000 fr. a été donné à M. Aube {Histoire des perse* 
cutions de V Église jusqiCa la fin des Antonins^ in-8). Le prix 
Marcellin Guérin (5000 fr.) a été adjugé à l'ouvrage de M. F. de 
Lesseps : Lettres^ journal et documents pour servir à t histoire du 
canal de Suez, 2 vol. in-8, 4854-1858. 

Dans sa séance du 1 1 mai, l'Académie a partagé le prix Bor- 
din entre M. J. Levai I ois (Cor/?<?///e //ico/î/îm, in-8) et M, E. Daudet 
(Le ministère de M» de MartignaCy in-8). 

Le prix Langlois est échu à la traduction des OEuvres d^ Ho- 
race (2 vol. in-12) par M. Anquétil, 

Dans la séance du 28 mai et d'après la fondation faite dans 
rintérét des lettres par un membre de TAcadémie, un prix de 
2500 fr. a été décerné à M. Fr. Coppée. Item, un prix de 
J500 fr. à Touvrage de feu M. tAxtnne^ Histoire de la littérature 
italienne, in-12. Le prix Maillé de la Tour-Landry a été partagé 
entre MM. André Lemoyne et Piedagnel ; et le prix Lambert a 
été décerné à Mme Catulle Mendès, oée Judith Gautier. 



338 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Dans les choix faits par la docte G)inpagnie, on peut constater 
son intention bien arrêtée de tenir la balance égale entre les di- 
verses opinions. Ainsi un prix décerné à un ecclésiastique est im- 
médiatement suivi da la nomination d*un rédacteur de la Presse 
ou du Bien public , et Ton voit un secrétaire de Sainte-Beuve 
équilibré par un organe du cabinet Buffet. Tout cela, y compris 
le prix attribué au dossier d'un isthme célèbre, est peut-être très- 
bien entendu au point de vue politique ; mais que devient la ques- 
tion littéraire ? n'est-ce pas aussi d'une bien grosse somme que 
l'on a payé les tentatives poétiques si bien résumées par le fameax 
dizain àw. pédicure. 

Et quand il se relèTC, on se sent soulagé ! 

Dernière question. Le fondateur du prix Lambert, dont la bio- 
graphie nous échappe en ce moment, aurait-il été content de voir 
son argent aller tout droit au Rappel ? 

Quant à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, elle a, 
dans sa séance du 6 mai, décerné le grand prix Gobert 
(10 000 fr.) à M. Siméon Luce, pour son Histoire de Bertrand du 
Guesclin et de son époque. Peut-être qu'en bonne justice une frac- 
tion du prix eût dû être réservée pour le lecteur. 

La société des Anciens textes français^ dont nous avons annoncé 
en temps et lieu la fondation, a tenu sa seconde séance annuelle 
le 8 juin dernier. M. Egger a prononcé un discours dont le Bul'^ 
letin doit tenir à reproduire la première partie, la voici : 

« Messieurs, 

« L'ordre du jour de la présente séance vous annonçait un dis- 
cours de notre cher et vénéré président^ M, Paulin Paris. Vous 
regretterez tous aujourd'hui l'absence du savant que nous pou- 
vons appeler le doyen des éditeurs des vieux textes français. Per- 
sonne ne le regrette plus que celui qui a l'honneur de le remplacer 
devant vous. Un tel honneur m'est embarrassant, je vous le jure, 
car c'est à peine si je me jugeais digne de siéger ici à côté et au- 
dessous d'un maître aussi éminent que lui en des matières où je 
suis à peine ce qu'on nomme dans nos écoles un moniteur ^ bon à 
transmettre aux autres les leçons qu'il vient lui-même de recevoir. 
En fait de vieux textes français, dans toute ma vie de philologue 
(entendez, je vous prie, à la lettre cet aveu) j'ai publié trois ou 



CHRONIQUE. 339 

quatre pages. Trois ou quatre pages c'était bien peu pour m'as- 
socîer à la direction de travaux tels que les vôtres. Quelque habi- 
tude des méthodes sévères qui dominent désormais dans Fanalyse 
des langues romanes, un vif amour de ces études, cela suffirait 
pour s'intéresser aux publications dont vous êtes les généreux et 
intelligents promoteurs; cela ne suffit pas pour y prendre une part 
vraiment utile, surtout si Ton est, comme je le suis, partagé, entre 
tant d'autres devoirs. 

« Que le devoir de rechercher, de choisir, de publier les plus 
anciens monuments de notre langue revienne donc avant tout aux 
habiles romanistes formés par la discipline de FÉcole des chartes, 
aux philologues, aux bibliophiles qui ont si courageusement sup^ 
pléé au défaut de cette éducation spéciale par les efforts les plus 
méritoires,,,. 

a En vous remerciant. Messieurs, de votre confiante bienveil- 
lance, le vieux professeur qui vous parle, sur le déclin déjà sen- 
sible de sa longue carrière, se rappelle en ce moment avec une émo- 
tion qui n'est pas sans douceur le beau vers du poète romain : 

Et quasi cursores vitaî lampada trahuut ; 

il aime à voir remis en de jeunes et fortes mains ce flambeau de 
la science et de la vérité qui ne doit pas éclairer le vain labeur des 
courses dans un stade, mais le progrès sérieux des esprits chez un 
grand peuple résolu à ne point faiblir sous l'adversité et à ne rien 
abandonner des légitimes ambitionsi qui ont fait sa grandeur. » 

Nous regrettons d'avoir été obligé décourter ce modeste et no- 
ble langage qui nous a gagné tout d^abord par l'hommage initial 
rendu au plus illustre des collaborateurs du Bulletin j à M. Paulin 
Paris, dont nos lecteurs ont été tout récemment encore à même 
de goûter l'élégante dialectique (lettre à M. Scheler) , Avouerons- 
nous aussi que l'encouragement donné aux Bibliophiles nous a 
trouvé, quelque désintéressé que nous soyons personnellement 
dans l'espèce, particulièrement reconnaissant. Il est incontestable, 
en effet, que malgré les dédains de la science diplômée, des ama- 
teurs tels que Méon, Veinant, etc., ont rendu à la cause des o/t- 
ciens textes des services trop facilement méconnus, et méconnus 
avec d'autant plus d'injustice que jamais ces travailleurs modes- 
tes ne se sont al)usés sur l'importance de leur action littéraire. 




340 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Nous nous souvenons avoir plus d'une fois entendu dire à Vei- 
nant : «Je ne suis pas un érudit : je ne suis qu'un curieux* r> 

PERIODIQUES. — Nous avous déjà entretenu nos lecteurs de la 
Revue historique^ littéraire et archéologique de t Anjou ; nous leur 
signalerons de nouveau ce recueil pour une étude intéressante «de 
Dom Piolin sur les Petites écoles jansénistes dans (^ Anjou au 
XVII* siècle^ étude qui a donné ses conclusions dans le numéro de 
mai-juin dernier. Le même numéro contient le commencement 
d'un travail signé : L. D. L. S. (Léon de la Sicotière?) qui s'a- 
dresse particulièrement aux lecteurs épris (et nous en sommes) 
des souvenirs de la Vendée militaire. Il s'agit de la publication 
d'un précis manuscrit de ces grandes guerres, laissé par l'abbé 
Cantiteau, curé du Pin-en-Mauges, Ce sont bien là les études qui 
conviennent à la Revue de V Anjou ^ et notre avis est qu'elle fera 
bien de s'y tenir en laissant de côté les sujets d'un intérêt actuel, 
artistique et littéraire, où elle risquerait de n'apporter qu'une ex- 
périence contestable et une érudition de rencontre. Cette réflexion 
nous est spécialement suggérée par l'article publié dans ladite 
Revue ^\ix le Salon é/é? 1876. Il est tel sujet qui se refuse absolument 
à être traité bors de son milieu et par d'autres plumes que celles 
qui tiennent du voisinage et des circonstances leur naturelle ini- 
tiation. Les expositions annuelles dç peinture sont dans ce cas. 
Pour la fonction de Salonnier^ des notions sur l'art, générales ou 
particulières, ne suffisent pas. Il faut avoir vécu de longues an- 
nées dans cette agitation artistique périodiquement renouvelée, et 
s'être composé, avec ses remarques et les menus propos qui ne 
font pas faute de se débiter, un corps de doctrine servant au be- 
soin de fil d'Ariane dans le labyrinthe intellectuel créé par tant et 
de si diverses tentatives. Faute de se trouver dans ces conditions, 
on est exposé, comme la Revue de tAnjou^ à commettre quelques 
méprises, par exemple à classer parmi « les plus ardents cham- 
pions de l'idée naturaliste » M. Puvis de Chavannes, qui s'est 
fait, au contraire, l'apôtre de la pensée dans la peinture au point 
de lui sacrifier.... la peinture; parmi les « hallucinés » M. Gust. 
Moreau, qui mérite d'autant moins cette épilhète, que la poésie de 
ses conceptions s'appuie constamment sur deux choses qui ex- 
cluent l'hallucination, à savoir la logique de la composition et la 
perfection de la mise en œuvre ; enfin parmi les peintres qui procè- 
dent du Corrége«.., qui?... M. Henner! 



NOUVELLES ET VARIÉTÉS. 341 

Dira-t-on que le compte rendu dont nous contestons l'exacti- 
tude est suffisant pour donner au lecteur la physionomie du Salon 
et l'explication des sujets exposés? Encore aurait-il fallu que le 
critique angevin eût imposé à son style une précision qui lui fait 
trop souvent défaut. Lorsque, en décrivant le Vœu de CloviSy de 
M. Blanc, il nous dépeint une femme qui, c pnse d'un accès de 
frénésie patriotique, lance son nourrisson à la tète de son père, > 
nous avouons être moins empoigné par l'ardeur de la description 
que préoccujjé de la question de savoir de quel père il s'agit, de 
celui de la femme ou de celui du nourrisson. Trop de choses de 
ce genre arrêtent le lecteur; c'est, par exemple, la Locuste de 
M. Sylvestre, dans laquelle notre auteur reconnaît « la digne 
sœur des sorcières de Macbeth.... et des bohémiennes de Grenade », 
faute manifeste contre les lois de la gradation. C'est le tableau de 
M. Vibert, son tableau-thèse de chaque année, candidement pré- 
senté ainsi : c Un vieux moine attendant une audience s'amuse 
à taquiner une poule, etc. > C'est une réclamation, justifiée, du 
reste, contre les types choisis cette année par Fromentin : 
« ces affreuses femmes noires, aux traits bestiaux^ etc. » C'est 
enfin le buste colossal de M. Barbey d'Aurevilly présenté conune 
un médaillon.... Tout cela nous inspire un vif désir de voir la suite 
du travail de M. L. D. L. S. sur le précis du curé Cantiteau. 



NOUVELLES ET VARIETES. 



Dans une très-curieuse et très-savante étude qu'il vient de pu- 
blier dernièrement, M. Ferdinand Denis — le bienveillant érudit 
qui dirige la bibliothèque Sainte-Geneviève — nous donne des 
détails intéressants sur une industrie véritablement charmante et 
délicate, à peu près ignorée chez nous, ou du moins restreinte 
quelques spécialités : l'ornementation des vêtements et des habi- 
tations à l'aide des plumes naturelles, dans les deux Amériques 



342 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

et dans l'Océanie. Arte plumaria^ tel est le titre de ce travail 
qni abonde en renseignemeDts précieux, et forme une brochure 
in-8, de plus de soixante-dix pages, tirée à très-petit nombre. 

On a fait de véritables petites merveilles en variant à Tinfinî les 
plumes multicolores des oiseaux de Péquateur, et, M. Ferdinand 
Denis nous Tassure, plusieurs de ces tableaux, de ces mosaïques 
originales, apportées jadis par des missions, firent l'admiration des 
amateurs du Vatican, qui avaient pourtant autour d'eux bien des 
œuvres d'art à contempler. 

Nous pouvons, pour notre part, affirmer que les quelques ta- 
bleaux de fleurs ou de fruits que nous a montrés l'aimable vieil- 
lard, ne manquent pas d'un certain attrait, et prouvent une 
grande adresse delà part des ouvriers, — ou mieux, des artistes, 
— qui ont la patience d'exécuter ces choses si fragiles. Un de 
ces tableaux, rapporté du Brésil par le voyageur, est une œuvre 
très-compliquée : il représente, dans un cadre de cinquante cen- 
timètres environ de côté, une corbeille finement tressée, avec 
un fouillis charmant de fleurs composées seulement de plumes 
dont les couleurs n'ont été modifiées par aucune teinture. Mal- 
heureusement le temps agit vite sur ces nuances brillantes, et fane 
et décolore ces frêles objets que l'on peut prendre à première vue 
pour des échantillons des produits de la flore intertropicale. Les 
Brésiliennes avaient aussi des hamacs en fil de lin, ornés de plu- 
mes formant des écussons, des armoiries et des fleurs de toute 
sorte, qu'elles entremêlaient aux réseaux avec une habileté pro- 
digieuse. 

Ce luxe des hamacs s'étendait même aux peuplades sauvages, 
vivant dans les forêts du Sierras, loin de Rio-de-Janeiro. Des 
familles entières se suspendaient, la nuit, dans ces nids, voisins 
de ceux des oiseaux qu'elles dépouillaient. 

Les Indiens, en présence continuelle de la nature s'oflrant dans 
toute la richesse exubérante de la forme et de la couleur, atta- 
chaient un grand prix aux hôtes ailés qui peuplaient leurs forêts 
vierges encore. 11 était juste que ces hommes, si logiques dans 
leurs adorations des astres, du soleil surtout, ce principe de toute 
vie, suivant les antiques théogonies, fissent une large place dans 
leurs cultes aux oiseaux, qui, descendus du ciel vers eux, sem- 
blent avoir gardé sur leurs ailes quelques-uns des rayons du 
dieu. L'ara incarnat avait ses temples au Mexique, et, qui plus 



r, 



NOUVELLES ET VARIÉTÉS. 343 

est, ses ermites, qui, isolés dans des thébaïdes, donnaient leur 
sang pour nourrir Toiseau sacré. 

Dans rAméri(]ue centrale, au Yucatan, au Guatemala, sur les 
bords de la mer Vermeille, au Mexique encore, durant Tàge d'or 
qui précéda, la sanglante conquête espagnole, le plumage du coli- 
bri et du quetzal remplaçait les billets de banque. N'est-ce pas 
une idée pleine de poésie ingénue, que celle qui attribue ainsi au 
plumage des oiseaux une valeur toute relative» basée seulement 
sur Testime qu'un peuple, soi-disant barbare, fait de telle ou telle 
nuance? Outre que les sujets de Montézuma pouvaient satisfaire 
leurs créanciers d'une façon plus aimable que nous autres Pari- 
siens, — en les payant en monnaie d'oiseau, — il leur était fa - 
cile, ayant une bonne flècbe à leur arc, de s'approprier, durant 
une promenade, un peu de cette richesse aérienne.... Et quelles 
images toutes faites, à propos de l'inconstance de la Fortune qui 
ne s'arrête chez nous pas plus longtemps que le colibri sur la 
branche ! 

Cependant le code pénal était inflexible pour ces meurtres ; la 
peine de mort était réservée à l'audacieux tueur de ces char- 
mantes petites bêtes dont la dépouille servait non-seulement aux 
échanges commerciaux, mais encore au rachat des prisonniers de 
guerre, et aux désignalions des grades dans la hiérarchie militaire. 

U existait à Mexico une maison des oiseaux où le souve- 
rain, qui assistait les jours de fête aux sacrifices humains, entre- 
tenait avec grand soin des spatules roses ^ des ibis écarlates, etc., 
sur lesquels des gardiens plumeurs prélevaient les éléments né- 
cessaires à la confection des manteaux royaux, ornés aussi de 
broderies d'or et de pierreries. 

En effet, au quinzième siècle le goût de la pamre était grand 
chez les hommes, princes ou guerriers : les boucliers, les chasse- 
mouches, les images des dieux étaient couverts de ces belles dé- 
pouilles. N'oublions pas les femmes qui, costumées à l'avenant, 
exécutaient des danses devant les autels consacrés aux divinités 
omithologiques. Dans un voyage, publié en 1645, Jean Mocquet, 
le garde des singularités du roi de France^ aux Tuileries , le con- 
servateur du musée, dirait-on aujourd'hui, s'extasiait sur la façon 
dont les Indiens se fabriquaient des liabillements et des couronnes 
pour la teste, et se peignaient le corps de couleur zinzotin^ qui est 
leur couleur ordinaire pour se peindre. 



344 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

• 

CSes...» naturels avaient du reste trouvé le moyen de modifier 
suivant leur goût esthétique les nuances des plumes. Ils introdui- 
saient, pour ainsi dire, une nouvelle sève composée de sucs ani- 
malisés, doués de propriétés tinctorales, dans les trous laissés par 
les plumes arrachées, et de nouvelles plumes plus brillantes ne 
tardaient pas à reparaître sur l'aile greffée d'une manière un peu 
douloureuse pour la pauvre créature. 

C'était à un couvent de jeunes vestales péruviennes qu'était ré- 
servé Thonneur de nuancer élégamment l'aigrette du diadème des 
Incas. 

De même que les Orientaux composent avec les produits par- 
fumés de leurs jardins des sélams amoureu^i qui parlent au 
cœur des belles sultanes, on était arrivé, au Pérou, en associant, 
en combinant les couleurs, à avoir ce qu'on pourrait appeler un 
langage des plumes. Il y a, en effet, dans les diverses couleurs que 
produit la nature une série d'idées gracieuses et symboliques que 
tous les peuples ont comprise. L'expression des sentiments, des 
passions humaines, peut faire appel, pour se manifester à nous, 
aussi bien à la gamme des tons qu'à la forme extérieure des ob- 
jets qui servent d'image. Les oiseaux, pour employer l'expression 
d'un ancien auteur que cite M. Denis, sont les fleurs de l'air qui 
viennent visiter leurs sœurs de la terre. Dans les poésies dt la 
Perse, Bulbul^ le rossignol, n'adore-t-il pas Gud^ la rose? 

L'élégant paradisien, qui se nourrit de rosée et que les Papouas 
chassent avec tant de peine aux lies Moluques, a figuré longtemps 
dans les coiffures des Européennes, qui maintenant se contentent 
de chercher dans nos volières et nos basses-cours de quoi garnir leurs 
microscopiques chapeaux. L'autruche, le paon, le faisan, le coq, 
le pigeon, sont mis en réquisition. Et, on le voit, nous ne sommes 
pas si loin des sauvages qu'on pourrait le croire : la recherche 
de la parure, dont parle Darwin, est de tous les temps et de tous 
les pays. 

Rien n'est changé : les Indiens ornaient de plumes splendides 
leurs idoles ; ici ce sont nos femmes qui les portent ! 

Léon Duvaughbl. 
(Extrait de la Revue littéraire,) 



BIOGRAPHIE 



DU 



VICOMTE DE VAUBLANC. 



Le vicomte de Vaublanc naquit le 15 juillet 1803, il était 
le second fils du chevalier de Vaublanc. 

Celui-ci, inspecteur en chef aux revues, et collègue de 
M. Daru dans Tadministi-ation de la grande armée, était 
un de ces rares administrateurs de Tempire dont on a pu 
dire : « il resta pauvre. » U joignait à cette probité, deve- 
nue proverbiale dans son entourage militaire, une rare dis- 
tinction d'esprit dont héritèrent ses enfants. Ces derniers 
étaient encore en bas âge lorsque le chevalier de Vaublanc 
succomba à la désastreuse retraite de Russie ; la fièvre de 
congélation le saisit près de Vilna alors qu'il touchait à un 
retour si désiré et acheté au prix de tant de souffrances. 
Son fils, Henri-Vincent, celui dont nous essayons d'es- 
quisser la vie , était alors âgé de huit ans , il vit le domes- 
tique de son père revenir seul à Paris porteur de la fatale 
nouvelle , il vit la douleur d'une mère qui attendait 
anxieuse, et vivement frappé de cette scène de désolation, 
il Ta retracée dans une page émue de ses souvenirs. 

A dater de ce jour, Mme de Vaublanc, Sophie Pion 
de Mieslot, dut seule, à travers ses larmes et avec une for- 
tune très-modique, élever ses quatre enfants; ceux qui les 
connurent et qui approchèrent cette femme de devoir, su- 
rent avec quel succès elle accomplit cette tâche difficile. 
Quoique dans la plénitude de la jeunesse et de la beauté. 
elle s'y consacra exclusivement. Cœur tendre , esprit sérieux 
et pratique, caractère ferme et digne embelli de toutes les 

vertus de l'Évangile, Mme de Vaublanc vécut au-dessus 

23 



346 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

de toutes les préoccupations futiles et vaniteuses de notre 
temps; elle éleva ses enfants d'une main ferme, souvent 
austère, se préoccupant peu de leurs plaisirs, ils étaient 
rares, beaucoup de leurs études et de leur perfectionne- 
ment moral. Elle fut Tobjet du respect de tous ceux qui 
rapprochaient jusque dans un âge avancé , et sa vigoureuse 
intelligence ne connut pas de déclin. 

L'influence de son beau-frère le conïte de Vaublanc, 
plus tard ministre de Louis XYIII, ne fut pas étrangère à 
Téducation de ses fils, et si leur mère développa en eux les 
qualités du cœur et un sens moral élevé, le salon de leur 
oncle fut pour eux une école où le goût des lettres, des 
arts, des intérêts de leur pays leur vînt naturellement. 
Henri fut plus que son frère aîné mis en contact avec cet 
esprit énergique, et tandis que M. Trognon faisait germer 
en lui le goût de Thistoire, M. de Yaublanc l'initiait à la 
science plus épineuse de la politique. 

En 1821, Henri- Vincent avait terminé avec succès ses 
études au lycée Louis-le-Grand et il abordait l'étude du 
droit malgré son extrême dégoût, mais il avait appris dès 
Tenfance à vaincre ses répugnances. Du reste, ces études 
ingrates n'étaient pas sans compensation; c'est le temps 
où il fréquente journellement le salon de son oncle , où il 
note fidèlement chaque soir les conversations qu'il y en- 
tend et qu'il surprend sur les lèvres du comte de Vau- 
blanc l'annonce, plusieurs fois répétée, de la révolution 
qui huit années plus tard devait renverser la branche 



aînée. 



En 1825 il est admis au conseil d'État, présenté au roi 
Charles X, qui le félicite gracieusement d'être à si bonne 
école, et dès lors commence pour lui une vie plus indépen- 
dante, plus conforme à ses goûts. 

Il fait deux parties de son temps, l'une pour l'étude et 
ses devoirs d'auditeur, l'autre pour le monde. 

Après avoir consacré sa matinée à l'étude des moralistes 
et à fouiller les bibliothèques , où il recueille les vieilles 



BIOGRAPHIE DU ViœMTE DE VAUBLANC. 347 

coutumes françaises, il se délasse le soir dans les brillantes 
réunions du fieiubourg Saint-Germain. 

Ces réunions d'une génération déjà presque éteinte, 
jettent un dernier éclat dans quelques pages de ses souve- 
nirs : de fins portraits, de riants pastels se détachent à c6t^ 
des figures plus sombres de Talleyrand et de Chateaubriand 
déjà vieux; Lamartine y figure à son aurore pleine de pro- 
messes. Mais la révolution de 1830 arriva, non pour sur- 
prendre ceux qui Favaient annoncée, mais pour les désoler. 
Le jeune auditeur devait en sentir rudement le contre- 
coup, n faut lire dans ses souvenirs inédits Tintéressant 
chapitre consacré à cette époque ; il j décrit les approches 
de cette révolution, Teffiroi que causèrent les ordonnances 
lancées sans mesures prises pour protéger leur promulga- 
tion ; la triste surprise du comte de Vaublanc de voir son 
nom joint à une mesure qu^il désapprouvait si profondé- 
ment. 

Peu de temps auparavant, Henri avait écrit sous la dict^ 
de son oncle un mémoire qui fut mis sous les yeux de Tin- 
fortuné Gharies X; il présentait un phm qui, sans sortir des 
voies légales, mettaitFantorité royale en état de se défendre. 
Le roi Ait frappé un inistant de ce plan, mais on seul in- 
stant. Son adoption eût peut-être sauvé la royauté, car les 
mesures de vigueur et de prudence dont il conseillait Texé- 
cution ne différaient point de celles qui sauvèrent le gou- 
vernement en 1871. L*éloignement du roi de Paris; là 
concentration autour de lui dNme armée sûre, soutenue 
par des places fortes, en sonmie une action vigoureuse con- 
forme à la loi et qui, par sa force même, donnât Tassurance 
de ne pas verser une goutte de sang. 

C'était la seconde fois qu'à la veÎDe d^one révolution le 
comte de Vaublanc offirait au pouvoir menacé des conseils 
dignes d'être sincèrement écoatës; en 1792, M. d*Emeiy 
lui avait parlé de Tétat des choses de la part du malheu- 
reux Louis XVI, et il avait répondu qu^il follait se préparer 
à un danger extrême qui ne pouvait être très-âoigné; lé 



348 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

comie de Vaublanc avait cité la maxime du grand Condé : 
« Il faut craindre ses ennemis de loin pour ne pas les 
craindre de près ; » puis il avait fait le résumé des grandes 
ressources qui restaient encore au Roi. En 1830 comme en 
1792, il parla en vain. 

Tous les détails de cette crise, notés jour par jour, don- 
nent un vif intérêt à cette partie des souvenirs du vicomte 
de Vaublanc *, il la termine en se posant ces deux questions : 
La i*évolution de Juillet était-elle inévitable ? — Le salut de 
la couronne était-il possible? — et il répond à chacune 
par l'affirmative. 

Entre autres considérations , il déplore le retrait tardif 
des ordonnances; « les concessions n'ont d'effet, dit-il, 
qu'avant ou après la lutte. Avant, si Ton veut jeter une 
proie à l'exaltation populaire; après, si l'on veut, à la suite 
d'une lutte victorieuse, calmer les ressentiments et se ral- 
lier les opinions. » 

Henri- Vincent de Vaublanc était au comité du conten- 
tieux lorsque éclata la crise politique, il allait être nommé 
maître des requêtes, « parmi une foule d'ordonnances éma- 
nées du nouveau gouvernement, note-t-il dans ses souve- 
nirs, j'en remarquai une qui enjoignait aux membres du 
conseil d'Etat de prêter serment au nouveau souverain 
dans le délai de quinze jours. Je me jugeais trop petit per- 
sonnage pour adresser une démission écrite à M. le duc de 
Broglie, nouveau président du Conseil, je me contentai de 
laisser expirer le délai et je me rendis en province auprès 
de ma mère. » 

L'heureux caractère de M. de Vaublanc sut s'accommo- 
der du changement d'existence que sa fidélité lui avait fait ; 
il se fit en province des relations choisies, des loisirs stu- 
dieux ; les châteaux du Baujolais, la bibliothèque de Lyon 
le virent souvent; mais l'espérance n'eut qu'un temps; le 
gouvernement de Juillet s'établit d'une façon qui parut 
stable, et M. de Vaublanc revint à Paris pour y compléter 
ses recherches historiques. C'est alors qu'il lui fut soudaine- 



u 



BIOGRAPHIE DU VICOMTE DE VAUBLANG. 3(i9 

ment proposé d'aller passer deux ans en Allemagne. U de- 
vait y être attaché à la personne du prince royal, Max de 
Bavière, et le suivre dans quelques salons et plusieurs 
voyages. Il accepta. Il partit avec Tentrain que donne la 
jeunesse, persuadé qu'il ne ferait qu'un séjour momenté à 
l'étranger; il nous dit lui-même sous quelle impression il 
fit ses premiers tours de roue sur la terre étrangère. •( Je 
a n'avais jamais songé à vivre en Allemagne, mais j'avais 
« dans la tête une Germanie idéale; c'est avec ce rêve que 
u je passai le Rhin. Nous sortions de Strasbourg la nuit par 
« un beau clair de lune, j 'ouvrais de grands yeux pour voir 
M l'Allemagne de mon imagination et je la voyais. On sait 
« quel est l'effet magique des ombres et de la lumière pen- 
« dant la nuit ; comme tout s'adoucit, s'harmonise, s^agran- 
« dît ; mille détails désagréables que le jour décèle se con- 
« fondent alors dans un jeu d'ombre et de clarté. Rien 
« n'est sale, ignoble ou délabré, rien ne vous choque. Les 
« villages et les chaumières passaient sous mes yeux comme 
« les plus charmantes décorations de théâtre. Un voyageur 
« promené dans un parc anglais, chez un lord opulent 
ta n'aurait pas eu plus de jouissances en face d'un plus 
« suave tableau. Et tout cela résidait au fond dans un rayon 
ta de lune. Je m'endormis au sein de cette hallucination. 
« Le lendemain matin, le soleil, moins galant que sa com- 
« pagne, me fit voir la réalité des choses ; le voile de gaze 
« brodé de perles fut déchii^é, la pastorale s'évanouit. Je 
ta soupirai et je me résignai. * 

M. de Yaublanc arriva à Munich en plein choléra; mais 
il comptait, dit-il, sur sa sobriété, sa jeunesse et sa bonne 
étoile. Cette heureuse étoile lui fut fidèle au delà du Rhin, 
car elle venait de la supériorité de son esprit, de la dignité 
de son caractère et de la séduction de ses manières. Il avait 
alors une trentaine d'années, il était dans toute la 
vigueur de la vie : grand, mince, d'une démarche vive, des 
traits fins, une physionomie bienveillante et spirituellci des 
manières souples et él^antes; un air de bonté et de dou- 



360 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ceur contrastait quelquefois avec la grande vivacité quMI 
tenait du sang maternel. 

^s débuts à Munich furent agréables. « U y avait alors, 
« nous dit-il lui-même, comme une petite France, derniers 
« débris de Tempire et de Témigration ; de sorte que la 
a transition de ma patrie sur la terre étrangère ne fut pas 
c( trop brusque pom* moi. Un salon concentra presque 
«( entièrement mes goûts et mes habitudes ; ce fut celui de 
ic Mme la baronne de Cetto. Le passé s'en va grand train, 
« et nous avons vu l'ancien régime, celui de nos grands- 
u pères, dire adieu à TEurope. Munich gardait encore en 
« 1836 quelques retardataires de la fin du dernier siècle. 
<( Ces personnages rares servent de transition dWe époque 
a à l'autre. Ils lèguent à ceux qui viennent quelques tradi- 
« tions et d'abondants souvenirs. Mme de Cetto, continue 
u M. de Yaublanc, après avoir fait un spirituel portrait 
a de son mari, représentait la Restauration des Bourbons 
« et la légitimité politique dans toute sa pureté. C'était une 
« seconde marquise de Créquy , pleine de vivacité, de bonnes 
a manières et d'anecdotes du vieux temps. Grande dame 
u par- dessus tout, par le cœur et par le ton généreux et 
« large dans ses idées, ardente dans ses affections et ses ré- 
(( pugnances, brusque et délicate à la fois dans ses procé- 
« dés, toute remplie de cette aisance, de ce naturel uni, 
« simple, coulant qui tient aux habitudes de la bonne 
tt compagnie. En politique, d'un jugement lucide et 
« prompt qui s'exprimait parfois dans des formules trop 
a absolues, mais pensant plus net et plus clair que beaucoup 
« de diplomates qu'elle a vus tourner çà et là aux quatre 
« points cardinaux, comme des boussoles désorientées. » 

Après cette maison , la première de la ville pour l'agré- 
ment, l'hospitalité et le bon ton , il faut nonuner les salons 
de Mme la comtesse d'Arco- Valley, de la comtesse Tascher 
de la Pagerie, de la marquise Palaviccini-Daria, du comte 
de Méjan père, du comte d'Arco-Ober Kollembach, delà 
baronne de Grouben, du baron de Bourgoing, ministre de 



\ 



BIOGRAPfflE DU VICOMTE DE VAUBLANC. 351 

France, de la princesse de Lœuwenstein y et plus tard que 
la marquise de Boissesou, celui du prioce de Polignac, du 
baron de Parceval : la plupart de ces noms étaient fran- 
çais. 

La baronne de Parceval, née O'Hegerty, avait aussi son 
petit cercle qui n'était pas le moins agréable et qui iîit hos- 
pitalier au vicomte de Yaublanc jusque dans les dernières 
heures; de là lui vint la main amie et fidèle qui adoucit 
les dernières souffrances et lui ferma les yeux. 

M. de Yaublanc n'était venu en Bavière que pour y faire 
un séjour de deux années ; mais, à l'expiration de ce terme, 
le prince royal qui avait goûté le charme de cette intimité, 
la sûreté de ce caractère, lui fit proposer de rester indéfini- 
ment à son sei*vice et le roi lui envoya la clef de chambel- 
lan. Plus tard, il fut élevé à Tune des quatre grandes char- 
ges de cour, lorsqu'il fut nommé grand maître de la reine 
Marie. H conserva ces fonctions jusqu'en 1864, époque de 
la mort du roi Maximilien II ; alors seulement sa retraite 
sollicitée depuis longtemps lui fut accordée. Mais le temps 
du retour en France était passé, la vie était sur son décUn ; 
le seul séjour qui eût pu lui convenir était celui de Paris; 
mais le Paris de 1864 ne lui eût rien rendu des relations de 
1830 et il lui eût enlevé les amis de Munich, des ressources 
et des habitudes de trente années. U demeura donc sur le 
sol étranger, loin de se douter que les douleurs de la 
guerre de 1870 étaient réservées à ses derniers jours. Car, 
il faut le dire, si le vicomte de Yaublanc s'était attaché à la 
personne du roi Maximilien, s'il appréciait les qualités 
du peuple bavarois , il n'en était pas moins resté Français 
de cœur et de fait. 

Il avait été autorisé, par ordonnance du roi Louis-Phi- 
lippe du 6 avril 1842, à prendre du service à Tétrangei*, et 
il refusa constamment d'être naturalisé, exprimant même 
la résolution de rentrer en France si l'on exigeait de lui des 
lettres de naturalisation. 

Si sa fidélité à la branche aînée Tavait arraché subite- 



352 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ment au brillant avenir que semblaient lui promettre son 
éducation politique et ses aptitudes personnelles, ses goûts 
et ses travaux n'en restèrent pas moins français. 

Mais qu'il soit permis, à ce propos, de regretter tout ce 
que les révolutions enlevèrent d'éléments sains à notre mal- 
heureux pays. Combien depuis soixante ans d'hommes de 
valeur ne se sont^ils pas écartés de la scène politique ou de 
l'action sociale? Les uns poussés à l'écart par le découra- 
gement et le dégoût, les autres pour la disgrâce ; quelques- 
uns, comme M. de Yaublanc, par un sentiment de fidélité 
qu^il est facile de comprendre, quoique rare aujourd'hui : 
des hommes élevés dans toutes les traditions d'honneur et 
de . désintéressement pouvaient-ils , au lendemain de la 
chute du trône, aider au partage de ses dépouilles avec 
ceux qui le relèvent à leur profit ? En 1 830, à celte troi- 
sième chute de la monarchie, les esprits honnêtes s'étaient 
plutôt habitués aux sacrifices personnels que les révolutions 
imposent, qu'ils ne s'étaient familiarisés avec cet état de 
convulsion permanente de notre pauvre patrie : l'expérience 
avait été douloureuse, mais elle n'avait pas encore été assez 
prolongée pour se dire que les pouvoirs n'y sont que des 
états provisoires, et que les hommes d'ordre doivent, malgré 
leurs dégoûts, rester au centre de l'action pour ne pas pri- 
ver le pays des éléments dont il a besoin ; la longue succes- 
sion de nos troubles peut seule avoir enseigné la nécessité 
de ce dévouement. 

M. de Yaublanc fut heureux dans le cadre que la desti- 
née lui fit. La Providence l'attacha à un prince qu'il put 
aimer et estimer : consciencieux, ami des choses élevées, 
préoccupé des grands devoirs qu'impose la couronne , le 
roi Max releva cette couronne au milieu des convulsions 
de 1848, et sut la maintenir avec dignité et un esprit vrai- 
ment libéral malgré la situation difficile que les événements 
lui avaient faite. 

M. de Yaublanc a écrit de lui après sa mort : « Comme 
u tous les esprits larges et élevés, il s'est garanti des pré- 



BIOGRAPfflE DU VICOMTE DE VAUBLANC. 353 

« ven lions nationales. Humanitaire et patriote à la fois , il 
u avait appris par TEvangile et la philosophie que, s'il existe 
« sous des zones diverses des populations distinctes, il n^y 
u a sur le globe qu'une grande nation : rhumanité. Il esti- 
tt mail les Anglais, aimait les Français, fréquentait les Ita- 
a liens ; son goût particulier pour la France lui venait de 
u son grand-père le roi Max-Joseph, cet aimable compa- 
ct gnon de la jeunesse du comte d'Artois. 

a Deux choses dominèrent surtout en lui dans l'homme 
< intérieur : l'imagination et la conscience. L'imagination 
(1 lui fit aimer la gloire , l'élégance , la nature et l'art. La 
« conscience le rendit philosophe chrétien et lui donna un 
ce sincère désir de se perfectionner. 

« Dans sa politique, conservateur éclairé et libéral avec 
« prudence, le roi Max reconnaissait la nécessité d'accepter 
« les mutations successives que le temps amène avec lui. 

« L'idée de la vocation providentielle des rois était im- 
1 plantée fortement en lui. Il y puisa du courage en 1848, 
« et, par ses convictions exprimées énergiquement dans le 
« conseil, releva les abattements d'un ministère effaré. La 
u pensée, même lointaine, de la vassalité de la couronne 
tt de Bavière le révoltait! Sa vigilance, sa méfiance poli- 
« tique lui vinrent en aide pour écarter le danger qui s'an- 

tt noQcait dès lors. 

» 

« Le roi Max était un caractère heureusement doué, une 
« nature sympathique qui s'intéressait à tout, qui aspirait 
« toujours au juste et au beau, une intelligence qui cher- 
^ chait sans relâche à soulever les voiles du problème 
<< obscur de la vie humaine et de l'avenir des peuples. » 

Chaque jour, pendant de nombreuses années, M. de Yau- 
blanc accompagnait le roi à l'issue du dîner dans une pro- 
menade soit à pied, soit en voiture ; alors un sujet d'éco- 
nomie politique, d'art ou de littérature était amené par le 
prince; la conversation le développait plus ou moins, et 
fréquemment le roi en réclamait le résumé par écrit. Ce 
résumé était mis le lendemain sur sa table* 



354 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

G*est de la sorte que s'ébaucha, sous riuspiration da 
causeur aimable et érudit, un vaste ouvrage d'économie po- 
litique, dont Tétude des diverses parties fut confiée aux 
hommes les plus compétents de TAllemagne et dont l'imi- 
pression fut suspendue par la mort du roi ; les manuscrits 
sont aux archives de Munich sous ce titre : Manuel à 
r usage cCun prince. 

Le vicomte de Yaublanc, voué à la vie de cour, sut y 
conserver deux choses précieuses : Tindépendance de son 
caractère et le goût du travail. Mais, ne nous le dissi- 
mulons pas , cette noble indépendance du caractère a sa 
source dans le désintéressement; M. de Yaublanc ne cher- 
chait ni l'influence ni la fortune. 

Consciencieux dans ce qu'il considérait comme son de- 
voir, la servilité du courtisan lui fut toujours inconnue. 
Placé bien souvent comme étranger, et par les difficultés 
de sa charge, dans des positions épineuses, il en sortit tou- 
jours avec la dignité d'un esprit tout à la fois libre et con- 
ciliant, qui sait loyalement tenir compte des exigences 
d' autrui, mais qui au besoin sait faire respecter les siennes. 
La seule influence qu'il eut jamais, fut celle qui s'impose 
par l'estime, le savoir, la modération des opinions , la dis* 
tinction de l'esprit et la bonté du cœur. 

Ces qualités lui créèrent des amitiés fidèles et une place 
élevée dans une société déjà choisie. Mais on le savait, il 
n'était pas riche et ne cherchait pas à le devenir. Heureux 
de vivre en paix dans un miUeu éclairé , au service d'un 
prince qu'il estimait, il ne songea jamais à profiter de la 
bienveillance dont il était l'objet ; plusieurs l'auraient fait 
à sa place, et avec succès. 

Son modeste intérieur, dont l'arrangement témoignait 
d'un goût exquis, révélait aussi l'homme sans ambition : 
quelques dons royaux, quelques souvenirs de famille en 
relevaient seuls la simpUcité. Les têtes couronnées, comme 
les nobles esprits qui pénétrèrent quelquefois dans son petit 
appartement de la rue Louis à Munich, purent voir qu'avec 



\i 



BIOGRAPHIE DU VICOMTE DE VAUBLANC. 355 

quelques mètres d'espace , simplement et artistement dé- 
coré, un homme de valeur possède assez. 

Non-seulement M. de Yaublanc sut sauvegarder Tinté- 
grité de son caractère, mais encore il sut conserver le goût 
du travail. Il allia deux choses qui semblent inconciliables : 
la vie de cour et la vie d'étude. 

Sans se laisser emporter comme par lambeaux par les 
voyages, les flâneries énervantes , les oisivetés forcées , les 
plaisirs inattendus, il se défendit avec une louable persévé- 
rance de tous ces ennemis réunis. Utilisant ses voyages poiir 
compléter ses connaissances, ses relations pour s'instruire, 
les devoirs de sa charge pour se délasser, il réserva pour 
l'étude les heures que d'autres eussent données au repos. 

Les nombreux voyages de la cour, dans lesquels bien sou- 
vent il porta tout le poids de la responsabilité, étaient un 
bien grand dérangement pour ses travaux; toutefois il avait 
su en triompher pour une part : grâce à l'ingénieuse dis- 
position de nécessaires composés par lui-même, il transfor- 
mait en quelques minutes la table d'une chambre d'hôtel 
ou d'un château royal en une table de travail où il s'instal- 
lait aussi paisiblement qu'à Munich. 

C'est de la sorte qu'il écrivit les quatre volumes de la 
France au temps des croisades. 

Fruit de patientes recherches, groupées avec clarté, ex- 
posées dans un langage pur et élégant, cet ouvrage charmera 
les amis des mœurs et des coutumes nationales; il plaira 
aux esprits d^icats, aux artistes, et dans un temps bien 
éloigné, ses rares exemplaires échappés à l'oubli et à la 
destruction tiendront avec honneur leur place dans les bi- 
bliothèques choisies. 

M. de Yaublanc consacra douze années à ce travail ; son 
crayon correct l'enrichit de dessins puisés aux meilleures 
sources et finement gravés sur bois. 

Lorsque le livre parut, on lui sut gré d'avoir abordé réso- 
lument les matières historiques, sans avoir recours à un 
cadre romanesque; c'est en historien qu'il fait entrer le 



356 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

lecteur dans le système politique, moral et littéraire du 
moyen âge; plusieurs critiques n'hésitèrent pas à ranger 
cet ouvrage au nombre des publications les plus remarqua- 
bles qu'ait encore produites T étude approfondie de cette 
époque. Sans être par lui-même un ouvrage d'histoire, le 
livre de M. de Yaublanc est Tauxiliaire indispensable de 
tous les écrits sur le moyen âge, dont il aidera puissam- 
ment à éclairer les textes. 

Il contient sur Tuniversité, sur les sciences, sur la poésie, 
sur les arts du moyen âge des détails précis et d'un grand 
intérêt. M. de Yaublanc vous montre les lieux , vous les 
explique en saisissant toujours le monument saillant ou le 
trait distinctif ; de la sorte , il vous fait pénétrer avec lui 
dans la société du moyen âge ; elle sort à sa voix de ses 
tombeaux , de ses donjons , de ses abbayes pour vivre sous 
vos yeux. S'il vous décrit une ville, c'est du haut d'une 
cathédrale qu'il la considère, à travers les vides du clocher, 
à l'heure du soir où le crieur passe et où les vieilles cités 
ti*ahissent tous leurs détails pittoresques. Puis, si vous voulez 
descendre, « venez au quartier des écoles ecclésiastiques, 
« des vieux chanoines et des clercs grands copistes et enlu- 
tt mineurs d'images. Que votre regard pénètre un moment 
tt dans ces lieux tranquilles et muets qui semblent habités 
tt par un autre peuple, qu'il s'insinue dans ces petites rues, 
« propres, calmes, solitaires, où l'herbe croît le long des 
« murailles, où les plantes parasites montent lentement et 
tt se courbent sous les arcs cintrés des plus antiques de- 
« meures de la ville; suivez les détours de ce labyrinthe : 
« la science, la piété, quelquefois l'amour y vivent d'une 
tt vie mystique et recueillie. Là où la nature physique ra- 
« lentit ses mouvements, l'âme est souvent plus active; 
tt ailleurs l'homme agit, ici il médite et il prie. Si vous 
tt apercevez derrière les vitrages enchâssés dans le plomb 
« une tête sérieuse et pensive, enveloppée d'une cape noire, 
« inclinée sur le parchemin qui lui transmet ses reflets 
« jaunâtres, c'est un théologien, un docteur. ••• » 



BIOGRAPHIE DU VICOMTE DE VAUBLANC. 357 

M. de VaublaDC veut-il peindre la noblesse? il est impos- 
sible de tracer avec des couleurs plus pittoresques le rôle 
qu'elle a joué à cette époque : « Libre devant les rois, res- 
« pectueuse aux pieds de TÉglise, folle de gloire dans la 
« guerre, galante et aventureuse, avide et prodigue, turbu- 
•c lente, téméraire; insouciante du présent et de l'avenir, 
a dans la croisée de son épée, elle vît un symbole de foi ; 
a dans le baudrier qui la soutenait, un gage d'amour; 
« dans ht lance bien trempée, le salut de la France. » 

Il caractérise aussi nettement les grands monastères 
comme Cluny et Gîteaux : « Républiques actives , riches et 
« fortes avec leur juridiction particulière , leurs tribunaux, 
« leur armée, leur lieutenant, leurs colonies, leurs pro- 
« priétés sujettes au tribut ; élections , assemblées délibéra- 
« tives, vote général, égalité des conditions devant la règle, 
« jugement par ses pairs , rien ne leur manquait. Puissan- 
« ces à la fois spirituelles et temporelles, exerçant la cen- 
« sure des actions et des mœurs, dirigeant les bras et les 
a pensées vers Tutilité de la compagnie, elles représentaient 
« une individualité collective qui ne mourait pas et qui ne 
« divisait pas ses propriétés, qui se fortifiait et s'élargissait, 
« et qui était aussi comme une grande école polytechnique, 
« car on y voyait des métiers de tous genres, de vastes ex- 
« ploitations agricoles, des enseignements de tous les de- 
« grés pour les lettres et pour les sciences. » 

Des grandes institutions, M. de Vaublanc passe aux indi- 
vidus; il descend aux costumes : « Le moyen âge avait 
« sa jeunesse, ses nouveautés, son dernier goût; c'est aux 
« grandes fêtes, aux réunions féodales qu'hommes et fem- 
« mes faisaient assaut de modes nouvelles. Les dames, 
«t c'était raison, mettaient plus de temps à s'habiller que 
« les chevaliers ; il n'y avait pli dans leurs habits qu'elles 
« ne voulussent assortir à leurs traits. Elles étaient étroite- 
« ment boutonnées de fraisettes d'or et d'argent depuis les 
« poignets jusqu'aux hanches, et souvent se regardaient 
u pour éloigner tout ce qui pourrait leur messeotr. Que de 



358 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

« fois elles s'étaient montrées incertaines devant la bou- 
a tique du mercier qui leur disait : Voyez, dames, j*ai 
« mignottes ceintures, cornettes et rubans, petites boucles 
« et souliers, gants doubles et fourrés ; j'ai miroirs (oh ! le 
« séducteur !), j'ai lacet pour serrer les manches, chapels de 
« toiles fines pour demoiselles, à fleurs et à oiseaux, bien 
« soignées pour se coiffer devant leurs amis; finalement j^ai 
« beaux masques, galons couvre-chef à dames, et chapelets 
« pour les vieillotes. Enfin, le choix est fait! La dame qui 
« reçoit a robe de samit vermeil à demi lacée, laissant voir 
a la blancheur de la chemise, coiffure échevelée mêlée d^un 
« fil d'or; deux anneaux à la main droite et trois anneaux 
a à la main gauche, des souliers de cuir de Cordoue (de là 
« vient cordonnier), embellis de peintures d'or; puis^ sur 
« le tout, un beau mantel de samit (étoffe de soie d'or et 
« d'argent), frais, ourlé de zibeline noire, relevé de saphirs 
« avec de bonnes attaches. » 

Mais l'auteur nous transporte dans la salle du festin ; la 
scène change : « Là trop souvent la galanterie se dresse im- 
•c périeuse et arrogante; elle provoque, elle raille, elle 
« ment, elle abonde en propos abjects, en images révol- 
tt tantes ; elle rit d'un rire infernal, elle se ressent de la 
« débauche romaine, des violences de la conquête et de la 
a vie sauvage dans les forêts féodales; sa voix devient 
« rauque, sa parole est sans pudeur, ses contes sont las- 
« cifs, ses poésies grossières; beau maintient, discret lan- 
« gage, courtoisie et loyauté ont pris la fuite; plus de res- 
te pectpour la fenune, plus de ménagement pour le prêtre, 
« rintrigue et le vice se font jour, l'astuce gauloise leur 
tt vient en aide, et la rudesse des premiers Francs reparaît 
« dans l'insolence de la débauche. » Ce tableau ne serait-il 
pas avoué par les maîtres? 

M. de Yaublanc nous fait pénétrer dans la demeure de 
ces rudes guerriers , ornés de la dépouille des Sarrasins ou 
des bêtes sauvages; il nous y montre l'armure des chevaliers 
« objet de prédilection, vêtement de fer qui coûtait quel- 



t.i 



BIOGRAPHIE DU VICOMTE DE VAUBLANC. 359 

« quefois plus qu'un fief, vêtement belliqueux dont chaque 
« pièce était un trophée , chaque défaut le souvenir d'une 
« lutte opiniâtre; vêtement des forts et des audacieux, 
« qu'ils avaient porté chez dix nations différentes, et qui, 
<c après avoir étincelé sous le soleil de TAsie , reflétait la 
« douce lueur du foyer domestique. » 

Veut-on connaître encore le goût et la manière du cri- 
tique? On en pourra juger d'après cette appréciation du 
fabliau, Tun des genres de la littérature du temps : « Le 
a vrai fabliau spirituel et malin s'exprime en petits vers 
« d'un ton dégagé. U est assez fidèle à la rime, mais peu à 
« l'analogie des pensées ; il ne se jette point, comme le conte, 
« dans de merveilleuses et interminables histoires; il n'est 
« point nuageux et mélancolique comme les poèmes du 
« Nord, ni frivole et libre comme la nouvelle italienne; il 
(( a une physionomie toute à lui; c'est un français du vieux 
« temps. Il frappe vite et fort, et souvent ; tantôt sur les 
« docteurs et les moines, tantôt sur les chevaliers et les 
« bourgeois. Il ménage plus volontiers les hauts barons, 
« parce qu'il espère d'un bon gîte en leur castel et robe à 
« leur hvrée. Il ne manque pas de les appeler monseigneur; 
« volontiers leur fait-il jouer le beau rôle. Mais il ne tarit 
« pas sur la gloutonnerie des petites gens, sur l'astuce et 
« l'inconstance des femmes auxquelles il prête une mine 
« inépuisable de ruses. Peu importe d'ailleurs par quelle 
« voie ténébreuse il mène celles-ci, elles en sortent inno- 
« centes comme de jeunes brebis, laissant les dangers pour 
« l'amant, les risées pour l'époux. Puis le narrateur s'a- 
« mende au moment de finir, se recommande à son pa- 
« tron, souhaite le paradis au lecteur^ et demande pour sa 
« peine un Pater. » 

Au reste, il faudrait tout citer; les faits, les détails, les 
épisodes se succèdent avec un charme varié sous la plume 
de l'écrivain. Bornons-nous à dire que les revues et les 
journaux saluèrent d'articles élogieux la venue de Isl France 
au temps des croisades. 



360 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

Les Allemands lui firent un accueil très-flatteur, et Fal- 
lemerayes, un de leurs plus sévères critiques, s'écrie après 
en avoir fait un superbe éloge : « Je ne puis qu'envier l'au- 
teur d'un pareil livre. » 

Parmi les nombreux critiques français, nous citerons 
seulement le jugement qu'en porta M. de Pontmartin et les 
réflexions que lui suggère l'ouvrage de M. de . Yaublanc. 
« La complaisance de l'esprit moderne pour ses fantaisies 
« et ses caprices, la tendance même à s'y attarder un peu 
« trop et à rester adolescent dans l'âge de la virilité donne, 
a selon nous, plus d^importance et de prix encore aux tra- 
ce vaux où se révèlent le goût des fortes études, des re- 
« cherches patientes, le désir sincère de faire profiter notre 
<c société et notre époque des enseignements de l'histoire^ 
<c des découvertes de l'érudition dans les archives du 
« passé. Nous devons compter au nombre de ces publica- 
« tions trop rares le tableau de la France au temps des 
« croisades. L'auteur de ce livre ne dissimule pas ses sym- 
<c patbies pour ces temps chevaleresques qu'ont trop ca- 
«c lomniés nos dédains et justifiés nos folies. En consacrant 
« douze années de travail et d'étude à cette peinture de la 
« France au douzième siècle, en s'efforçant de faire jaillir la 
a lumière du fond de ces lointains souvenirs, de nous mon- 
« trer ce qu'était alors la société, la civilisation renais- 
« santé, l'état des^ sciences et des arts, le culte de la 
« royauté, le véritable esprit chevaleresque, M. de Vau- 
« blanc n'a pas prétendu nous ramener violemment vers 
« les siècles écoulés, nous contraindre à déplacer ou à 
« maudire les progrès qu'ont faits depuis ce temps la société 
« et l'humanité; il a voulu seulement replacer sous leur 
« véritable jour des faits défigurés par les diverses écoles 
<c philosophiques ou révolutionnaires, constater que la féo- 
<( dalité ne fut pas la barbarie; que cette forte et puissante 
« nourrice pouvait seule allaiter le genre humain redevenu 
« enfant, et que c'est sous le souffle fécond de l'esprit féo- 
a dal et chrétien qu'a pu naître et grandir cet esprit mo- 



^\. 




BIOGRAPHIE DU VICOMTE DE VAUBLANC. 361 

u derae, ingrat héritier, si encUa à oublier son origine. 
u Cette tâche dans la mesure et daas le ton qu'a constant- 
<c ment observés l'ingénieux et savant écrivain, n'a rien 
« que de salutaire, surtout dans une époque trop semblable 
n au dissipateur insensé qui se hâte de jeter au vent son pa- 

■ trimoine et laisse croire que ses ancêtres ne possédaient 
« rienpourse dispenser d'avouer qu'il gaspille tout. Telle ne 
" sera jamais la pensée de l'homme sage en tournant ses 
« regards vers le passé et en les ramenant sur le présent. 
« Comme le vicomte de Vaublanc, il se dira qu'il y a une 
« distinction capitale à faire et que l'héritier spirituel ho- 
" nore ses aïeux, même quand il ne songe pas à les ressus- 
B citer. •> 

A.U reste, M. de Vaublanc a répondu lui>méme : • Nous 
•> ne prétendons pas établir que le passé fût meilleur et mé- 
« connaître tout progrès social, maïs réclamer seulement la 

■ modération des juges en leur rappelant cette pensée de 
« Caton l'ancien : a C'est chose dif^cile de faire compren- 
•> dre aux hommes qui seront dans d'autres siècles ce qui 
" justifie notre vie. » 

« Avant de mépriser la société féodale , avant d'annon- 
« cer la perfection des nationalités modernes, il faudrait 
« savoir quel est le régime qui durera le plus, et jettera les 
u plus profondes racines. Les formes sociales et politiques 
•< de cette partie du moyen âge ont subsisté jusqu'à Riche- 
« lieu, c'est-à-dire plus de cinq cents ans, et nous ne pou- 
o vous pas encore nous en débarrasser complètement, mal- 
u gré nus efibrts, tant sont rivés solidement les anneaux 
" de cette chaîne, et quand nous serons parvenus à les bri- 
u ser, il y aura encore quelque chose en nous qui n'aura pas 
■< entièrement répudié le passé : notre imagination sera en- 
<• core dominée par nos souvenirs. • 

M. de Vaublanc ne se borna pas à l'ouvrage important 
dont nous venons de parler. Divers opuscules et critiques 
d'art virent encore le jour ainsi que quelques publications 
détachées, et il laissa de nombreux manuscrits qni accusent ' 



362 BULLETHS DU BIBLIOPHILE. 

non-seulement son goût pour Thistoire, n^ais sa facilité 
pour la poésie et la flexibilité de son talent d'écrivain à trai- 
ter des sujets très-divers dans des genres également op- 
posés. 

En 1861, il fit imprimer quelques pages sous ce titre : 
Coup (Tœil dans Paris. Là, d'un style plein de bonne hu- 
meur, il parcourt la ville et les monuments en connaisseur. 
En citer deux pages donnera Tenvie de posséder une de ces 
rares brochures. Il ne peut s'empêcher de déplorer la mo- 
notonie des constructions dans les rues nouvelles. 

a .... Quand le voyageur a vu une maison il les a toutes 
« vues : des boutiques au rez-de-chaussée, de belles glaces 
•c aux fenêtres du premier, une ceinture de balcons au troi- 
«c sième étage, une pareille au quatrième , d'énormes toits 
« mansardés surchargés de cheminées, et quelquesornements 
« au ciseau parfois heureux, parfois bizarre. S'il est permis 
a aux monuments publics de se distinguer de la foule com- 
te pacte des maisons privées, tout le reste doit s'aligner 
tt devant le même cordeau et se modeler sur le même des- 
« sin. Un pignon? quel anachronisme! Un avant-corps 
« central, un arial ou ercker? c'est chose défendue! Une 
(( façade en retrait ou des ailes en saillie? c'est illégal! 
« Un portique aérien, une terrasse? à quoi bon! Un péri- 
« style ? cela ne se fait plus ! Des statues, des bas-reliefs ou 
« des emblèmes? c'est superfluité! Un pavillon ? c'est trop 
« château ! etc. Mais une opulente bâtisse bien empâtée, à 
« pilastres plats, à rez-de-chaussée d'un lourd toscan, à 
a toit pesant, à mansardes banales, à la bonne heure ! On 
« dit de ces constructions qu'elles ont un u air de gran- 
« deur uniforme ». Si Ton veut de la grandeur uniforme, 
a que ne prend-on le style égyptien ? Les temples de Nubie 
« avec leurs pylônes et leurs obélisques sont beaux dans le 
« désert immense et solitaire, la pyramide est un rocher 
« nu posé par la main de l'homme dans une mer de sable. 
« Mais dans cette fourmilière d'un million et demi de créa- 
« tures très-vivantes que l'on appelle Paris, pourquoi re- 



BIOGRAPHIE DU VICOMTE DE VAUBLANC. 363 

« chercher une grandeur si constamment uniforme? Jou- 
« bert, cet aimable et profond moraUste^ disait : « De même 
« que dans la musique, le plaisir nait du mélange des sons 
« et des silences, des repos et du bruit, de même il naît 
« dans l'architecture du mélange bien disposé, des 
« vides et des pleins, des intervalles et des masses. » 
« Nous voyons bien les masses, nous ne voyons ni les 
« intervalles ni les vides. Un peu moins de bâtisses, 
« un peu plus d'art. Dans ce paysage animé d'une capitale 
« si florissante, permettez quelque mouvement dans les 
tt principales lignes de construction, et, eu même temps, 
« une certaine saveur de détails ingénieux ; conservez dans 
o Part, ainsi que le voulait M. de Tocqueville dans le sens 
« politique, conservez à l'individu le peu d'indépendance, 
« de force et d'originalité qui lui reste. Rouen, Nurem- 
« berg , plusieurs villes d'Espagne et d'Italie vous offrent 
« des modèles intéressants à étudier. Nous avons vu dans 
« une très-petite ville d'Allemagne le manoir d'un mar- 
« chand du dix-septième siècle ; par ses fresques extérieures, 
« il raconte encore aux passants tous les voyages du pro- 
tt priétaire chez les peuples les plus étrangers de la 
« terre. » 

Qu'on nous permette encore un passage de M. de Vau- 
blanc sur le Louvre : 

a .... Yisconti avait conçu sa vaste décoration un peu à 
< la hâte. M. Lefuel l'a modifiée considérablement et a fait 
w preuve d'un talent réel. U est souvent plus difficile de 
« corriger et de compléter que de créer ; on ne doit pas 
« l'oublier , en examinant les travaux de Yisconti et de son 
(i habile successeur, et en remarquant que certaines par- 
ce ties laissent toujours à désirer. 

« Pour unir cette restauration aux bâtiments existants, 
« l'on a fait à la fois des emprunts au Louvre et aux Tui- 
(( leries. Dans l'état où les remaniements successifs ont mis 
« ce dernier palais, l'amalgame architectural qui nous reste 
« n'est admiré de personne. Ce palais, si fameux histori- 



36(à BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

u quement, étonne les voyageurs par son incohérence et son 
« infériorité comme création monumentale. On a fait pour 
u le nouveau Louvre des emprunts aux parties qui remon- 
« tent à Philibert Delorme. On a imité les terrasses en- 
«( g^agées maintenant dans le massif central. Mais, cç qai 
« était en harmonie avec le petit palais de Marie de Médi- 
c( cisy Test beaucoup moins dans l'immense déplacement 
« des constructions récentes. Il est question maintenant 
« (M. de Vaublanc écrivait ceci en 1861) de la restauration 
« des Tuileries. C'est une entreprise délicate. Ou Ton re- 
« produirait là quelque façade du Louvre, et Ton sacrifie- 
<i rait rintérét des souvenirs historiques pour établir une 
« copie; ou Ton ferait du nouveau, et dans ce cas il est 
u difficile d'espérer que l'on ferait aussi bien que P.Lescaut 
« ou Perrault, plus difficile de croire que l'on ferait mieux ; 
(c ou l'on ramanîerait ces façades pour la quatrième fois, 
u travail incertain , dont l'efTet ne serait bien compris que 
« trop tard, comme il arrive ordinairement, et dont la na- 
« ture hybride ne compenserait pas les millions qu*il faudra 
u dépenser. Mieux vaudrait, ce nous semble, laisser les 
« Tuileries telles qu'elles sont. » Hélas ! la folie des heures 
de carnage devait livrer aux flammes ce que Fart respectait 
au nom de l'histoire ! M. de Vaublanc s'inquiète de ce qu'il 
faudrait mettre au milieu de la cour de notre vieux Louvre, 
et il donne à ce sujet de précieuses indications. 

Le nouveau Louvre, et la salie du trône qu'on y a dispo- 
sée, donne à l'auteur l'occasion de quelques critiques d'une 
parfaite justesse, de l'avis des connaisseurs. En effet, plus 
que nos architectes et nos ornemanistes, M. de Vaublanc 
avait le sentiment de la grandeur d'un palais et d'une salle 
du trône ; il avait été à même d'en comparer plusieurs, de 
les voir habitées, et il avait pu remarquer les parties heu- 
reuses ou insuffisantes de ces lieux destinés à rehausser la 
majesté royale et a produire une impression de grandeur 
et de magnificence. Ici encore ses observations seraient 
bonnes à suivre. 



BIOGRAPHIE DU VICOMTE DE VAUBLANC. 365 

De même les églises, les peintures à fresque, les vitraux 
étaient bien du ressort de Tbomme qui avait tant étudié le 
moyen âge; de même, à propos des ponts, des casernes, 
du nouvel Opéra, de l'aspect général du nouveau Paris, il a 
quelque autorité pour donner un avis, faire entendre une 
louange ou un regret. 

La première idée architecturale duMaximilianum, à Mu- 
nich, lui appartient, et le dessin remis au roi fut primitivement 
adopté par Tarchitecte ; mais on ne l'exécuta qu'avec des 
modifications qui en diminuent beaucoup l'élégance et la 
grandeur. Le dessin demeuré dans ses papiers établit une 
comparaison désavantageuse avec le monument existant. 

La restauration du château gothique de Hohenschwangan, 
dans la haute Bavière, fut exécutée d'après ses conseils et 
avec un succès complet. Cette résidence est celle de la reine 
Marie, et du vivant du roi Max, M. de Vaublanc y suivait la 
cour pendant la belle saison. Ce site est extrêmement pit- 
toresque ; le château, bâti sur une hauteur, est entouré de 
lacs et d'une ceinture de hautes montagnes. 

M. de Vaublanc tenait trop à la France pour n'y pas re- 
venir chaque fois qu'il en avait la possibilité. Il se rendait 
annuellement à Paris, puis ensuite en Beaujolais. Là il ve- 
nait payer un tribut d'affection et de soin à cette mère dé- 
vouée que le temps n'avait pas habituée à la séparation. 
Jaloux de ne déranger aucune des habitudes d'un âge 
avancé, il s'y conformait en tout, et oubliait les siennes, 
bien différentes ; il se trouvait heureux de passer quelques 
semaines dans ce séjour modeste que les coups de la mort 
avait rendu bien solitaire. 

C'est là qu'en 1867 M. de Vaublanc écrivit une char- 
mante brochure sur l'exposition universelle qu'il venait de 
visiter. Il Ta décrite en quatre-vingts pages pleines d'hu- 
mour, qui se lisent gaiement comme elles ont été écrites. 

Le visiteur commence à demander grâce au public, l'as- 
surant que sa petite brochure ne tiendra pas un demi-centi- 
mètre sur le rayon d'une bibliothèque ; puis, à demi con- 



366 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

vaincu de son indulgence, il le salue d'un air dégagé, prend 
sa canne et son chapeau et se précipite vers l'exposition ; 
mais là le tourniquet l'appréhende au corps. « Je n*ai pas 
« fait cependant comme ce pauvre homme qui n'a jamais 
u pu comprendre le procédé d'entrée. Il s'est élancé à la 
a nage par-dessus le tourniquet. On Fa ramené de vive 
a force, on l'a forcé à se familiariser avec le mécanisme 
« brutal. 

'< .... Je m'avance d'abord au pas de charge vers le 
m cœur même du monument jusqu'au péristyle intérieur, et 
a je me trouvais en face des parterres de la cour ovale. Là 
t( s'élevait un petit pavillon polygonal ; c'est le temple de 
u Plutus, le kiosque d'exposition pour les monnaies, la cour 
(( même du palais industriel, cœur d'or et d'argent pour un 
« siècle de métal. Ailleurs on a installé cà et là des choses 
a qui réveillent des idées de gloire et d'honneur; ici, au 
a point central, tout pour l'argent. Je n'ai point vu ce 
« trésor. J'étais pressé et peu m'importait les dollars, les 
« doublons, les piastres et les thalers. N'est-ce pas une 
« grande tristesse pour le genre humain qu'il faille, seule- 
ce ment pour vivre, tant de ces petits ronds de métal que 
•c Ton poursuit quelquefois jusqu'à perdre haleine? De ce 
<c point central il est facile de s'orienter pour commencer 
a l'examen rapide des galeries. Je dis rapide, car lorsqu'on 
« veut faire en huit jours une partie de soixante-seize 
« lieues, longueur calculée de toutes les rues, ruelles ou ga- 
« leries, et de tous les sentiers ou allées du parc, il ne s'agit 
tt pas de se promener comme une tortue philosophe dode- 
« linant de la tête à gauche et à droite sans tenir compte 
« des heures. » 

C'est sur ce ton-là que le vicomte de Vaublanc entraîne 
son lecteur de Paris au Japon, et de Tunis à Saint-Péters- 
bourg ; cette causerie aimable et gaie se lira en tout temps ; 
car si l'actualité semble être le premier mérite d'une bro- 
chure, l'esprit en est un autre plus réel que le temps n'atta- 
que pas. 



i 




BIOGRAPHIE DU VICOMTE DE VAUBLANC. 367 

M. de Yaublanc écrit comme il cause, et il ne fut pas de 
plus charmant causeur : contant d'une façon brève et pi- 
quante, raillant avec finesse et bonté, intéressant son audi- 
teur par Tà-propos et se taisant volontiers pour écouter les 
autres. Dans un salon et dans un cercle de femmes son 
arrivée était saluée comme un événement heureux. Chacun 
savait que la conversation quitterait les sentit^rs mono- 
tones. 

C'est encore l'esprit du causeur français que nous retrou- 
vons dans les souvenirs anecdotiques et inédits de M. de 
Vnublanc. La rédaction de ces souvenirs, tracés de sa belle 
écriture, occupèrent les dernières années de sa vie. Ils 
composent quatre volumes ; deux sont spécialement con- 
sacrés à sa famille, deux autres pourraient être livrés au 
public^ 

De tous, nous dit-il, il a pris soin d'écarter la personna- 
lité, le scandale et la médisance ; « ayant dû mettre sur le 
« papier mes sentiments et mes idées, mes actions y parais- 
« sent peu ou point ; ces pages ne sont pas des mémoires, 
a ce sont la rue^ la grande route, les palais aperçus des fe- 
« nétrcs du salon domestique. » 

La monotonie est exclue de ces écrits faits au courant de 
la plume, les sujets s'y succèdent rapidement avec une 
grande variété : les souvenirs de famille, la restauration « 
TAllemagne, l'Angleterre, la Hollande, l'Italie, les princi- 
paux personnages politiques du commencement de ce siècle 
s'y montrent sous des traits vifs et rapides. — Après avoir 
assisté au couronnement de la reine d'Angleterre nous nous 
asseyons avec M. de Yaublanc à la table qui réunit onze 
souverains à Baden-Baden en 1860 ; de l'île désolée d'Eli- 
goland nous courons aux cendres de Pompeï ; puis nous 
pouvons faire une station de rêverie au vieux château de 
Vurzbourg, nous égarer sous ses charmilles où les faunes 
sont vêtus de mousse, et de là rentrer éblouis dans des sa- 
lons renaissance où les glaces innombrables luttent avec des 
trésors de Saxe. De là aller méditer devant la statue de 



368 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Marc-Aurèle à Rome, et nous réveiller sous les confettis 
du carnaval. Le narrateur vous fait grâce des nomenclatures 
prolongées, il vous entraîne charmé, vous montrant ce qu^il 
voit, vous faisant goûter ce qu'il sent et tout cela simple- 
ment, doucement, avec une autorité qui ne s'impose à per- 
sonne, mais qui triomphe par l'appréciation juste et modé- 
rée, le charme du détail élégant et original. 

Il nous reste à parler du Petit Liçre ou de quelques habi" 
tudes utiles dans la çie. 

En moins de cent pages, M. de Yaublanc a réuni comme 
un petit code pour la paix et la dignité de Thomme du 
monde, c'est un recueil d'observations pratiques appuyées 
de l'autorité de l'Ecriture sainte et des moralistes de tous les 
temps. — Cinq chapitres traitent brièvement : de la Jouis^ 
sance intérieure; — de V Elévation de F âme vers Dieu; — 
du Soin personnel ; — de r Ordre ; — de r Occupation et 
de la Patience. 

Ces notes, rassemblées pour l'usage de leur auteur quand 
il était jeune encore, ne furent imprimées qu'à la fin de sa 
vie, à la prière de ses amis, qui en avaient éprouvé l'utilité 
par eux-mêmes : aujourd'hui ces notes leur restent comme 
un souvenir vivant ; car il a fait mieux encore qu'écrire ce 
petit livre, il l'a pratiqué. 

Toutes les pages seraient à citer, parce que toutes contien- 
nent des observations précieuses; contentons-nous d'en 
donner une idée par un ou deux passages : 

« .... Sans patience il n'y a pas de véritable force; elle 
« nous prête un appui nécessaire dans la pratique des habi- 
« tudes les plus utiles de l'art de vivre, et dans nos rapports 
« multipliés avec nos semblables. 

« Nous sommes ici-bas dans l'obligation d'accepter avec 
« résignation, non -seulement le cours des événements, mais 
** encore l'action continuelle de la société dont nous sommes 
tt les membres et celle des individus qui nous entourent 
u immédiatement. C'est ici surtout que la pratique de la 
« patience offre de grandes rdiflicultés. Cela vient peut-être 



^ 



BIOGRAPHIE DO VICOMTE DE VAUBLANC. 369 

n Je ce <{ue l'on n'a pas été chercher le mai dans son prin- 

■ cipe. Ce n'était pas tant la nécessité de supporter avec in- 

■ dul^ence la manière d'être de cette personne, qu'il fallait 
'I envisager, que la nécessité de se faire an grand fonds de 
« patience et de tolérance envers tout ce qui est de l'huma- 
X nité. Cette disposition doit s'étendre à tous les instants et 

• à tous les sujets ; sur nous-mêmes pour ne pas tomber 
" dans le découragement, sur la société pour ne pas deve- 
<> uir misanthrope, surTamitié pour excuser ses indiscrétions 
« ou ses inégalités, sur la parenté pour supporter ses censu- 
" res, ses exigences ou ses froideursi sur nos supérieurs pour 
.c se faire, s'il j a lieu, à leurs injustices, à leurs dégoûts, à 
" leurs vexations, sur nos subalternes pour s'habituer à leur 
« infidélité, à leur insuffisance, à toutes leurs imperfections, 
« obéissant à ce principe de l'ecclésiaste : Ne soyez pas 
I' comme un lion dans votre maison en vous rendant terrî- 
H ble à vos domestiques {EccL, iv) ; sur toutes choses en un 

• mot, car il faut être doux envers les personnes comme en- 

■ vers les choses de la vie, doux envers les accidents comme 

■ envers les caractères. • 

Ces dernières lignes peignent celui qui les traça ; cet 
Iiomme vif, irritable même par tempérament, était devenu 
l'iiomme le plus patient et le plus indulgent qu'il soit pos- 
sible de rencontrer, il pratiquait habituellement ce qu'il 
avait écrit : 

•' L'âme doit se répéter souvent lorsque le cœur se sent 
" déchiré par les épines du monde : laissez aller, laissez 
•• passer l'orage, une pierre a heurté votre pied, ne l'esami- 
« nez pas, ne sondez pas l'intensité de la meurtrissure, lais- 
" sez les caprices s'évanouir, l'envie et la calomnie se fati- 
" guer et resicz toujours vous-même au milieu des mille 
« incidents de la vie. Restez bon, indulgent et fort. Tout 
« s'use, tout se calme, encore un peu de temps, et de ce qui 
« vous avait ému il ne restera qu'une fumée légère, un sou- 
•c venir qui décroît plus vite que l'ombre. » 

L'indulgence chez M. de Vaublanc avait sa base dans un 



370 BULLETIN DU BlBLIOPfflLE. 

grand fonds de modestie. Nous lisons encr)re dans le Petit 
Livre : » Cette indulgence infinie pour nos semblables, et 
« cette juste appréciation des choses de la yie, doit être ha- 
(( bituellement fondée sur un jugement impartial de nos 
(c propres faiblesses et de nos innombrable^ imperfections. 
a Nous voyons ce que sont les autres^ mais nous voyons 
« aussi ce que nous sommes, et nous sentons que nous ne 
tt valons pas mieux. » 

Toutes les étninentes qualités de M. de Vaublanc ne 
firent que se développer avec les annéies ; à Tencontre de la 
plupart des hommes, dont les défauts s'accentuent en vieil- 
lissant, le philosophe chrétien voit ses défauts s'atténuer et 
ses vertus s'accroître ; c*est le résultat de son travail sur 
lui-même ; la tige et la fleur vont disparaître, mais le fruit 
savoureux demeure. 

A son dernier voyage en France le vicomte de Vaublanc 
fut longtemps et gravement malade ; sa sérénité ne s*altéra 
point, tous ceux qui rapprochèrent furent séduits par sa 
bonté, son détachement de tout et son inaltérable douceur. 
Le médecin qui lui prodigua alors des soins dévoués disait 
de lui : « M. de Vaublanc, c'est l'imitation de Jésus-^Christ 
« en personne. » C'était l'éclat de la fin du jour ; peu de 
mois après il se montrait doux envers la mort, comme il 
s^était montré doux envers la vie ; la vie, qui pourtant lui 
versa plus d'une amertume. 

Il fut enlevé à Munich le 15 août 1874 par une maladie 
courte et douloureuse, dans le plein exercice de ses facul- 
tés, soumis à la souffrance, Tœil fixé sur le crucifix et en- 
touré des consolations de la religion et de l'amitié. 

Il fut vivement regretté, a Tous ceux qui ont jamais été 
« en rapport avec lui, écrivait-on de Munich, le pleurent 
« sincèrement et respectent sa mémoire comme celle d^un 
« noble et galant homme qui a toujours été fidèle à ses prin- 
« cipes dans les positions les plus difficiles et les plus dé- 
a licates. » 

Maintenant, si nous jetons un regard rétrospectif sur 



■A 



BIOGRAPHIE DU VICOMTE DE VAUBLANC. 371 

rexislence qui vient de finir, nous voyons qu'elle fut labo- 
rieuse et désintéressée. 

Ceux qui ne rencontrèrent le vicomte de Vaublanc qu'en 
passant ne virent en lui qu'un homme du monde aussi distin- 
gué dans ses manières que spirituel dans sa conversation, 
mais il ne fallait pas beaucoup de temps pour découvrir 
l'homme intérieur que nous avons essayé de faire connaître, 
l'homme possédant une instruction profonde, une bien- 
veillance inaltérable et un désir constant de s'améliorer. 
Artiste de goût, littérateur distingué, il dut à ses qualités 
personnelles une position élevée et l'amitié d'un souve- 
rain. 

Ses neveux gardent de lui des aquarelles remarquables, 
des livres d'une valeur réelle et de précieux exemples. 

M"*^ DU R***. 



LA BIBLIOTHÈQUE 



DES 

/ 



DUCS DE MILAN 



Indagiui storiche, artistiche e bibliografiche suUa 
Lîbreria Visconteo-Sfor/esca del Castello dî Pavîa, 
compilate ed ilhistrate con documenti inediti per 
curadi un bîbliofilo. Parte prima. — (Investigations 
historiques, artistiques et bibliographiques sur la 
Librairie des Visconti et des Sforze à la citadelle de 
Pavie^ recueillies et illustrées de documents inédits 
par les soins d*un bibliophile. Première parlie.) 
Milan^ Gaetano Brigola^ libraire-éditeur y 1 875 ; 
in-8", 6 ff. n. chiff., lxvii et 1 76 pag. avec une pho- 
tographie. 

Édition tirée à deux cents exemplaires, dont trente sur grand papier 
teinté et numérotés à la presse. 



L'existence du livre dont nous venons de donner le titre 
nous a été révélée en parcourant 4a liste des publications 
de rétranger parvenues à la Bibliothèque nationale en mai 
dernier. Ceux qui, comme nous, seront curieux de se le 
faire communiquer pourront lire, en ouvrant Texemplaire 
de choix (n"" 19) mis à la disposition des habitués de la salle 
de travail, Tenvoi autographe suivant, où Tanteur dévoile 
son anonyme : 

A la Bibliothèque nationale de Paris, c multarum italicantm 
spoliis superba (1), • un bibliophile italien, toujours inconsolable 

'1) Nons Toyons dans le cours de roarrage que c'est à Casaubon 
qu*ont été empruntées ces paroles latines. 



,-^"Si 



LA BIBLIOTHÈQUE DES DUCS DE xMlLAN. 373 

pour la perte douloureuse de la librairie du château de Pavie, offre ^ 
sans rancune rétrospective et en hommage respectueux^ cet inven^- 
taire et ces DOCUMENTS INÉDITS qui en donnent P histoire. 

Signé : Girolaho mabquis d*ADDA, 

Membre correspondant de t Institut Lombard, 
De Milan ^ ce \^^ décembre ^875. 

La manière dont le présent est fait attire forcément Tat- 
tentiou, convenons-en, et sur le donateur et sui* son livre. 
Les connaisseurs qui auront cédé à cet attrait n'auront pas 
à s'en repentir : nous leur en donnons l'assurance, et nous 
allons y joindre une démonstration aussi brève que pos- 
sible. 

SI- 

Tout d'abord, l'auteur n'est nullement pour nous homo 
Houus; et quand je dis nous, j'entends les amis des livres 
et le public lettré en général ; car M. le marquis d'Adda est 
bien connu et fort apprécié de quelques-uns de nos écri- 
vains favoris que je pourrais citer, bien connu aussi de nos 
libraires antiquaires, et il a fourni, soit de sa propre bi- 
bliothèque, soit d'autres collections, de beaux spécimens 
de reliures qui figurent dans deux des planches de V Histoire 
de la Bibliophilie. 

A part cela, nous avons de lui dans la Gazette des Beaux^ 
Arts de 1868, livraison du 1*'' août (tome XXV, pages 123 
à 152), une étude accompagnée d'illustrations sur Léonard 
de Vinci^ la graifure milanaise et PassapaM^ qui dénote un 
ardent bibliophile et un critique d'art consommé. Déjà 
en 1863-1864, il avait donné au même recueil d'autres ar- 
ticles, et nous nous réjouissons de savoir qu'il doit y publier 
prochainement une série d'études nouvelles qui seront in- 
dubitablement fort remarquées. 

L'ouvrage dont nous rendons compte aujourd'hui est le 
fruit de travaux commencés il y a dix ans, et poursuivis dans 
l'intervalle avec des interruptions et des vicissitudes de 



374 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

bien des sortes. En attendant que la seconde partie soit 
mise au jour, il a pour but dominant, Fauteur nous Fa dit 
dans son envoi à notre bibliothèque, la publication de Tln- 
ventaire fait en 1426 des manuscrits appartenant au duc de 
Milan, Philippe Marie Visconti, et conservés alors dans le 
palais-forteresse de Pavie. 

Cet inventaire remplit 91 pages et se compose de 988 ar- 
ticles. 

Il commence ainsi : 

IN NOMINE DOMINI AMEN 
M CCCC XX VJ, 

Consignatio librorum lUustrissimi principis, et exceilentis- 
simi domini, Domini — Ducis Mediolani etc., facta in libra- 
ria castri papie per nobiles et Egregios viros D. Augnstinam 
de Sclafenatis et Laurentiumde Regio Magistro Intratarum prefati 
domini, Nobilibos viris lohannolo billie Gastellano dicti castri 
papie, et lohannino de Calchaterris negocic^um gestore posses- 
sionum ejusdem domini. Incipiendo ad uhimam lineam inferio- 
rein , a parte sinistra Introiius in hostîum librarie predicte. Que 
coDsignatio facta fuit a die quarta usque m diem octavam mensis 
lannarij, anni supra scripti. 

Il n'est pas besoin d*étre fort grand clerc en bibliogra-* 
phie pour savoir que la bibliothèque, ou, pour parler plus 
exactement, la librairie, du château fort de Pavie devint 
après la bataille de Novare en avril 1500, d'autres disent 
un peu avant, la proie du vainqueur : Louis XII réunit une 
partie des livres qui la composaient à la librairie de son 
château de Blois. M. Lcopold Delisle, résumant les travaux 
de ses devanciers et les enrichissant notablement de son 
propre fonds, nous a montré dans un récent ouvrage (l), 
qui est un vrai monument, l'origine, les accroissements, 
puis la dispersion de cette collection des ducs de Milan, qui 

(1) Histoire générale de Paris. Le cabinet des manuscrits, etc., ISdS, 
1874, 2 V. 4<>, tome I, pages 125-129. 



LA BIBLIOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 375 

fut à un certain moment unique dans son genre, et il a su 
retrouver au milieu du dédale de nos manuscrits ceux qui y 
ont certainement appartenu et qui, au nombre d'une cen- 
taine environ, portent Tinscription 

DE PAVYE ET AV ROY LOYS XU« (1). 

J'entends d'ici les gens pratiques me dire : « Eh bien ! 
cela nous suffit parfaitement, à nous lecteurs français ! Et à 
quoi bon cet ancien catalogue de livres? Ceux que nous 
avons, M. Delisle les décrit ou les indique, et d'ailleurs on 
peut les voir ! Ceux que nous n'avons pas, que nous im- 
porte? » 

Nous engagerons ces utilitaires, avant de trancher ainsi 
la question, à lire les pages mêmes qu'y a consacrées M. De- 
lisle. C'est lui qui se chargera de leur répondre : les détails 
qu'il donne laissent assez apercevoir toute l'importance 
qu'auraient eue, à ses yeux, ceux qu'il ne pouvait donner et 
qu'on rencontre dans nos Indagini. Nous ne croyons même 
pas commettre une indiscrétion en disant que l'auteur des 
Indaginl a reçu de celui du Cabinet des Manuscrits de cha- 
leureuses félicitations. 

Quoi qu'il en soit, M. Delisle n'a pas hésité à reproduire 
tous les chiffres de répartition par matières d'un catalogue 
de 1459 acquis par la bibliothèque en 1853 à la vente Man- 
ger, et à donner textuellement toute la partie de ce cata- 
logue relative aux ouvrages français. 

On peut être sûr que s'il eût connu le catalogue de 1426 
aujourd'hui publié, dont il signale toutefois rexistence, il 
aurait tenu, s'il ne lui eût donné la préférence, à le mettre en 
regard de l'autre, et deux raisons l'y auraient déterminé : 

i° La consignatio librorum de 1426 contient 988 titres. 
h'ordeni di libri de 1459 se^ulement 884; 

(1) Dans nos Recherches sur Vhistoire littéraire du quinzième siècle 
(Techener, 1876, 8°, p. 82, noie), nous avons donné une description 
très-détaillée de deux de ces manuscrits que Louis Sforae a copiés de sa 
propre main à Page de onze ans. 



376 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

2® Le premier catalogue a 87 ouvrages français; le second 
seulement 78, avec beaucoup plus de doubles que le pre- 
mier. 

Mais ce n'est pas tout : 

Facino de Fabriano, de qui émane Yordeni di libri^ n'a 
donné pour chaque livre que le titre en deux ou trois mots, 
sans rien de plus. Tout autre est la consignatio librorum, 

Récolement est la signification précise de consignation 
mais on songe involontairement ici au sens moderne du 
mot, en présence surtout de ce datif consignatio facta per 
nobiles i^iros,,,, nobilibus viris. 

Car il y a eu, en fait, prise en charge par le gouverneur 
de la citadelle de Pavie, lohannolus Billia, et par l'intendant 
es possessions du duc, lohanninus de Calchaterris, des ob- 
jets que leur consignaient — après leur en avoir fait recon- 
naître ridentiié et y avoir apposé un numéro d'ordre, une 
lettre, une marque particulière, ou plutôt après avoir 
constaté l'existence antérieure de quelqu'un de ces signes 
(signaturœ) qui manquent sur un certain nombre de vo- 
lumes — les deux fonctionnaires de l'ordre financier [ma- 
gistri Intrdtarum)^ Augustin de Sclafenatis et Laurent de 
Regio, commis par le prince à cet effet. Ou conçoit, dès 
lors, qu'un inventaire fait avec une aussi grande solennité, 
par quatre officiers de la maison ducale, doive décrire soi- 
gneusement chacun des articles. 

C'est un précieux avantage; mais selon la loi ordinaire 
des choses humaines, il nous faut le payer par quelques 
déboires : Philippe Marie, par des motifs que nous n'avons 
pas à rechercher, n'a point recours, pour faire dresser la liste 
de ses livres, à des savants qui eussent élaboré un travail : 
il prend trois administrateurs et un militaire qui exécutent 
en quelque sorte une consigne. La forme qu'ils suivent est 
quasi juridique : ils commencent, nous l'avons vu, parles li- 
vres de la rangée du bas à gauche de l'entrée, et ils conti- 
nuent ainsi, revenant vers leur point de départ, notant au 
passage une étagère de bois peint près du balcon qui a vue 



LA BIBLIOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 377 

sur la ville [in una capsa picta prope balconem respicienteni 
versus cwitatem)^ et où reposent une vingtaine de volumes; 
plus deux sphères de cuivre doré ; puis d'autres rayons [in 
alla capsa) (1), supportant une boussole à trois chaînes de 
bois ne formant qu'un seul morceau avec le pied, ouvrage 
d'un condamné qui avait dû sa liberté à ce chef-d'œuvre 
d'art et de patience, et environ i 40 nianuscrits qui semblent 
(je ne voudrais pas l'affirmer) avoir aussi reposé sur les 
mêmes rayons. Enfin une vingtaine de volumes , désignés 
comme de médiocre valeur, sont réservés pour clore le ca- 
talogue. 

A défaut de méthode, — et Ton serait vraiment peu fondé 
à en exiger : « la bibliographie est une science toute mo- 
derne et qui ne pouvait naître qu'après Fimprimerie, » a 
très-justement remarqué notre auteur, — la régularité est 
parfaite, et la tâche s'est accomplie comme le duc voulait 
qu'elle le ftl par ce capitaine et ces trois praticiens. La con- 
séquence immédiate, on s'en est déjà aperçu, c'est que 
le catalogue de 1426 est une pièce dont la lecture eût fait 
dresser les cheveux à Pétrarque. Le bas latin s'y étale à 
plaisir avec ses barbarismes et ses solécismes, que l'éditeur 
a scrupuleusement respectés, c'est tout naturel. On en sera 
quitte pour recourir au glossaire de Du Gange. J'avertis 
qu'on aura à en faire un fréquent usage, et peut-être pas 
toujours avec succès, comme cela m'est arrivé pour l'ex- 
pression 

Scrîptum cum taxillis in rotundinis 

qui m'a mis l'esprit à la torture et qu'après vingt supposi- 
tions j'ai dû renoncer à interpréter. 

Une autre conséquence encore du choix des préposés à la 

(1) Je suis peut'étre bien hardi en traduisant capsa par raytfns^ alors 
qu^habituellement il se rend par caisse, cassette^ son dérivé direct. Ce- 
pendant, je vois que le mot se trouve dans Martial avec Pacception de 
cases à faire sécher le fruit, 

26 



378 BULLETIN DU BIBLIOPHILE, 

confection de l'inventaire, c'est que beaucoup de titres ont 
été mal copiés. Cela saute aux yeux pour les textes français 
surtout. 

Mais c^est assez parler des défauts de ce document : il 
nous platt bien mieux de revenir à ses qualités. Ne disser- 
tons pas sur cette thèse générale : « de la lumière que jet- 
tent les catalogues anciens sur l'état des idées et des con- 
naissances à l'époque où ils ont paru. » Bornons-nous à 
nous féliciter, comme- amateurs de livres, de posséder main- 
tenant pour la librairie de Pavie une nomenclature telle 
qu'il faut bien peu d'effort d'imagination pour nous figurer 
la voir passer réellement sous nos yeux. Chaque volume est 
désigné intérieurement par son Incipit et ses derniers mots, 
eltérieurement par son format et sa reliure. Telles sont les 
bases générales de description. Mais elles n'excluent pas, 
heureusement, une foule de minutieux détails, vrai régal de 
curieux, sur les conditions tant intérieure qu^extérieure du 
livre. On nous dit s'il n'est pas complet et s'il y manque le 
commencement ou la fin, s'il a quelques feuillets rongés; 
on mentionne tantôt qu'il est de peu de valeur, tantôt qu'il 
est de^ très-grande beauté ; on indique la langue dans la- 
quelle il a été écrit, quand ce n'est pas le latin, le sujet traite 
quand le titre ne le fait pas assez connaître ; s'il est en prose 
ou en rime, à longues lignes ou à deux colonnes ; sur quel 
tissu porte l'écriture : une ou deux fois c'est sur papyrus (?) 
[in papiro)^ assez rarement sur papier [cartà)^ sur parche- 
min est donc la règle ; le genre d'écriture est souvent indi- 
qué aussi, selon qu'elle est en lettre cursive {notarina)^ en 
lettre moulée, en lettre moulée de Paris. Quand le livre est 
orné de dessins, on ajoute l'épithète « historié ou avec mi- 
niatures. » 

Nous avons également, dans un cas ou deux, des rensei- 
gnements sur la provenance du volume. On nous dit, par 
exemple, qu'il fut donné à telle princesse de la famille et 
apporté par un chapelain (jpreçedinus). 

On spécifie, quant au format, s'il est petit, grand ou 



^ 



LA BIBUOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 379 

moyen, si le livre est épais ou assez épais {grossi^ satis 
grossi ifoluminis). 

Les particularités pour la reliure abondent encore davan- 
tage : milanaise presque toujours, il arrive exceptionnelle- 
ment qu'elle est indiquée comme parisienne, ou du moins à 
la mode de Paris {ad modum paris inum). Tantôt elle est 
molle [sine assidibus)^ tantôt à ais de bois (cum assidibus)\ 
elle porte alors des clous, des clavettes ou fermoirs de métal, 
des serrures de cuivre ou d'orichalque, souvent d'argent ou 
de vermeil. 

La couverture, rarement collée [impastatà)^ présente 
quant à la matière et à la couleur la plus grande variété. 
Elle est de toile, ou bien de cuir, roux, vert, ou blanc, ou 
mi -partie roux et noir, tanné, ou brut, ou gaufré, parfois 
bouilli ou qualifié de mince (lepis) ou d'antique; ou bien 
elle est simplement de papier ; mais dans un grand nombre 
de cas elle est beaucoup plus luxueuse : de camelot {zam- 
bellotus\ de drap de soie, de satin, de velours, rouge, azuré, 
queue de paon, etc. Il arrive aussi que le livre est dans un 
étui ; qu'il porte sur les plats des empreintes, telles qu'un 
lion ou des figures de sainteté, etc. 

Voici, à l'appui, quelques articles de la consignaiio libro» 
rum ; nous les prenons parmi les livres français exclusive- 
ment. 

N<» 192. Légende sanctorura in galico magni voluminis et 
grossi, coperte sera alba cum clavis et clavaturis argentî aorati 
factis ad. S. Incipiunt Messire son Jerosmas^ et finiantnr des 
siicles. 

Sig. D. X VIIJ. 

N® 202. Aristotilis pliilosophia moralis in galico cum figura 
unius doctoris in princîpio, habentis ante.se unum libram, vo- 
luminis magni et grossi coperti corio mbeo scalpto. Incipit a, 
très sovraneSy e très excellentes printe^ et finitar explicit, 

Sig. in corrigio. CCCCLXXXXJ. 



:m «ULF.ETIN DU BIBLIOPHILE. 

N'* !230. Vita sanctoriim patrum mediocris voluminis, scripUi 
in gallj(:(i, historîata coperta corio albo veteri. Incipit in litteni 
riibca Ci comenza le livres de miracles et finitur de ceste vie anien, 

Sig. D. LXXV. 

N" 232. De regimine prîncipum liber secnndum Egidinm, 
inc(lio(TiH vohiiuinis copertus veluto rubeo, cnm clavis ad radios 
solis, et seraturis argenti aurati, scriptns in galico. Incipit A son 
spécial se^nnr et iiiiitur a, ses loiaus amis. 

Sig. D X. VU. 

N^ :2!)3. Thésaurus pauperuni in gallico, voluminis mediocris 
ooporti coricï veteri \iridi. Incipit Ces livres est appelés thesors et 
liiûtur a ^loirv^ t\ hommr amen, 

Sig. D. XX VJ. 

« 

N** ^34. Ronianus de veto pavonis, parvi Yolnminis, in gallico, 
(*oporù drnpo sete rubeo cuni duabus seraturis argenti deaurati. 
Incipit Jpres chu calixatulres et finitur Explicii le romans des 
CO/4.V dt* f*49iHm^ dottaius domino per tlominam Isabellam sororem, /. 
domine ctmiiiisse virtuium die ±1 Martij portatus per prevedutum» 

Sig. D. LXXXXJ. 

N"^ ^30. Gotifredus de Boiono in gallico, Yoluminb magm et 
^rt)s$i a^|>erti corio rubeo sculpto. Incipit les ancienes hestories^ 
et tluitur pitsser en paille. 

Sig. CCCCLXXXX U. 

N** ^i>4. De VII peccatis liber parvus in galico» copertus corio 
p\K);^o $i\e car ta veteri cum uuo leone cum VII capitibiiSy et Insîg. 
vkv c\>Qiitum et Sabaudie. Incipit Orpiels harme àatst lieu et 

ftiùtiir de mki! flnre. 

Si^. DXXV. 

N' 40%. Filtpi^ de na^ayre in galico Wnrninis para, copcrtns 
vvito albo îtiipastJLto. Incipit F:lipe de namLnrre et tinttar .^ lur 

Si^- D. XX. 

"^^ 4iâ. Petni5 Canfinalis in liogna pro^dncùli. i>oiiiniinîs 
diocr:> ooperd cvrîo jdbo« Incipit t^jazùrns et tînitiir tomem •'&•«•/, 



LA BIBLIOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 381 

N° 413. Liber parvus vêtus, copertus assidibus, tractans de 
Guillelmo de Orenga. Incipit Signor e, dames et fînitur la ba- 
taille de liscanSy pauci valons. 

Sig. DVIJ. 

N° 774. Liber unns scriptus in papiro in gallico tractans de 
rege Karolo Martel lo, et ugone de Alvergnia, copertus corio 
niorello sive nigro veteri. Incipit Ogiez seignor qe dies vos et fini- 
tur deus vos benedie^ amen^ amen adon, 

Sig. E. 

N*^ 777. Liber unus in gallico, hystorie Floramontis, copertus 
velulo rubeo cum una seratora argenti deaurata. Incipit in textu 
Cil qui a cuer de vaselage et finitur A donc furetrais par Aymon» 

Sig. e. 

N^ 8J3. Orationes plures in gallico, et latino, voluminis parvi 
cum assidibus et seraturis argenti deanrati cam beata yitgine, 
eius filio, et tribus Magis ab una parte et cum Deo, et beata 
virgine Maria ab alia. Incipiunt douce dame et iiniuntur per xpm 
dominum nostrum amen y in una capseta parva. 

Sig. CCCCLXX IIJ. 

N° 814. Opéra béate virginis Marie in gallico, parvi volumi- 
nis, et satis grossi, coperti zambelloto rubeo, cum seraturis ar- 
genti. Incipiunt Biau Sire et finiuntur paterno, 

Sig. CCCC LXX VIIU. 

IS<* 829. Liber unus sine assidibus, et copertura, parve forme, 
in gallico in versibus scriptus, habens plura folia corrosa. Inci- 
pit in secundo folio primi capituli la tierce partie^ et ûnitur nos 
doint en la fin amen^ tractât de creatione mundi, et habet multa 
signa intus et est pauci valons. 

N*» 852. Liber unus in gallico scriptus in carta, et littera for- 
mata, qui Incipit toutes gens désirent por nature et finitur de si 
très gent désire^ cum assidibus et copertura corii rubei levis et 
est historiatus. 

IN*" 854. Liber unus parvus in gallico in carta, et littera for- 
mata parisina qui incipit Recorder vrul ey {yuel en) ma parole et 
finitur Archanges j ct^ seraphim^ cum assidibus copertis corio ru- 
beo hirsuto, et duabus clavetis. 



382 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

m^ 856. Liber unus in gallico, qui vocatur Troianiis, mediocris 
voluminis scriptns in carta, et littera formata qui Incipit in m- 
brica Ci comence li prolonge de le veraie hestorie^ de Troie et fini- 
tur in texta deust enstre tenter cam assidibus copertis corio viridi 
hirsulOj et quatuor clavetis, et clavis auricalchi. 

I9<> 864. Liber unus in gallico, scriptus in carta in versibns, et 
duobus colognellis, qui Incipit Segnor baron or escoutes et finitur 
ques ne frunes^ en vos vies, cum assidibus et copertnra corij ad 
modum parisinum. 

N^ 865. Liber unus Biblie in gallico mediocris voluminis qui 
Incipit Quanti dies ot fait le ciel^ e, la terre et finitur Tzes grant 
loiant qui extoit en fabrisius, copertus cum assidibus grossis, cum 
cullata corij rubei, et reliqua parte, corij nigri. 

Pï^ 884. Liber unus in galico in papiro Scriptns ad duos co- 
lognellos qui incipit Jbiamnt un ior de nonce ce che herodes le roy 
et finitur qui nequiert que encombriet cum assidibus papiri et co- 
pertnra corij albi birsuti. 

IS° 898. Liber unus pulcerrimus in gallico, magni voluminis, 
qui incipit Onias et abatu Monsegnor main et finitur vindrent alor 
cum assidibus et copertura corij rubci levis. 

Sig. DXXXJ. 

N° 900. Liber unus in gallico qui dicitur romanus de la Rosa, 
pulcerrimus, qui Incipit Maintes gens dient, que en songes et 
finitur a tant^ fuyors^ et ie mesuele cum assidibus, et copertura 
strazala corij albi, sive viridis et est in versibus ad duos colo- 
gnellos. 

N*^ 915. Liber unus in gallico et in liltera notarina, coperlus 
corio albo veteri birsuto mediocris Yobminis. Incipit Conme il 
soit ainsi que la terre dou leremerj et finitur par tous tens amen, 

N** 917. Liber unus in gallico copertus corio mbeo levi, impas* 
tato sine assidibus. Incipit Ci comence le livre tailevant maistre et 
finitur Trois cens cinquante quatre. 

Sig. X. 

N** 944. Trojanus unus in gallico historialus, cum assidibus, 
copertus veluto azuro cum clavis auricalcbi, et seraturis argenti, 
et scriptus est in versibus ad colognellos et Incipit Salamons nos 
ensegna et finitur deo gratias amen amen. 



LA BIBLIOTHEQUE DES DUCS DE MILAN. 383 

N^ 952. Liber unus Tristantîs in galiico historiatus, ciim assi- 
dibus, copertis corio rubeo levi cum clavis et, seratoris auricai- 
chi et Incipit c'est partie et finîtur en Mainsens» 

Ces extraits parlent tout seuls : ils font assez voir que la 
publication de l'inventaire de 1426 est un véritable événe- 
ment bibliographique. Un de ces événements trop rares en 
notre siècle, où l'apparition de loin en loin de quelque 
partie de catalogue de grande bibh'othèque publique est 
saluée par ceux qui savent penser comme une victoire pour 
rhumanité, victoire bien plus féconde que tous les Sevasto- 
pol, les Solferino, les Sadowa et tous les Sedan imagina- 
bles. Nous tairons, quant au titre des livres, à la matière 
qu'ils traitent et à la concordance à établir avec ceux d'entre 
eux qui existent encore, les réflexions nombreuses que cette 
publication nous suggère : nous ne voulons pas déflorer le 
sujet en anticipant sur ce que Téditeur saura dire beaucoup 
mieux que nous dans sa seconde partie, quand il fera This- 
toire de la collection Visconteo-Sforzesque. Nous espé- 
rons qu'il nous fournira sur cette concordance, comme sur 
les autres points, de copieuses informations, tout en lui 
concédant qu'un travail complet serait, comme il le dit, 
hérissé de difficultés, même pour les conservateurs de bi- 
bliothèques actuellement chargés de la garde des volumes 
qui ont survécu. 

S". 

9 

A la suite de la consignatio librorum^ nous avons 80 pa- 
ges de DOGUMENTI, dont voici l'analyse exacte. 

Ts° 1. 19 décembre 1423. — Lettre du duc Philippe Marie à 
Rilia, gouverneur du château de Pavie, pour lui donner ordre de 
laisser inventorier la librairie et de prendre part à Tinventaire. 

N^ 2. 10 avril 14d0. — Envoi par Antonio Guidobono à Gcco 
Simoneta, premier secrétaire du duc, de l'inventaire alors exis- 

tant. 



ZS-k BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

N° 3. 28 Dovembre 1453. — Le gouverneur de Ja citadelle, 
Bolognino degli AttendoUi, écnt directement au Duc pour se 
disculper de ce que certains volumes manquent. 

N°* 4, 5, 6. 28 nov. 1454. — Correspondance entre le duc ou 
son secrétaire et le gouverneur, relativement à des recherches à 
faire de certains volumes ou à des prêts consentis à des personnes 
désignées. 

N°" 7, 8. 19 janvier et 15 mars 1456. — Augostino di Bara- 
chis, syndic de Pavie, à Simoneta, sur l'état du matériel de là li- 
brairie, et ordre au même syndic d'y réintégrer des lettres qu'il 
avait été autorisé à en extraire (1). 

N*>* 9 à 20. 5mars au 22 juin 1456. t- 12 lettres, la plupart de 
Ser(vus) Fazinus de Fabriano, secrétaire (cancelliere) chargé, 
en se fesant aider de Barrachis, d'inventorier la librairie, d'y faire 
rentrer les livres prêtés et d'y apporter toutes les améliorations 
désirables. 

Les numéros 13, 14 et 16 rendent compte de visites faites 
à la bibliothèque par les ambassadeurs de France et par des re- 
ligieux de divers ordres aux dates des 23 et 30 mars et 17 avril. 
Dans la dernière de ces lettres, il y a un passage extrêmement 
remarquable et qu'il nous faut citer en entier. 

Facino, écrivant au duc, lui dit qu'il n'entreprendra pas de 
répéter, même en partie, les propos louangeurs tenus par frère 
Jacques de Mozanica, général des frères Mineurs, d'autres doc- 
teurs en théologie et des religieux Carmélites, sur la librairie de 
Sa Seigneurie ; il rapporte la comparaison qu'ils ont faite, eux 
qui vont de Naples, de Rome et de beaucoup d'autres endroits à 
Paris, prendre part au chapitre général, entre cette librairie, 
celle de Sa Majesté le Roi, celle de Cosme de Médicis et la Vati- 
cane que voulait créer le pape Nicolas ; l'extrême désir qu'avait 
le Saint-Père de voir cette librairie de Pavie, au point, dit-il, que 
m beaucoup d'entre eux ne peuvent se mettre dans l'esprit qu'il 
puisse exister sur terre rien d'aussi beau; parmi eux il y en a eu 
qui, en entrant dans la bibliothèque, se sont agenouillés et ont 
élevé vers Dieu leurs mains jointes devant un aspect si admirable ; 
et après avoir entendu lire et vu le catalogue, ils sont demeurés 

(1) La citadelle de Pavie contenait aussi les Archives ducales. 



LA BIBLIOTHEQUE DES DUCS DE MILAN. 385 

plus stupéfaits qu'auparavant; parmi eux s'est trouvé Maître Ni- 
colas de Naples, procureur des Carmes en Cour de Rome, qui a dit 
aimer beaucoup mieux avoir vu cette librairie qu'être allé à Jéru- 
ralem au Saint Sépulcre. Pour conclure, Monseigneur, c'est là une 
gloire, et une bien grande sur la terre; et ces religieux disent 
qu'ils en parleront partout pour l'exaltation de votre Illustrissime 
Seigneurie. » 

S. [egnore) non volglio partitamente scrivere que ahhia decto fra 
Jacomo de Mozanica^ générale de i Minori et altri magistri de 
theologia et frati de i Carmini quali vengono da Napoli^ da Roma 
et multi luochi che vanno ad Capitula in Parisio et le oratione le lodi 
que dicono per questa libraria délia S. F. La comparatione che 
fanno de questa et quella délia Maesta del Re^ o quella de Cosmo 
et quella voliva fare papa Niccola^ et la grande volurttà che epso 
papa havea vedere questa libraria^ che multi non se possono dore 
ad intcndere che in terra sia si bella casa y et de quelli ce sono 
stati che allô intrare délia libraria se sonno inginocchiati a gionte 
le matio ad Dio de si mirabile cosa^ et quando inteso et veduto 
tordene de i libri^ stanno pià stupidi che prima et alcuni came fo 
M. Nicole da Napoli^ procuratore de i Carmini in Corte de Roma, 
disse havere muUo più caro aver veduta questa libraria che essere 
andato in Jérusalem al Sepulchro, Concludendo S , [egnore) ^ questa 
e una gloria et grande^ in terra, et quisti frati dicono ne diranno 
per tucto in exaltatione délia F, III, S. alla quale, . . . 

N** 21. 9 octobre 1456. — Ordre au podestat de Milan de sé- 
vir contre un citoyen de la ville qui ne voulait ni rendre, ni payer 
des livres achetés du libraire Anselmo. 

N" 22. 2 novembre 1458. — Demande d'emprunt au nom du 
duc de Savoie d'un Grand Albert, d'un Spéculum Historiale de 
Vincent de Beau vais et à! una bella et bona bibillia, 

N° 23. i 6 mars 1 458. — Réclamation d'un livre appartenant 
au duc et mis en gage par l'évéque de Novare chez un Juif nommé 
Manno auquel il est enjoint de le restituer. 

N" 24. 27 mai 4458. — Ordre d'envoyer un Priscien et un 
de Le gibus de Cicéron, nécessaires aux études du fils aîné de 
François Sforze, le comte Galéaz. 

N° 25. 20 juin 1458. — Remercîments à Catone Sacco, Juris 
consulte, pour le don qu'il a fait d'un livre. 



\ 



386 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

N<^ 26. 16 juin 1459. — Lettre au Prêtre Jean d'Abyssioie 
pour lui demander une copie des prétendues œuvres du sage Salo- 
mon. 

N°' 27 et 28. 17 et 18 octobre 1460. — Demande et accusa de 
réception par Simonetta d'un Virgile commenté par Senrios avec 
une glose de la main de Pétrarque. 

N** 29. Diverses dates, 1460-63. — Pièces relatives à des dépen- 
ses pour copie et enliuninure de livres. 

N° 30. 15 mars 1462. — Le podestat de Bulgaro est chargé 
d^ntervenir pour activer la composition d*un ouvrage de méde- 
cine. 

N<^ 31. 20 septembre 1463. — Remercîments anticipés de Si- 
monetta pour l'envoi d'un livre sur l'Astrolabe et le Qua- 
drant. 

N° 32. 5 novembre 1464. — Le gouverneur du château de Pa- 
vie reçoit ordre de faire remettre une dizaine de volumes qu'on 
lui indique aux mains du précepteur des enfants du duc, Fran- 
cisco Cajoni. 

N° 33, 20 novembre 1464. — Lettre de François Sforze ordon- 
nant à Bolognino de prêter^ mais l'un après l'autre, certains vo- 
lumes au Seigneur Malatesta de Gesena. 

N° 34. 29 novembre 1464. — Le duc recommande qu'on ait 
des soins attentifs pour son exemplaire d'Homère qu'il avait con- 
senti à laisser copier pour le duc de Modène. 

N*' 3<^. 31 mai 1465. — A cette date le château de Pavie a 
deux gouverneurs. François Sforze leur écrit en lear renvoyant 
le Virgile dont il est question plus haut ; et les invite à tenir la 
librairie prête à recevoir sa visite en compagnie de Frédéric 
d'Aragon et de sa cour. 

N° 36. 1465. — Extrait de l'Inventaire des effets et joyaux 
ajoutés à la dot d'Isabelle Sforze lors de son mariage avec le roi 
Ferdinand de Naples. Liste des livres qu'elle emporta avec elle. 

N° 37. 17 octobre 1467. — Deux lettres relatives à l'acquisi- 
tion projetée par le duc des hvres ayant appartenu à Maître An- 
dréa Carpano de Gôme qui venait de motuîr. 



LA BœLIOTHÈQUK DES DUCS DE MILAN. 387 

N° 98. 7 janvier 1 468. — Galeaz Marie écrit à sa mère, loi de- 
mandant de faire chercher le livre de prières dont fen sod père se 
servait, et de le lui envoyer, 

H" 39-^0. Juin et octobre 1468. — Deux lettres relatÎTes à 
des recherches à faire de certains livres et papiers. 

N° 41 . Vers 1470, — Liste de livres commandés par Antonio 
Guynatï, maître de la chapelle ducale. Tons ces livres sont enlumi- 
nés et richement reliés. Le prix qu'ils coûtèrent est indiqué en 
regard. 

N° 42. Même époque. — Compte relatifaux frais de copie, en- 
luminure et reliure de parties de l'œuvre de Pétrarque. 

N° 43. 94 janvier 1470. — Jean Galeaz écrite Jean de Atten- 
dolis de laisser copier pour le comte d'Urbin un Pétrarque de la 
librairie de Pavie, sans toutefois qu'il puisse être emporté hors 
de la ville. 

K° 44. 14 février 1471. — Ordre donné par Galeaz Marie de 
remettre à l'envoyé de son oncle Alexandre Sforze, Seigneor de 
Pesaro, le Virgile avec glose de Pétrarque, mais sous condition 
qu'il soit rendu et remis en place dans les vingt jonrs, 

H" 45-46. 1470-72. — Fragments ayant rapporta des livres et 
l>apîer9 conSés à diverses personnes, et compte de dépenses pour 
les ornements de la Chapelle du Duc, qui comprennent les pein- 
tures et reliures de misïels, etc., tout comme l'acquisition de qua- 
tre livres déchantons fr^inçaises et espagnoles (!) 

H" 47. S juin 1472. — Le Duc a fait présent au Cardinal de 
Nicée, Bessarion, d'un volume intitulé de Geais regam Franeie, 
11 donne ordre qu'un le lui délivre. La même mbsive enjoint an 
gouverneur de la citadelle de mettre en liberté un prisonnier. 

No 48. 23 janvier 1474. — Cette lettre, adressée par le cabinet 
du Duc à un certain Sagramoro de Rimini, ligure ici par suite 
d'une erreur reconnue postérieurement. L'éditeur, qui est le pre- 
mier à rire de sa légère méprise, avait cru à nue demande des 
livres Sibyllins. Tandis qu'il est réellement question de peaux 
de zibelines (Sibilline), que le fen cardinal de Saint-Sixte possé- 
dait et que le Duc voulait acheter, 

(Bien des gens ne savent pas combien en pareil cas on est ex- 
posé à se tromper. Primi in illum lapidem Jaciant I) 



388 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

N<> 49. i6 septembre 1475. — Lettre de François Filelfe à Ga- 
leaz I^Iarie, l'adjurant de par Uippocrate de ne pas laisser son 
(ils Jean Galeaz boire du vin pur. 

Cette lettre a été publiée parce qu'elle est inédite et quoiqa'elle 
soit étrangère au sujet. 

N^ 50. 13 janvier 1477. — Lettre de Léonardo Botta, envoyé 
près de la Seigneurie de Venise, au Duc et à la Duchesse Régente^ 
pour leur recommander les intérêts de Nicolas Jenson qui avait 
une succursale à Pavie. 

Document de la plus grande importance pour l'histoire da cé« 
lèbre imprimeur français, et que n*ont connu ni Sardini, ni Aug. 
Bernard. 

N^ 51. 16 octobre 1477. — Lettre signée Bona duchesse de 
Milan, ordonnant la remise d'une des deux mappemondes qui sont 
à la librairie. 

N® 52. 7 octobre 1478. — Reçu donné par Galasso de Galas«i 
de onze volumes de Cicéron, Valère Maxime, Terence, Tite- 
Live, etc. 

N° 53. 11 ju'tn 1478. Décret en latin de Jean Galeaz et de la 
Régente sa mère, par lequel ils déclarent prendre à leur service 
le peintre savoyard, Jean des Sages (de Sapientibus). 

N° 54. 13 juin 1479. — Le gouverneur du château de Pavîe, 
annonce à la Duchesse qu'il envoie, suivant ses ordres, des livres à 
Ambrosio Griffe. 

N° 55. 1492 et 1494. — Deux suppliques de Demetrius Ghal- 
condyle à la Duchesse pour lui exposer sa détresse pécuniaire et 
lui demander des secours. 

No» 56 et 57. 25 et 3 juin 1 483. -— Deux lettres de Louis le 
More au commissaire ducal à Parme pour qu'il lui envoie un cer- 
tain peintre nommé Maître Christalino. 

N® 58. 10 novembre 1488. — Lettre en latin adressée par 
Louis le More à Jean Corvin, fils naturel de Mathias et élève de 
Taddeo Ugoleio, pour avoir une copie du Pompeias Festus de la 
bibliothèque de Bude. 

N<» 59. 31 décembre 1489. — Jean d'Atlendolo écrit au duc 
qu'il va se conformer à l'ordre qu'il a reçu, et envoyer la liste des 
rubriques de tous les volumes de la Libraria dès qu'il aura fini 
de les faire copier. 



t. 



LA BIBLIOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 389 

N<* GO. vers JiiOO. — Le prêtre Jean Pierre Biragae, miniatu- 
riste, se plaint au Duc d'avoir été volé d'un petit livre d'Heures 
(offiziolo), resté inachevé, par un certaiTi frère Jean Jacques et 
(l'ayant fait arrêter apparemment) demande qu'on ne le mette pas 
en liberté tant qu'il n'aura pas payé le prix du volume. 

N"* 61 . Même époque. — Relevé de travaux faits dans les salles 
basses du château de Pavie, 

N°' 62 et 63. Tours. 10 décembre 149i. Paris, 31 janvier 1492. 
— Deux lettres écrites par Erasme Brasca à Bartolomeo Calco, 
premier secrétaire de Louis le More, rendant compte de la mis- 
sion qu'il a reçue d'aller en France, à la recherche de livres et 
de manuscrits qu'on ne trouvait que difficilement en Italie. 

No 64. 15 mai 1492. — Denis Fan (?) rend compte à Louis le 
More de l'emploi du temps de ses neveux à Pavie, notamment de 
leurs lectures. 

N° 65. 14 novembre 1492. — Tristano Calco écrit en latin au 
secrétaire Bartolomeo son parent relativement aux livres de Pa- 
vie qu'il a fait restaurer ; il signale une découverte qu'il a faite, 
aux dernières pages de Chroniques mises au rebut, de traditions 
utiles au bien de la religion et veut les soumettre au jugement de 
Bartolomeo. 

N» 66. 30 avril 1494. — Lettre de Taddeo Vicomercato à 
B. Calco son beau-père, datée de Venise où il a demandé com- 
munication pour Chalcondyle d'un iElien faisant partie de la Bi- 
bliothèque de la Seigneurie. Il rend un compte bien peu avanta- 
geux de l'état de ces volumes et de Tordre qui règne dans leur 
classement. 

«•» 67 à 70, 24 novembre 1494 au 20 mars 1495. —Lettres 
des frères de Pusterla, commandants de la citadelle, parlant de 
gages qu'ils proposent d'exiger pour le prêt de plusieurs livres, 
de l'envoi qu'ils font des œuvres du Dante avec dessins coloriés 
et d'une visite de l'ingénieur Bramante qui est venu dessiner Tor- 
nementation de la salle de l'Horloge. 

N° 71. 11 juin 1490 au 3 septembre 1496. — Cinq lettres 
adressées à Louis Sforze par Bartolomeo ou Tristano Calchi et 
par un frère Pometi ; plus une autre de Tristano à Bartolomeo, 
en latin. Toutes ont rapport aux réformes et à Tordre à intro- 



390 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

dnire dans la librairie ou à des recherches d'ouvrages qui y ont 
été faites. 

N* 72. Pavie 1494. — ^ Dédicace à Louis Sforze de l'ouvrage 
de Nicolaus Syllacius de InsuUs Meridiani atque Indici Mari mt" 
per inventis. Pavie, Girardenghi, s. d. (vers la fin de 1494), em- 
pruntée à la réimpression qu'en a fait faire en 1866 le grand bi- 
bliophile newyorkais, M. James Lenox, sur l'exemplaire qu'il 
possède, le seul connu outre celui de la collection TriTolzi. 

L'auteur donne cette pièce à cause de sa rareté d'abord^ et pois 
parce qu'elle fait voir tout l'intérêt que prenait Louis le More aux 
découvertes de Christophe Colomb. 

N<> 73. 8 juin 1496. — Lettre de Louis Marie Sforze au 
R. P. Guy Antoine Arcimboldo pour lui demander d'engager 
Pietro Vannucci (le Pérugin), qui se trouvait alors son commen- 
sal, à venir remplacer à Milan un peintre qui y avait causé du 
scandale. Il peut promettre une large rémunération, mais devra 
s'abstenir de toute ouverture si le Pérugin a des engagements an- 
térieurs avec la Seigneurie de Venise. 

N^ 74. 3 septembre 1497. — Jacques de Pusterla écrit au duc 
que les « Magnifiques orateurs de rillustrissime Seigneurie de 
Venise » sont venus à Pavie, et qu'il a suivi les ordres qu'il avait 
reçus en leur faisant visiter le château et particulièrement la li- 
brairie. « Elle leur a paru chose tout à fait admirable et ils disent 
qu'il n'existe rien de plus beau au monde » (1). 

N*» 75. 29 août 1499 au 30 avril 1500. •— Extraits des DiarJ 
de Marin Sanuto rendant compte des outrages qu'eurent à su- 
bir les villes du Milanais de la part des troupes françaises vic- 
torieuses. 

L'auteur en tire l'induction que le pillage de la Librairie eut 
lieu le 26 août 1499 ou les jours qui suivirent. 

r^*" 76. 3 février 1804. — Lettre du préfet général des archives 
et biliothèques de la République Italienne, demandant à l'archi- 
viste de la nation, Daverio, un mémoire sur les moyens de récu- 



(1) Les ambassadeurs yénitibos, en général, avaient beanconp tu et 
savaient bien voir. Tout en croyant possible de leur part une certaine 
exagération complimenteuse, il nous faut reconnaître que leur éloge a 
son prix. 



LA BIBUOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 391 

pérer les lettres des ducs de Milan emportées en France par 
Louis XII, comme butin, avec leur bibliothèque. 

Nous avons tenu à détailler toute cette partie des In- 
daginL C'est incontestablement celle à laquelle l'auteur 
tient le plus, celle qui lui a coûté le plus de labeur, celle 
qu'apprécieront bien ceux-là seuls qui ont entrepris et qui 
poursuivent des travaux du même genre. Les Archives 
royales de TÉtat à Milan, que dirige Tillustre historien 
Cesare Cantù, lui ont fourni, sauf une ou deux excep- 
tions, toutes ces pièces justiBcatives. Nous croyons faire une 
œuvre utile en cherchant à les faire connaître en France où 
le livre qui les contient a peu pénétré et, fâcheusement pour 
nous, ne se répandra guère davantage : en effet, il a été, 
nous l'avons dit, tiré à petit nombre et l'édition est à peu 
près épuisée. 

s m. 

Il nous faut maintenant parler des Prolégomènes qui ou- 
vrent le volume et en forment à peu près le quart. C'en est 
la partie la plus brillante. L'auteur en les présentant comme 
simple introduction à la portion de son travail qui n'a pas 
encore paru, nous donne l'idée la plus avantageuse de ce 
que nous avons encore à attendre de lui. 

Nous n'avons fait, en tout cas, que nous conformer à la 
pensée même du livre en intervertissant ici l'ordre dans le- 
quel les matières s'y succèdent. 

Nous avons d'abord, sous le titre de Discours prélimi- 
naire^ un exposé des raisons qui ont fait entrepreridre la pu- 
blication de l'inventaire de 1426 et des documents à l'ap- 
pui. Cet exposé comporte des développements dont 
aucun lecteur ne songera à se plaindre. Tout naturelle- 
ment, on y indique, mais de façon sommaire, comment a 
commencé, comment s'est accrue sous divers princes la 
librairie dont ils prirent tous le plus grand soin, même les 
plus féroces d'entre eux; conunent elle a été enlevée à Tlta- 



392 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

lie après avoir été, tout le fait supposer, pillée en partie 
avant que le roi de France en prît possession. 

L'idée de Tœuvre était née chez l'auteur dès 1858. EUe 
lui avait été inspirée par la lecture d'une Histoire de Papie 
où était formulé le vœu que quelque érudit allât rechercha 
le fonds de cette bibliothèque dans « certains des palais 
royaux de France (1) ». 

En voyant que des bibliographes ou des historiens de la 
littérature tels que Ëdvir. Edwrards, Hallam, Beriah Botfield 
ont gardé le silence sur cette belle collection ; que les au- 
teurs français qui en parlent ont répété une bévue de Valéry, 
lequel en attribue la réunion à Galeaz Marie Sforze (1476) 
et rend contemporain de ce dernier Pétrarque mort plus 
de cent ans auparavant, M^ d'Adda s'est senti encore 
raffermi dans son dessein de publier sur ce sujet un travail 
sérieux; et les publications récentes de M. Enea Piccolomi- 
ni et du professeur PioRajna sur les bibliothèques des Médî- 
cis de 1494 à 1508 et sur les codices français des marquis 
d'Esté au quinzième siècle excitaient aussi son émulation. 

Ses premières recherches aux archives de Milan étaient 
terminées en 1868 quand il fut devancé, comme il dit, par 
M. Léopold Delisle. Un peu découragé d'abord, il consi- 
déra que le chapitre du Cabinet des Manuscrits consacré à 
la librairie de Pavie pouvait être avec fruit pris comme base 
d'une monographie complète ; il se remit alors avec une 
persévérante ardeur à la tâche commencée et il l'a conduite 

(1) A la «uite de cette phrase l'auteur de V Histoire de Pavie en ques- 
tion, le comte Gualtieri di Brenna, a ajouté, en parlant de Tenlèvemenr 
de la Bibliothèque par les Francis : c La coutume iusultante de Toier 
' les chefs-d'œuvre de l'art ayant été introduite depuis par cette nation, i 
On pourrait répondre à cela que les Français n'avaient pas le mérite de 
l'invention et, sans parler de ce qu'on lit dans l'Écriture, elle est pent- 
étre due à des habitants de l'Italie, c'est-à-dire aux Romains, qui ne se 
faisaient aucun scrupule d'emporter les dépouilles des peuples vaincus. 
Or les Français de Charles Vill et de Louis XII n'étaient guère plus 
civilisés que les anciens Romains. Napoléon l^^" l'était davantage et est 
moins excusahle. Aussi les Alliés, en 1815» se sont chargés de noasle 
faire sentir. 



LA BIBLIOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 393 

jusqu'au point où elle est aujourd'hui; reculant d'anne'e en 
année le moment de lui donner une forme définitive, parce 
cjue sans cesse de nouveaux matériaux venaient s'ajouter 
aux précédents, donner de l'importance aux points qui pri- 
mitivement paraissaient accessoires, l'obliger ainsi à des re- 
maniements continuels, et qu'en pareille occurrence il fout 
avoir, dit-il, « afin de mieux entrer dans l'esprit du sujet, 
le courage de ne pas se hâter. » 

Venant à l'origine de la Librairie nous constaterons entre 
les Indagini et M. Léopold Delisle un désaccord qui n'est 
peut-être qu'apparent. M. Delisle la fait remonter jusqu'à 
Azzo Visconti pour lequel fut (opié en 1331 le Panthéon de 
Godefroi de Yiterbeque nous avons à la Bibliothèque natio- 
nale sous le n*^ 4895 du fonds latin ; et il cite encore d'au- 
tres livres copiés pour les successeurs immédiats d'Azzo. 
M. d'Adda, s' attachant sans doute moins au fait de la pos- 
session qu'à celui de la réunion intentionnelle des livres, 
regarde comme fondateur de la librairie Galéas U, qui mou- 
rut en 1378. 11 réserve les détails de tout ce qui s'est passé 
entre la fondation et la dispersion pour la seconde partie 
de son ouvrage, où il compte faire méthodiquement l'his- 
toire de la collection. Il s'appesantit seulement d'une façon 
très-marquée sur les circonstances qui ont accompagné cette 
dispersion des livres de Pavîe, déjà commencée d'ailleurs 
avant que les Français eussent paru devant la place, car Lu- 
dovic le More emporta certainement une partie de ses plus 
précieux volumes quand, au commencement d'octobre 
1499, il alla à Innspruck solliciter le secours de l'empe- 
reur Maximilien,mari de sa nièce. Notre auteur se demande 
qui, dans l'acte de la spoliation, a été l'exécutem*, et il 
trouve que c'est Jean-Jacques Trivulce, l'ennemi acharné 
des Sforze dont il était haï au même degré; qui en a été 
l'instigateur et, un peu à notre surprise, il découvre que 
c'est une femme, une reine de France, Ajine de Bretagne 
en un mot, « fatale aux bibliothèques italiennes », qui, 

dans sa passion pour les beaux livres à miniatures, aurait 

26 



394 BULLETIN DU EfflUOPHILE, 

pesé sur les déterminatioDS de ses deux maris, pour les 
faire s emparer des bibliothèques de Naples et de Pavie. A 
l'appui, sont produits des textes où le caractère de la reine 
est présente sous un jour des plus défavorables, où elle est 
même formellement accusée de concussion ; de telle sorle 
qu'il lui devient permis de s'écrier avec quelque apparence 
de raison a qu'Anne de Bretagne n'est pas toujours restée 
l'Hermine sans tache et qu'elle a failli cette fois à sa devise : 

POTIUS MORI QUAM FŒDARI. » 

Ces accusations nous semblent bien graves. Nous ne 
nous jugeons pas assez compétent pour les discuter. L'his- 
torien d'Anne de Bretagne, M. Le Roux de Lincy, pourrait 
seul les réduire à leur exacte valeur, lui qui a précisément 
affirmé le contraire, c'est-à-dire que le goût pour les livres 
fut inspiré à Anne d'abord par son père, puis par les deux 
rois ses époux ; ce que nous pouvons dire, c'est qu'on sent 
percer, là et dans quelques autres cas semblables, une 
pointe d'irritation et d'amertume. C'est l'expression d un 
sentiment patriotique et artistique surexcité qui ne vise en 
rien, c'est bien clair, notre génération actuelle ; nous compre- 
nons jusqu'à un certain point ce sentiment et nous nous 
en sentons d'autant moins blessé que M. le marquis d'Ad- 
da aime sincèrement notre nation, et nous savons qu'il est 
un de ceux qui, s'appliquant le mot connu, disent qu'ils ont 
deux patries : la leur et puis la France. 

L'incertitude qui règne, quant à l'époque précise où la 
librairie de Pavie fut expédiée à Blois, a donné lieu, en vue 
de la publication des Indaginiy à des recherches très-labo- 
rieuses, mais sans succès, dans une foule de livres ou dans 
des pièces appartenant à diverses bibliothèques ou archives 
italiennes. Ces recherches ont eu toutefois pour excellent 
résultat qu'après avoir suivi en France les livres de ses an- 
ciens souverains, l'auteur passe en revue les catalogues con- 
nus de la librairie de Blois où l'on pourrait les retrouver, 
les relations de voyageurs qui ont parlé du château de 
Blois en n'oubliant pas sa librairie ; que, dans sa quête de 



LA BIBLIOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 395 

renseignements sur ceux des faits et gestes de Charles VIII 
et de Louis XII qui rintéressent, il a compulsé toutes les 
chroniques, relations ou pièces fugitives, se rattachant à la 
période correspondante de l'histoire de ces deux rois, qu'il 
nous énumère les principales et nous foit connaître dans le 
nombre, les titres de quelques livres très-rares ou de pièces 
uniques qui se recommandent à toute Tattention des biblio- 
philes. 

Le Dîscorso prelimînare est suivi de plusieurs appendices 
fort intéressants. 

Le premier est principalement relatif aux rapports qui 
ont existé entre Pétrarque et Richard de Bury, Fauteur re- 
nommé du Philobiblion^el qui avaient commencé à Avignon 
en 1331. La part que Pétrarque a prise à la fondation de la 
librairie de Pavie par Galéas U n*y est pas examinée : on 
en parlera dans le second volume. Mais divers autres points 
y sont établis, tels que la possibilité que Pétrarque se soit 
rencontré aussi avec Chaucer, en 1371, à Milan; la confor- 
mité de certains goûts du poète italien et du chancelier an- 
glais ; Terreur des biographes (1) qui parlent des voyages 
de ce dernier en Italie où il n'est jamais allé ; le fait que 
Pétrarque aurait eu à se plaindre et se serait plaint en ter- 
mes assez vifs des réticences de Richard de Bury, qui au- 
rait effectivement mis de la mauvaise volonté, dans leur cor- 
respondance relative à Vextrema TAtt/e, sur laquelle Pétrar- 
que ne pouvait pas, ignorant le grec, aller chercher des 
indications positives dans Pythéas, Strabon ou Eratosthène; 
le fait aussi que ces lettres de Tamant de Laure à Tëvéque 
de Durham ne se sont pas retrouvées, mais doivent exister 
quelque part en Angleterre. 

Le second appendice a pour titre Valentine Visconti et 
Anne de Bretagne^ et la matière en est empruntée en grande 



(1) Y compris lord Campbell, Lives of the Cha/icellors^ où je lis, 
p. 185, 1. 1, de rédition de Philadelphie, 1847, 8» : c He twice yisited 
Italy. » 



396 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

partie, on nous le dit et cela ne pouvait être autrement, à 
Le Roux de Lîncy, Inventaire des livres de Charles dOr^ 
léans (dont roriginal a péri avec la bibliothèque du Louvre) 
et à la Renaissance des Arts à la cour de France^ le « trè»- 
précieux livre » de Léon de Laborde. Il y est parlé, pour ce 
qui regarde la première de ces deux princesses, de sa pas- 
sion pour les livres, dont un certain nombre lui furent don- 
nés par son père quand elle devint duchesse d^Qrléans (au 
grand détriment futur tant de Tltalie que de la France) et 
au sujet desquels des détails se trouvent chez les auteurs 
que nous venons de citer et dans les Manuscrits français^ 
de M. Paulin Paris ; puis de la vocation poétique de Char- 
les d^Orléans déterminée par la lecture des sonnets de Pé- 
trarque que lui faisait sa mère (i) ; du petit nombre des por- 
traits authentiques de celle-ci ; de sa résidence à Fhôtel du 
petit Nesle ; enfin de l'intérêt qu'offrirait sa biographie com- 
plète, qui reste encore à faire, mais que la dispersion des 
archives ducales antérieures à 1448 rend très-difficile à 
entreprendre, en même temps que, depuis Tincendie al- 

(1) L'appendice II commence ainsi : « Louis XII, môme en faisant 
abstraction de Tinfluence de sa femme, était d*an goût raffiné, amatenr 
passionné des belles choses de tout genre et particulièrement des ma- 
nuscrits richement enluminés. Fils de Charles d^Orléans et petit-fils de 
Valentine Visconti, l'amour des livres devait être chez lui une tradition 
de famille. :» Mais alors il nous semble que, ce caractère du roi étant 
donné, l'influence de la femme n'avait point à s'exercer, et M. d'Adda 
détruirait ainsi lui-même l'accusation qu'il a portée plus haut. Louis XII 
n'aurait eu aucunement besoin d'ctre poussé à mettre la main sur la Li- 
brairie de Pavic. Il y a encore autre chose qui, selon nous, devait Vy 
déterminer. Sa grand'mère Valentine n'était-elle pas, à ses yeux, la seule 
héritière légitime des Visconti? Dire qu'il a: dépouilla le peuple mila- 
nais » est une idée du xix" siècle, qui n'était en germe dans l'esprit de 
personne au xv«. Et le roi eût certainement répondu aux reproches 
qu^on lui aurait faits par impossible : c Que parlez- vous de peuple? Que 
parlez-vous de spoliation? Les Sforze sont des intrus, et en m'appro- 
priant les fruits de leur usurpation, surtout les collections formées par 
mes ancêtres, je rentre en possession de mon patrimoine, et voilà tout ! i 
L'auteur des Indagini^ qui se montre, à cent endroits de son livre, imbu 
en histoire des principes de critique les plus sains, ne nous contredira 
certainement pas sur ce point. 



LA BIBLIOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 397 

lumé par la Commune de 1871, les quelques pièces qui 
concernent Valentine de Milan et que possédait la biblio- 
thèque du Louvre se trouvant détruites, la difficulté n'a fait 
qu'augmenter. 

Quant à Anne de Bretagne, elle a eu comme on sait son 
historien, Le Roux de Lincy, et l'auteur italien sait reconnaî- 
tre tout ce qu'il doit à l'auteur français en lui rendant le 
service de le populariser de l'autre côté des Alpes. Pour 
nous, il suffira d'indiquer que dans cette partie de l'appen- 
dice sont rapportés les détails principaux sur l'éducation, 
la composition de la maison, le goût pour les beaux manu- 
scrits, le célèbre livre d'Heures etc. d'Anne de Bretagne, les 
artistes qu'elle a fait travailler, les fameuses lettres sur vélin 
et enluminées qu'elle adressait à Louis XII, ainsi que sur 
les seize exemplaires, également manuscrits et ornés, de la 
relation de ses funérailles ; nous n'avons, pour lire tous ces 
détails, qu'à recourir à l'ouvrage de Le Roux de Lincy cité 
plus haut. 

Le troisième Appendice, / Ritratti^ les Portraits, est 
proprement la légende explicative de la belle photographie 
qui se trouve en regard du titre et qui nous donne la face 
et le revers d'une large médaille représentant Philippe 
Marie « le dernier de la race sanguinaire des Yisconti; 
despote sans intelligence , prince soupçonneux , que ses 
ennemis ne virent jamais en face ; qui vécut presque incon- 
nu à ses propres sujets; tapi, ainsi qu'une bête fauve en 
sa tanière , au fond des appartements à mystérieuses 
retraites de son rocher de Milan ^ d'où il ne sortait que 
pour aller consulter les astrologues ; mort étouffé par l'obé- 
sité, et qui était si ignorant que, sur les monnaies de son 
règne on remarque des fautes d'orthographe dans son nom 
même. » En dépit de tout cela, son portrait devait figurer 
en tète du volume; car c'est lui qui prescrivit le premier 
que Ton fît à Pavie : Descriptionem et unum repertorium 
de libns et rébus existentibus in libraria illic nostra^ c'est- 
à-dire un inventaire en forme. 



398 BULLF/riN DU BIBLIOPHILE. 

Le médaillon de bronze reproduit par le photographe et 
qui appartient, à ce que j'ai pu comprendre, à une riche 
collection léguée à la ville de Milan par le sénateur comte 
Tavema (1), représente d'un côté le profil de 

PHILIPPVS. MARIA. ANGLVS. 

DVX. MEDIOLANI ET CETERA. 

PAPIE. ANGLERIE. QVE. COMES. 

AC. GENVE. DOMINVS. 

coiffé d'un singulier béret à la phrygienne. 

Sur le revers, infructueusement étudié jusqu'ici par To- 
clion d'Annecy, le comte P. Litta, Jos. Ameth et M. de 
Longpérier, on voit trois cavaliers armés de toutes pièces 
et, dans le fond, des hauteurs qu'on suppose figurer la 
ville de Gênes. 

On lit au bas : 

OPVS. PISANI. PICT0RI8. 

Comme garantie d'authenticité du portrait, nous avons 
sa triple conformité avec la gravure sur bois attribuée à 
Geoffroy Tory dans l'édition princeps du VitsB Duodecim 
^;ccco/7i//w//i... Robert Estienne, 1549, 4®, avec celle d'Au- 
gustin Carrache dans Cremona fedelissima de 1682, et 
avec le médaillon de marbre qui ornait autrefois la façade 
de l'ancien palais des comtes Marliani à Milan, et qui est 
encastré dans une paroi de la demeure des comtes Verri. 

L'artiste qui a modelé et fondu cette belle pièce, Victor 
Pisano ou Pisanello, qu'on croit originaire de Vérone et 
qui a laissé des compositions peintes dans le Castello de 

(1) M« d'Adda dëplore ici en termes très-TÎgonreux l'insouciance 
de la municipalité qui, depuis Tacceptation du legs, garde toutes ces 
médailles au palais Marino sans qu'on en ait entendu parler depuis. U 
regrette que les artistes et les érudits n'aient pas été mis à même de les 
étudier, et il termine en disant : a Tous les hommes ne peuTent cepen- 
dant pas Tivre rien que de pain assaisonné de la maigre portion de sel 
attique qu'on trouye dans les journaux politiques à cinq centimes, i 



\ 



LA BIBLIOTHEQUE DES DUCS DE MILAN. 399 

Pavie, est le premier qui ait fait revivre en Italie Tart tout 
romain des médailles sans valeur monétaire. 

L* Angleterre ne Ta suivi qu'en 1480 dans la même voie 
où peut-être l'avaient précédé les Allemands. Ceux-ci 
frappèrent une médaille à la mémoire de Jean Hus, brûlé 
en 1415, mais fort longtemps après sa mort. Puis sont venus 
les Durer et les Visscher, et, chez nous, on n'aurait com- 
mencé à rimiter que sous Louis XIII, les premiers noms 
de graveurs en médailles français connus étant ceux de 
Georges Dupré et de Jean Yarin. Il y a sur ce point une 
erreur que nous nous permettons de relever. U suffit pour 
s'en convaincre de recourir aux pages 254 et 256 du tome II 
de la f^ie dC Anne de Bretagne, On y voit les fac-similé pho- 
tographiques de médailles en l'honneur de la Reine et de 
ses deux maris, fondues et ciselées à Lyon en 1493 et 1499. 
Pour la seconde, qui est d'un admirable travail, on donne 
même le nom de l'artiste ciseleur, l'orfèvre Lepère. 

Comme pendant au portrait de Philippe -Marie Yisconti, 
nous aurons, en tête de la seconde partie des Indaginij une 
photographie du médaillon de Louis XII, qui ne parait pas 
être connu en France et qu'on attribue à Agostino Busti 
dit // Bambaja, 

Le quatrième Appendice donne un précis de l'histoire des 
Inventaires de la librairie de Pavîe, Inventarj e loro vicende. 

De tous les inventaires de la collection qui ont pu être 
dressés, trois seulement sont connus : 

Celui de 1426, 

Celui de 1459, 

Et un dernier de 1490 à 1497. 

L'original du premier, sur parchemin, se trouvait, un 
siècle plus tard, entre les mains de Stefano Breventano, 
r historien de Pavie, qui le cite dans son ouvrage édité par 
Muratori : nous allons bientôt en reparler. 

Une copie du temps, sur papier, faisait partie, à la fin du 
dix-huitième siècle, de la riche bibliothèque du comte de 
Finnian, dont le volumineux catalogue est bien connu des 



400 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

bibliographes. A la mort du comte, en 1782, ses livres et 
manuscrits furent partagés entre deux bibliothèques : celle 
de rUniversité de Pavie et celle de Brera. C'est à cette der- 
nière qu'échut la copie du catalogue de 1426, et le manu- 
scrit a servi à la publication qui en est faite aujourd'hui 
intégralement, pour la première fois, avec la savante colla- 
boration de M. Pio Rajna, qui a accepté la tâche ingrate et 
difficile de coUationaer les épreuves sur ce manuscrit. 

Un troisième exemplaire est indiqué comme ayant été la 
propriété d'un Vespasiano de Bisticci (1421-1495), dont 
aucun biographe n'a daigné parler et qui fut cependant un 
libraire de grand renom, fournisseur et entrepreneur de 
décoration de manuscrits, et auteur de f^ite de uomini 
illustri^ restées inédites jusqu'à l'impression qui en fiit faite 
par le cardinal Mai dans son Spicilegium. Vespasiano, d'a- 
près un passage de sa Vie du duc d Urbi(i^ devait, en ef- 
fet, posséder uu exemplaire du catalogue de Pavie, conmie 
il en avait de beaucoup d'autres bibliothèques, qu'il com- 
pare à celle si renommée du duc Federigo de Montefel- 
tro, 

11 nous a semblé toutefois qu'on ne prouve pas que ce 
catalogue n'était pas plutôt celui de 1459 que celui de 
1426; et en admettant que ce soit bien ce dernier, rien ne 
s'opposerait non plus, à notre humble avis, à ce que le 
catalogue de Vespasiano de Bisticci fût justement celui que 
posséda plus tard la famille deFirmian. 

Enfin, il y a à la bibliothèque de l'Université de Pavie 
deux copies plus modernes et bien conformes de la Consi- 
gnatio librorum de 1426. 

Le même établissement conservait aussi, paraît«il, dans 
les premières années de notre siècle, le précieux exemplaire 
sur vélin de Breventano. 

Les Indagini nous font connaître les circonstances cu- 
rieuses de sa disparition. Nous nous croyons l'obligation 
étroite de les rapporter, ne fût-ce que pour provoquer, s'il 
y a lieu, de la part des intéressés une énergique protesta- 



LA BIBLIOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 401 

lion; ou bien, si l'accusé dont nous ne voulons pas savoir 
le nom que ses contemporains, s'il en reste, trouveront 
facilement; si ses ayants cause lisant ceci gardent un 
silence équivalant à un aveu, pour flétrir, avec tous les 
honnêtes gens, Fespèce de vol à main armée qu'on nous 
signale, et pour regretter qu'un Français s'en soit rendu 
coupable. Disons toutefois que M. le marquis d'Adda n'a 
pas pris les choses aussi au tragique que nous le faisons. 
Avec une bonne foi évidente, très-placidement, sans la 
moindre idée d'hostilité, qui plus est, sur le ton de la plai- 
santerie, il s'est fait l'écho d'une tradition, en rapprochant 
le fait incriminé d'autres faits trop avérés qui se produisirent 
une dizaine d'années plus tard en Espagne; il a même soin, 
par esprit de justice distributive, d'associer à ces faits plus 
récents une allusion à l'un de ses compatriotes qui y aurait 
pris part. 

Voici ses paroles sur lesquelles nous ne ferons pas de plus 
long commentaire: 

u Pendant les guerres du premier Empire, un de ces gé- 
a néraujL, toujours grands amateurs des choses rares et pré- 
« cieuses quand il n'y a qu'à étendre la main dessus pour 
u les prendre — comme un maréchal de France bien 
« connu, grand admirateur de Murillo, et aussi, si on veut, 
« comme certain de nos généraux italiens de la même école 
« et de la même armée, — visitant les salles de l'Univer- 
u site, demanda ce volume en coomiunication. Depuis il 
K oublia de le rendre. Et quand, avec une chaleureuse in- 
<c sistance, les conservateurs lui remettaient en mémoire ce 
u qu'il était strictement tenu de faire, il leur répondit iro- 
« niquement : « Ce pauvre ifolume i ennuyait^ tout seul ^ le 
tt malheureux, ici sur ces tablettes ^ séparé du corps de la 
a collection à laquelle il apoartenait autrefois : nous Ven^ 
« verrons à Paris tenir compagnie aux autres manuscrits 
« des Fisconti. » Il faut dire d'ailleurs que rue Richelieu 
u il n'existe pas. » 

Reprenons maintenant cette dernière phrase, parce que 



k02 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

sa conclusioD, car elle ne se terinioe pas là, n*estacoeptable 
qu^en partie. 

Nous traduisons : 

« n faut dire d*ailleurs que rue Richelieu il n'existe pas ; 
« car il n'y a pas bien longtemps, M. Delisle déplorait qu*îl 
tt manquât, ne sachant pas ou ne se souvenant pas qu^one 
a autre copie authentique existe à la Braïdenne de Milan, 
« et n'ayant pas davantage connaissance des deux copies 
« qui sont toujours demeurées à Pavie. » 

Pour ce dernier fait des copies de Pavie, nous vou- 
lons bien passer condamnation : M. Delisle en a ignoré 
Texistence; soit. 

Mais nous n'avons trouvé nulle trace qu'il se soit plaint 
de l'absence du manuscrit volé ; de plus, en disant que 
M. Delisle fie s'est pas souvenu qu'il y avait un catalogue 
de 1426, l'auteur des Indagini a été lui-même mal servi par 
ses souvenirs. Et il me saura bon gré, j'en suis sûr, de lui 
rappeler que le Cabinet des manuscrits mentionne à deux 
reprises ce catalogue aux pages 131 et 132 du l**^ volume : 
la première fois, en citant la vie d'Anne de Bretagne, t. II, 
p. 32, note, où M. Le Roux de Lincy a montré que déjà 
Mercier de Saint-Léger connaissait le nombre approximatif 
des livres décrits dans le manuscrit Firmian; la seconde 
fois, en renvoyant à la dissertation de P.-L. Jacob, Sur les 
Manuscrits relatifs à P Histoire de France., consentes dans 
les Bibliothèques d^Italie, Je me suis procuré, non sans 
peine, cette septième des Dissertations sur quelques points 
curieux de Chistoire de France et de F histoire littéraire 
(Techener, 1839, in-8®, rv et 205 pages, tirée à 60 exem- 
plaires). J'y ai constaté, à la page 138, que M. Paul Lacroix 
a a remarqué », il y a trente-sept ans, à la Bibliothèque de 
Brera, « l'inventaire descriptif de la célèbre bibliothèque des 
« Visconti, que se partagèrent Louis XII et ses géni^ 
u raux (?) lors de la conquête du Milanais » . 

Il ne nous reste plus, pour épuiser tout ce qui se rapporte 
à rinventaire de 1426, qu'à mentionner une copie partielle 



LA BIBLIOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 403 

dont le chevalier Crolla-Lanza était possesseur et qu'il avait 
rintention de publier. Mais en apprenant le dessein du 
marquis d'Adda, il lui a courtoisement abandonné le ma- 
nuscrit en lui cédant la place. 

Vient maintenant Flnventaire de 1459. 

Nous en avons parlé plus haut assez amplement. G^est ce 
que font aussi les Indaginij en se référant à Fouvrage de 
M. Léopold Delisle, qui a donné les divisions de ce catalo- 
gue et en a reproduit in extenso la partie qui se rapporte 
aux livres firançais. Les Indagini contiennent cependant 
quelques particularités de plus, notamment sur Fazino de 
Fabriano qui fut lié avec Filelfe, et sur sa ville natale, et la 
remarque judicieuse que les feuillets supplémentaires de la 
copie que nous avons à Paris de l'Inventaire de Fazino sont 
certainement interpolés et postérieurs à 1459. Ce que fait 
voir le titre singulier Nasilographia porté par un des vo- 
lumes. 

Sur rinventaire de 1490 à 1497, déjà préparé, conmie 
nous Tavons vu, en 1489, par Attendolo, on ne connaît rien 
de plus que le fait qu'il a dû exister, puisque les documents 
analysés plus haut nous montrent Tristano Calcho travail- 
lant à des listes de livres. Aucune d'elles ne nous est par- 
venue, et c'est d'autant plus « douloureux » que nous y 
aurions vu les augmentations que reçut la librairie depuis 
Facino ; elles durent être considérables, à en juger par le 
nombre d'écrits dédiés par leurs auteurs à Louis le More. 
Il ne faut pas oublier d'un autre côté que, dans l'inter- 
valle, l'imprimerie fut introduite à Milan et à Pavie, et que 
des exemplaires de choix de toutes les éditions durent ve- 
nir enrichir la collection ducale, témoin l'admirable Sfor^ 
ziade sur vélin de 1490 que nous avons à Paris, et dont 
les pages xxi et xxii du *Discorso preliminare reprodui- 
sent la description donnée par Yan Praet. 

Le dernier appendice a pour objet de fournir sur l'Inven- 
taire de 1426 des indications spéciales [cenni speciali). 

Le volume relié en parchemin est du format petit in- 



kOk BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

folio de 58 feuilles de texte ; récriture est en lettre courante 
ordinaire, dite de chancellerie, sans trop d'abréviations. 

Une description excellente en a été donnée par le Ca- 
talogus codicuni latinoruni Bibliotheces BraidensU. Tai 
voulu le consulter, non pour cet objet spécial, mais pour 
avoir, en le feuilletant, des données approximatives sur la 
composition de la Bibliothèque de Brera. Seulement, à 
mon grand regret et aussi à ma grande surprise, la Biblio- 
thèque nationale ne possède pas ce catalogue imprimé. 

Les Indagini acquièrent par là, à nos yeux, une notable 
valeur, car on y trouve en une trentaine de lignes la des- 
cription en latin dont il s'agit. 

On pense bien que Fauteur n'a pas manqué à cet endroit 
de faire, comme nous nous y sonmies hasardé nous-méme, 
sur la rédaction du catalogue, sur la nature des livres et 
sur leur extérieur, ses observations personnelles. On re- 
connaît dans toutes sa science profonde des choses d*art. 
Nous avons été particulièrement frappé des brèves consi- 
dérations auxquelles il se livre sur la caractéristique des re- 
liures carlovingiennes (ou carolingiennes si on aime mieux) 
mise en regard de celles du quinzième siècle, en passant 
par les intermédiaires. 

Nous venons de donner là des Indagini une idée bien 
incomplète, tout en nous efforçant de suivre pas à pas le 
plan de l'auteur. Nous aurions à citer encore de lui une 
foule d'aperçus ingénieux et savants, de traits où le cœur se 
révèle, d'autres où éclate la finesse de l'esprit, ou bien même 
qui laissent apercevoir les opinions politiques, d'anec- 
dotes attachantes. Mais le temps et la place nous obligent 
à nous restreindre, et d'ailleurs nous tenons à laisser la joie 
de la découverte à ceux qui voudront lire le livre même, 
comme nous les y engageons fort. Ils verront qu'ils n^ont 
pas affaire à l'un de ces bibliophiles jaloux, qui tiennent 
sous triple serrure leurs richesses et se croient dépouillés si 
Ton parle d'un de leurs livres. Ici c'est un généreux qui pos- 
sède beaucoup de belles choses et qui aime à en faire part 



LA BIBLIOTHÈQUE DES DUCS DE MILAN. 405 

a un public choisi. M. le marquis d'Adda, nous le voyons 
bien par ses Indagini^ est un de ces causeurs aimables dont 
la race se perd, dit-on. Il lui plaît souvent, dans le cours 
du voyage qu'il nous fait faire, de s'écarter de la droite 
route et de nous entraîner à sa suite dans les capricieux 
méandres des sentiers qui la longent. On Ty suit toujours 
sans fatigue et en prenant à Tëcouter un plaisir extrême. 

Des recherches : 

1^ Sur la fondation et les vicissitudes de la Librairie des 
Visconti et des Sforze ; 

2° Sur la Bibliothèque de François Pétrarque à Gare* 
gnano ; 

3° Sur les Manuscrits français de la Bibliothèque de 
Pavie ; 

4® Sur les devises et emblèmes Visconteo-Sforzesques qu i 
se rencontrent dans les codices de ces princes; 

5° Sur leurs manuscrits qui, actuellement, sont conservés 
dans les bibliothèques de TEurope, à Texclusion de la Na- 
tionale de Paris; 

Et 6® Un essai historico-biographique sur Tart de la Mi- 
niature dans le duché de Milan, du quatorzième au seizième 
siècle, composeront, avec la Bibliographie des ou^*ages 
cités et des Appendices, la seconde partie des IndaginL 

Elle doit paraître prochainement, et nous nous proposons 
bien d'en rendre compte. J. D. 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE 



\ 



ESSAI D'UNE BIBLIOTHÈQUE 

ENTIÈHBHEKT COMPOSÉE UB 

LIVRES RELATIFS A LA CHAMPAGNE 

ET A LA BRIE (1). 



— AuGER. Le Pédagogue d'armes, pour instruire 
un prince chrestien à bien entreprendre et heureu- 
sement achever une bonne guerre, pour estre vic- 
torieux de tous les ennemis de son Estât et de 
l'Eglise catholique, par M* Edmond, de la Comp. 
de Jésus. Paris y Séb. Nivelle^ 1 574 ; pet. in-8 de 
48 ff. 

Pièce rare et curieuse, qui appartient à Thistoire du règne de Charles IX. - 
Elle fut imprimée en 1568; notre exemplaire, comme plusieurs antres 
exemplaires de cette édition, porte la date de 1574. 

Ce livre, dédié à Charles IX, a pour but d'exciter le roi à faire aux 
huguenots une guerre à outrance. L'auteur veut prouver que U guerre 
n*est pas seulement utile, mais qu'elle est encore nécessaire; que les rois 
peuvent avoir de justes raisons de faire la guerre, pour des affaires tem- 
porelles ou spirituelles ; que le prince est obligé de s'armer contre les 
hérétiques; qu'il ne doit pas souffrir deux religions dans le royaume, 
et qu'il est juste et nécessaire d'exterminer les ennemis de la religion 
catholique, c Lorsqu'il est question de faire la guerre aux hérétiques 
avec apparence de succès, on ne peut alléguer au monarque qui vent 
l'entreprendre, aucuns siens édits ou ordonnances du passé ; de tous les 
hérétiques, ceux à qui le Prince doit le moins faire de scrupule de rom- 
pre les Édits et de leur faire la guerre, ce sont les huguenots que l'on 
doit estimer les plus pernicieux et endiablés satellites de mensonge, et 
que, tout bien et saintement considéré, le Prince qui s'armera contre les 
huguenots, trouvera en son esprit une suffisante occasion de s'assurer 
en sa sainte entreprise, sans s'arrêter aux remontrances de ces séditieux 

(1) Ces notices sont extraites d'un catalogue raisonné et inédit. 



.>! 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE. 407 

rebelles, fondées possible sur quelques Ëdits qu'ils avaient, par ruse et 
finesse de mauvais conseillers, obtenus de Sa Majesté : Ains, il leur doit 
répondre que si Ton a fait une faute contre son gré, pour Finjure du 
temps, il n^est pas raison qu'il en fasse deux. 9 

Emond Auger, de la Compagnie de Jésus, né en 1530, au village 
d'Alleman, près de Troyes, entra au noviciat à Rome, sous saint Ignace ; 
il se fit remarquer par son zèle ardent contre les hérétiques, et devint 
successivement prédicateur de Charles IX et confesseur de Henri III. 
Sur les instances de Catherine de Médicis, mécontente de la manière dont 
le P. Emond dirigeait la conscience de son royal pénitent, il fut exilé 
en Italie par ses supérieurs, et mourut à C6me en 1591 • On peut lire 
dans le Journal de Henri III, par Pierre de l'Estoile (Remarques sur le 
chap, FUI de la confession de Sancjr)^ les faits et gestes du P. Emond 
Auger, à Bordeaux, lors du massacre des huguenots en 1572* 

— Baussoniœt. Paraphrases en l'honneur de la Sa- 
crée Vierge Marie ; par G. Baussonnet. Reims, Nie. 
Constant j 1 61 1 ; pet, in-8 de 25 (T. 

Guillaume Baussonnet, poëte, peintre et sculpteur rémois, dédia cette 
œuvre poétique à Anne de Gondi, baronne du Tour, dame d'honneur de 
la Reine. La dédicace est suivie de deux Épigrammes à la louange de 
Fauteur, composée par J. Dorât et par N. Bergier. 

Ce volume rare contient des paraphrases en vers, sur les deux proses 
Mit lit ad Virginem et Detare puerpera, qu'on chante en l'église de Reims 
aux Vêpres de chaque dimanche de TAvent; sur V Antienne en l'honneur 
de la sainte Vierge, tirée des sermoni de saint Augustin ; sur le Cantique 
de David ajouté aux psaumes par les Grecs ; et sur le psaume Super flu' 
mina Babylonis; des traductions en vers de VÉpitaphe de Job; des vers 
latins de Louis Aleaume, président au présidial d'Orléans, à la mémoire 
de Laure, d'Avignon; de VÉpitaphe de Laure, par Pétrarque; et de qua- 
tre sentences extraites des œuvres du même poëte italien. 

Le texte latin ou italien de chaque pièce est imprimé en regard de la 
traduction. 

Les poésies de Baussonnet ne sont point inférieures à celles de ses 
contemporains ; on y trouve des stances qu'on pourrait citer. 

— Beaulxamis {Thomas). Résolution sur certains 
pourtraicts et libelles, intitules du ïiom de Mar- 
mite, faulsement imposé contre le clergé de TÉglise 
de Dieu, Paris, Hier, de Marne fy 1 562 ; pet. iu-8 
del6ff. 

Première édition, très -rare, avec cette épigraphe : Ils ont brise' es ot 
ainsi qiien un chauderon^ et comme chair au milieu de la Marmite. Miehée^ 3. 



408 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

C*est une réfutation dn libelle intitulé : Vtxtréme-onction de ta Marmite 
papale. 

Thomas Beauxamis, théologien de l'Ordre des Carmes, né à Melun 
en 1524 et mort à Paris le 1*' mai 1589, cite^ dans ce livre singulier, 
les neuf Marmites dont parle rÉcriture sainte; et il cherche à prouyer 
que le calyinisme est la uraie Marmite, c Celte nouvelle secte, dit-il, est 
signifiée par cette Marmite, de laquelle la fiunée bouillante et enfiambée 
(conmie dit Job) procède des naseaux de Behemoth, prince et Roy sur 
tous les enfans d'orgueil, s Puis, il disserte sur le bouillon, la fumée et 
la rouille {Cenrouilleure) de la Marmite. Il reproduit encore un extrait 
fort curieux d^Ézéchiel : c Lorsque Dieu luy commanda de mettre une 
grande Marmite et en icelle Ycrser de l'eau ; puis, assembler tous bous 
morceaux gras et pleins d'os, comme l'épaule, le gigot, la longe, etc. > 

— Beâij^àmis {Thomas), La Marmite renversée et 
fondue^ de laquelle nostre Dieu parle par les saincts 
Prophètes. Parisy GuilL Chaudière^ 1572; pet. 
in-8 de 23 ff. 

Bel exeiii plaire; édition rare et fort curieuse de la Résolution sur cer- 
tains libelles^ ayec un titre différent et l'épigraphe suivante : Mets la mur' 
mite çuyde sur les charbons^ afin qu^eschauffée, elle se brulle et se fonde. 
Ézéchiel^ 2k, 

D'après l'avis au lecteur, les éditions antérieures, imprimées par H. de 
Marnefy avaient été publiées, sans avoir été communiquées à Beauxamis. 
Celle-ci a été revue, augmentée par l'auteur, et imprimée par Chaudière^ 
qui portait un nom prédestiné pout la Marmite renversée,,,, 

La moitié du volume reproduit, avec des corrections et des change- 
ments, la Résolution sur certains libelles; mais les dix derniers feuillets 
contiennent l'histoire des troubles qui régnèrent en France, depuis 1557 
jusqu'au lendemain de la Saint-Barthélémy. L'auteur cite les batailles 
livrées, les édits de pacification; il décrit les cruautés et les dévastations 
commises par les religionnaires. On peut juger de l'exagération dans les 
détails, en lisant que le massacre de la Saint-Barthélémy eut liea pour 
déjouer une conspiration, dont le but était c de souiller leurs maios par- 
ricides au sang du père de la patrie, entreprendre sur Testât et la vie de 
ceux que nostre Dieu a establis et ordonnés sur son peuple, j» 

— Beaulxamis {Thomas)^ carme parisien. Enquesle 
et grefz sur le sac et pièces... produits contre le 
Pape. Paris y GuilL Chaudière^ \ 572 ; in-8. 

Très-rare. Les pièces liminaires se composent de vers latins adressés à 
Pierre de Gondi, évéque de Paris ; d'une dédicace à Gilles Bourdin, pro- 
cureur général au Parlement ; et d'un avertissement au lecteur. 

Ce livre de 117 feuillets chiffrés et de i8 feuillets non chiffrés pour 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE. 409 

les préliminaires et la table des matières, est dirigé contre un pamphlet 
intitulé : Sac et pièces pour ie pape de Rome, ses cardinaux ^ içesques^ etc., 
contre Jésus- Christ et ses Apôtres; avec ce, est insérée la sentence donnée 
entre les deux partis^ laquelle est extraite des registres du parlement du Par- 
radisy 1561, m-8 de \U pag. 

Cette réfutation est en forme de dialogue, dont les interlocuteurs sont 
Denakol (Jos. du Choul), auteur présumé du sac et pièces, les Apostats, et 
Beauxamis, Chaque article de l'ouvrage hétérodoxe est reproduit par 
Denakol, défendu par les apostats et rétorqué par Beauxamis. Ce théo- 
logien combat ses adversaires avec leurs propres armes ; il prouve quUls 
ont cité inexactement les Saints Pères, et interprété faussement certains 
passages de l'Écriture sainte. Nous avons cependant trouvé singulier que 
Beauxamis répondit sérieusement à la sentence prononcée par Jésus- 
Christ contre le pape, et ainsi datée : Donné à la dextre de Dieu mon père. 
Van de mon incarnation 1561. Ainsi signé : Jésus-Christ^ fils de Dieu 
vivant et sauveur du monde, « Je maintiens, dit Tauteur, que c'est une 
chose supposée et faussement inventée, si vous n*en apportez certaine 
vérification. Autrement, je demande que vous soyez condamnez comme 
faussaires du sceau et signature de Jésus-Christ, i 

— Bergier {Nicolas). Archimeron : ou traicté du 
commencement des jours ; auquel est monstre le par- 
ticulier endroit sur la rondeur de la terre et de la 
mer, où le jour de vingt-quatre heures prend son 
commencement. Pans j A. Saugrairiy 1617; in-S 
de 52 pag. 

Plaquette rare et curieuse, dont la dédicace à M. de Thillois est si- 
gnée un Bergier rémois. 

Après une savante dissertation sur le jour naturel et le jour artificiel, 
Nicolas Bergier propose de déterminer sur la terre, un point de conven- 
tion où commencerait le jour civil, afin d'établir la simultanéité de la 
célébration des fêtes dans toutes les églises catholiques du Monde. Nous 
reprocherons seulement à Tauteur d'avoir suivi le système astronomique 
de Ptolémée et de faire mouvoir le soleil autour de la terre. 

Cet opuscule a été réimprimé à Reims en 1629» avec d'amples augmen- 
tations, sous le titre de Le point du jour, 

— Bergier {Nicolas). Le point du jour, ou traicté 
du commencement des jours et de Tendroict où il 
est estably sur la terre. RheimSy Nie. Hécarty 1629; 
pet. in-8, front. 

Volume très-curieux et rare, orné d'un frontispice finement gravé. Le 
point du jour avait été publié pour la première fois à Paris, en 1617, 

n 



408 BULLETIN DU BffiLIOPHILE. 

CVst une réfutation du libelle intitulé : /J'extréme^onction de fa Marmtie 
papale, 

Thomas Beauxamis, tiicologien de l'Ordre des Carmes, né à Melun 
en 1524 et mort à Paris le 1*' mai 1589, cite, dans ce livre singulier, 
les neuf Marmites dont parle TÉcriture sainte; et il cherche à prouYer 
que le calvinisme est la vraie Marmite, c Celte nouvelle secte, dit-il, est 
signifiée par cette Marmite, de laquelle la fiunée bouillante et enfiambée 
(comme dit Job) procède des naseaux de Behemoth, prince et Roy sur 
tous les enfans d'orgueil. i> Puis, il disserte sur le bouillon, la fumée et 
la rouille (f enroudleure) de la Marmite. Il reproduit encore un extrait 
fort curieux d'Ëzéchiel : ce Lorsque Dieu luy commanda de mettre une 
grande Marmite et en îcelle -verser de Peau ; puis, assembler tous bons 
morceaux gras et pleins d*os, comme Tépaule, le gigot, la longe, etc. > 

— BiCAULXAMis {Thomas). 1^ iViarmite renversée et 
fondue^ de laquelle nostre Dieu parle par les saincts 
Prophètes, Paris ^ GuilL Chaudière ^ 1572; pet. 
in-8 de 23 ff. 

Bel exemplaire; édition rare et fort curieuse de la Résolution sur cer^ 
taiiis libelles^ ayec un titre différent et Tépigraphe suivante : Mets la mat' 
mite vuyde sur les charbons^ afin qiC eschauffèe^ elle se brulle et se fonde. 
Ézéchiel^ 24. 

Diaprés l'ayis au lecteur, les éditions antérieures, imprimées par H. de 
Marnef, avaient été publiées, sans avoir été communiquées à Beauxamîs. 
Celle-ci a été revue, augmentée par l'auteur, et imprimée par Chaudière^ 
qui portait un nom prédestiné pout la Marmite renversée,,., 

La moitié du volume reproduit, avec des corrections et des change- 
ments, la Résolution sur certains libelles; mais les dix derniers feuillets 
contiennent l'histoire des troubles qui régnèrent en France, depuis 1557 
jusqu'au lendemain de la Saint-Barthélémy. L'auteur cite les batailles 
livrées, les édits de pacification; il décrit les cruautés et les dévastations 
commises par les religionnaires. On peut juger de l'exagération dans les 
détails, en lisant que le massacre de la Saint-Barthélémy eut lieu pour 
déjouer une conspiration, dont le but était c de souiller leurs mains par* 
ricides au sang du père de la patrie, entreprendre sur Testât et la vie de 
ceux que nostre Dieu a establis et ordonnés sur son peuple. » 

— Beaulxamis {Thomas)y carme parisien. Enqueste 
et grefz sur le sac et pièces.., produits contre le 
Pape. Paris y GuilL ChaïuHère^ 1 572 ; in-8. 

Très-rare. Les pièces liminaires se composent de vers latins adressés à 
Pierre de Gondi, évéque de Paris ; d'une dédicace à Gilles Bourdin, pro- 
cureur général au Parlement ; et d'un avertissement au lecteur. 

Ce livre de 117 feuillets chiffrés et de i8 feuillets non chiffrés pour 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE. 409 

les préliminaires et la table des matières, est dirigé contre un pamphlet 
intitulé : Sac et pièces pour le pape de Rome, ses cardinaux ^ ivesques^ etc., 
contre Jésus- Christ et ses Apôtres; avec ce y est insérée la sentence donnée 
entre les deux partis^ laquelle est extraite des registres du parlement du Pa- 
radis y 1561, //i-8 de m pag. 

Cette réfutation est en forme de dialogue, dont les interlocuteurs sont 
Denakol (Jos. du Choul), auteur présumé du sac et pièces^ les ApostatSy et 
Beaujcamis. Chaque article de l'ouvrage hétérodoxe est reproduit par 
Denakol, défendu par les apostats et rétorqué par Beauxamis. Ce théo- 
logien combat ses adversaires avec leurs propres armes ; il prouve quMls 
ont cité inexactement les Saints Pères, et interprété Ceiussement certains 
passages de TÉcriture sainte. Nous avons cependant trouvé singulier que 
Beauxamis répondit sérieusement à la sentence prononcée par Jésus- 
Christ contre le pape, et ainsi datée : Donné à la dextre de Dieu mon père y 
tan de mon incarnation 1561. Ainsi signé : Jésus-Christ y fils de Dieu 
vivant et sauveur du monde, c Je maintiens, dit Tauteur, que c'est une 
chose supposée et faussement inventée, si vous n*en apportez certaine 
vérification. Autrement, je demande que vous soyez condamnez comme 
faussaires du sceau et signature de Jésus-Christ, i 

— Bergier [Nicolas). Archimeron : ou traicté du 
commencement des jours ; auquel est monstre le par- 
ticulier endroit sur la rondeur de la terre et de la 
mer, où le jour de vingt-quatre heures prend son 
commencement. Pans j A. Saugrain^ 1617; in-S 
de 52 pag. 

Plaquette rare et cnrîense, dont la dédicace à M. de Thillois est si- 
gnée un Bergier rémois. 

Après une savante dissertation sur le jour naturel et le jour artificiel, 
Nicolas Bergier propose de déterminer sur la terre, un point de conven- 
tion où commencerait le jour civil, afin d'établir la simultanéité de la 
célébration des fêtes dans toutes les églises catholiques du Monde. Nous 
reprocherons seulement à Tauteur d'avoir suivi le système astronomique 
de Ptolémée et de faire mouvoir le soleil autour de la terre. 

Cet opuscule a été réimprimé à Reims en 1629, avec d'amples augmen- 
tations, sous le titre de Le point du jour, 

— Bergier {Nicolas). Le point du jour, ou traicté 
du commencement des jours et de l'endroict où il 
est estably sur la terre. Rheims^ Nie. Hecart^ 1629; 
pet. in-8, front. 

Volume très-curieux et rare, orné d'un frontispice finement gravé. Le 
point du jour avait été publié pour la première fois à Paris, en 1617, 

11 



410 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

sous le titre ^Arehémeron ou traité du commencement des jourSm L'auteur 
mourut à Reims, le 15 septembre 1623. Jean Bergier, son fils, fit réîin- 
primer cet ouvrage en 1629, et le dédia à M. du Lys, de la famiUe de Jeanne 
d*Aro, conseiller d^État et avocat général à ]a cour des Aides. 

Ce livre a pour but de déterminer sur la terre un point de convention 
où commencerait le jour civil. Nicolas Bergier a développé dans ce traité 
une vaste érudition tant en astronomie qu^en cosmographie, et il est 
parvenu à prouver que les jours sont de 48 heures, non pas à Tégard 
d*un lieu particulier, mais par rapport à toute la terre. 

— BÊRTHAULT. FioFus Gallicus. — Florus Francis- 
cûs; authore P. Berthault, Parisiis^ 1644; 2 part, 
en 1 vol. pet. in- 12, front., carte. 

Pierre Berthault, né à Sens, en 1600, entra dans la congrégation de 
rOratoire, et mourut, chanoine de Chartres, en 1681. 

Le Florus Gallicus^ composé en forme d* Annales, traite principalement 
des guerres soutenues par les Gaulois, de leurs expéditions, de leurs 
succès et de leurs revers. Cette histoire commence à Samothès, premier 
roi des Gaulois, en Tan du monde 1986, et finit à Tépoque d'Honorius 
et d'Arcadius, lorsque les Francs s'établirent dans les Gaules. Cette 
édition est ornée d'une jolie carte de la Gaule, et augmentée de passages 
relatifs aux Gaulois, extraits des auteurs grecs et latins. 

Le Florus Francictis, rédigé sur le modèle de l'ouvrage précédent, 
passe pour être l'un des meilleurs abrégés de l'histoire de France, de- 
puis l'an 420 jusqu'en 1630. On trouve à la fin du volume une table 
chronologique des rois de France, et la liste des archevêchés et évéchës 
du royaume. 

— Blondel. Des sy billes célébrées tant par l'anti- 
quité payenne que par les Saincts Pères^ par David 
BlondeL Se {fendent à Charenton par la çeuçe L. Pé» 
rier^ 1649; in-4. 

Première édition, dédiée à M. Sarrau, conseiller au parlement de 
Paris. — Dans ce traité, David Blondel s'inscrit en faux contre les huit 
livres des sybilles, et prouve que c'est l'œuvre d'un imposteur, qui vé- 
cut dans les premiers siècles du christianisme : il reproche aux Saints 
Pères de s'être servis de ces prétendus écrits sybillins, dont ils ne devaient 
pas ignorer la supposition. Il combat ensuite les résultats de la croyance 
à l'authenticité des oracles des sybilles, à l'aide desquelles, dit-il, on a 
établi le dogme du purgatoire et l'usage de prier pour les morts. 

^^ fiLoicDEL. Familier esclaircissement de la ques- 
tion j si une femme a esté assise au siège papal de 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE. (à 11 

Rome, entre Léon IV et Benoist III ; par David BIod- 
del. Amsterdam^ Jean BlaeUy 1649; petit, in-8 de 
1 09 pag. 

Joli exemplaire de la seconde édition française, pins correcte que la 
première, qui avait été publiée à Amsterdam, eu 1647. David Blondel, 
ministre protestant, né à Chàlons-sur-Marne en 1591 et mort à Amster- 
dam en 1655y fut des meilleurs critiques de son siècle. Dans ce Fami- 
lier esclaircissementj il détruit de fond en comble l'histoire de la papesse 
Jeanne. Les catholiques se montrèrent fort reconnaissants ; mais les pro- 
testants les plus zélés furent indignés qu*un de leurs coreligionnaires 
employât son érudition à ruiner une tradition, qui leur était utile. Un 
avocat de Rouen , nommé Goignard, attaqua vivement l'auteur. Des Ma« 
rest, professeur à Groningue, et Spanheim cherchèrent à réfuter son livre, 
et déployèrent beaucoup de science pour défendre une mauvaise cause. 
D'autres plus sages et plus impartiaux, tels que Chamier et Du Moulin, 
n'hésitèrent pas à reconnaître l'absurdité de cette fable. 

Après la mort de D. Blondel, Courcelles fit imprimer une traduction 
latine de cet ouvrage faite par l'auteur lui-même, sous le titre De Joannë 
papissd. Amst. 1657. 

— BoiLLOT. Nouveaux pourtraitz et figures de Ter- 
mes pour user en l'architecture ; composez et enri- 
chiz de diversité d'animaulx, représentez au vray, 
selon l'antipathie et contrariété naturelle de chacun 
dlceulx; par Jos. Boillot, Lengrois. Imprimé à 
fjengres par Jeh. des Prey (1592); in-fol. de 60 ff., 
porlr. , fig. 

Livre rare, dédié au jduc de Nevers, le !•' janvier 1592. Outre le 
frontispice et le portrait de l'auteur gravés à l'eau-forte, on trouve dans 
le volume 53 planches habilement gravées, les unes sur bois et les autres 
sur cuivre : celles-ci portent le nom de J. Boillot. — Chaque planche 
occupe une page entière et représente un animal groupé en terme, avec 
son antipathie. Ainsi le Lion est accompagné d'un coq; le Loup, de 
plusieurs chiens ; le Porc, de couleuvres, de scorpions et de be- 
lettes; etc. 

Joseph Boillot, architecte et graveur, naquit à Langres en 1560. Pen- 
dant la Ligue, il maintint sa ville natale sous l'obéissance de Henri IV, 
qui l'avait employé comme ingénieur. Ce prince le récompensa de son 
dévouement, par l'emploi de contrôleur du grenier à sel de Langres, et de 
directeur du magasin des poudres et salpêtres. 

— Bon (^Florent). Les triomphes de Louys le Juste : 
dédiés à S. M« par un religieux de la Compagnie de 



(àl2 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Jésus (Florent Bon). /îe//wj, Nie. Constant j 1630; 
in.24 de 12 ff. prélim., 182 pag. et 5 ff., front. 

Petit liyre rare et curieux ; il est orné d*un joli frontispice graré par 
J. Picart* 

La prise de la Rochelle^ le 28 octobre 1628, fut chantée arec enthou- 
siasme par les poètes catholiques de la France. Mais le P. Florent Bon, 
jésuite du collège de la yille de Reims, entreprit de célébrer, loi tenl, 
les triomphes de Louis XIII sur les Rochelais et sur les autres rebelles 
du royaume, sous toutes les formes de la poésie, et il cacha son nom 
sous le pseudonyme de Phîlanthe, 

La dédicace au Roi, qui occupe dix feuDlets, est un tissu d'éloges 
emphatiques, dont nous ue citerons qu'un fragment : c Les merTcilles 
que TOUS venez fraîchement de faire sont tellement extraordinaires et en 
si grand nombre, quUl sera bien malaisé que personne vive assez long- 
temps pour les apprendre et les croire toutes. » 

On trouve dans ce recueil 34 pièces, parmi lesquelles nous indique- 
rons le portrait du roi passant les Alpes ^ poëme en 5 parties ; deux récits 
lus dans la réjouissance qui eut lieu au collège de Reims, pour la prise 
de la Rochelle ; onze odes, quatre élégies, des églogues, des sonnets, des 
épigrammes, des chansons, etc. , etc. — Les cinq derniers feuillets con- 
tiennent une Ode latine à la louange de l'auteur, signée L. G. 

— BocLENGER {Pierre). De utilitate quae ad populum 
Gallicum rediret, si sancte Régis edictum servare- 
tur, de adhibendis in singulis Galliae oppidis prse- 
ceptoribuSy à quibus gratuito egentiores adolescen- 
tuli ingenuis arlibus erudirentur, P. Bulengeri, 
grœc. et lat. lilterarum professons^ Oratio. Lute-' 
tiasy Fed. Morel, 1566, pet. in-8. 

Pierre Boulenger, habile grammairien du seizième siècle, naquit à Troyes 
(Champagne). Il professa avec distinction, les langues grecque et latine 
dans la ville de Loudun. Cosme II l'appela en Toscane, et le nomma 
professeur de théologie, à Pise : c'est là que Boulenger mourut en 
1598. 

L-es états généraux se réunirent à Orléans, le 13 décembre 1560« 
Dans cette assemblée, les trois ordres proposèrent dlTcrses réformes dans 
l'Église et dans l'administration ; la cour, de son c6té, réclama quelques 
impôts pour réparer le désordre des finances. Les états furent bientôt 
dissous, sans que personne* eût obtenu ce qu'il demandait. Les Cahiers 
des ordres servirent cependant de base à un long travail que le 
chancelier de l'Hôpital adressa au Parlement sous le titre d'Ordonnance 
d!Orléans. 

Cette ordonnance renfermait un article relatif à Vinstruction gratuite 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE, (il3 

des enfants pauvres^ dans toutes les irilles de France. Lé discours de 
P. Boulenger a pour but de prouver combien il serait utile d'observer 
les prescriptions de cet édit. Les ecclésiastiques, dit-il, refusent d'obéir 

la volonté du roi ; les magistrats négligent de la faire exécuter , le peu- 
ple ignore ou oublie qu'une telle mesure est du plus baut intérêt pour 
Tavenir de sa jeunesse.jll énumère tous les avantages que procure une 
l)onne éducation, et cite plusieurs exemples à l'appui de ses pré- 
ceptes. 

Ce discours est dédié aux Magistrats et aux babitants de Loudun. La 
dédicace nous apprend que l'auteur avait étudié la médecine 
à Paris, sous Sylvius ; mais qu'il avait résisté aux pressantes sollici- 
tations de son ami Pierre Blondel, docteur-médecin, connu à Loudun 
par ses talents et sa probité, qui l'engageait à abandonner les belles- 
lettres pour se livrer à l'étude de la médecine. 

— Bourgeois. Brevis tractatus de dispensatione 
confectionis Alkermes celebrata Trecis, anno 1 599^ 
per Claudium Boui^eois, Trecensem pharmaco- 
pœum. S. L n. d. (Trecis^ 1599), apud Joannem 
Odotium; in-8 de 46 pag. 

Cest la plus ancienne et la plus étrange réclame que nous connaissions. 
Claude Bourgeois, pharmacien et monnoyer à Troyes, s'avisa de compo- 
ser, d'après les prescriptions de Mesué, médecin persan du neuvième 
siècle, un certain spécifique connu sous le nom arabe d' Alkermes. En 
1599, sur l'invitation de ses confrères, il confectionna ^e l' Alkermes, 
publiquement en solennelle assemblée non-seulement de médecins , pharmaciens 
et chirurgiens^ mais aussi des magistrats et personnes notables de la ville de 
Troyes, Ce célèbre et excellent remède avait les propriétés de guérir les 
palpitations de cœur, les syncopes, la fiè?re quarte et même les mori- 
bonds, de dissiper la mélancolie, de rétablir les forces, de préserver de 
la lèpre, et de conserver longtemps la santé florissante. Voici la recelte 
de cet admirable spécifique : prenez du suc de pommes, de la soie écrue^ 
du suc de graines de Kermès, du sucre, de l'ambre vierge, du bois 
d'aloès, du cinnamone, du lapis'lazuli, des perles^ de Vor et du musc ; 
mêlez le tout selon l'ordonnance. 

Il est certain qu'une composition dans laquelle un trouvait de l'or, 
des perles et du lapis-lazuli, devait être précieuse pour la santé ; et 
Claude Bourgeois désirait en tirer bon parti. Cest pourquoi il s'em- 
pressa de faire imprimer cbez J. Oudot ce livre curieux dont voici la 
description : sur le verso du titre, k Tcrs français à la louange de l'apo- 
thicaire ; une dédicace à Henri IV; une autre dédicace (en latin) à Jean 
Angenoust, président du présidial de Troyes; la recette de l' Alkermes, 
discours latin, lu par Nie. Caussin à l'assemblée réunie chez Cl. Bour- 
geois; explication en latin de la conjection du spécifique, donnée par 
l'auteur : suivent neuf pièces de vers latins et français, composés en Thon- 



klk BULLETIN DU BffiUOPHILE. 

near de Claude Bourgeois ; une lettre à M. de la Rivière, médecin da 
roi, en lui adressant le discours des vertus et louanges du Blane^ eottieur 
de la livrée de France^ par J. Caussin ; et enfin, vaae prière pour le roi^ptit 
G. Beudot. 

Ainsi Cl. Bourgeois trouva le moyen de recommander son Alkemiès 
au roi, au président Angenoust et au médecin du roi ; et cette reconh* 
mandation était appuyée par les éloges poétiques des médecins et apo- 
thicaires de Troyes. 

— Briçonwet, évêque de Meaux. Les contempla- 
tions faictes à Thonneur et louange de la Yiei^ 
Marie, par quelque dévote personne qui s'est voulu 
nommer ridiote ; translatées par Tévesque de Meaulx, 
(Guillaume Briçonnet), le 14 aoust 1519. S. L n. 
d.\ pet. in-16 de 24 ff., goth. 

Rare. L'auteur de ce livre est resté inconnu jusqu'au dix-septième siècle. 
C'est le P. Théophile Raynaud, de la Compagnie de Jésus, mort k Lyon 
en 1563, qui découvrit que l'auteur véritable de cet ouvrage de théologie 
mystique était Raymond Jordan, prévôt d'Uzès en 1381, puis abbé de 
Celles au diocèse de Bourges. Jacques Le Fèvre d'Étaples, mort à Nérae 
en 1537, fit imprimer pour la première fois à Paris, cbez Henri Estienne, 
1519y les Contemplât tones Idiot» de amore divino^ de Flrgine Mariât de 
verâ patentid, de continuo conflictu carnis et animm, de innocentid perditd 
et de morte, Guillaume Briçonnet, évéque de Meaux, protecteur de Le 
Fèvre d'Étaples, traduisit en français, la même année, une partie de 
l'ouvrage de Raymond Jordan ; et il adressa les Contemplations à thon^ 
neur de la Vierge Marie aux religieuses de Faremonstier. 

On connaît les pensées singulières et le style extatique des auteurs de 
ces anciens livres de dévotion. Il nous suffira de transcrire les titres des 
six chapitres dont l'œuvre se compose : c comme la doulce sacrée Vierge 
Marie nous attire. — De son excellente et admirable beanlté. -— En 
quoy se figure et se peult exprimer la dicte beaulté. — La sacrée Vierge 
Marie est le temple de Dieu, créée et consommée en toute excellence. — 
De la prérogative et dignité du nom de la glorieuse Vierge Marie. — 
Que la débonnaire dame) Marie soit envers Dieu, inventrice de toute 
grâce. » 

— Brissaut. Cruenta syllogismorum dialecticorum 
pugna, per N. Brissardum Atkiniensem Rhemum. 
ParisiiSy M. Fascosan^ s. d. (vers 1550); pet. in-8 
de 28 ff. 

Livre rare et curieux. Nicolas Brizard, d'Attigny (Ardennes), fit im- 
primer vers 1550 ce' petit ouvrage, où sous la forme d'une relation de 



BIBLIOGRAPHIE CHAIVIPENOISE. /il5 

la terrible bataille livrée entre les syllogismes Barbara et Celarent, qui se 
disputaient alors le pouvoir suprême en dialectique, l'auteur fait le dé- 
nombrement des armées des deux chefs ennemis, et compose ainsi un 
traité de logique fort singulier, dans lequel on trouve Thistoire de tontes 
les argumentations en usage dans Técole, et une critique ingénieuse de la 
philosophie scolastique. 

— Bruchier. Brucherii (Joannis) trecensis commen- 
tarii in septem Sapientium Grœciae apophthegmata^ 
Àusonianis conscripta versibus. Ejusdem tetrasticha 
parabolica, cum nonnullis aliis ipsius poematiis. 
Paris j ex offic. Sunonis Colinasi, 1528; 1 vol. in-8. 

Livre rare, imprimé par Sim. de Colines. Nous n*avons pu trouver 
aucun renseignement sur ce savant champenois qui se nommait pro- 
bablement Jean Brucliier. Il dédia ce volume à Michel Boudet, évéque 
de Langres ; Tépitre est datée de novembre 1527. — L*auteur a pris 
pour texte de son travail les apophthegmes des sept sages de la Grèce, 
trad, en vers latins par Ausone. Il a fait preuve d*une grande érudition, 
dans ces commentaires qui sont précédés de la biographie des philo- 
sophes dont il analyse les sentences morales. 

Les poésies latines de J. Bruchier, insérées à la fin du volume, se com- 
posent de paraboles en quatrain, de fahles et de chants sacrés: ces vers 
ne sont point sans mérite. Nous citerons la fable de la cigale et de la 
fourmi, trad. d'Aphthonius, en prose latine, et de Gabrias, en vers la- 
tins. Voici cette dernière imitation : 

Petebat a formica cicada cikam : 
Sed formica ait, quid aestate fadebas ? 
Qaod aCQte aestate caneret, dixit. 
Hynme salta (inqnit) ne ama dbom. 

Le trait qu^on a quelquefois critiqué dans la Fontaine, 

Vous chantiez, j'en sois fort aise ; 
Eh bien ! dansez maintenant, 

appartient au fabuliste grec. Au surplus, le fond de l'apologue et la 
forme du dialogue sont les mêmes dans les deux fabulistes. 

N^oublions pas la note historique placée au-dessous d'une prière à la 
S. Vierge, c Cette prière fut composée par Bruchier, Tan 1518, tandis 
que la Champagne et plusieurs autres provinces étaient décimées par 
une terrible peste. » 

— Bruchier de Troyes. Ant. Mancinelli sermonum 
Decas. Fenundantur Parrhisiis in œdibusJoh. Pan^i 
et Jodoci Badii Ascensii (in fine) ; hi sermones im-- 



kl6 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

pressi sunt.... in œdibus Àscensianis ; communibus 
impensis ipsius Ascensii et Joannis Parvi^ Josfis 
sancto ante Pascha^ 1 51 1 ; pet. în-4 de 6 et 77 (f. 

Volume très-rare et peu connu. Marque de Jean Petit sur le titre. — 
Antoine Mancinelli, né à Velietri en 1452, mourut à Rome vers 1506. 
Ses œuvres grammaticales et ses commentaires sur d'anciens auteurs eu- 
rent beaucoup de succès. 

Ces discours académiques sur différentes matières furent imprimés 
pour la première fois à Rome, vers 150(i ; Jean Bruchier (Brueherius\ 
de Troyes, en donna un exemplaire à Josse Bade, qui le réimprinàa en 
1511. Cet ouvrage est divbé en dix livres et contient 126 discours; 
voici les pnncipaux sujets traités par Antoine Mancinelli : Livre !*■'. De 
auspicandis poetis, historicis, oratorîbus, — la» 2. De accipiendo doe^ 
trinm insigne, — L. 3. De magistratibus , — L. 4. De fidi publicd, et gra- 
tiarum actionibus, — L. b» De quarumdam ceicbratione soUnnitatum, — 
L. 6. De religione; de incarnatione et natali Ctwisti, — L. 7. De saero 
Baptismo, — L. ^, De corpore et sanguine Christi; de prœsbiteris^ etc. — 
L. 9. De sponsalibus et matrimoniis, — - L. 10. De laudibus in funere ho- 
noratorum virorum. 

Sur le dernier feuillet on lit une pièce de vers intitulée : lOANins bru- 
GUEBius TRECEifSis commendativo epigrammate librum super iorem alto* 
quit. 

— Caussin (Nicolas). Electorum symbolorum et pa- 
rabolorum historicarum syntagmata^ ex horo. Clé- 
mente, Epiphanio et aliis, cum notis et observatio- 
x\îh\xs. Parisiis ^ Romanus de Beaui^aîsy 1618; 
in -4, front. 

Première édition d*un livre rare et curieux. Le frontispice, gravé par 
Léonard Gaultier, est d'une exécution très-remarquable. Il représente 
deux obélisques chargés de hiéroglyphes et servant de cadre à une fon- 
taine {fons sapientim)^ qui tombe en cascade du sommet d*une haute 
montagne, traverse une vasque, deux trompes et une seconde vasque, 
avant d'alimenter les eaux du Nil ; c'est une idée singulière, exprimée 
par le burin avec beaucoup d^légance. 

Nicolas Caussin, jésuite, né à Troyes en 1583, fut choisi pour con- 
fesseur de Louis XIII ; mais ayant voulu faire rappeler la reine mère, 
le cardinal de Richelieu le relégua, en 1639, dans une ville de Bretagne. 
Le P. Caussin mourut à Paris en 1651. Il était professeur au collège de 
la Flèche, lorsqu'il traduisit du grec en latin ce recueil de hiéroglyphes 
et de symboles égyptiens. Nous avons transcrit ci-dessus le titre gravé 
au centre du frontispice ; le titre imprimé porte seulement De symbolicd 
Agfptiorum sapientid. L'ouvrage est dédié au président de la chaïubre 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE. 417 

des Comptes de Normandie, et le piÎTilége est du 19 avril 1618. C'est 
donc par erreur que, dans quelques bibliographies, le Hyre est daté de 
1616. 

Ce volume contient : 1» une savante dissertation du P. Caussin, sur 
Torigine des hiéroglyphes, sur Horus Apollo, et sur la différence qui 
existe entre les symboles, les énigmes, les emblèmes, les paraboles, les 
apologues et les hiéroglyphes ; %<* les hiéroglyphes de Horus ApoUo, en 
grec, avec la traduction latine en regard et des notes au bas des pages; 
3" les hiéroglyphes extraits du livre des stromates de Clément d'Alexan- 
drie, et de la Bibliothique de Diodore de Sicile, suivis des symboles de 
saint Épiphane : le tout en grec et en latin ; k^ les observations sur les 
hiéroglyphes d'Horus ApoUo ; b^ cent énigmes du poète Symposius ; et 
enfin un index pour les hiéroglyphes d^Horus et les observations du 
P. Caussin. Ce recueil est fort curieux : les extraits de Clément d'Alexan- 
drie, de Diodore et saint Épiphane n*ont jamais été imprimés séparé* 
ment. 

— Caussin. Thésaurus graecae poeseos, ex omnibus 
Grœcis poetis collectus; libri duo. Auctore Nie. 
Caussiuo tricassino, soe. Jesu. Parisiis y sumptibus 
Romani de Beauvais^ 1612; 2 lom. en 1 vol. in-8. 

Première édition; cet ouvrage a été réimprimé à Cologne en 1613 
et 1630, et à Mayence en 1614. Le P. Caussin enseignait les belles-let- 
tres à Rouen, lorsqu'il composa ce livre destiné à la jeunesse, et dédié 
aux magistrats de la ville de Rouen. 

La première partie, de 4(i8 pages avec les tables, forme un diction- 
naire, par ordre alphabétique, de 1063 mots latins traduits en grec et 
accompagnés de périphrases, de synonymes et d*épithètes en grec et en 
latin : ce sont des extraits de 192 poètes grecs. 

La seconde partie, de 201 pages, contient une prosodie grecque, par 
ordre alphabétique, dans laquelle la quantité des mots est prouvée par 
des exemples tirés des meilleurs poètes. — Ce second volume est forte- 
ment piqué. 

— Caussin. Symbolica iEgyptiorum sapientia; au- 
ihoreNic. Caussino e soc. Jesu. Pam, Adr. Tau- 
pinarty 1634; in-8. 

Livre peu commun et recherché. 

L'ouvrage est divisé en deux parties. La première, de 248 pages, plus 
8 ff . pour les tables , contient une Dissertation latine du P. Caussin sur 
les hiéroglyphes; Ori Apollinis niliaci hieroglyphica^ en grec avec une 
traduction latihe eu regard ; les Hiéroglyphes de J. Pierius Valerianus, 
eu latin ; les Hiéroglyphes de Clément d'Alexandrie, des extraits de la 
Bibliothèque de Diodore et des OEuvres de saint Epiphane, en grec et 



418 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

en latin ; âes ' Obserpations du P. Caussin sur les hiéroglyphes d*Oni8 
Apollo ; et les Énigmes de S^inposius, en Ters latins. — On troure parmi 
les feuillets de Vlndex^ deux cartons qui doiyent être rares : Ton, pour 
remplacer le feuillet 97-98, et l'autre, pour le feuillet 111-112. MaÎB 
Texemplaire est défectueux du feuillet 93-94» qui renfermait la traduc- 
tion latine de cinq hiéroglyphes d'Orus, dont le texte grec est complet. 
La seconde partie, de 595 pages, et 33 ff. pour les pièces liminaires 
et les tahles, renferme les douze liyres du Polyhistor symboîicus. 

— Caussin. Les devoirs funèbres rendus à Theu- 
reuse Mémoire de Madame Catherine-Henriette- 
fieauvillier, dite desaincte Gertrude, coadjutrice de 
l'abbesse de Montmartre , par Nie. Caussin, de la 
Comp. de Jésus. Paris ^ Adrien Taupinart^ 1634; 
pet. in-8 de 60 pages. 

Cette oraison funèhre fut prononcée par le P. Caussin, dans Pabbaye 
de Montmartre. Catherine-Henriette de Beauvillier, fille du duc de 
Saint-Aignan, naquit le 26 mars 1614 et mourut au mois de septembre 
1634, à l'Age de vingt ans. Elle était coadjutrice de l'abbesse de Mont- 
martre, sa tante, Marie de Beauvillier, bien connue par ses amours aTec 
Henri IV. Ce qui n'a pas empêché le P. Caussin d'écrire que t Dieo, 
pour la façonner à l'escole du ciel, luy avoit donné Madame l'abbesse 
de Montmartre, une vraye tante, qui luy a tousjours senry de mère 
et de maistresse, et qui la touchant de si près, luy a versé l'esprit de 
piété par la communication du sang. » 

— Cavier. Excellente et notable profession catho- 
lique de M. Sebastien Flach^ de MansFeld, homme 
de qualité et autorité , où il abjure et déteste Thé- 
résie luthérienne....; trad. du lat. en franc, par 
P. Loup Cavier, religieux cordelier senonois. Paris, 
Ànu Houïc, 1576 ; pet. in 8 de 20 ff. 

Cette profession de foi , dans laquelle Sébastien Flach développe les 
-vingt-deux raisons qui l'ont engagé à abjurer le luthéranisme, n'occupe 
que onze feuillets. Le frère Loup Cavier, cordelier de Skus, traduisit 
cet opuscule en français, pour l'édification des fidèles et la conversion 
des hérétiques. — Le texte est précédé d'un sonnet, d'une dédicace de 
sept pages à Estienne Haton, avocat au bailliage de Sens, de deux aver- 
tissements aux affectionnez lecteurs^ l'un en prose et l'autre en vers ; et 
deux pièces de vers, composées par J. Bourgoin, Senonois, et E. de 
Richoufs, gentilhomme. On trouve encore, à la fin du volume, une pièce 
de onze vers français, du fr. Cavier. Les Muses ont dû vivement pro- 



BIBLIOGRAPHIE CHAIVIPENOISE. dlQ 

tester contre Tescalade du Parnasse par notre cordelier senonois, qui 
ne craint pas de faire rimer dextre avec estre^ livre avec prise , semblable 
avec grâce, choses avec cohortes, hérésies avec catlioliques^ etc. Heureuse* 
ment, ses doctrines étaient plus orthodoxes que ses vers. 

— CHEsmEAU [Nicolas). Le Manuel de la recherche 
ou antiquité de la Foy et doctrine de TEglise catho- 

.lique. Reims ^ /. de Poignjr^ 1570, in-8. 

Livre de controverse orthodoxe. — Nicolas Cheneau, né à Tourteron 
en Rethelois y chanoine et doyen de Péglise de Saint-Symphorien de 
Reims, mourut eu 1581. H dédia le Manuel de P antiquité de la Fojr a 
François de Gonzague, comte de Rethelois , et il fit imprimer à la suite 
de la dédicace six sonnets de sa composition. 

Nie. Chesneau réfute longuement les opinious des hérétiques sur les 
sacrements, sur le carême, la messe, le paradis, le purgatoire et 1* enfer. 
Il reproche aux calvinistes de ne vouloir ni prêtres ni rois, c Et Toilà 
l'anarchie par eux de longtemps projetée. » — c Anarchie, ajoute-t-il, 
c'est un État sans magistrat souverain : c*est un royaume de grenouilles, 
où chacun chante également. > Il nomme les mariages huguenots c des 
mariages de lièvres, i Notre chanoine passe en revue toutes les fêtes de 
rÉglise catholique et en expose l'origine et l'utilité. Plusieurs chapitres 
de ce livre sont fort curieux. 

— Compte rendu par M. de Choiseuil d'AilIecourt^ 
député de la Noblesse du bailliage de Chaumont-en 
Bassigny^ à ses commettans. S. /., 1791 ; in-8 de 
320 pages. 

Livre très-intéressant pour l'histoire des deux premières années de la 
Révolution. M. de Choiseul a divisé son rapport en cinq chapitres. Dans 
les trois premiers, il examine quelles furent les circonstances qui néces- 
sitèrent la convocation des états généraux ; quels progrès avait faits l'opi- 
nion publique, et sur quelles bases étaient fondées les instructions don- 
nées par la noblesse du bailliage de Chaumont à ses députés. On trouve 
dans ce chapitre le cahier des pétitions et doléances de ladite noblesse. 

Les chapitres suivants contiennent l'histoire détaillée des événements 
qui eurent lieu depuis l'ouverture des états généraux, le 5 mai 1789 jus- 
qu'au 31 août 1791. On doit remarquer une analyse critique, fort cu- 
rieuse, de la Constitution de 1791. 

L'auteur apprécie judicieusement les causes et les effets de la Révolu- 
tion : il rend compte de sa conduite et de ses votes, au milieu du boule- 
versement de Tancienne société et de la monarchie, afin de mettre ses 
commettants à même de juger s'il a pu, un seul instant, tromper leur 
confiance. Ce n'est pas le simple compte rendu d'un député, c*est une 
page d'histoire écrite avec un bon sens , une précision , une clarté qui 
n'étaient pas dans les élucubrations du moment. 



420 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

— Clamengis. Nicolai de Clamengiis^ de lapsu et 
reparatione justitiae libellas. S. L n. d. {BcisileaSj 
circa^ 1519); pet. in-4 de 4 ff. et 131 pages. 

Rare. — Le titre est encadré d*une large bordure à figares singu- 
lières, dans le genre d*Holbein; elle est datée de 1519. 

Mathieu-Nicolas de Clemenges, ou Clamenges, en latin de CUmangiUf 
ou Clamengiis^ naquit vers le milieu du quatorzième siècle dans le yH- 
lage de Glamenges près de Châlons en Champagne, et, selon l'osage du 
temps, prit le nom de sa patrie. Il devint recteur de TUniversité en 
1393, puis secrétaire de Tantipape Benoît XlV, et enfin archidiacre 
de Bayeux. U Tivait encore en 1440, ainsi qu'il résulte d'une lettre 
émanée de l'assemblée tenue à Bourges au mois de septembre de cette 
année, et insérée dans son traité contre les Annates ; mais on ignore la 
date de sa mort. 

Clemangis écrivait son livre De lapsu et reparatione justitim pour 
Louis, duc d'Aquitaine, fils de Charles VI. Ce prince mourut jeune, en 
1415; et alors Clemengis acheva son ouvrage et le dédia à Philippe, 
duc de Bourgogne, en le priant instamment de protéger et de secourir 
la France , près de périr. (JPericlitanti regno , ne prorsùs corruat^ wuum 
auxillatrice objecta mature auxiUum ferre accéléra,) 

L'auteur fait, dans ce livre, un tableau émouvant des désordres et des 
guerres civiles qui désolaient la France et Tentraînaient à une perte 
certaine : c'est une page intéressante de l'histoire sous le règne de 
Charles VI. 

On trouve ensuite une dissertation sur les conciles généraux. Clemengis 
attaque le concile de Pise, assemblé en 1409 pour mettre fin au schisme, 
et qui, au lieu de l'éteindre, ne fit que lui donner de nouvelles forces. 
Il conclut de là que les conciles ne sont pas infaillibles ; qu'au surplus, 
avant de formuler de nouveaux décrets, il fallait d'abord réformer les 
mœurs du clergé; et enfin, que tout ce que décide l'Église ne doit pas 
être adopté comme article de foi {Non enim tanquam fulei artieuU sumt 
amplectenda qumcumque Ecclesîa detemùnat). 

Le dernier traité, Sur les Annates, contient les réclamations faites au 
concile de Constance, par les députés du clergé de France, contre le 
payement à la cour de Rome de l'impôt des Annates, qui s'élevait, pour 
les cathédrales et les abbayes, à 697 750 francs par an, sans compter les 
autres bénéfices qui rendaient une somme égale : ces réclamations sont 
suivies des objections et des remontrances des cardinaux; du décret du 
concile de BAle, arrêté dans sa vingt et unième session, qui abolit le paye- 
ment des Annates; d'un arrêt du Parlement, sur le même sujet, du 
11 septembre 1406; de la résolution des prélats français réunis à Bourges 
en 1440, par laquelle ils reconnaissent le concile de BAle et non celui 
de Ferrare ; n'approuvent ni la déposition d'Eugène IV (1439), ni l'élec- 
tion de Félix Y; et déclarent vouloir faire observer inviolableraent a 
pragmatique sanction. Qemengis reproduit encore une lettre de l'em- 



, *! 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE. 421 

perear Frâléric m, adreisée à Charles VU, aa sujet da concile. Cette 
lettre, datée par erreur de 1425, a été écrite ea 1445. 

Nicolas Qeoieiigîs était le meilleur éenTaiti de son époque. U a com- 
posé un grand nombre d'onirrages^ qui se font remarquer par l'élégance 
du style et la rigueur des pensées. Les différents traités, réunis dans ce 
volume, sont importants pour Phistoire ciTile et ecclésiastique de la 
France y au quinzième nècle. 

— Cléheitt. Les sainctes ciiriosilez^ par M'* Pierre 
Qément, chaDoine r^ulier. Langres^ J. Boudrot^ 
s. d. (1 651 ); pet* in^, litre gravé. 

Livre rare, dédié par J. Cynent à se$ €^mfirènt MM, Ui tarés saiaetê" 
ment associés en eongrégaiion^ m Phùnmemr de la glaneuse iransfyuradan 
de Noire Seigneur^ en la montagne. Cette dédieaoe est suivie de la table 
de soixante et onze questions discutées dans le Tolume et d'une pièce de 
vers de l'auteur. On Ht, sur les derniers feoillels, des Tcrs latins et firan- 
çaisy composés par Denis Clément, pbamamen à Langres, neveu du 
chanoine. 

Pieire Qément a fiût preuve cTune profonde érudition, mais d'une 
logique peu éclairée, dans Tcxamen des questions les plus singulières, 
sur des sujets tirés de l'Éoritare sainte. Nous en cilermis quelques-unes: 
Qu est-ce que Penfer? D est probable qu'il est rond en forme de puits, 
quoique d'autres le croient carré. — QaeUe sorte de serpent tenta Èeo? 
On n'est pas fixé sur ce point* C'était nn basilLo, on une vipère, on plo- 
tôt un serpent à moiiié, comme on troupe des faunes denû-àoues^ des sirènes 
demi-poissons. — Comèien de tontpe Adam demeura au paradis terrestre ? 
U existetrois opinions à ce sujet. H y resta six jours, on iiz beures» ou 
quarante jours; mais, on eroit généralement qu'il fut ehassé le premier 
jour de la création, et qu'il n'j demeura que six benres. Adam et Ère 
ne se marièrent point dans le paradis terrMtfe. Après leur sortie du pa- 
radis, Adam composa qndqncs psaumes ; et entre autres, le psmmo 92» 

— Lorsque AhdL fut tué par Cabi, il était âgé de cent vingt^ieuf ans et 
Adam de cent trente ans. — Comment était faite Pareke de Noé? L'auteur 
dit qu'elle ressemblait à mw grande ville; qu'dk avait 90 000 coudées 
de longueur et 25 000 coudées de largeur : la eondée était de 9 pieds. 

— Comment Josué arrêta le soleil et la lune ? ^- Pourquoi la ssùnto Flerge 
se mariuf quoiqu'elle eût fait pesu de rester piergef ete., eto. 

— Caumont. Du firmament des catholiques^ contre 
Tabisme des hérétiques ; par J. de Caumont, cham^ 
penois. Paris^ J. Charron j 4587; pet., in-8 de 
86 ff. 

livre rare. Jean de Canmont, oéltiiraavoett daseiuème siède, m par» 
lement dePaiis» naquit àLangrea ci bmnuuK prabableoMBloi 1587, peu 



422 . BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

de temps après l'impression de cet ouTrage. Zélé eatholiqae, il compoai 
plusieurs écrits, en style mystique , contre les calvinistes. 

L*auteur explique ainsi le titre singulier de son livre : c La chente da 
très-solide firmament de TEglise en hérésie, la cliente de radhésion à 
Dieu en l'abisme de soy mesme, est comme la cheute de Satan, quand il 
fut précipité du ciel aux enfers. » — Après avoir chercbé à prouver qae 
les hérétiques sont traîtres à Dieu et à PEcriture sainte, il ajoute que c n 
quelquefois ils semblent enseigner la mesme doctrine que les catholi- 
ques, il faut se rappeler qu*entre le vray et le faux, il n'y a qu'un che- 
veu, s II expose ensuite les douze marques de la vraye Eglisey et cite les 
tesmoignages des Pères et des conciles sur la primauté de saint Pienv. L'au- 
teur conclut en disant : c Quelque chose que l*homme face, il est impos- 
sible de toute impossibilité de se sauver hors TEglise catholique, aposto- 
lique et romaine, i 

Cependant, Jean de Caumont avoue c qn^on ne pourrait dissimuler 
qull n*y ait effroyables scandales dans le sacerdoce, et tous les gens de 
bien ont le cœur navré de voir les désordres qui y sont : tels qui mérite- 
raient souverains supplices, y ont les honneurs souverains, etc. » 

Nous avons remarqué que l'auteur qualifie Dieu de chef soupertùn, 
créateur des substances^ doteur des formes^ premier moteur^ causa première^ 
et cause des causes, 

— CAUMOiiT. De l'union des catholiques avec Dieu 
et entre eux mesmes; par Jehan de Caumont, cham- 
penois. Paris, Nie. Nivelle j 1587; pet. in-8 de 
78 pages. 

Rare. Une jolie vignette^ gravée en bois sur le titre, représente Jésus 
crucifié. — Cet ouvrage est dédié au duc de Guise, par L. de Caumont, 
frère de Tauteur. D'après cette dédicace, Jean de Caumont était mort 
empoisonné, avant le 21 octobre lÔS?» date du privilège. — Louis de 
Caumont félicite le duc de Guise d'être le soutien le plus zélé de l'Église 
catholique, et le chef de la sainte union en France; et il ajoute que le 
nom de guisards appliqué aux prosélytes de cette union £ùt grand hon- 
neur à ce prince, qoi a su les défendre et garantir de damnation éter? 

nelle. 

Jean de Caumont, par son aversion contre les calvinistes, avait cm- 
/' brassé le parti de la Ligue. Son traité De Punion des catkoltques contient 

une dissertation sur l'Euchanstie^ qui est la fm des fins et Vwùon des 
unions por laquelle la créature humaine est urne à son Créateur; et il en 
déduit que le calvinisme est Vkérésie des hérésies^ Pimpiété des impiêtéSf 
puisqu* il rejette P Eucharistie. Il termine son livre par des invectives contre 
les hérétiques, et par des exhortations aox catholiques de rester unis et 
fermes dans leur foi. 

On lit sur les derniers feuillets, quatre pièees de vers en grec, en 
en latin et en francs, sur la mort prématarée de Jean de Caumont. 



/ 

/ 



-*A 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE. 423 

— Chayer. Le ccfmmentateur amusant, ou anec- 
dotes très-curieuses , commentées par l'écrivain le 
plus célèbre de notre siècle (Fabbé Chayer) . S. L ru 
d. (1759); in-12 de 48 pages. 

Opuscule très-rare. Christophe Chayer, cui-é aux environs de Sens, 
naquit à Villeneuve-le-Roi en 1723 et mourut en 1770. 

Il publia plusieurs ouvrages ayant pour sujet la galanterie et l'amour. 
Les anecdotes contenues dans ce livre sont assez libres. On y trouve 
aussi des questions sur la virginité que Pabbé Chayer résout avec une 
aisance remarquable. 

On a imprimé à la suite et du même auteur : Justes plaintes; Entre- 
tien (Vun marquis et d'une comtesse ; et 39 stances sur les charmes de la So^ 
litude. Ces opuscules forment une seconde partie de 20 pages. 

— Clicquot Blervache. Dissertation sur Teffet que 
produit le prix de l'argent sur le commerce et l'a- 
griculture; par Clicquot -Blervache, de Reims, 
Amiens j 1755; in-12 de 52 pages. 

Simon Clicquot-Blervache, inspecteur général du commerce et corres- 
pondant de la Société d'agriculture de Paris, naquit à Reims en 1723 
et mourut le 31 juillet 1796. Il a composé plusieurs ouvrages. 

Cette dissertation sur une question d'économie politique fut couron- 
née en 1755 par la Société des sciences et belles-lettres d'Amiens. L'au- 
teur prouve que le prix élevé de l'argent nuit au progrès du commerce 
et de l'agriculture, tout en appauvrissant l'Etat. Il prend pour termes 
de comparaison le taux de l'intérêt à 6 pour 100 adopté en France et le 
taux à 4 pour 100 adopté en Angleterre. Il résulte de ses calculs un gain 
considérable pour le commerce anglais, et il invite le législateur en France 
à interposer son autorité pour réduire le taux de l'intérêt. Un grand ta- 
bleau ployé, placé à la fin du volume, donne les détails du produit d'une 
somme de 100 000 livres, prêtée pendant douze ans, soit à 6 pour 100, 
soit à k pour 100, 

— Jacob (S,). Notice sur la \ie et les ouvrages de 
M. Clicquot- Blervache; par Simon Jacob. Paris, 
J.'B. Sajou, 1815; in-8 de 16 pages. 

Cette notice, imprimée en 1796 dans le Journal de Reims , insérée en- 
suite dans le Magasin encyclopédique, n'a été publiée séparément qu'en 
1815. L'auteur, Simon Jacob, était neveu de M. Clicquot. 

Simon Clicquot -Blervache, chevalier de Tordre de Saint-Michel, pro- 
cureur-syndic de la ville de Reims en 1760y inspecteur général du com- 
merce, de 1765 à 1790, membre honoraire de l'Académie d'Amiens 



k2k BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

eu 1778 et correspondant de la Société d'agriculture de Paris en 1788, 
naquit à Reims le 7 mai 1723» et mourut à Beloy, près de Reims, le 
31 juillet 1796. 

M. Clicquot composa, sur le commerce et l*agriculture, plusieurs ou- 
vrages estimés, dont quelques-uns furent couronnés par les académies 
d^ Amiens et de Châlons-sur-Mame, et même par TÂcadémie des in- 
scriptions et belles-lettres. Il cultiva aussi les Muses, et Fauteur de cette 
notice cite deux strophes, écrites par M. Clicquot, qui ne manquent ni 
de facilité ni d*élégance. 

L*abbé de Saint-Léger a fait quelques additions à la notice. Il signale 
spécialement le plagiat commis par Tabbé Coyer dans son Chinki, hU» 
toire cochinchinoise^ qui n*est, en grande partie, que la reproduction ser- 
vile du Mémoire de M. Clicquot, i^Mr les corps de métiers, 

— CoFFDT, Les OEuvres de M. Cofïîn, ancien rec- 
teur à rUniversité et principal du collège de Dor- 
mans^Beauvais. Paris, 1755; 2 vol. in-12. 

Les œuvres de Coffin sont précédées d'un Éloge historique de Tauteur, 
qui est une notice détaillée de sa vie et de ses ouvrages. Charles Coffin, 
principal du collège de Beauvais, à Paris, depuis 1713, et recteur de 
rUniversité, de 1718 à 1721,* naquit à Buzancy, diocèse de Reims, le k 
octobre 1676 et mourut le 20 juin 17^9. 

Le premier -volume de ses œuvres, entièrement en latin, contient un 
Panégyrique de saint Charles Borromée ; des discours sur les dangers et 
les avantages des belles-lettres, sur Tutilité de Thistoire; TOraison funè- 
bre du duc de Bourgogne ; un discours à Toccasion de la naissance du 
Dauphin, fils de Louis XV; et quinze harangues, pour la rentrée des 
classes, les processions de TUniversité, les inspections universitaires, etc* 

On trouve encore dans le second volume, six discours latins sur les 
mêmes sujets; puis, des discours français adressés au roi et au duc d'Or- 
léans, régent, des discours latins au garde des sceaux, au médecin 
Fagon, etc., et des mandements du recteur, en français et en latin, re- 
latifs à rétablissement de Tinstruction gratuite dans l'Université. C'est 
en 1719 que Coffin fit d'activés démarches pour rendre Tinstruction gra- 
tuite. Il réussit, et obtint une somme annuelle de 120528 livres, à pren- 
dre sur le bail des Postes, pour être distribuée entre les professeurs. On 
apprend dans cette discussion que V Université est la çéritaèle fondatrice 
des Postes et des Messageries, et qu'elle avait toujours conservé un droit 
sur cette exploitation. 

La dernière moitié du second volume renferme les poésies latines de 
Coffin : des Odes, parmi lesquelles on en remarque deux adressées à 
Boileau-Despréaux ; les curieuses pièces composées sur la prééminence 
entre le vin de Bourgogne et le vin de Champagne, par Coffin et Bénigne 
Grenan, Bourguignon, professeur au collège d'Harcourt ; des épigrammes, 
des inscriptions, des épitaphes et 107 hymnes. La plupart de ces hymnes 
avaient été écrites par Cofifin, pour la paroisse de Buzancy , sa patrie et 



.-:aj 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE. 426 

pour difTérentes églises de la TÎlle de Reims; il en fit aussi pour le nou- 
veau bréviaire de Paris, qui furent adoptées par les églises de Blois, 
Evreux, Séez et Coutances. 

— CoLLiw. L'Histoire de Herodian^ autbeur grecq 
des Empereurs Romalos depuis Marcus, tournée 
de grecq eu latin par George Politian, et de latin en 
francoys par Jehan Collin. On les vend a Paris ^ 
en la rue Sainct Jacques^ a lescu de Florence ^ et au 
pot cassé ^ par Jehan Faucher^ 1541 \ in-8, titre 
encadré. 

C'est la première édition de la plus ancienne traduction française 
d'Hérodien. Cet historien, natif d^ Alexandrie, virait an troisième siècle 
de notre ère. U composa en grec une histoire des Elmpereurs romains, 
depuis le 17 mars 180, date de la mort de Marc-Aurèle, jusqu'à l'an 238, 
lorsque le jeune Gordien fut proclamé empereur par la garde préto- 
rienne. — L'ouvrage d'Hérodien , contemporain et quelquefois témoin 
oculaire des faits qu il rapporte, est d'une grande importance; car c'est 
à peu près la seule histoire qui nous reste pour cette période de 68 ans. 

La traduction latine par Ange Politian fut publiée en 1493; et, 
en 1541, parut la traduction française de Jean Collut, licencié ès-loix, 
bailli du comté de Beaufort et demeurant à Chaalons en Champagne. 
Il dédia son œuvre à Henri de Foix, seigneur de Lautrec, comte de 
Beaufort, etc. Cette dédicace est précédée d'une lettre adressée i Me- 
nauld de Marthory, évéque de Couserans, tuteur dudit Henri de Lautrec. 
— Jean Collin a ajouté au texte d'Hérodien de longues annotations et 
deux tables alphabétiques. Les annotations ont un faux titre encadré 
comme le titre général du volume, avec le nom de Vivant Gâultherot, 
Le privilège, daté du 31 décembre 1540, est accordé aux deux libraires, 
Jean Foucher et Vivant Gaultherot. 

— Colin. Prédications de Louys de Grenade, de 
Tordre S. Dominique ; mises en François par N. Co- 
lin , chanoine et thrésorier de Tégiise de Reims. 
Paris, Guill. Chaudière, 1602, 1585 et 1586; 
3 voh in-8. 

Traduction rare. — Louis de Grenade, dominicain, naquit k Grenade 
eu 1505, et mourut 4 Lisbonne, le 31 décembre 1588. Cet écrivain as- 
cétique fut le plus célèbre prédicateur du seizième siècle. 

Le premier volume de la traduction de cet Prédications^ par Nicole 
Colin, porte la date de 1602, quoique la dédicace au cardinal Louis de 
Lorraine, archevêque de Reims, soit datée du 15 juin 1583. C'est évi« 

28 



426 BULLETIN DU BIBLIOPHILE, 

demment une seconde édition, ou peut-être le titre a été re&it par spé» 
culation de libraire. Ce volume contient les sermons pour les jours de 
l'Ascension y de la Pentecôte, de la Trinité et du saint sacrement. Le se- 
cond Tolume, dédié au cardinal de Joyeuse, le 4 noyembre IbSkf con- 
tient les sermons sur les Évangiles du temps, depuis le premier jusqu'au 
douzième dimanche après la Pentecôte. Enfin, le troisième volume, dé- 
dié au roi Henri III, le 8 juillet 1586, renferme les sermons sur les 
Evangiles du temps, depuis le treizième dimanche après la Pentecôte 
jusqu'au premier des Avants. 

— Colin. Les sept livres de la Diane de George de 
Montemayor trad. d'esp. en franc, (par Nicole Co- 
lin). RheimSj J. de Foigny^ 1578 ; pet. in-8 de 4 
et 208 ff. 

Première édition, très-rare, de cette traduction faite par Nicole 
Colin , de Reims ; elle est dédiée à Louis de Lorraine , archevêque de 
Reims. Ce petit volume est recherché comme l'un des plus beaux pro> 
duits de l'imprimerie rémoise du seizième siècle. 

Édition originale de toute rareté. 

— Constant. Invective contre Tabominable parri- 
cide attenté sur la personne de Henry IV, roy de 
France et de Navarre, par Pierre Constant, docl;. 
es droicts, natif de Langres. Paris^ Fed. MoreU 
1 595 ; pet. in-8 de 1 4 pages. 

Pièce très-curieuse, relative à l'attentat de Jean Chaste!. Dans cette 
invective, J. Constant ne ménage pas les Jésuites, et dénonce comme 
fausse et hérétique l'opinion des soi-disant enfants de la sainte hostie, 
qui soutiennent qu'il est loisible de tuer un roi. Il démontre que Jacques- 
Clément, Pierre Barrière et Jean Chastel sont des assassins et ne peuvent 
être comparés à Jahel, Aod, Jehu et Judith, qui, par un meurtre, déli- 
vrèrent le peuple de Dieu d'une affreuse tyrannie, surtout lorsqu'il 
s'agit de Henri IV, roi légitime et très-chrétien. — On sait que Jean 
Chastel attenta à la vie du roi le 27 décembre 159^, qu'il fut supplicié 
le 29, et que les Jésuites furent bannis de France par arrêt du Parle- 
ment. Cette édition originale est de toute rareté. On l'a réimprimé. 

— DaugeiNt. La Sepmaine d'Argent, contenant l'his- 
toire de la seconde création ou restauration du 
genre humain (par Abel Dargent). Sedan ^ Jean 
Jannoîiy 1632; pet. in-8. 

Très-rare. — Ce poème, composé à l'imitation de celui de Du Bartas, 
a pour sujet la vie, la passion et la résurrection de Jésuf-Christ. — L*au- 



•/ik^ 



BIBUOGRAPHIË CHAMPENOISE. 427 

teur, Abel Dargent, calviniste, né à Sancerre, termina se» études théo- 
logiques à Sedan, devint ministre à Châteaudun en 1634, se convertit à 
la religion catholique en 1638, et mourut à Thôpital de Sancerre en 1652. 
Il a anagrammatisé son nom dans le dernier vers de son poëme : 

Puisque pour te louer j'aspire au bel art d*Ange, 

La versification de cette œuvre poétique est souvent fort singulière. 
Voici le portrait de la nuit : 

La nnict à I'cbiI ombreux, couverte de ses voiles, 
La lampe dans la main, parsemée d'étoiles. 
Sur la teste un croissant, sur le front les sereins, 
Faisoit de ses pavots un présent aux humains. 

— Delajvnes. Histoire du pontificat d'ËugeDe III, 
par dom Jean Delannes, bibliothécaire de l'abbaye 
de Clairvaux. Nancy ^ 1737; in-8. 

La dédicace du livre est adressée à Gilbert de Montmorin, évêque-duc 
de Langres. 

Cette histoire des huit années de pontificat d*Eugène III est très- 
curieuse. Ce pape fut intronisé au milieu des troubles fomentés à Rome 
par Arnaud de Bresse, qui avaient pour but d'enlever aux papes le pou- 
voir temporel. Eugène III fut obligé, plusieurs fois, de sortir de Rome, 
et en 1146 il se réfugia en France, où il présida des conciles. Il ne put 
rentrer à Rome qu'en 1152, dix-neuf mois avant sa mort. Ce fut aussi 
pendant son pontificat que saint Bernard prêcha la malheureuse croi- 
sade entreprise en 1147 par Louis le Jeune et Tempereur Conrad. 

— Dknesle. Les Préjugés du public, avec des Ob- 
servations, par Denesle. Paris j 1747 ; 2 vol. in-12. 

L'auteur de ce traité philologique combat les préjugés du public, dont 
les écrivains sont victimes; il fait connaître aussi les défauts des auteurs 
et les vices de leurs ouvrages, qui entretiennent les fausses appréciations 
du public. Cette oeuvre est empreinte d'une saine morale, solidement 
établie. 

Nous citerons les chapitres sur le goût, sur les différentes espèces de 
public, sur les critiques, sur la rivalité et la vanité de quelques gens de 
lettres, et surtout le remarquable chapitre sur les femmes savantes. Après 
avoir déclaré que la science ne connaît pas de sexe^ rauteur prouve que 
les sciences et les arts ne doivent pas être interdits aux femmes. 

Denesle, né à Meaux, mourut à Paris en 1767. 

— Desmonts. Le Libertinage combattu par le té- 
moignage des auteurs profanes^ par un religieux de 



428 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

la congr. de S. Vanne (D. Rémi Desmouts}« Char^ 
teçille^ Pierre Thesin^ 1747; 4 vol. în-12. 

Ouvrage curieux, dédié par i*imprimeur, P. Thesîn, an pxînce de 
Condé, priuce de Gharleville. 

Rémi DesmontSy bénédictin, né près de Rethel en 1703, monrat i 
Provins le 27 octobre 1787. L'auteur entend par libertinage Tathéismey 
le déisme et les autres opinions contraires à la religion chrétienne* Il 
avait entrepris un travail difficile et qui pouvait soulever de flérieaseï 
objections de la part des théologiens ; Rémi Desmonts a justifié ratilitë 
de son œuvre, dans une préface de quatre-vingt-trois pages. Le premier 
volume traite de l'existence et des divers attributs de Dieu. Le second 
volume est consacre au culte, à la prière, au sacerdoce et à l'immorta- 
lité de l'âme. Le troisième volume traite de tous les vices, et le quatrième, 
de toutes les vertus. Pour démontrer les vérités proposées, pour com- 
battre les vices et pour exciter à la pratique des vertus, Desmonts ne 
cherche ses preuves que dans les ouvrages des écrivains profanes, grecs 
et latins. Il fait voir que les auteurs païens les plus accrédités conconrent 
à établir, avec l'Ecriture et les Pères de l'Église, plusieurs maximes ca- 
pitales du christianisme, et qu'ils les ont pratiquées. Toutefois il déclare 
que les vertus païennes sont insuffisantes pour le salut. On trouve i la 
fin du quatrième volume la liste des quatre-vingt-trois auteurs profanes 
cités dans cet ouvrage, depuis Orphée, Homère, Hésiode, jusqu'à Julien 
l'Apostat. 

— Du Four. Horatius christianus, autore Je. Du 
Four CampanoDerueusi, gymnasirchâ Turoui. Tu- 
roni, 1629 ; pel. in-i2 de 6 ff. et 221 pages. 

Livre rare et curieux. Les feuillets préliminaires contiennent une dé- 
dicace aux magistrats de Tours, un panégyrique de la Tille de Tours, 
en vers latins, et d'autres vers latins composés à la louange de Vhoratim 
christianus, ])ar les quatre professeurs du collège de Tours : Jaoq. R^ 
gnault, C. Le Digne, Jacq. Verdier et Urb. Fourier. 

Jean Du Four, Champenois, principal du collège de Tours, avait eu 
la singulière idée de rendre Horace chrétien. Ce volume ne renferme 
que les 0/ies et le Lii^re des Épodes; mais a la fin. Du Four promettait 
de publier les Satires et les Épitres^ également rendues chrétiennes. C'est 
un tour de force dont l'auteur s'est assez bien acquitté. Il a conservé 
chaque ode le rhythme adopté par Horace, et souvent les premiers mots 
de Tode originale. Les passages les plus scabreux deviennent des chants 
en l'honneur de la Sainte Vierge ; et Du Four a transformé rcBOTre 
d'Horace en dissertations théologiques et poétiques. 

— Du lMoliiïet {Claude). Figures des diflféreuts 



.ti^Â 



m • 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE. 429 

habits des chanoines réguliers de ce siècle. Paris^ 
1666; în-4, fig. 

Claude du Moulinet, né à Châlons-sur-Marae en 1620» mourut à Pa- 
ris le 2 septembre 1687. Il entra dans la congrégation de Sainte-Gene- 
viève et en devint le bibliothécaire ; il composa plusieurs ouvrages qui 
attestent les connaissances étendues de Panteur en numismatique et en 
archéologie. 

Les portraits en pied des différents chanoines sont au nombre de 
trente et un, et très-finement gravés par Le Doyen; le titre du volume 
est également gravé. On y remarque encore deux jolies vignettes et un 
cul-de-lampe. Les figures sont précédées d*un Discours sur les habits an- 
ciens et modernes des chanoines tant séculiers que réguliers; et chaque gra- 
Ture est suivie d^un feuillet imprimé, sur lequel on lit Phistoire des 
chanoines dont Phabit est représenté. 

Les dernières planches reproduisent les costumes des chanoinesses 
régulières de France, de PHôtel-Dieu de Paris, des Filles-Dieu de 
Rouen, du Saint-Sépnlcre à Bellechasse de Paris, et de Sainte-Geneviève 
de Chaillot. 

— DuaioLiNET. Dissertation sur les Mitres des Évê- 
ques, s. L n, d. ; in-4 de 16 pages, fig. 

Cette dissertation, pleine d^érudition, a été composée par un chanoine 
régulier de la congrégation de Sainte -Gène viè%'e; car Pauteur dit (p. 2) : 
c II y en a encore une dans le cabinet d^antiques de nostre bibliothèque 
de Sainte-Geneviève, i Nous l'attribuerions volontiers à Claude Dumo- 
linet, bibliothécaire de Pabhaye de Sainte-Geneviève, né en 1620 à 
Châlons-sur-Marne, et mort le 2 septembre 1687 ; il a publié différents 
ouvrages du niéme genre, et Pon connaît son Cabinet de la bibliothèque 
de Sainte-Oenevlève, 

Cet opuscule est divisé en trois sections : POrigine de la mitre; son 
usage ; sa forme. Dans la première section, Pauteur fait remonter Pori- 
gine de la mitre à la plus haute antiquité, et cite des textes d'anciens 
auteurs, qui prouvent qu'elle servait d'ornement aux femmes, aux rois 
et aux prêtres. Dans la seconde section, il expose que jusqu'au règne 
de Constantin, les évéques n'ont presque jamais porté la mitre ; que de- 
puis Constantin jusqu'à Charlemagne, les papes et quelques prélats 
considérables ont été les seuls qui Paient portée ; que depuis Charle- 
magne, Pusage en devint insensiblement commun à tous les évéques ; et 
que depuis Pan 1000, les abbés Pont obtenue par privilège du saint-siége. 
Dans la troisième section, où l'on trouve deux anciennes médailles gra- 
vées, représentant un roi grand prêtre des Chaldéens et Âbgarus roi 
d'Edesse, tous deux coiffés de la mitre, Pauteur fait connaître les diverses 
formes adoptées pour cet ornement. Les papes n'avaient d'abord qu'une 
couronne au bas de leur mitre; c'est Boniface VIII qui ajouta, en 1300 
deux autres couronnes à la tiare. 



480 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

- - DupuY DE Troy£s. Aufcc epistolc Johaunis Pici 

Mirandule^ viri omnium mortalium doctissimi {s. L), 
[impressum ann. dont. 1509) ; pet. in-4 de 33 fF. 
réglé. 

Édition très-rare, corrigée et annotée par Nie. Bohaspbs (Nicolas 
Dupuy), DE Troyes. Cette édition, non citée, dont lé titre, en caractères 
rouges, est orné d'une grande vignette à personnages, doit aToir été îm- 
, primée à Troyes, d'après l'édition de Paris de 1508. On lit an bas da 
titre : Opus accuratissime niiper recognitum sedulaque opéra impressum a 
(fuo omnia menda que in prima impressione comperiebantwr omnino absiersa 
sunt. 

Les lettres de Pic de la Mirandole sont suivies d'une prière à Dieu 
en vers latins, du même auteur (Deprecatoria ad Dettm), et de deux lettres 
de Baptiste Mantuan sur la mort de Pic de la Mirandole. 

— DupuY.Proverbia communia, noviler aucta, révisa 
et eniendata, Praeterea de tempore quadragesimali 
libellus. Dyalogi très. Ëtalia perpulchra.... à N. B. 
T. (Nicolaus Bone Spei Trecensis), collecta {PariSy 
Jehan Merausse^ i^ers 1 51 3) ; in-i 6 de 24 fT. 

Ancienne édition de ce livre, qui est rare et très-curieux. Marque du 
libraire sur le titre ; on lit au-dessus : 

Qui trita in cultiira proverbia versa latinam carminc vis : habet hic ordine mulla 
liber. 

Spes mea Jesas Maria. — Bonaspes. 

Les Proverbes communs en français furent recueillis par Jean de la 
Vesprie, prieur de l'abbaye de Clairvaux en 1495, et imprimés au com- 
mencement du seizième siècle. Ce petit livre eut un tel succès, qu'on 
le traduisit en vers latins et qu'on publia plusieurs éditions françaises 
latines. 

Le premier traducteur est Nicolas Dupuy, de Troyes, plus connu sons 
le pseudonyme de Nicolas Bonaspes, L'édition la plus ancienne parait être 
celle de Paris^ J. Merausse, dans laquelle on trouve (fol. diij) la sous- 
cription ex parvo Baiocen (si) collegio^ m, dxiij. Ce volume a donc été 
imprimé en 1513 ou 1514. Il contient quatre cent soixante-quatorze 
proverbes français, accompagnés de la version latine; suivent quatorze 
proverbes latins extraits d'Aulu-Gelle et traduits en vers français; une 
pièce de vers latins de Faustinus (Andrelinus) sur la conception de la 
Vierge, avec une traduction en vers français ; Dialogi très, de Virtute 
speiy de Narcisso et £cho, de Justifia picta effigie. On lit encore à la fin 
des Dialogues : In collegio Baiocen. Parisiis, Puis viennent : Libellut 
Joh, uEgidii Nuceriensis, patrid Campani^ de tempore quadragesimali^ et 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE. 431 

Dialogus perpulcher de spe bene consolante Adam^ Sur le verso du dernier 
feuillet est une petite figure gravée sur bois, représentant la sainte Vierge 
entourée d'anges. Le verso du titre renferme : Oratio remissîonîs pUnarie 
des distiques à la Vierge Marie et à saint Nicolas ; et Téioge de Tim- 
primerie, en dix vers latins, par N. Bonespei. 

— Du Souhait. Les neuf Muses françoises, par le 
S. du Souhait, gentilhomme champenois. Paris, 
Jacq. Rezéy 1599; pet. in- 12 de 16 fF. avec le ti- 
tre. 

Pièce très-rare, dédiée au comte de Brienne. — Du Soobait vit dans 
un songe les Muses disputant la possession du Parnasse aux neuf Muses 
françaises, qui étaient la duchesse de Bar, sœur de Henri IV, madame 
mademoiselle de Guise, mesdames de Retz, de Marmoutier, de Menelay, 
d'Urfé de Resnel, de Saincthousany et de Péret, religieuse poitevine. 
Le comte de Brienne remplaçait Apollon, et le juge du procès é tait 
M. de Vallegrand, archevêque d*Aix, qui prononça en faveur des Muses 
françaises. 

L*auteur raconte cette dispute en vers et en prose. 

— Du Souhait. Beauté et Amour, pastorelle^ par 
le S. du Souhait^ gentilhomme champenois. Paris ^ 
Jacq. Rezéj 1599; petit in.12de 24 ff. 

Très -rare. — Cette pastorale en cinq actes et en vers est dédiée k 
M. Le Grand. C'est un débat sur la préférence qa*on doit donner à la 
beauté ou à Tamour ; le juge prononce en faveur de la beauté. On lit 
sur le dernier feuillet un sonnet à la louange de Tauteur, composé par 
Beauvoys de Chauvincourt, Angevin. 

Voici quelques vers de cette pastorale : 

Ce n'est plus aojoard*huy que les pauvres on aime; 

Le riche prend le froict, et le pauvre la peine. 

Les hymens maintenant se font sans amitié : 

Un riche veut chercher une riche moitié. 

La plus belle vertu de cest aage où nous sommes. 

N'est-ce pas la richesse ? 



Car le bruit trompettant de son ah'ain torto, 
Va partout proclamant votre rare vertu. 



Amour est un Démon, qui plein d'un tainct vouloir, 
Estroitement conjoinct l'amant avec l'aimable. 



432 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

— Dd Souhait. Les divers Souhaits d'amour, par 
le S. du Souhait, gentilhomme champenois. PariSj 
Jacq. Bezéy 1 599 ; pet. în-1 2 de 6 ff. prélim. et 
22 ff. chiffrés. 

Recaeil de Ters français, très-rare, dédîé au duc de Motitpensier. 

Les feuillets préliminaires contiennent la dédicace, un aria an lecteur, 
neuf pièces de yers écrits à la louange de l'auteur, par plusieurs aTooats 
d'Issoudun ; et deux sonnets de Du Souhait, au duc et à la dnchessse de 
Montpensier. 

Les Souhaits se composent de stances amoureuses, de chansons et de 
sonnets ; on y trouve aussi des épigrammes, des épitaphes, des stances à 
madame de Ruffec, au baron de Saint- Joire, à madame de Montpensier, 
à mademoiselle de Nevers, etc. v 

Ensemble, 39 pièces. 

Nous citerons seulement les deux premiers vers de Pnn des sonnets de 
Du Souhait : 

Si j'estoig de la neige, on mesme de la cire. 

Je fuudrQis pea à peu aa rayon de tes yeax. •• 

Nous reproduirons encore ce quatrain ingénieux^ adressé aux vers de 
Du Souhait, par le sieur Bonnet : 

Les ignorans de Tunivers 

Ne vous prendront que ponr chenilles ; 

Mais les doctes et plus habilles 

Vous prendront toujours pour des vers. 

— Du Souhait. Tragédie de Radegonde, duchesse 
de Radegonde, par le S. du Souhait, gentilhomme 
champenois. Paris ^ Jacq. Rezë^ 1599; pet. in-42 
de 30 fF. 

Pièce de la plus grande rareté, dédiée au duc d*Espemon. 

Cette tragédie en 5 actes, avec chœurs, et sans distinction de scènes^ 
est une faible imitation du sujet de Phèdre, Tous les personnages meurent 
à la fin de la pièce, excepté le duc de Bourgogne. 

— Du Souhait. Discours sur Tattentat à la per- 
sonne du Roy^ par Nicole Mignon ; dédié à Sa Ma- 
jesté, par le sieur du Souhait. Paris ^ 1 600 ; pet. 
in-8 de 16 pages. 

Cet opuscule fait connaître un attentat à la vie de Henri IV, qui n*est 
indiqué par aucun historien. Il parait qu*en 1599, ou 1600, une femme 
nommée Nicole Mignon chercha à empoisonner le roi. Ce discours du 



-. .•»' 



BIBLIOGRAPHIE CHAMPENOISE. 433 

sieur Du Souhait est dédié à Henri IV et suivi d*an sonnet ayant pour 
titre : Le Roy parlant comme père à ses subjects, 

— Du Souhait. Les Amours de Polyphile et Mel- 
lonimphe, par le sieur du Souhait. PariSj Gilles 
Rohinot^ 1600; pet. in-12. 

Livre très-rare. — Ce roman, mêlé de prose et de rers, est dédié à 
Catherine de France, duchesse de Bar. C*est l'histoire lamentable de deux 
amants malheureux. 

On a joint au volume Les Amours de Palémon, Suite Je Polîphile, 
Paris, 1600. 

Ces aventures romanesques ont un dénoûment tragique. Mellonimphe 
épouse, contre son gré, le prince Palémon, qui est tné par Poliphile 
Celui-ci meurt empoisonné par le père de Palémon. De plus, Mello- 
nimphe se prépare, en récitant 36 vers français, à se tuer de désespoir 
d'avoir perdu son amant. 

Cependant, si l'on en croit l'auteur, ce roman serait historique ; car 
i] dit : Je vais dévider le fil de cette histoire^ non^eulement piritMe^ mais 
presque sceûe de tout le monde» 

— Du Souhait. Les Chastes destinées de Cloris, ou 
Roman des histoires de ce temps, par le sieur du 
Souhait. Paris^ Fr. Hub/, 1609; pel. in-12 de 4 
et 158 ff. 

Rare. — Ce roman, mêlé de prose et de vers, est dédié à M. de Bas- 

sompierre. L'auteur annonce qu'il écrit c une histoire réritable et reco- 

gneus de nostre siècle, t Cette assertion nous parait hasardée. Car les 

-V géants, les nécromanciens, Margon la Magicienne, l'île des Merveilles et 

^ la forêt enchantée de V Affection conviennent peu à une histoire yé- 

^ ritable. 

Les amants malheureux qui, par hasard, se trouvent réunis dans l'île 
des Merveilles racontent leurs aventures, font des discours à en perdre 
haleine, et expriment leurs plaintes en Ters, quand ils sont fatigués de 
la prose. 

Voici les deux premiers vers qu'on lit dans ce roman : Cloris, 

Dont la verta, d'une aisle aoconstnmée, 
Yoyageoit par le monde avec la renommée. 

La vertueuse Cloris désespère ses poursuivants par des dédains ex- 
trêmes; mais ses chastes destinées n'ont pas de dénoûment. On attend 
encore les volumes qui devaient suivre celui-ci et satisfaire la curiosité 
du lecteur. Du Souhait finit ainsi : c Bornons là nostre course. Les 
autres volumes vous feront voir les comhats devant Metz, les amours 
des Paladins, et les adventnres de Cœsarien et d'Uranie, infante d'Aus- 
trasie, avec le reste des histoires de cette isle. » 



k3k BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

— Du Souhait, L'Iliade d'Homère, Irad. en prose 
par le sieur du Souhait. Paris^ 1674; 2 vol, in-8, 
titre gr., fig. en taille-douce. 

La première traduction de Viliadey en prose française, est celle de 
Jehan Samxon, publiée en 1530 ; la seconde est celle de Du Souhait, 
imprimée plusieurs fois, en 161(i, 1627 et 16 dO; mais on ne cite pas 
l'édition de 1674. 

L'encadrement historié du titre porte la date de 1634, ce qui ferait 
supposer une autre édition de la même date. Les deux -volumes, dont la 
pagination n'est pas interrompue, forment ensemble 1248 pages, sans les 
préliminaires et la table. 

U Iliade est précédée d'une Vie d* Homère^ traduite d'Hérodote, et d'une 
histoire du Ravissement d^Hélène^ tirée de Dyctis de Crète et de Darès 
le Phrygien. C'est encore dans ces deux écrivains fabuleux et dans 
Quintus le Calabrois que Du Souhait a puisé la Suite de FlUade^ dont 
il a composé six livres, qui suivent l'œuvre d'Homère. 

On ne trouve aucun renseignement sur la vie du sieur du souhait, 
gentilhomme champenois. 

— Du TiLLET. Les Mémoires et recherches (sic) de 
Jean Du Tillet, greffier de la Cour de Parlement à 
Paris, contenant plusieurs choses mémorables pour 
l'intelligence de Testât des afTaires de France. 
TroyeSj Philippe Deschams^ 1578; in-8 de 8 et 
288 ff. 

Édition bien exécutée. — Les initiales de chaque chapitre sont élé- 
gamment ornées : c'est un des plus beaux spécimens de l*imprimerie 
de Troyes. 

Les mémoires de Du Tillet, divisés en deux livres, contiennent de cu- 
rieuses notices sur l'origine des Français^ sur les rois depuis Mérovée 
jusqu'à Charles IX, et sur les familles issues des rois de France. Le se- 
cond livre traite des titres et prérogatives des rois, des reines et des 
enfants de France, ainsi que des grands officiers de la couronne. Ce 
livre est précédé d'une dédicace au roi Charles IX. 

— DuvAL. Le Voyage et la description d'Italie, par 
P. Duval, géographe du Roy. Troyes^ Nie. Oudotj 
el Paris ^ G, Clouzier, 1656; in-8. 

Ce guide pour les voyageurs en Italie est dédié au duc de Bouillon^ 
et contient une exacte description de tout ce qu'on remarquait de cu- 
rieux au dix-septième siècle dans les villes et autres localités de l'Italie. 
Pierre Duval a ajouté à cet ouvrage une relation (en 38 pages) du 
voyage fait à Bome, en 164^, par le duc de Bouillon (Frédério-Maa- 



BIBUOGBAPHIE CHAUPENOISE. 435 

rice, mort en 1632], luWie d'uiie notice hiitorique »ur le due Frédéric- 
Mu urice et lur «a famille, et d'uoe liste de* domaines cédés par le roi en 
1651, en échange de la piincipanlé de Sedan. 

— EoN DE Beadmoht. Lcs loisirs du chevalier d'Ëon 
de Beaumont, ancieo ministre plénipotentiaire de 
France, pendant son séjour en Angleterre. Amster- 
dam, 1775 ; 13 tom. en 7 vol. in-8. 

I.es œuvres du cheTalier d'Ëon, dédiée! au dac de Choiseul, miuittre 
d'Etat, sont précédées d'un Diteouri, qnî traite de» malheurs que l'au- 
teur avait éprouvés, et dei raisons d'utilité puLlique qui l'ont engagé à 
publier ses ouvrageB. 

Le tome treize de cette colleetion contient une table des matières pour 
les douze premiers volumes, et les Prtuvta de la pleins louveraintlè du 
roi sur la province de Bretagne, rendues évidentes par trois lettres du 
contrôleur général k M. d'Amill^, premier président du parlement de 
Rennes, avec les réponses, datées de juillet-septembre 1765 et imprimées 
à Paris la même année ; in-8- 

Les dissertations que renferment les douze volumes inléresseut le 
gouvernement de plusieurs pays, et surtout de la France. On y trouve 
des renseignements fort importants et souvent très-curieux, Cest le ta- 
bleau exact de la puissance, des finances, du commerce et de l'adminis- 
tration d'une grande partie de» nations de l'Europe à la fin du dix-hui- 
tième siècle. 

On y remarque : Rec/ierchei bUlorlquet sur la Pologne, le royaume de 
!f aptes cl de Sicile. — Abrégé chronologique de Phiiloire sainte et eeelé' 
siasliijue. — Kecherches lar le commerce de la France, la Tiaeigation, let 
grands chemias, les péages, etc.; examen de la banque de Laiv. — Kecher- 
ches sur la Russie, sur la répuUifUe de Gênes, de tite de Corse. — Ohier- 
• alions sur C Angleterre, t Ecosse,, -le. — Détails sur les possession* anglaise! 
en Amérique. — Dissertationt sur le commerce du blé en France, sur let 
eafanti trouréi, la gabelle, let impôts, la taille, etc. — Détail général des 
financti de la France; mémoires tur F hôtel des Invalides, la maréchaussée, 
etc. — Situation de la France dans tinde avant la paix de 1763; 
etc., etc. 

Charles-Geneviève- Louis-Auguate-André-Timotbée d'Eon de Beau- 
mont naquit à Tonnerre (Champagne), le 5 octobre 1728, et mourut le 
21 mai 1810- 

— EoN . Catalogue des livres sacrés et manuscrits pré- 
cieux du cabinet de la chevalière d'Eon..., présen- 
tement à Londres et retournant à Paris. Londresj 
1791 ; in-8. 

I.rvre rare. — Cette bibliothèque importante fut vendue aux enchères 
au mois de mai 1791, par le ministère de Chbisiih, auclioater. Le cata- 



436 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

logae est divisé en six parties, qu*on distribue séparément, et qui sont 
réunies dans ce yolame : 1. Mannscrits du maréchal de Vaaban, sur la 
guerre : 9 portefeuilles et 68 articles. — 2. Manuscrits et imprimés sur 
les lois civiles et criminelles, en France : 81 art. — 3. Manuscrits sur les 
finances : 33 portefeuilles ou chemises. — 4. Manuscrits sur Thistoire, 
etc. : 48 art. — 5. Manuscrits et imprimés sur TÉcriture sainte, en 
diverses langues; grammaires et dictionnaires en différentes langues 
orientales : 110 art. — 6. Livres imprimés, sur différentes matières : 
674 art. 

La chevalière d'Eon, née à Tonnerre en 1728, et morte i Londres 
en 1810, fut en butte à de nombreuses persécutions, ainsi qu'à des abus 
de confiance. 

Mlle d'Eon était revenue à Londres, dès le mois de novembre 1785, 
pour recouvrer des créances et payer ses dettes; mais elle ne put y 
réussir. 

Louis XVI, en considération de ses services militaires et politiques, 
et des malheurs qu'elle avait éprouvés, fit remettre, le 17 octobre 1775, 
au comte Ferrers, amiral et pair d'Angleterre, une somme de 5000 
livres sterling, destinée à payer les dettes de Mlle d'Eon. Mais le comte 
Ferrers n'en paya qu'une partie, et garda 3000 livres sterling pour son 
usage particulier. Malgré les plus actives démarches et les procès qu'elle 
intenta aux héritiers de lord Ferrers, elle n'avait pas encore obtenu jus* 
tice en 1791. C'est alors qu'elle se décida, pour désintéresser ses créan- 
ciers, à vendre sa bibliothèque* ses meubles, ses tableaux, ses bijoux et 
ses armes. 

Ce fait extraordinaire, inconnu des biographes, est rapporté dans tous 
ses détails et avec lei pièc